L’or au bout du suspense

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La revanche de 2013 est-elle en marche ? À Stockholm, la Suisse avait surpris son monde et décroché l’argent, battue par la Suède. Cette fois, la Nati est bien déterminée à déjouer les pronostics…

Il faut dire que les Helvètes ont fait le plein de confiance après avoir sorti la Finlande et le Canada, portés par deux prestations haut de gamme de Leonardo Genoni dans les cages. Il faudra la même rigueur défensive et la même discipline, ainsi que l’opportunisme offensif, face à une formation suédoise invaincue. En tour préliminaire, la Tre Kronor s’était imposée 5-3, avec un but cage vide, bien aidée par deux buts en supériorité au premier tiers…

Une Suède qui pourrait gagner pour la deuxième année de suite, ce qui serait une première depuis 1991-1992.

La Nati fait jeu égal

La Suisse se crée la première occasion avec un magnifique jeu de passe. Nilsson doit bloquer à bout portant. La Suède met tout autant d’intensité et de patinage. Arvidsson, lancé par une passe levée dans le dos de la défense, se présente seul devant Genoni et son tir traverse la zone bleue… à côté !

La Suisse est parfaitement rentrée dans son match et exploite sa grande qualité de patinage et de vitesse, avec un soutien permanent au porteur de palet. Derrière, elle se montre solide et limite les mouvements adverses, tout en passant du temps en zone offensive.

La Suède sort la tête de l’eau à mi-période et s’octroie une série d’occasions, par Ekman-Larsson servi en deuxième rideau, Zibanejad au rebond, puis Lindholm de la bleue et Hörnqvist de près. Genoni reste concentré. Ce temps fort se concrétise par une supériorité consécutive à une crosse haute de Niederreiter sur Arvidsson. Le danger se rapproche encore avec quelques situations chaudes dans l’enclave, mais la défense effectue un bon travail pour bloquer les tirs et cantonner le jeu à la périphérie.

La pénalité ne donne rien, mais consolide une domination suédoise accrue. La Suisse défend parfaitement, attentive, et presse à l’échec-avant de manière agressive afin de gêner la relance. Dès qu’il y a une option, les ailiers décollent telles des fusées et attaquent la cage, à l’image de Scherwey.

Sur une mise au jeu, la Suisse fait même mieux : elle ouvre le score ! Depuis la neutre, une passe vers la gauche ouvre le jeu. Josi lance à la cage avec du trafic devant Nilsson et Niederreiter surgit pour prendre le rebond, et le glisser entre les jambes du gardien (0-1).

Le public est en fusion, mais pas longtemps. Ekholm bloque la zone offensive et relance en hauteur. Le palet retombe sur Nyquist et tout le monde le perd de vue un court instant. Du cercle droit, le joueur de Detroit a le temps de contrôler, puis profite de l’écran de Johan Larsson pour tromper Genoni au cercle (1-1). Une erreur de marquage qui coûte très cher. Johan Larsson manque de peu le deuxième but peu après, sorti du coin. 1-1 après vingt minutes de haut niveau : du spectacle à profusion…

Un bras de fer épuisant

La Suisse obtient rapidement un jeu de puissance sur une crosse haute de Nyquist. La Suisse peine à s’installer. Après une sévère mise en échec de Niederreiter sur Ekman-Larsson, la Suède se dégage et change de ligne… mais le palet revient plus vite que prévu. Timo Meier reçoit le palet sur l’aile droite et a du champ : il expédie un tir précis en haut du cercle et trompe Nilsson (1-2).

La Suisse est sur un nuage et s’installe pour une longue présence offensive. Josi termine par une volée de la bleue à travers la foule. Nilsson capte, et, alors que tout le monde chasse le rebond, Ekholm et Fiala sont ennemis d’un soir et sortent tous les deux. La Suède chauffe la cage de Genoni et se fait piéger sur un 3 contre 1 mené par Timo Meier, qui patiente trop et ne parvient pas à passer en retrait, parfaitement bloqué par Adam Larsson. Le quatre contre quatre s’achève sans occasion.

La Nati maîtrise son sujet, limite les occasions adverses et explose en contre. Moser, en force, se heurte à Nilsson. Les Scandinaves cherchent la clé, tournent autour de la cage et tentent de placer le palet dans l’enclave. Il y a toujours une crosse pour dégager avant que cela ne devienne trop dangereux.

