Contrairement à leur quart de finale contre Mulhouse, les Brûleurs de Loups ont remporté hier la première manche de la demi-finale face aux Boxers de Bordeaux (5-3). Une rencontre dominée de bout en bout par Grenoble alors que Bordeaux peinait à retrouver le rythme de son quart de finale contre Gap. Philippe Bozon attend donc une réaction de ses joueurs ce soir s’il ne veut pas être distancé dans la série.
Edo Terglav espère, lui, faire la passe de deux avant de partir en Gironde, mais il devra se passer de David Rodman, laissé au repos après avoir pris un palet dans la figure hier soir. Comme Boštjan Goličič est toujours absent, Grenoble est donc privé ce soir de ses deux attaquants slovènes, ce qui a pour effet de réduire singulièrement sa force de frappe. En leur absence, Legault, convaincant hier pour son retour après cinq matchs de suspension, est aligné sur la première ligne aux côtés de Giroux et Leclerc.

Une première friction entre Leclerc et Dieudé-Fauvel donne le ton d’une rencontre qui sera joué en « mode play-off » avec provocations et brassages en tout genre. Les arbitres ne sanctionnent que Leclerc, coupable à leurs yeux du premier mauvais geste. Première supériorité numérique pour Bordeaux avec une tactique assez simple : McEachen à la pointe qui lance à la cage avec beaucoup de trafic devant Horak. À la peine hier en power-play, les Boxers essaient de repartir sur des bases meilleures mais peinent à s’installer durablement en zone offensive. Leclerc revient sur la glace, mais comme hier, c’est au retour à cinq contre cinq que Bordeaux trouve la faille sur un tir de la bleue de Tarantino qui surprend Horak, masqué (0-1, 08’23).
Mené au score, Grenoble réagit tout de suite par Kara qui vient se frotter aux défenseurs bordelais aux abords du slot. Bordeaux presse haut et se montre dangereux en zone offensive. Les Grenoblois en sont réduits à des tirs de loin à l’image de Bisaillon qui oblige Quemener à un arrêt difficile.

Ce but donne un regain d’énergie aux Brûleurs de Loups et sur un palet récupéré à la ligne bleue, Baylacq s’échappe tout seul le long de la bande, revient au centre pour défier Quemener. Sa feinte est tout près de marcher mais il ne parvient pas à redresser suffisamment le palet qui atterrit sur le poteau. Puis Legault qui à son tour s’offre une belle chevauchée à travers la défense bordelaise pour finalement échouer d’un rien face à Quemener.
La tension est toujours palpable dans ce match avec une petite explication en milieu de glace entre Giroux et Labelle qui conduit les deux joueurs en prison. Et à quatre contre quatre, c’est Bordeaux qui en profite : Edwards laisse en retrait pour McEachen dont le lancer contré par Petit surprend Horak (1-2, 17’32). Les débats deviennent encore plus tendus avec une charge de Legault puis une autre de Janil sur Tartari. Dame-Malka en met une couche à son tour en expédiant Janil dans la bande, ce qui permet à Bordeaux de finir le tiers en supériorité numérique. McEachen lance tout de suite sur la cage grenobloise, obligeant Horak à effectuer un arrêt décisif.

Alors que les Isérois commençaient à prendre l’ascendant, Dame-Malka se fait de nouveau sanctionner pour une faire-trébucher. Le power-play est bien installé mais le box-play grenoblois fait ce qu’il faut pour éviter un tir dangereux côté bordelais. Le jeu ne reste pas longtemps à cinq contre cinq puisque McEachen expédie Giroux sur la glace alors que ce dernier se présentait aux abords de la cage bordelaise. La supériorité numérique est mal négociée par les Brûleurs de Loups qui avaient une belle occasion pour revenir au score.

Après leur domination stérile, les Brûleurs de Loups finissent par se rapprocher de la cage : Bisaillon s’avance mais n’arrive pas à cadrer son tir puis c’est Leclerc au rebond qui croise trop son tir. Les situations chaudes se multiplient autour de la cage de Quemener et la défense bordelaise finit par craquer sur une passe en profondeur de Kara pour Hordelalay qui s’en va battre Quemener d’un tir en lucarne (2-2, 37’48).
Les Grenoblois sont bien près refaire la même action sur un contre bien emmené entre Tartari et Rohat mais cette fois Quemener stoppe l’action grenobloise. Un palet dégagé directement en tribunes par Jean-Philippe Côté vaut deux minutes de prison à l’intéressé. Cela permet à Bordeaux de finir fort le deuxième tiers-temps mais à la dernière seconde une grosse charge de Dame-Malka sur Terrier provoque une réaction de ce dernier qui se fait pénaliser.

