Genoni porte la Suisse en finale

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La Suisse a une marche d’un exploit. La Nati, victorieuse surprise de la Finlande en quarts de finale, vise un retour en finale, après la médaille d’argent de 2013. De cette équipe, il reste quelques rescapés : Berra, Josi, Diaz, Niederreiter, Moser. Un club des cinq d’autant plus motivé pour aller encore plus haut. Le gardien partant ne sera cependant pas Berra mais Leonardo Genoni.

En face, un ogre : le Canada. Mais un ogre pas vraiment convaincant tout au long du tournoi. Des gardiens hésitants, une défense pas toujours bien placée. Le jeu de puissance ? Seulement septième, mais le meilleur désavantage numérique. Une équipe moyenne portée à bout de bras par Connor McDavid, 16 pts en 8 matchs…

La Nati fait sensation

Le début de match reste prudent des deux côtés. Si Genoni doit sortir loin de son but pour dégager un palet raté à la bleue offensive par Diaz, la Suisse obtient la première grosse occasion. Une erreur de relance ligne de fond profite à Gaétan Haas entre les cercles et Kuemper repousse. Il y a le feu autour du but, et Nurse est puni pour retard de jeu. Le jeu de puissance ne donne rien, mais confirme la petite tendance favorable aux Helvètes. Ils cadenassent les joueurs à la feuille d’érable, qui ne comptent qu’un modeste tir en huit minutes.

La Nati prend confiance et obtient la meilleure occasion du match à mi-période. Timo Meier sort avec le palet dans un duel et élimine son défenseur. Seul devant le gardien, il tire au dessus. Puis, Scherwey, sorti du banc, reçoit une passe de la gauche et s’infiltre dans la défense. Lui aussi perd son duel contre Kuemper.

Après une occasion de Niederreiter, le Canada frôle l’ouverture du score. L’échec-avant derrière le but libère McDavid, qui sort du fond, pivote et lance. Genoni ne peut que dévier et le palet retombe derrière lui, dans sa zone bleue. Un défenseur est le plus rapide et dégage le palet.

Le danger se rapproche, avec un poteau de Bo Horvat. De l’autre côté, Meier reçoit une passe sur le côté du but après une feinte de tir qui a mis Kuemper hors de position… mais ne trouve pas le cadre devant une cage ouverte ! La Suisse tire à tout va, saute sur les rebonds mais ça ne rentre toujours pas.

Pas mieux pour Beauvillier entre les cercles, dans un match de plus en plus ouvert. La Suisse finit par régler la mire en premier : Tristan Scherwey défie deux défenseurs, et son lancer utilise Nurse en écran. Kuemper est battu (0-1).

Un but finalement méritée pour la Suisse, plus ambitieuse dans le jeu, et qui vire en tête.

Genoni, dernier rempart

Pas de recul pour la Nati : elle débute avec un lancer dans l’axe de Niederreiter, à côté. L’ailier du Wild enchaîne avec une longue présence offensive, créant une autre occasion de Corvi. C’est ensuite un 3-contre-1 gâché, avec une passe contrée par le défenseur…

Le Canada est dans les cordes, avec une simple déviation de Barzal de près à se mettre sous la dent. C’est bien Kuemper qui a le plus de travail, et sort encore deux arrêts difficiles, portant son total à six arrêts en trois minutes…

Genoni n’est pas en reste. Sur une erreur de relance, Pageau reçoit le palet tout seul dans l’enclave. Le gardien parvient à contrer en se lançant au sol. Mais le Canada ne parvient pas à construire son jeu, et se contente trop souvent de balancer à la cage sans trop réfléchir.

C’est finalement sur un contre que le Canada revient. Pageau récupère, envoie du revers Dubois dans la neutre. Ce dernier décale Horvat sur sa gauche. Le buteur des Canucks a un peu d’avance sur son défenseur et envoie un tir croisé mi-hauteur, copie conforme du but suisse (1-1).

