Les États-Unis en mémoire de Jim Johansson

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Comment réagir après une défaite inattendue ? Les États-Unis et le Canada ont tous deux perdu des matchs qu’ils ont copieusement dominés au chapitre des tirs cadrés. Leur manque de réalisme devant la cage, couplé à des performances exceptionnelles des gardiens adverses, leur a coûté une chance de médaille d’or.

Il reste donc à se motiver pour ce match de l’après-midi, avec la médaille de bronze, lot de consolation. Les Américains n’en comptent pas beaucoup : dix-huit médailles au total, sept en bronze. Il n’y a eu que trois médailles depuis 1997 (2004, 2013, 2015) : un succès aujourd’hui serait un bel hommage au regretté Jim Johansson, cheville ouvrière de la formation américaine, disparu en début d’année.

Côté canadien, les propos de Marc-Edouard Vlasic après la demi-finale étaient sans équivoque. Les Canadiens restaient sur trois finales consécutives. Tout autre résultat qu’un podium serait considéré comme un camouflet. Après l’échec de Kuemper hier, McElhinney est titularisé pour ce match décisif.

Un match sans rythme

La partie débute avec un petit rythme et aucune ambiance… Un tir canadien dévié, et en face un lancer de DeBrincat constituent les premières banderilles.

Le style de jeu des deux formations affiche une parenté remarquable : gagner des duels dans les bandes, remettre à la bleue, lancer de loin en espérant une déviation ou un rebond. Il faut dire que les deux entraîneurs ont connu la même école… Peters et Blashill furent les élèves de Mike Babcock.

On s’ennuie ferme dans ce match cadenassé. Après dix minutes, le Canada ne compte qu’un seul lancer, et bénéficie alors d’une supériorité pour une faute de Murphy.

La plus grosse occasion revient à Dylan Larkin en infériorité. L’attaquant de Detroit vole un palet et s’échappe. McElhinney ferme bien les jambières et sauve son camp. Les Canadiens auront une ultime séquence dans le slot, bloquée par Kinkaid.

Le rythme augmente peu à peu, même si bien peu de tirs arrivent à destination, bloqués en route. Un mouvement canadien finit par donner un bon tir à Bailey sur le côté gauche. Kinkaid repousse de la botte, et ses coéquipiers obtiennent un jeu de puissance dans la foulée pour un cinglage de Jost.

Le jeu de puissance ne donne rien et le tiers se termine sur une ultime action américaine : McAvoy est mis au sol au moment de décocher son tir à 1,4 secondes de la pause. Connor McDavid est sanctionné pour faire trébucher.

Les États-Unis trouvent enfin la clé

L’équipe spéciale s’installe bien et McElhinney doit repousser plusieurs chances. Atkinson au cercle, Lee au rebond, puis Butcher de loin, encore Lee… Le Canada survit. L’indiscipline pèse, cependant. Ryan Murray est pris pour charge avec la crosse sur la présence suivante.

Ekblad surgit pourtant en infériorité sur un bon décalage et son tir trouve le masque de Kinkaid. La réplique américaine vient de DeBrincat, servi par un beau mouvement de Kane. Le capitaine enchaîne avec un tir en pivot dangereux.

Les occasions pleuvent désormais. Juste après la fin de l’avantage, McAvoy reçoit le rebond d’un tir contré. Le gardien est hors de position mais le palet percute le poteau. Dans la foulée, Larkin se crée une chance et envoie Edmundson en prison. Kreider, en déviation, force McElhinney à réussir un arrêt acrobatique.

Le joueur des Rangers finit par ouvrir le score en contre. Larkin parvient à sortir le palet le long de la bande et pivote pour le renvoyer dans la neutre. Sa passe échappe à DeBrincat et retombe dans les patins de McDavid, qui joue mal le coup. Le disque lui échappe. Kreider, dans son dos, accélère, feinte le gardien et marque du revers (1-0). Un but qui profite d’un très mauvais changement de ligne canadien sur cette fin de supériorité.