Une très longue présence en zone offensive épuise la défense, enfermée pendant plus de deux minutes. Forsberg obtient un tir qui touche l’extérieur du poteau, puis un autre hors cadre, mais la Suisse, patiente, ne craque pas, jusqu’à un accrochage de Corvi. Cette fois, c’en est trop. La Suisse bataille dans le coin, mais le palet ressort pour la Suède à la bleue, repart à droite vers Zibanejad. De loin, le joueur des Rangers envoie un tir laser en pleine lucarne (2-2).

La fin de tiers est sous tension. La Suisse obtient une bonne chance sur un débordement de Meier, qui sert Andrighetto en retrait. Nilsson repousse avec difficulté, puis sort de la plaque un tir de Fiala. La dernière chance sera pour Arvidsson, qui exploite un changement de ligne suisse pour initier un 2 contre 1. Genoni contrôle ce tir en force. 2-2, la finale tient toutes ses promesses…

À quelques centimètres

La Suède attaque fort. Elle se crée deux chances à bout portant, avec notamment Hörnqvist planté dans l’enclave, que Genoni sort de la jambière avec des réflexes étonnants. La Suisse réplique avec un tir flottant de la bleue, dévié juste à côté. La partie est serrée, sans espace…

Une perte de palet de Meier dans la neutre libère cependant Backlund pour une échappée. Il fixe Genoni, qui étire la jambière au maximum et bloque le tir ! Josi, revenu à toute vitesse, concède deux minutes sur l’action.

Le jeu en infériorité suisse ne lâche rien, agressif sur le porteur du palet, avec des sacrifices au bloc… Les deux minutes sont tuées, mais une autre pénalité est appelée immédiatement contre Josi, à peine sorti du banc : il n’avait pas les deux pieds sur la glace au moment de jouer le palet. Héroïque, la défense à quatre des Suisses s’accroche, cantonne le jeu à la périphérie et résiste… et s’en sort !

On file d’un but à l’autre : Meier d’un côté, Forsberg de l’autre en tour de cage… les deux gardiens ne cèdent pas. Le temps défile à toute vitesse et la patinoire entière retient son souffle. Il reste vingt secondes : la Suisse change de ligne et Ekholm transperce la défense. Il est seul devant Genoni… qui sauve ! le gardien Suisse emmène le match en prolongations !

Vingt minutes à quatre-contre-quatre. La Suisse est à un tir de son premier sacre. La Suède à un tir de son doublé… Le niveau de stress déborde.

Les premières minutes de la prolongation sont tendues. Aucune des deux formations ne veut faire la première erreur, et tous s’appliquent à des changements de ligne rapides.

La Suisse décoche le premier tir. Haas, en pivot le long de la bande, trouve Müller ligne bleu. Le tir du défenseur est bloqué par Nilsson. L’arrière des Devils récidive sur un bon travail de Niederreiter, sans plus de succès.

La chance de la Suède arrive après huit minutes. Alors que Meier a tiré hors cadre, les Scandinaves pertent en contre. Ekman-Larsson reçoit le palet en retrait et Genoni sauve son camp. Le défenseur d’Arizona se blesse au visage en tombant.

Klingberg, lui aussi libéré au cercle, se heurte à la mitaine de Genoni, à mi-chemin de cette prolongation. La Suède impose un temps fort, et Genoni ne lâche rien.

La Suisse desserre l’étau. Une bonne passe envoie Fora en infiltration, qui se présente contre Nilsson… arrêt. Le gardien est encore plus fort sur une reprise de volée de Fiala à bout portant, qu’il bloque de la mitaine de manière incroyable.

Il reste trente secondes, la Suisse a une mise au jeu en zone offensive et Patrick Fischer utilise son temps mort. La Suisse n’obtient aucune occasion et la Suède repart de l’autre côté, décale Larsson… Le tir en force percute le poteau opposé avec 2,7 secondes à faire et sort : tirs au but !