Comme les Boxers parviennent à tuer la pénalité, les Brûleurs de Loups doivent de nouveau courir après le score. En possession du palet, ils poussent en zone offensive. Une pénalité est appelée contre Kramar pour une charge sur Kara. Une belle occasion pour Grenoble de recoller au tableau d’affichage. Bisaillon lance à la cage, le palet traîne mais personne ne le reprend. Valier fait passer un nouveau frisson avec une contre-attaque identique à la précédente mais cette fois la défense grenobloise s’en sort. Le power-play isérois pousse avec une opportunité de Le Blond et Hordelalay puis une autre de Hardy. À chaque fois, les Brûleurs de Loups sont tout proches d’égaliser mais Quemener, très solide dans sa cage, repousse l’échéance. Malgré une bonne gestion de cette supériorité numérique, Grenoble n’arrive pas à marquer.

Dame-Malka lance à la cage dans le trafic et Rohat est tout près de reprendre au rebond. Déjà mal engagées, les affaires grenobloises se compliquent sérieusement lorsque Baylacq entre en collision avec Quemener et se fait sanctionner pour une obstruction. Grenoble perd deux précieuses minutes à tuer la pénalité de Baylacq avant de revenir à cinq contre cinq alors qu’il reste un peu plus de trois minutes à jouer. Mais une nouvelle pénalité, cette fois pour un cinglage de Tartari, met quasiment un terme aux espoirs grenoblois.
Les Grenoblois y croient encore malgré l’infériorité. Après un bon travail en zone offensive de Kara, le palet revient devant le slot pour Rohat puis ressort pour Bisaillon : son lancer dans le trafic au ras du poteau trompe Quemener au grand dam de Philippe Bozon et du banc bordelais (3-3, 57’35). Malgré cette égalisation inattendue, les Boxers sont encore en supériorité numérique et peuvent reprendre l’initiative. Besch lance à la ligne bleue, Horak repousse puis c’est au tour de Petit de faire passer le frisson dans Pôle Sud. La défense grenobloise parvient à tuer la pénalité et les deux équipes partent en prolongation.

Le match bascule finalement sur une action qui fera polémique : Leclerc remonte le palet dans sa zone, McEachen le fait trébucher et récupère le palet (semble-t-il en plus après la ligne bleue). Il passe à Sauvé resté en zone offensive qui s’en va tout seul battre Horak (3-4, 63’33’).
Une faute grossière et évidente non sifflée par les arbitres qui crée un déséquilibre énorme dans le jeu à trois contre trois mais au final un but validé : les Grenoblois avaient de quoi être frustrés de l’issue de cette rencontre qui bascule sur une (non-)décision arbitrale particulièrement discutable, à l’image d’un arbitrage (volontairement ?) laxiste sur l’ensemble de la rencontre qui a contribué à l’ambiance délétère.