Un accrochage d’Edmundson installe la Suisse en supériorité. Patiente, elle fixe. Andrighetto surprend la défense et écarte à droite. Fiala trouve deux joueurs seuls dans l’enclave, Hofmann et Haas. La reprise du premier n’est pas parfaite, mais la cage était grande ouverte (1-2). Un superbe mouvement des joueurs de Patrick Fischer, face à une défense canadienne en retard.

Vexé, le Canada repart au combat. Schenn décroche une bonne chance, puis obtient une contre-attaque. Barzal découpe la défense avec une passe transversale, mais Genoni a suivi. Son déplacement ultra-rapide sur sa gauche lui permet de faire l’arrêt sur la volée de Beauvillier. Le banc canadien s’était levé en pensant au but…

La Suisse a tendance à reculer sur cette fin de tiers, et se fait même enfermer dans sa zone lorsqu’un de ses attaquants brise sa crosse. Les tirs canadiens sont tout de même bloqués, ou hors cadre. La Nati desserre même l’étau sur la fin et prend le contrôle du jeu dans la zone canadienne.

Le tiers s’achève sur quelques lancers canadiens : McDavid du cercle, O’Reilly de près puis en déviation, et encore dans un cafouillage dans le slot, lancé par Nugent-Hopkins. Malgré dix-huit tirs dans ce tiers, le Canada ne passe pas Genoni.

Le sacrifice jusqu’au buzzer

Matthew Barzal prend les choses en main dès la reprise. Il tricote son palet en solitaire au milieu de la défense, slalome, et son tir du revers trouve le poteau de Genoni. Cela donne le coup d’envoi d’un gros temps fort canadien, qui campe dans la zone suisse. Turris, par exemple, échoue sur la botte en grand écart, puis Vlasic sur la plaque…

Et tout s’arrête lorsque Müller est touché au visage par la crosse de Nugent-Hopkins. Horvat, en contre, échoue sur la botte lui aussi, et la Nati repart. Elle s’installe, et trouve Andrighetto au cercle gauche. Il arme, et, au moment du tir, Gaétan Haas vient voiler Kuemper, mystifié le long de son poteau par une légère déviation (1-3). Un but qui a failli ne pas se produire : la passe pour Diaz en haut de la zone a été déviée par un Canadien, mais pas suffisamment…

Genoni poursuit ses miracles et bloque un tir de Beauvillier entre les cercles. Ekblad enchaîne de la bleue : Genoni repousse. La Suisse défend son enclave bec et ongles, ne laissant que des miettes en périphérie. Barzal a beau faire de son mieux cela ne passe toujours pas. Il sert Beauvillier dans le slot et Genoni repousse encore avec un réflexe étonnant.

Alors que la Suisse avait effectué un bon travail de discipline, Noah Rod gâche un peu tout en cinglant Parayko en zone offensive, une faute inutile. O’Reilly commence à chauffer la cage en pivot, mais manque le cadre. Il retente le même geste, et se heurte à la plaque de Genoni. Le portier sauve sur Nugent-Hopkins, puis Eberle au rebond près du poteau. Ces petits jeux dans l’enclave n’aboutissent pas et la Suisse revient au complet.

À 2’40 de la fin, Kuemper laisse sa place à un attaquant. Le Canada s’installe et s’appuie sur le slap de Parayko. Le grand défenseur de St. Louis voit son tir transpercer le rideau défensif (2-3).

Recroquevillée sur son but, la Suisse résiste, résiste… Le Canada envoie le palet dans l’enclave, cherche à gratter des rebonds, mais cela ne passe pas. L’ultime chance de McDavid se heurte à la jambière de Genoni.

La Suisse réussit l’un des plus beaux exploits de son histoire en accédant une deuxième fois à la finale des Championnats du monde. Elle vient de terrasser successivement la Finlande et le Canada, grâce un énorme sens du sacrifice défensif, et deux performances mémorables de Genoni. Parviendra-t-elle à faire la passe de trois face à la Suède, pour un premier titre mondial ?

Désignés joueurs du match : Bo Horvat (Canada) et Leonardo Genoni (Suisse)

Trois meilleurs Canadiens du tournoi selon leurs entraîneurs : Ryan Nugent-Hopkins, Aaron Ekblad et Connor McDavid.