En confiance, les États-Unis développent un bien meilleur jeu collectif. Une série de passes croisées libère Bonino dans le dos de la défense. Gaudreau l’a vu et le sert d’une diagonale, et le joueur de Nashville attaque la cage. McElhinney doit sortir un grand écart pour tenir le score.

Le Canada ne produit pas grand chose. Il faut attendre la mi-match pour que cela chauffe un peu dans l’enclave. Barzal y envoie le palet et O’Reilly cherche le rebond. Kinkaid finit par geler le disque.

Le jeu s’ouvre enfin. Un bon travail du trio Kreider-Larkin-Lee permet au sniper des Islanders de tenter une reprise mi-hauteur, sans réussite. Le Canada repart à l’opposée et Kinkaid sort un tir de l’épaule, avant de voir le rebond filer juste à côté de son poteau. Mais les Canadiens concèdent une nouvelle faute lorsque Beauvillier charge Murphy contre la bande au point que le défenseur en perd son casque…

Le jeu de puissance tourne bien, mais les positions de tirs restent moyenne. Un rebond pris par Kreider clôture cette séquence dangereuse mais stérile. Le jeu de passe américain se montre plus précis. Sur un beau mouvement de Bonino, Jensen, au deuxième poteau, manque le cadre. Le Canada part en contre-attaque et Vlasic mystifie le malheureux Jensen en tête de cercle. Le tir à travers la foule trompe Kinkaid, masqué (1-1)…

Un but malchanceux, qui ne démobilise par les joueurs de Blashill. McElhinney stoppe immédiatement deux tirs. Le score est donc toujours de parité après deux tiers, 1-1.

L’indiscipline coupable

Le troisième tiers débute avec de bonnes intentions. Kane vole un palet mal géré par Parayko et McElhinney repousse. En face, Kinkaid sort deux tentatives canadiennes, dont un tir de Parayko plein axe.

Apathiques pendant deux tiers, les joueurs de Bill Peters démontrent de meilleures intentions et s’installent plus longuement en attaque. Kinkaid tient le fort malgré quelques rebonds.

En face, la ligne forte du jour, Lee-Larkin-Kreider, continue de peser. Anders Lee, libéré au cercle droit, force McElhinney à une parade difficile.

Les deux équipes se rendent coup pour coup dans les duels. Sorti du banc, Gaudreau est mis au sol par Ekblad et le Canadien sort deux minutes. Gaudreau, lui, ne prend rien, même si sa roulade était très exagérée sur ce faire trébucher.

Les États-Unis cafouillent leur avantage. Kreider revient en catastrophe bloquer McDavid parti en contre, puis, sur la présence suivante, Lee est sanctionné pour crosse haute. Vingt-deux secondes de quatre-contre-quatre, puis avantage canadien. Le jeu de puissance s’installe, ne trouve pas d’angle de tir et disparaît quand O’Reilly fait voler dans les airs la crosse de Connor Murphy.

Lee, encore présent, tente sa chance en entrée de cercle. Sur la mise au jeu qui suit, Kane reprend instantanément. McElhinney laisse un rebond qui traîne dans des patins et perd le palet de vue. Bonino, lui, a suivi et marque du revers dans la cage déserte (2-1).

Le Canada presse, et Kreider intercepte : il file en échappée et manque le but du break, battu par un McElhinney patient.

Le Canada peine à passer à la vitesse supérieure, malgré tout. À trois minutes de la fin, son manque de réalisme est criant. Kinkaid laisse un gros rebond et la cage est grande ouverte… Le tir file au-dessus, peut-être dévié par le plongeon de Butcher.

À trois minutes de la fin, McElhinney sort pour un attaquant, mais les États-Unis exploitent la cage vide avec une belle précision d’Anders Lee le long de la bande (3-1) puis un but moins académique de Kreider (4-1).