L’an passé la Suède avait remporté le titre aux tirs au but contre le Canada…

La Suisse marque d’entrée avec un beau mouvement d’Andrighetto, qui met au sol le gardien et s’ouvre le but. (0-1)
Zibanejad échoue sur Genoni.
Fiala trouve la plaque de Nilsson.
Rakell voit son tir dévié par Genoni à côté.
Corvi échoue sur le poke check de Nilsson.
Ekman-Larsson choisit le tir et égalise en lucarne (1-1).
Haas perd le contrôle du palet sur sa feinte.
Forsberg trouve la faille côté mitaine (2-1).
Niederreiter doit marquer… mais Nilsson fait l’arrêt.

La Suède conserve son titre, au bout du suspense !

Désignés joueurs du match : Filip Forsberg (Suède) et Roman Josi (Suisse)

Commentaires d’après-match :

Ramon Untersander (défenseur de la Suisse) : « Nous étions si près, nous avons bataillé si dur… je suis très déçu. Fier, mais c’est très difficile à vivre. Nous nous sommes améliorés de match en match, d’année en année. Nous reviendrons. »

Joël Vermin (attaquant de la Suisse) : « C’est difficile de perdre avec autant d’occasions, notamment en prolongations. C’est dur. Nous avons très bien défendu et nous avons été opportunistes tout le tournoi. Pour l’instant, nous sommes très déçus, et nous serons fiers du parcours plus tard. C’est une défaite crève-cœur après un très bon match. »

Johan Larsson (attaquant de la Suède) : « Nous avons mis du temps à nous mettre en place puis nous avons dominé l’essentiel du match, pendant qu’ils nous attendaient. Cela aurait pu basculer de n’importe quel côté en prolongations et aux tirs au but. Un match très disputé, et nous étions comme à la maison avec tous ces supporters. »

Magnus Pääjärvi (attaquant de la Suède) : « Il y a eu tellement de rebondissements ce soir. Nous aurions pu marquer plus tôt, puis nous avons commencer à fatiguer. Aux tirs au but, on ne sait jamais ce qui va arriver. Ils avaient battu la Finlande et le Canada et tout le mérite leur revient : ils ont joué un très bon match, et un très bon tournoi. Leur gardien a fait une partie remarquable, et leur défense était très bien en place. Les succès de la Suède ? Nous avons un bon système, depuis les catégories de jeunes, ce qui nous amène du succès en U20, puis en NHL. Il y a une bonne alchimie dans l’équipe et je suis très content d’en faire partie. »

Mikael Wikstrand (défenseur de la Suède) : « Nous avons su que nous avions une bonne équipe dès le début, que nous avions une chance de gagner. C’est une grande victoire pour nous. Nous avons été menés pendant le match, mais nous avons su rester calmes et rester dans notre plan de jeu. Nous avons fait du bon travail. La Suisse avait battu la Finlande et le Canada et nous savions que c’était une très bonne équipe. »

Hampus Lindholm (défenseur de la Suède) : « C’était un grand match, nous voulions vraiment faire le doublé. C’est toujours difficile aux tirs au but, mais j’avais confiance en mes coéquipiers et je suis content de cette victoire. Un gardien, c’est la colonne vertébrale de l’équipe. Quand il joue bien, le reste de l’équipe aussi et c’était le cas des deux côtés ce soir. La Suisse a très bien joué, collectivement, a bien défendu et il faut les féliciter. »

Patrick Fischer (entraîneur de la Suisse) : « La Suède nous a stoppés en 1998, en 2006, en 2013, l’année dernière et cette année… parce que c’est une bonne équipe. Je suis très fier de ce qu’on a fait cette année. Nous avons vécu des grands moments, meilleurs qu’à Stockholm en 2013. Les joueurs ont fait preuve de beaucoup de courage, ont joué de la bonne manière. Nous avons échoué d’un tout petit rien. Il y a trois ans, tout le monde m’a ri au nez quand j’ai parlé de titre. Et nous voila battus seulement aux tirs au but… »

