Tampa Bay – Boston, face-à-face programmé

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La division Atlantique est de loin la plus faible de la ligue cette saison. Pourtant, et si les deux meilleures équipes de NHL s’y trouvaient ? Tampa Bay et Boston sont quasiment déjà tournées vers les séries où elles devraient s’affronter dès le second tour. Faisons le point sur ce face à face annoncé.

 

Il reste beaucoup de hockey à jouer mais, sauf surprise, ces deux-là seront bien placés mi-avril. Tampa Bay figurait parmi les favoris malgré une dernière saison manquée, la faute à la blessure de Steven Stamkos et à des gardiens en demi-teinte. Ainsi va la NHL, nul droit à l’erreur. De retour au complet, le Lightning assume cette fois son statut et apparaît depuis un moment comme l’équipe à battre, plus fort même que Washington l’an passé. Une malédiction ? Le vainqueur du Trophée du Président ne remporte que très très rarement la coupe…

Boston ne figurait, elle, pas vraiment dans les plans des pronostiqueurs. Nous ne leur donnions nous-mêmes que peu de chances d’atteindre les séries. Erreur, Bruce Cassidy a concocté des Bruins 2.0 et une bande de jeunes a comblé les trous de l’alignement derrière le trio infernal Marchand-Bergeron-Pastrnak. Enfin, Tukka Rask a stoppé une glissade de plusieurs années et a retrouvé son niveau d’antan. L’équilibre est certes plus précaire qu’à Tampa mais la feuille de route des Bruins depuis le 1er décembre est éloquente : 20 victoires pour 3 défaites et 4 en prolongation. La meilleure de la ligue.

Ce n’est donc pas pour rien que Tampa et Boston occupent les deux premières places de notre Power Rankings hebdomadaire. Les deux sont également sur le podium de notre Cup Rankings, avec Vegas comme troisième larron pour compléter un podium bien défini. Sachant qu’historiquement, le champion est toujours sorti de ce top3, Bolts et Bruins apparaissent donc à l’heure actuelle comme de très sérieux candidats.

 

Vue d’un satellite

Prenons d’abord du recul et observons les principaux indicateurs de jeu des deux équipes.

Cette première manche va aux Bruins. Digne héritier de Claude Julien, Bruce Cassidy a conservé cette manie de Boston à monopoliser le palet à l’adversaire. Avec 54% de possession, Boston domine aujourd’hui la ligue d’une bonne tête, Dallas étant deuxième à 52,9%. Tampa n’est toutefois pas en reste au 6e rang. Question qualité, Boston devance aussi Tampa aux buts anticipés. Les hommes de Cassidy sont là 2e de la ligue, Tampa 8e.

Alors d’où vient la force de Tampa ? Les unités spéciales donnent un match nul entre deux collectifs très efficaces. Les power plays sont parmi les meilleurs de la ligue, même si Tampa a eu davantage l’occasion de le mettre en pratique, et l’infériorité de Boston est également une référence. Non, la vraie force de Tampa cette saison est la hauteur de sa réussite… Son PDO de 103 est de loin le plus élevé cette saison, alors que Washington et Toronto viennent ensuite à 102. Les gardiens des Bolts ont le 2e taux d’arrêts de la ligue, Boston le 4e, mais Tampa cumule aussi le 2e pourcentage de réussite aux tirs. Ce cocktail repose en partie sur le talent des tireurs et de Vasilevskiy mais tous sont au maximum de leur capacité. La recette parfaite du succès en saison régulière mais qui ne pourrait que baisser le pied.

 

Vue d’avion

Les deux clubs sont donc deux très bonnes équipes, rien de nouveau sous le soleil. Utilisent-ils pour autant la même recette ? Plus ou moins. Mais les petites différences pourraient avoir des répercussions sur leurs chances de succès respectives au printemps.

Les deux clubs produisent beaucoup de tirs, dans le top10 de la ligue, et un peu moins de buts anticipés. Bolts et Bruins sont plutôt du genre à privilégier la quantité plutôt que la qualité, mais c’est aussi un trait commun aux bonnes équipes de possession. Lorsque l’on a « trop » souvent la rondelle, il est plus difficile de surprendre des adversaires qui n’ont eu d’autres choix que de se retrancher défensivement.

Boston se démarque, par contre, nettement en défensive. C’est l’héritage de Claude Julien que perpétue Bruce Cassidy. Boston est l’équipe qui accorde le moins de tirs dans la ligue, et seuls Minnesota et Dallas concèdent moins de buts anticipés. Tampa est loin d’être ridicule, cela dit, mais le système défensif des Bruins fait partie des références en la matière.

Donc léger avantage Tampa en attaque et net avantage Boston en défense. Ce constat favorise pourtant le Lightning car ce sont bien les attaques qui remportent les coupes Stanley dans la NHL d’aujourd’hui. Attaquer davantage signifie contrôler son destin, se donner les chances de gagner, plutôt que de faire le dos rond en attendant son tour. Si l’on ajoute l’éventail de joueurs talentueux de la gâchette dans les rangs du Lightning, la mise en application de ce principe fait de Tampa un épouvantail absolu dans une confrontation directe.

