À qui le trophée Norris du meilleur défenseur ?

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Comme pour les autres trophées cette saison, il est bien compliqué de prédire un clair vainqueur pour le Norris, remis au meilleur défenseur de la ligue. Si la plupart des années, un Erik Karlsson ou Brent Burns semblaient des vainqueurs logiques, l’image est beaucoup plus floue en 2017-18. Essayons d’y voir plus clair à l’aide des statistiques.

 

Huit candidats

À des fins de lecture, nous avons décidé de nous limiter à huit candidats, se basant réalistiquement sur le classement des meilleurs marqueurs parmi les défenseurs. Nous avons choisi d’ignorer Shayne Gostisbehere et Torey Krug car ceux-ci ont un temps de jeu limité (moins de 22mn) et ne sont même pas considérés comme le défenseur numéro un de leurs équipes. C’est la même chose pour Tyson Barrie et Alex Pietrangelo a été laissé de côté pour Seth Jones car il ne représentait pas de toute façon une candidature crédible après examen de ses stats.

Restent donc, par ordre alphabétique : Brent Burns, John Carlson, Drew Doughty, Victor Hedman, Seth Jones, Erik Karlsson, John Klingberg et P.K. Subban.

Première étape, regardons la production personnelle des candidats car même si nous parlons de défenseurs, le hockey moderne demande une implication offensive maximale. Notons que nous ne regarderons pas ici la production en Power play. Nos huit candidats ont tous récoltés de 20 à 32 points en avantage numérique, sauf 18 pour Karlsson, mais l’impact des attaquants et du schéma tactique de l’équipe dans cette situation est trop important pour être inclus ici comme facteur de différentiation.

Si Erik Karlsson ne caracole pas en tête des compteurs, c’est qu’il a raté une dizaine de matchs. Ses 1.5pts par 60mn jouées sont une coche au-dessus de tout le monde. Klingberg est second est le reste du peloton est assez groupé, hormis Drew Doughty un peu à la traine. C’est également le cas au regard des points primaires (but et première assist), le brigadier des Kings est bon dernier alors que Hedman, Karlsson, Subban et Klingberg sont dans un mouchoir de poche.  

Comme d’habitude, l’image devient moins floue lorsque l’on rentre dans l’impact sur le jeu, à savoir la différence entre lorsque le joueur est sur la glace et lorsqu’il est sur le banc.

Cette fois-ci, Doughty rattrape et efface complétement son retard de production. Lui et Karlsson dominent largement au Corsi relatif, à savoir la part des tirs tentés avec ou sans le joueur. Si tous les candidats améliorent le sort de leur équipe lorsqu’ils sont sur la glace, l’impact de Doughty, Karlsson, Jones et Burns est plus que significatif alors que Hedman et Subban se démarquent moins, peut-être du fait de coéquipiers aussi plus solides qu’ailleurs, avec lesquels il est difficile de se différencier réellement.

En termes de buts anticipés relatifs, Doughty se détache cette fois d’un bon coup de rein (désolé je viens de regarder du cyclisme). En sa présence, les buts anticipés des Kings sont de 51.1%, dans le positif donc. Sans lui, cela tombe à 45.8%, un abysse en termes de jeu. Klingberg et Karlsson sont les plus performants ensuite, alors que Burns et Subban avaient un impact négatif sur leurs équipes dans ce domaine.

Regardons maintenant le détail de cet impact en jetant un œil sur l’impact relatif sur les tirs en attaque et en défense. Notez que pour la défense, les données ont été inversées pour faciliter la compréhension. Si c’est vers le haut, c’est tout bon.

Nulle surprise de retrouver ici le champion tous terrains de la gâchette, Brent Burns. En sa présence, l’attaque des Sharks décolle carrément. Carlson et Klingberg ne sont pas mal non plus alors que Doughty, Jones et Karlsson se tiennent collés-serrés. Ici encore, Nashville tirait davantage au but sans Subban qu’avec lui. Une situation qui s’inverse d’un point de vue défensif. Les Preds accordaient moins de tirs avec le numéro 76 que sans lui. Cela reste tout de même un large cran derrière les impacts positifs de Doughty et Karlsson sur la défense de leurs équipes respectives. John Carlson fait, lui, pâle figure, à l’image de la défense très passive des Capitals cette saison.

Autre élément important pour un défenseur, la mise en contexte. Suivant les équipes, un défenseur numéro un pourrait être déployé au four et au moulin, ou dans une situation plus précise, suivant les autres forces à disposition dans l’effectif.

C’est ici que nombre des statistiques de Subban prennent sens. Le défenseur des Preds a démarré 37% de ses présences en zone défensive, un nombre bien supérieur à celui de ses collègues. Assigné aux tâches ingrates avec Matthias Ekholm, il n’est pas étonnant de voir davantage son impact sur le jeu défensif de Nashville qu’en attaque, ce qui n’a pas empêché, on l’a vu, une production personnelle presque record pour lui. Carlson et Doughty ont eu leur part de missions difficiles alors que Jones et Burns étaient plus protégés.

En termes de qualité des coéquipiers, Hedman était le mieux pourvu, suivi de Subban, Jones et Burns. À l’inverse, Karlsson a dû faire avec des coéquipiers affichant un Corsi moyen de 44%, très très médiocre, pour rester poli.

Dernière étape, les infériorités numériques, ou la quintessence du travail défensif.

Carlson, Doughty, Hedman et Subban ont tous passé environ 200 minutes en infériorité cette saison, Karlsson seulement 100, Burns 121, Jones 138 et Klingberg 91. Or, des quatre défenseurs les plus engagés dans cette situation, Subban est le seul à avoir donné un impact positif à son équipe, aussi bien au niveau des tirs que des buts anticipés concédés. Drew Doughty était particulièrement à la peine alors que ses gardiens ont colmaté nombres de brèches pour tenir le PK des Kings à flot. Burns, Jones ou Klingberg ont rendu de belles copies dans une utilisation donc limitée, souvent face aux secondes vagues d’avantage numérique adverses.

 

Y voit-on plus clair ?

Chacun ses forces et ses faiblesses, même si quelques noms ressortent assez visiblement. Pour nous aider à prendre une décision finale, nous avons simplement classé les candidats sur chacune des stats présentées et additionné les points. À noter que pour les deux indicateurs en infériorité numérique, nous avons classé Carlson, Doughty, Hedman et Subban de 1 à 4, puis les autres de 5 à 8, afin d’illustrer leur utilisation supérieure.

Résultat des comptes :

Karlsson 37pts

Doughty 39pts

Klingberg 41pts

Carlson 43pts

Subban 46pts

Hedman 48pts

Burns 52pts

Jones 53pts

Erik Karlsson et Drew Doughty confirment donc l’impression qui ressortait tout au long de l’article. Le suédois, compte-tenu du contexte affreux de sa franchise, de la faiblesse de l’aide à ses côtés, et un PDO de 97 sans qui sa production aurait été bien supérieure, mériterait sans doute un nouveau Norris sur sa cheminée. Réalistiquement, la qualification des Kings pour les séries conférera à Doughty une valeur additionnelle aux yeux des votants. Soulignons la très belle saison de Klingberg, au sein d’une brigade défensive des Stars parmi les plus hermétiques de la ligue, n’eut-elle été abandonnée par ses gardiens en fin de route. Et notons enfin que Hedman, porté par la première moitié de saison en fanfare du Lightning, n’est peut-être pas aussi proche du trophée qu’on le croit.      

 

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