Les États-Unis en voulaient sûrement plus. Plus motivés que les Canadiens par cette médaille de bronze, seulement la sixième depuis l’or de 1960 aux Jeux olympiques (qui comptait alors comme Championnats du monde). Mais la troisième médaille de bronze en cinq ans. Les joueurs s’intéressent enfin au Mondial, héritage du travail mené pendant des années par Jim Johansson. L’ancien manager de la fédération, disparu en début d’année, a laissé son empreinte sur un tournoi qu’il aimait et en qui il croyait beaucoup. Les joueurs tenaient à lui rendre hommage – un maillot à son nom figure sur la photo officielle – et c’est avec beaucoup d’émotions qu’ils ont accepté leurs médailles de bronze des mains de John Johansson, frère de l’ancien cadre de USA Hockey.

Oui, il y avait bien une équipe plus motivée ce soir, plus collective et beaucoup, beaucoup moins indisciplinée…

Désignés joueurs du match : Chris Kreider (États-Unis) et Curtis McElhinney (Canada)

Commentaires d’après-match :

Tyson Jost (attaquant du Canada) : « Après le match d’hier, il fallait vite revenir dans le tournoi. Ce n’est certes pas une excuse. Nous voulions tant l’or, c’est très décevant. Nous étions passifs en début de match, puis nous sommes rentrés dans le piège des pénalités. Cela nous a empêché de trouver notre rythme et nous avons été en retard tout le match. C’est une défaite difficile à digérer. »

Bill Peters (entraîneur du Canada) : « Le match a été poussif. Mais je crois que les deux équipes auraient préféré jouer ce soir. Nous avons failli être menés 2-0 et nous revenons à 1-1. Nous aurions aimé joué plus à cinq contre cinq… L’arbitrage a été un facteur sans doute, avec par exemple un duel dans le coin sur Nurse qui aurait pu nous donner un six-contre-quatre en fin de match. L’équipe était jeune, un groupe impressionnant de maturité car certains jouaient un tournoi en senior pour la première fois. Ils apprendront beaucoup de ce tournoi. »

Blake Coleman (attaquant des États-Unis) : « C’est super de gagner des trophées, même si nous aurions préféré l’or. Nous avons réussi à digérer le match d’hier et à nous reconcentrer. Le tournoi a été long mais c’est une très bonne expérience, un tournoi compétitif. Avec un effectif rempli de joueurs NHL, nous avons pu faire de bonnes choses et l’encadrement a été parfait, avec nos familles en plus. »

Will Butcher (défenseur des États-Unis) : « La défaite hier était frustrante, mais nous voulions finir sur une bonne note. Nous sommes bien rentrés dans le match. Hier je discutais avec mon père, et je me rendais compte que cela faisait plus de cent matchs pour ma première saison professionnelle. Je suis content de pouvoir enfin me détendre et je vais passer du temps avec ma famille dans la maison de mes parents cet été. Il y a beaucoup de choses à travailler sur mon jeu en vue de l’année prochaine. »

Keith Kinkaid (gardien des États-Unis) : « Nous avons su rebondir après un match où nous avions beaucoup lancé au but, mais perdu. Nous l’avons réussi ce soir. Nous avons su rester patients. C’est vraiment une très bonne expérience pour moi et terminer par une médaille est encore meilleur. Nous voulions l’or pour Jim Johansson, qui a tant contribué à notre programme de formation. Nous devions gagner quelque chose pour lui, en respect de tout ce qu’il a fait pour nous. »

Connor Murphy (défenseur des États-Unis) : « Nous nous sommes levés ce matin en nous disant que tout le travail des dernières semaines devait rapporter quelque chose. C’est toujours une motivation supplémentaire de jouer contre le Canada. Nous avons tous joué contre eux dans les catégories de jeunes ou à la Coupe du monde et c’est toujours un match à part, avec de la passion et de la fierté. Après cette victoire, j’ai une pensée pour Jim Johansson. Il a fait en sorte que ces Mondiaux se jouent dans une ambiance familiale, qu’il y ait un traitement des joueurs aussi bon. Pouvoir venir en famille, c’est cela qui décide des joueurs du calibre de Patrick Kane à venir. »