Rickard Gronborg (entraîneur de la Suède) : « Deuxième année aux tirs au but, ça se joue à bien trop peu pour ma santé ! Coup de chapeau à la Suisse, qui s’est accrochée à son plan de jeu, nous a cantonné à la périphérie. Nous avons fait un bon travail, dans un match difficile, pour rester concentrés. Nous terminons invaincus et ce n’est pas un mince exploit. C’est une sensation incroyable pour le staff. Ce tournoi est très important pour nous, cela permet de construire les fondations de demain. Les jeunes s’identifient et cela donne envie de jouer, de progresser. Seuls trois joueurs champions cette année étaient avec nous l’an dernier, cela montre qu’il y a beaucoup de joueurs de haut niveau, en NHL, qui font du bon travail. Ces victoires conservent l’intérêt du public et entraînent d’autres succès. La contribution des joueurs NHL qui sont arrivés en cours de tournoi a été importante. Nous faisons ces connexions en cours de saison chaque année et nous les laissons jouer leur saison jusqu’au bout. C’est toujours un pari, vous ne savez jamais… Mais là, nous avons obtenu des joueurs décisifs, qui changent le cours d’un match : Forsberg, Arvidsson, Ekholm qui est l’un des meilleurs défenseurs de NHL, et Hörnqvist, un vrai leader avec deux coupes Stanley. Backlund ? Il a fait un travail remarquable. Il a fait encore plus que ce que je pensais, il a fait le lien entre les joueurs et le staff, toujours à étudier le calendrier… C’est un homme remarquable. Nos gardiens ont tous les deux été brillants. Nilsson n’avait pas joué depuis longtemps et nous avons facilité son entrée en faisant jouer Hellberg au début. Il y aura sans aucun doute un intérêt de la NHL pour ces deux-là. Nilsson peut être gardien partant quelque part. »

Suède – Suisse 2-2 (1-1, 1-1, 0-0, 0-0) / 2-1 aux tirs au but
Finale. Dimanche 20 mai 2018, 20h15. Royal Arena de Copenhague. 12490 spectateurs.
Arbitrage de Roman Gofman (RUS) et Oliver Gouin (CAN) assistés de Gleb Lazarev (RUS) et Nathan Vanoosten (CAN)
Pénalités : Suède 4′ (0′, 4′, 0′, 0′), Suisse 10′ (2′, 4′, 4′)
Tirs : Suède 37 (13, 11, 8, 5), Suisse 27 (7, 8, 3, 9)

Récapitulatif du score
0-1 à 16’38 : Niederreiter assisté de Josi et Fiala
1-1 à 17’54 : Nyquist assisté de Ekholm
1-2 à 23’13 : Meier assisté de Corvi et Josi (sup. num.)
2-2 à 34’53 : Zibanejad assisté de Ekman-Larsson (sup. num.)

Tirs au but :
Suisse : Andrighetto (but), Fiala (arrêt), Corvi (arrêt), Haas (manqué), Niederreiter (arrêt)
Suède : Zibanejad (manqué), Rakell (arrêt), Ekman-Larsson (but), Forsberg (but)

Suède

Attaquants :
Rickard Rakell – Mika Zibanejad – Mattias Janmark
Patrick Hörnqvist – Mikael Backlund (C) – Gustav Nyquist (2′)
Filip Forsberg – Jacob de la Rose – Viktor Arvidsson
Magnus Pääjärvi – Adrian Kempe – Johan Larsson
Dennis Everberg

Défenseurs :
Oliver Ekman-Larsson (A, -1) – Adam Larsson
Hampus Lindholm – John Klingberg (A)
Mattias Ekholm (2′, +1) – Mikael Wikstrand

Gardien :
Anders Nilsson

Remplaçants : Magnus Hellberg (G), Lias Andersson. Réservistes : Filip Gustavsson (G), Erik Gustafsson (D, fracture du pouce), Elias Pettersson (A, fracture du pouce)

Suisse

Attaquants :
Kevin Fiala (2′, +1) – Enzo Corvi (2′, +1) – Nino Niederreiter (A, 2′, +1)
Sven Andrighetto (-1) – Joel Vermin (-1) – Timo Meier (-1)
Gregory Hofmann – Gaëtan Haas – Simon Moser
Noah Rod – Reto Schäppi – Tristan Scherwey

Défenseurs :
Raphael Diaz (C, +1) – Roman Josi (A, 4′, +1)
Ramon Untersander – Dean Kukan
Mirco Müller (-1) – Michael Fora (-1)
Lukas Frick [1 présence]

Gardien :
Leonardo Genoni

Remplaçants : Reto Berra (G), Chris Baltisberger. Réservistes : Gilles Senn (G), Joël Genazzi (D), Damien Riat (A)