Génération 2022, état des lieux : L’attaque (3/3)

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Troisième volet de notre panorama « Objectif 2022 » avec le secteur le plus riche en potentiel : l’attaque.

Rappel : Les gardiensLes défenseurs

L’attaque apparaît comme le secteur le plus rassurant, tout en étant le plus difficile à mesurer.

Chaque année, quatorze attaquants sont sélectionnés au Mondial, et seulement treize sont inscrits sur la feuille de match. On trouve traditionnellement une diversité de profils : des attaquants au rôle offensif (plutôt sur les deux premières lignes) et d’autres au profil plus défensif, ou « énergiques », chargés de contenir les meilleurs trios adverses. Cette répartition des rôles implique une sélection qui ne correspond pas forcément à « celui qui marque le plus de points », mais bien à celui qui acceptera le mieux un rôle spécifique, ou qui ronchonnera le moins de n’avoir que quelques présences par match, ou d’être en tribunes…

Parmi l’effectif actuel, un certain nombre de joueurs paraissent incontournables – Bellemare, Roussel, Da Costa, Fleury. Mais dans l’optique de 2022, anticiper un déclin éventuel lié à l’âge devient un exercice périlleux. Et il n’est pas assuré que ces cadres puissent être disponibles au tournoi de qualification comme aux Jeux olympiques.

Bellemare, par exemple, aura 37 ans à Beijing. Il n’est pas rare de voir des hockeyeurs poursuivre leur carrière jusqu’à cet âge, mais aura-t-il le même rôle qu’actuellement ? Il ne s’agit là que d’un seul exemple, mais il se pose pour bien d’autres joueurs. Il ne faut pas oublier que les qualifications auront lieu en 2020 : le mélange expérience-jeunesse y sera décisif.

Parmi les joueurs qui ont participé au Mondial 2018, neuf auront trente ans ou plus en 2022 – sans compter Roussel et Bellemare, donc.

La quête de la relève devient une mission essentielle, car presque tous les joueurs concernés occupent actuellement un rôle de top-6.

Les soucis offensifs des Bleus au cours de ce Mondial témoignent de la difficulté de dénicher du potentiel en attaque. Anthony Guttig et Loïc Lampérier en sont une très bonne illustration. Tous deux figurent régulièrement parmi les meilleurs marqueurs de la ligue Magnus, pourtant, aucun des deux n’a réussi à franchir le cap pour marquer avec constance au niveau Mondial.

La marche demeure particulièrement haute. Le niveau d’intensité, d’exigence, de qualités physiques et de vitesse demandés restent trop ardus pour certains joueurs. La France semble produire abondance de profils travailleurs de soutien – ailiers combatifs, aux bonnes qualités défensives – mais moins de centres d’envergure, de buteurs purs et de joueurs capables de renverser un match. Stéphane Da Costa est un peu seul dans ce rôle, avec Alexandre Texier en candidat possible à sa succession.

Notre état des lieux tente de prendre en compte différents facteurs. La liste ci-dessous a utilisé plusieurs critères :
-joueurs ayant participé aux Mondiaux depuis 2013
-joueurs invités aux différents regroupements de l’équipe de France depuis 2013
-joueurs des listes élargies, pré-convocations aux Mondiaux depuis 2013
-anciens internationaux U20 depuis 2013.

Pour ce dernier critère, l’exercice devient encore plus difficile, car il y a une part de projection. Pour les joueurs nés entre 1993 et 1995, on peut estimer qu’une performance d’impact en ligue Magnus a minima est un prérequis essentiel.

Pour les joueurs nés entre 1996 et 2000, les exigences ne sont pas forcément identiques au fil du temps – un joueur de 23 ans devra être plus établi en élite qu’un 19 ans, bien sûr.

On constate de plus en plus de prêts de ces 18-22 ans en Division 1 ou 2, ce qui apparait comme une excellente nouvelle. Cette période de développement critique dans la carrière d’un joueur exige du temps de jeu. Trop souvent cantonné à un rôle de faire-valoir au bout du banc en Magnus, parfois sans la moindre présence sur la glace, ces « joueurs formés localement » ne servent alors qu’à rentrer dans les critères demandés par la Fédération.