Sur le plan individuel, on notera la performance de Quemener, bien meilleur que la veille, alors que Horak peine encore à se montrer vraiment décisif. Côté bordelais, on retiendra l’activité de Jonathan Lessard et de Peter Valier, très actifs ce soir. À Grenoble, les buteurs habituels (Giroux, Champagne) se sont montrés discrets et les absences de Goličič et Rodman se sont fait ressentir offensivement. Une fois de plus Sébastien Bisaillon, le meilleur joueur grenoblois depuis le début des play-offs, a endossé le costume du sauveur en allant chercher une égalisation improbable à trois minutes de la fin en infériorité numérique. À 1-1 dans la série, le suspense est de mise alors que la série prend la direction de la patinoire Mériadeck. Suspense garanti.
(Photos Emmanuel Giraudeaux)
Commentaires d’après-match :
Edo Terglav (entraîneur de Grenoble) : « Sur Guillaume Leclerc, il y a eu quoi ? Il est tombé tout seul, c’est comme ça. Ils ont pris le palet et ils ont marqué. L’affûtage n’était pas bon, il faut demander à Willy, il faut mieux affûter les patins… Je préfère quand les équipes gagnent le match, pas d’autres personnes. C’est ce qui me met en colère. Je suis fier de mon équipe, on a joué tout un match, on n’a pas fait le meilleur début mais en deuxième partie du match on a vu une super équipe de Grenoble, je n’ai rien à dire de ce côté-là. Il faut battre les partisans, il faut battre l’équipe adverse, il faut aussi battre d’autres personnes pour arriver où on veut. C’est ça qui est dommage parce que tu travailles toute l’année pour arriver là et tu te fais battre par… Chaque match, on fait le tour des vidéos, je responsabilise les joueurs pour qu’ils soient meilleurs, j’aimerais bien que le responsable des arbitres commence à faire ça aussi parce qu’il y a trop d’erreurs, on met notre carrière et notre job en ligne chaque soir, et à la fin il arrive ce qui arrive… Les joueurs se donnent pendant soixante-dix minutes à fond, prêts à mourir sur la glace, et derrière… En début de période, Maxime Legault arrive devant le gardien et tombe tout seul, et à la fin Guillaume tombe encore tout seul… Et après, ils marquent deux buts en plus. Que dire de plus ? C’est comme ça… »
Pierre-Charles Hordelalay (attaquant de Grenoble) : « On a respecté les consignes, on les a moins pressés quand ils avaient le plein contrôle du palet, ils ont une capacité d’aller vers l’avant un peu plus haute que ce qu’avait Mulhouse. On n’a pas été surpris par cette équipe, elle joue physique, il y a beaucoup de qualités offensivement. On a quand même répondu présent, je trouve. Sur la dernière action, je ne vois pas ce qui se passe, je ne peux pas commenter là-dessus. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a eu un arbitrage beaucoup plus strict hier, et un peu plus laxiste aujourd’hui. C’est difficile pour nous de s’adapter, ça nous prend un peu de temps mais ça fait partie du jeu. Il ne faut pas trop penser à ce qui s’est passé, on a perdu, ils ont récupéré l’avantage de la glace, on aura envie d’aller gagner les deux matchs là-bas, on ne va pas se cacher. Je pense qu’on a un groupe qui ne panique pas, c’est notre grande force depuis la deuxième moitié de saison. En début de saison, dès qu’on commençait à prendre des pénalités, on s’énervait et on déjouait. Depuis décembre/janvier, on a pris conscience de notre force, comme ce soir où on finit à quatre et on égalise. La provocation, ça fait partie du hockey et surtout des play-offs, des fois il faut montrer un peu de caractère et des fois ne pas rentrer dans le jeu. C’est une ligne assez mince sur laquelle il faut marcher et il faut être un peu plus intelligent que l’adversaire. »