Trois meilleurs Suisses du tournoi selon leurs entraîneurs : Nino Niederreiter, Mirco Müller, Enzo Corvi.

Commentaires d’après-match

Marc-Edouard Vlasic (défenseur du Canada) : « Sur un match, n’importe qui peut gagner. Mais c’est inacceptable pour le Canada de perdre contre la Suisse. Nous avons eu nos chances, cinquante tirs, beaucoup dangereux… Nous n’avons pas pu scorer le troisième but. On doit trouver une façon, malgré le gardien. Deux buts sur leur jeu de puissance, ça arrive… Mais on avait nos chances, il faut scorer. Ce n’est pas en marquant seulement deux buts que l’on gagne. Je le répète, contre une équipe mieux classée on aurait pu se satisfaire de l’effort, mais là, c’est inacceptable contre la Suisse. Contre les États-Unis pour le bronze, il faudra être prêt. C’est une équipe qui a beaucoup de talent et de vitesse. »

Bill Peters (entraîneur du Canada) : « Je suis frustré, déçu. Nous n’avons pas fait assez pour gagner. Nous avons couru après le score tout le match. Ils venaient de battre la Finlande et, lors du meeting vidéo de la veille, nous avions revu tout ça. Nous savions que la Suisse était capable de grandes choses et qu’il ne fallait pas la sous-estimer. Leur gardien a pris feu, et nous avons peiné à créer quelque chose dans notre jeu de transition et notre vitesse. Les équipes spéciales ont fait la différence, un grand écart complet par rapport aux matchs précédents. Parfois cela s’est joué à peu, comme sur le but gagnant où nous touchons un petit peu le palet avant la passe et le tir avec un bon écran. »

Timo Meier (attaquant de la Suisse) : « Contre une si bonne équipe, renforcée de grands joueurs NHL, nous savions qu’il faudrait être solides défensivement et tout laisser sur la glace. Nous avons eu deux bons tiers, puis défendu le troisième. Demain, nous essaierons d’écrire l’histoire. Nous savons que nous pouvons jouer à ce niveau, si nous jouons notre jeu – agressif, rapide. Il ne tient qu’à nous de faire les sacrifices et l’effort. »

Gaétan Haas (attaquant de la Suisse) : « Nous voulions prouver que nous aussi, nous avons une grande équipe. Tout le monde a tout donné, a fait le travail. Canada ou pas, c’est pareil, il faut essayer de gagner le match. On peut battre n’importe qui si on joue notre jeu. Nous avons trouvé le chemin pour gagner, on y a cru. Si on y croit pas, ce n’est pas la peine de jouer ! Demain, c’est un match comme un autre. Il faudra mettre sur la glace autant d’énergie que depuis le début du tournoi. On a toutes nos chances. »

Mirco Müller (défenseur de la Suisse) : « Viser l’or, c’est incroyable. C’est ma première finale, je vais essayer de savourer et de fêter cela un tout petit peu ce soir. C’est formidable pour notre pays, pour nos supporters qui ont fait le voyage depuis Herning. C’est une superbe expérience. »

Tristan Scherwey (attaquant de la Suisse) : « C’est incroyable, les émotions sont très hautes. On a vécu ces émotions contre la Finlande et nous voulions les revivre. Nous savions que ça allait être dur, mais on a fermé la maison et bloqué chaque tir. La Suède… Il y a quelque chose de bien à faire, montrer une réaction par rapport au premier tour. Mon rôle ? J’essaie de construire chaque match, et avec la confiance qui grandit, c’est incroyable. Dans ce Mondial, on travaille en équipe, on accepte chacun notre rôle. Demain, il faudra contrôler nos émotions et jouer solide dans les moments-clés. »