Jeff Blashill (entraîneur des États-Unis) : « Le Canada a poussé en troisième période et j’ai beaucoup de respect pour eux. Hier c’était décevant, et nous avons eu une réunion pour en parler. Pour dire à quel point les médailles sont importantes pour notre programme, nous en avons seulement quelques-unes depuis 1960. Beaucoup de gens ont beaucoup donné pour le programme de formation et nous leur devions quelque chose. Cette médaille de bronze sera très spéciale pour moi. L’or viendra, j’en suis convaincu, car nous avons des jeunes de talent. Ce tournoi a toujours été important pour Jim Johansson, un homme d’honneur à l’éthique de travail exemplaire. C’est ce qui nous a inspirés aujourd’hui, cette valeur de travail et cette absence d’égoïsme. Son frère John a parlé à l’équipe, a dit aux joueurs à quel point ce tournoi comptait pour Jim. C’était formidable de l’avoir ici. Nous avons vécu un très bon séjour au Danemark, une très belle organisation, une météo ensoleillée tout du long… C’est une grande expérience, qui m’apprend beaucoup, et qui me permet de travailler avec un staff remarquable. »

 

États-Unis – Canada 4-1 (0-0, 1-1, 3-0)
Match pour la troisième place. Dimanche 20 mai 2018, 15h45. 12111 spectateurs.
Arbitrage de Mikko Kaukokari (FIN) et Jozef Kubus (SVK) assistés de Miroslav Lhotsky (TCH) et Sakari Suominen (FIN).
Pénalités : États-Unis 4′ (2′, 0′, 2′), Canada 14′ (4′, 6′, 4′)
Tirs : États-Unis 37 (11, 16, 10), Canada 25 (6, 10, 8)

Récapitulatif du score
1-0 à 26’40 : Kreider assisté de DeBrincat et Larkin (sup. num.)
1-1 à 38’06 : Vlasic assisté de Horvat et Turris
2-1 à 53’21 : Bonino assisté de Kane (sup. num.)
3-1 à 57’45 : Lee assisté de McAvoy (cage vide)
4-1 à 58’18 : Kreider (cage vide)

États-Unis

Attaquants
Alex DeBrincat (-1) – Colin White (-1) – Patrick Kane (C)
Cam Atkinson (-1) – Nick Bonino – Johnny Gaudreau
Anders Lee (2′, +2) – Dylan Larkin (A, +2) – Chris Kreider (+2)
Blake Coleman – Derek Ryan
Tage Thompson [une présence]

Défenseurs
Alec Martinez (+1) – Connor Murphy (A, 2′, +1)
Will Butcher – Charlie McAvoy (+1)
Nick Jensen – Neal Pionk (-1)
Quinn Hughes

Gardien :
Keith Kinkaid

Remplaçants : Scott Darling (G), Sonny Milano

Réservistes : Charlie Lindgren (G), Jordan Oesterle (D), Brian Gibbons (A)

Canada

Attaquants
Ryan Nugent-Hopkins (-1) – Connor McDavid (C, 2′, -1) – Brayden Schenn (A, -1)
Ryan O’Reilly (A, 2′, -1) – Mathew Barzal – Anthony Beauvillier (2′)
Jean-Gabriel Pageau – Bo Horvat – Kyle Turris
Jordan Eberle (-1) – Pierre-Luc Dubois – Tyson Jost (2′)
Josh Bailey

Défenseurs
Marc-Edouard Vlasic – Colton Parayko (-1)
Joel Edmundson (2′) – Aaron Ekblad (2′, -1)
Ryan Murray – Darnell Nurse
Ryan Pulock

Gardien :
Darcy Kuemper [sorti de 57’45 à 58’18]

Remplaçant : Curtis McElhinney (G). Réservistes : Mickael DiPietro (G), Thomas Chabot (D), Jaden Schwartz (A)