Philippe Bozon (entraîneur de Bordeaux) : « C’était un vrai match de play-offs, j’ai vu mon équipe qui a bien réagi et qui a joué comme on a joué la première ronde. Hier c’était dur de trouver le rythme mais on a super bien réagi, on était là au niveau de l’intensité, de l’engagement. On a fait une super première période, la deuxième c’était un peu plus compliqué, on a perdu un peu le momentum sur des erreurs qu’on a faites nous pour redonner de l’énergie à Grenoble. Mais comme on l’a montré dans la série de Gap, à chaque fois que l’équipe revient, on va chercher ce but qui nous fait du bien. Fier de l’équipe ce soir, fier de l’effort, fier de la réaction. Au-delà du résultat, ce qui m’importait c’était de voir la vraie équipe de Bordeaux. C’est ce qu’on avait montré contre Gap et on l’a montré ce soir. Chaque match aura son histoire dans cette série-là. On se prépare pour mardi, une autre confrontation qui va monter crescendo. J’espère qu’on aura un gros public à Bordeaux. L’objectif est de bien se reposer, de bien récupérer et de préparer au mieux le match suivant. »
Maxime Moisand (capitaine de Bordeaux) : « C’est un bon match de play-off entre deux grosses équipes, il y a de la tension, il y a des coups mais c’est normal. Les arbitres ont laissé assez jouer ce soir, donc c’est pour ça que le match part un peu en sucette, mais globalement, c’est une grosse série, c’est une demi-finale, c’est normal qu’il faille payer le prix pour aller en finale. Ça fait du bien au moral, surtout quand ils reviennent à la fin, on prend un coup sur la tête, et le fait de marquer en prolongation nous fait beaucoup de bien. Ils ont mis une grosse pression, on a su être efficace sur nos actions, il fallait être solide défensivement, c’est ce qu’on a fait, il y a eu pas mal de sacrifices, on a bien réagi après cette égalisation à une minute de la fin. On a bien travaillé le PK, on sait que le power-play de Grenoble est très efficace. On fait des heures de vidéo, la tactique sert à ça, on est content que ça paye. Quand le power-play va un peu moins bien, c’est bien que le PK prenne le relais, il y a des soirs où c’était l’inverse. Ça va faire du bien d’avoir l’appui du public un peu parce que là on a vu un public très chaud ce soir encore, ce sont des bonnes atmosphères, des bons moments à vivre. Ça va être très tendu avec la tension qui monte jusqu’à la fin du match mais c’est ce qu’on aime dans le hockey aussi. Je ne vois pas ce qui se passe sur la dernière action, c’est un fait de jeu, je peux comprendre qu’ils soient énervés s’il y a une erreur de l’arbitrage, ça nous est arrivé aussi et on a eu cette frustration-là donc je peux comprendre. On se concentre sur le prochain de match, ce n’est pas à nous de s’occuper de ça. »
Grenoble – Bordeaux 3-4 après prolongation (1-2, 1-0, 1-1, 0-1).
Samedi 10 mars 2018 à 20h la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3100 spectateurs.
Arbitrage de Damien Bliek et Alexandre Bourreau assistés de Guillaume Gielly et David Courgeon
Pénalités : Grenoble 18′ (6’, 8’, 4’, 0’), Bordeaux 16’ (4’, 10’, 2’, 0’)
Tirs : Grenoble 40 (10, 16, 13, 1), Bordeaux 29 (10, 6, 11, 2)
Évolution du score :
0-1 à 08’23 : Tarantino assisté de Kramar et Lessard
1-1 à 13’13 : Le Blond assisté de Legault et Hardy (sup. num.)
1-2 à 17’32 : Petit assisté de McEachen et Edwards
2-2 à 37’48 : Hordelalay assisté de Kara et Bisaillon
2-3 à 41’07 : Valier assisté de Lessard et Dieudé-Fauvel (inf. num.)
3-3 à 57’35 : Bisaillon assisté de Rohat et Kara (inf. num.)
3-4 à 63’33 : Sauvé assisté de McEachen
Grenoble
Attaquants :
Alexandre Giroux (2’) – Guillaume Leclerc (2’) – Maxime Legault
Gabin Ville (4’) – Joël Champagne (A) – Vincent Kara
Pierre-Charles Hordelalay – Matthieu Le Blond – Julien Baylacq (2’)
Joona Kunnas – Sébastien Rohat – Matthias Arnaud
Défenseurs :
Kyle Hardy (C) – Sébastien Bisaillon
Christophe Tartari (A) (2’) – Olivier Dame-Malka (4’)
Jean-Philippe Côté (2’) – Aziz Baazzi
Gardien :
Lukáš Horák
Remplaçants : Antoine Bonvalot (G), David Rodman. Absents : Boštjan Goličič (blessé), Teddy Trabichet (commotion).
Bordeaux
Attaquants :
Julien Desrosiers (2’) – Felix Petit – Spencer Edwards
Antti Jaatinen – Maxime Sauvé – Olivier Labelle (A) (2’)
Jonathan Lessard (6’) – Matthias Terrier (2’) – Peter Valier
Lionel Tarantino – François Paquin – Julien Guillaume
Aina Rambelo
Défenseurs :
Benjamin Dieudé-Fauvel – Jonathan Janil
Patrick McEachen (2’) – Dominik Kramar (2’)
Nicolas Besch (A) – Maxime Moisand (C)
Gardien :
Ronan Quemener
Remplaçants : Clément Fouquerel (G), Vincent Cadren. Absents : Mathieu André, Adam Hughesman (blessés)









