 

À la loupe

Boston peut pourtant compter sur peut-être la ligne la plus difficile à jouer dans la ligue, Marchand-Bergeron-Pastrnak. Avec ce trio sur la glace, Boston contrôle 60% de la possession et 59% des buts anticipés, des chiffres inégalés à travers la NHL. Pensez qu’en 326 minutes jouées à 5 contre 5 cette saison, la ligne n’a encaissé que 4 buts ! Soit un but toutes les 81 minutes… Et ils en ont marqué 22… Les trois amis ont encore accentué leur efficacité cette saison alors que Bruce Cassidy a légèrement modifié leur mission. Habitués aux mises en jeu défensives et aux face-à-face automatiques avec le meilleur trio adverse sous Claude Julien, Bergeron and co ont vu ces responsabilités s’alléger cette année. La conséquence en est une plus grande liberté offensive dont se repaît le trio. Derrière, Heinen-Backes-Nash font eux aussi du bon travail mais ne remplissent pas le filet adverse au même rythme. Par contre, Krejci-Debrusk-Spooner forment peut-être le maillon faible de l’effectif. Avec eux, Boston ne contrôle « que » 53% de la possession et 50% des buts anticipés.

La brigade défensive de Boston est tout aussi impressionnante que leur premier trio. Charlie McAvoy et Zdeno Chara font un travail remarquable face aux meilleurs éléments adverses. Oui, le jeune traîne le vieux mais McAvoy est bon à ce point-là. Leur différentiel de +16 à 5 contre 5 cette saison ne laisse pas planer de doute, les Bruins peuvent gérer les menaces. Surtout qu’ensuite, Torey Krug et Brandon Carlo ne sont pas en reste. La charge d’accompagner Chara était trop grande pour Carlo mais il est à sa place en numéro 4. Krug tire aussi son duo vers le haut mais la combinaison est efficace : 52,6% de possession et de buts anticipés, différentiel de +8. Enfin, il faut souligner le bon boulot de Miller-Grzelcyk en fond d’alignement.

Le trio de choc de Tampa Bay, Kucherov-Stamkos-Namestnikov, affiche un modeste 52,6% de possession et un négatif 49,2% de buts anticipés. Pourquoi ? Parce que la bande prend ses missions défensives un peu beaucoup à la légère. Ils ont certes marqué 27 buts à 5 contre 5 depuis le début de la saison mais en ont encaissé 22, un différentiel donc simplement de +5. L’avantage de Tampa vient des autres trios. Par contre, les compères Palat (blessé en ce moment) et Point allument tout ce qui bouge. Que ce soit avec Johnson ou Gourde, leurs stats sont largement positives et cumulent un différentiel de +18 ensemble ! (seul l’alignement avec Johnson apparaît dans le tableau ci-dessus). La 3e ligne est tout autant efficace dans son rôle. Killorn, Conacher et Gourde ont passé 19 matchs ensemble : 60% de possession, 63% de buts anticipés. Seulement 2 petits buts encaissés. Du travail d’occupation en bon et due forme. La profondeur offensive est bel est bien la grande force de Tampa.

En défense, le duo Hedman-Dotchin commence à bien se connaître. Les performances du géant suédois sont surtout en hausse, sachant que la paire doit assurer les arrières laxistes de Kucherov and co, transporter un Dotchin qui aurait davantage sa place sur une 2e paire et affronter les tâches très défensives. Cela pesait sur les stats du numéro 77 mais il semble avoir pris le fardeau à bras le corps. Le second duo Strålman-Sergatchev a un peu baissé le pied et souffle le chaud et le froid dans un rôle pourtant protégé. Le jeune a même été laissé de côté à plusieurs reprises en janvier. La 3e paire constitue par contre le talon d’Achille du club. En Coburn et Girardi, Tampa possède des défenseurs à l’ancienne. Ils sont utilisés en infériorité mais ce n’est pas pour rien que Steve Yzerman est à la recherche d’au moins un défenseur en vue des séries.

 

Au final

Tentons de résumer. Pas facile de différencier deux très bonnes équipes. Le talent individuel est peut-être du côté du Lightning, surtout en attaque, mais Boston forme un groupe très appliqué dans son système de jeu. Tampa a un léger avantage offensivement mais les Bruins sont une forteresse défensive… Nous n’avons pas parlé des gardiens mais Rask et Vasilevskiy sont au sommet de la ligue en ce moment. Néanmoins, les caractéristiques du Lightning sont plus en ligne avec ce qui permet d’habitude de ramener la coupe à la maison mais la marge est fine. Demandons aux chiffres de trancher.

Nous allons bientôt vous offrir sur Hockey Archives un simulateur de playoffs, dans le but de prédire le résultat de chaque série au printemps prochain. Nous vous en dirons plus bientôt.

Notons que si Tampa-Boston était joué sur terrain neutre, Tampa aurait 52% de chances de l’emporter. Le Lightning possède donc bien un léger « upside ».

Avec l’avantage de la glace, les probabilités de succès du Lightning montent à 54%.

Par contre, si Boston a l’avantage de la glace, ce sont les Bruins qui auraient 51% de chances de l’emporter, contre 49% pour Tampa.

C’est aussi serré que ça. Il reste 30 matchs pour affûter les stratégies et fourbir les armes.