Patrick Fischer (entraîneur de la Suisse) : « Nous avions besoin d’un grand gardien et de rebonds favorables, nous les avons eu. Je suis très fier des joueurs, ils ont bataillé ce soir. Après de mauvais Jeux olympiques, il y a eu beaucoup de critiques des médias, mais pas autant que je me suis critiqué moi-même. Nous avons rebondi ce soir et tout donné sur la glace. Nous avons passé de très bons moments dans cette belle ville de Copenhague et c’est un Mondial positif. Les dix premières minutes, nous étions un peu timides. Puis, il y a eu quelques mises en échec et nous avons joué plus rude. Notre premier but les a mis sur leur défensive. C’était comme l’autre demi-finale, le premier but du match peut tout changer, c’est ça notre sport. Les émotions sont très hautes après ce match, très positives bien sûr. Nous devions faire un match parfait ce soir, et ce sera aussi le cas demain. La Suède nous a battus en 2013 et nous voulons prendre notre revanche. Notre équipe est jeune, ils ne réfléchissent pas beaucoup et veulent simplement jouer. Ils ont une grande confiance en eux, c’est la particularité de cette génération. Avec une bonne défense demain, tout peut arriver. La recette du succès en Suisse ? Vous le voyez à l’extérieur du pays, mais à l’intérieur ils ne se rendent pas compte du bon travail depuis des années… La Suisse est un pays fier, honnête, qui aime s’améliorer et qui est capable d’auto-critique. C’est ce qui permet aux joueurs de se dépasser. »

 

Canada – Suisse 2-3 (0-1, 1-1, 1-1)
Samedi 19 mai 2018, 19h15. Royal Arena de Copenhague. 12166 spectateurs.
Arbitrage de Mikko Kaukokari (FIN) et Jozef Kubus (SVK) assistés de Miroslav Lhotsky (TCH) et Brian Oliver (USA).
Pénalités : Canada 6′ (2′, 2′, 2′), Suisse 2′ (0′, 0′, 2′)
Tirs : Canada 45 (9, 18, 18), Suisse 17 (5, 11, 1)

Récapitulatif du score
0-1 à 18’41 : Scherwey assisté de Untersander et Kukan
1-1 à 27’20 : Horvat assisté de Dubois et Pageau
1-2 à 29’40 : Hofmann assisté de Fiala et Andrighetto
1-3 à 44’14 : Haas assisté de Andrighetto et Diaz (sup. num.)
2-3 à 57’53 : Parayko assisté de McDavid et Schenn (att. supp.)

Canada

Attaquants :
Ryan Nugent-Hopkins (2′, +1) – Connor McDavid (C, +1) – Brayden Schenn (A, +1)
Ryan O’Reilly (A) – Kyle Turris (-1) – Tyson Jost (-1)
Josh Bailey – Mathew Barzal – Anthony Beauvillier
Pierre-Luc Dubois (+1) – Bo Horvat (+1) – Jean-Gabriel Pageau (+1)
Jordan Eberle

Défenseurs :
Marc-Edouard Vlasic – Colton Parayko (+1)
Joel Edmundson (2′) – Aaron Ekblad (+2)
Ryan Murray (-1) – Darnell Nurse (-1)
Ryan Pulock

Gardien :
Darcy Kuemper [sorti de 57’20 à 57’53 et de 57’58 à 60’00]

Remplaçant : Curtis McElhinney (G). Réservistes : Michael DiPietro (G), Thomas Chabot (D), Jaden Schwartz (A, blessé)

Suisse

Attaquants :
Kevin Fiala (-1) – Enzo Corvi (-1) – Nino Niederreiter (A, -1)
Sven Andrighetto – Joel Vermin (-1) – Timo Meier
Gregory Hofmann – Gaëtan Haas – Simon Moser (-1)
Noah Rod (2′, +1) – Reto Schäppi – Tristan Scherwey (+1)

Défenseurs :
Raphael Diaz (C, -1) – Roman Josi (-1)
Ramon Untersander – Dean Kukan (-1)
Mirco Müller – Michael Fora
Lukas Frick (+1)

Gardien :
Leonardo Genoni

Remplaçants : Reto Berra (G), Chris Baltisberger. Réservistes : Gilles Senn (G), Joël Genazzi (D), Damien Riat (A)