Le temps de jeu acquis en Division 1 ou 2 face à des joueurs adultes et expérimentés constitue ainsi un outil de développement. Mais il devient parfois complexe de comparer des joueurs évoluant dans des divisions différentes, dans des équipes aux ambitions différentes, aussi.

Et bien sûr, la question du rôle – offensif, défensif, énergique… – échappe un peu à une simple analyse de statistique.

Cet état des lieux ne prétend pas être exhaustif. Il n’a pour but que de repérer une tendance, d’identifier une photographie à un moment donné. La saison prochaine permettra à Philippe Bozon et son staff de mieux cerner les forces en présence, de leur adéquation avec le projet des « valeurs de l’équipe de France », aussi. La mentalité des joueurs échappe elle aussi aux statistiques…

Premier groupe : les vétérans (1992 et avant)

On trouve dans ce groupe les futurs trentenaires de 2022. Ce sont sur ces joueurs que l’on devra compter au prochain tournoi de qualification olympique, sans avoir la certitude qu’ils joueraient à Beijing en cas de succès… Ces cadres des Bleus occupent l’essentiel du top-6.

Parmi les autres candidats, on trouve de nombreux marqueurs de qualité de la ligue Magnus, dont certains ont éclos sur le tard – le cas de Julien Correia par exemple.

Cela semble en effet un phénomène récurrent en France. On constate régulièrement que, contrairement aux autres pays, les joueurs français deviennent compétitifs au Mondial plus tardivement. Ce qui fait de l’équipe de France l’une des plus âgées en moyenne dans le tournoi : 27 ans cette année, là où les quatre demi-finalistes étaient à moins de 25 ans de moyenne.

Enfin, parmi ce groupe, on trouve des joueurs de complément en ligue Magnus, parfois appelés en sélection mais dont le profil « colle » beaucoup plus à un rôle de soutien en troisième ou quatrième ligne.

Deuxième groupe : la génération intermédiaire (1993-1996)

Perret, Bouvet et Leclerc, ou encore Tim Bozon et Malo Ville, figurent dans ce deuxième groupe. Il s’agit de joueurs qui viennent de s’établir en ligue Magnus et qui y ont déjà plus ou moins d’impact. Certains ont déjà fait le pari de l’étranger.

Ils ont quatre ans pour franchir les étapes nécessaires à leur installation dans le groupe France, et d’y jouer un rôle majeur. C’est typiquement cette génération qui devra assurer le leadership en cas de qualification à Beijing.

Les joueurs de cette liste ont comme point commun une histoire en équipe de France U18 et U20. Certains ont déjà connu quelques sélections en Bleu.

L’aspect « rôle spécifique » en attaque prend tout son sens si l’on prend comme exemple Floran Douay, qui n’a marqué que quatre buts toutes compétitions confondues sur les deux dernières saisons. Son rôle est différent : apporter de l’impact physique, travailler défensivement, notamment en infériorité. La quête de joueurs de devoir figure aussi dans la liste des tâches…

Troisième groupe : la génération dorée (1997-2000)

Couvés par la FFHG depuis sa création en 2006, ces jeunes joueurs ont donné leur plein potentiel en décrochant la qualification en élite mondiale U18. Ce qui frappe, c’est l’impact précoce de certains de ces joueurs dans leurs équipes respectives. Alexandre Texier, surdoué de cette génération, en est le chef de file.

Mais il n’est pas seul : Addamo, Boudon, Bougro, dominent leur classe d’âge. Valérian Mathieu fut la révélation de la saison en ligue Magnus, avec le trophée de meilleur jeune – partagé avec Rudy Matima. Pour une partie de ces joueurs, il reste un Mondial U20 à disputer en décembre. Un Mondial qui permettra peut-être de rêver d’une montée en élite…

A l’horizon 2022, il y aura peut-être plusieurs joueurs de cette génération en équipe de France. S’ils font les bons choix sportifs. S’ils font le travail et les sacrifices requis pour atteindre le haut niveau. Pour tous, la route sera encore très longue.

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