L’union fait la force

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Le soutien du ministère finlandais pour ses médaillées olympiques,  un coup de gueule légitime, une nouvelle compétition lancée par la NWHL, le hockey féminin a absorbé ces dernières semaines des initiatives salutaires. Mais sa progression est dépendante de la mutualisation des efforts.

La Finlande exemplaire

La semaine dernière, Susanna Tapani a reçu un appel qu’elle n’aurait pas imaginé. Comme 21 autres de ses coéquipières olympiques, l’attaquante finlandaise de 25 ans a reçu la bonne nouvelle, une nouvelle historique : le Ministère de l’Éducation et de la Culture – qui regroupe également les sports en Finlande – a annoncé que chaque joueuse de l’équipe féminine de hockey, vainqueur de la médaille de bronze aux JO de PyeongChang, percevrait une bourse de 10.000 euros. Cette gratification fait partie d’une enveloppe de 900.000 € du ministère versée à des athlètes finlandais présents à l’olympiade sud-coréenne.

10.000 euros pour chacune des joueuses de la sélection nationale, l’initiative est inédite en Finlande. Car l’année dernière, seules huit hockeyeuses finlandaises avaient obtenu une bourse, et pour un montant bien inférieur, 5000 euros. Et que dire des hockeyeuses de l’équipe Suisse qui, pour une performance identique à Sotchi quatre ans auparavant, obtenaient chacune, de la part de la fédération suisse, à peine 1000 francs suisses (860 €). Une somme ridicule pour une médaille olympique.

Susanna Tapani peut elle apprécier le geste du ministère, auprès de Yle : « C’est une grande décision. Je n’avais jamais reçu de bourse jusqu’à maintenant. Et c’est vraiment génial que toute l’équipe ait pu recevoir cette gratification. Cela aurait été un problème si une seule partie de l’équipe en profitait. Et je dois dire que je suis surprise que le montant soit aussi élevé. Pour une fois, cela va beaucoup nous aider. » Clairement, cela va aider Susanna Tapani, qui a dû retourner vivre chez ses parents, qui ne reçoit aucun salaire en tant que hockeyeuse, qui s’est vu refuser les allocations chômage parce que, aux yeux de l’administration, elle était sportive à temps plein.

Alors entendons-nous bien, 10.000 euros ne va pas chambouler la vie de ces athlètes. Mais c’est un sacré coup de pouce pour des joueuses qui, comme dans la plupart des pays, ne peuvent pas vivre de leur passion.

Le chantage pour la considération

Pouvoir vivre de manière décente en pratiquant le hockey quand on est une femme, les Américaines y sont parvenues. Non sans difficulté. C’était en mars 2017, à seulement deux semaines du Mondial féminin qui se disputait à domicile, à Plymouth : les hockeyeuses des États-Unis menaçaient de boycott USA Hockey pour davantage de considération et d’équité vis à vis de la sélection masculine.

La discrimination salariale, un combat déjà entrepris par la sélection féminine US de football qui avait soumis à US Soccer des menaces de boycott à plusieurs reprises. Le comble dans cette histoire, c’est que ces footballeuses américaines avaient participé au match de foot le plus vu de l’histoire aux États-Unis (25,4 millions de téléspectateurs), la finale de la Coupe du monde féminine 2015 remportée aux dépens du Japon. Fort heureusement, un accord salarial a été obtenu, à la suite d’un bras de fer de plusieurs mois.

L’accord obtenu par les footballeuses est intervenu lorsque les hockeyeuses sonnaient la révolte par un communiqué, avec à sa tête la capitaine Meghan Duggan : « Ce n’est pas seulement une question d’argent. Cela concerne toutes les femmes et les jeunes femmes de ce pays afin qu’elles obtiennent une rémunération équitable de la part de leur employeur. » Des mots et une position qui, dans un premier temps, n’ont guère effrayé la fédération américaine de hockey, qui avait à son tour menacé d’écarter les contestataires au profit d’autres jeunes femmes, motivées malgré la petite cagnotte à la clef.

Sauf que, ce que n’avait pas forcément prévu USA Hockey, en dehors de la réussite des footballeuses, c’est l’engouement qui a accompagné l’ultimatum des hockeyeuses américaines, sur les réseaux sociaux, dans les médias, de la part des fans, d’autres sportives, de joueurs, des associations de joueurs des grandes ligues américaines (NHL, NBA, WNBA, NFL, MLB). La vague a même atteint le Sénat des États-Unis, où quatorze sénateurs américains ont sommé, par une lettre commune, USA Hockey de réagir en traitant leurs joueuses équitablement.

Finalement, à trois jours du début des Mondiaux (!), une entente a été trouvée entre les deux partis. La suite, on la connaît. Les Américaines ont obtenu en 2017 un quatrième titre mondial consécutif, et le sacre olympique en 2018 à PyeongChang, le deuxième en vingt ans après le premier en 1998. En dehors de la glace, les hockeyeuses américaines sont désormais assurées de recevoir un salaire annuel de 70.000 $, qui atteindra même 100.000 $ en 2018 avec les bonus du titre olympique.

Cependant, certaines doivent se battre sans compensation salariale. Ce fut le cas des joueuses de Brynäs, le club suédois de l’internationale française Betty Jouanny, comme nous l’avions évoqué lors des anecdotes Hockey Archives du mois de mars. Rappelons les faits : dès l’élimination de l’équipe en quart de finale du championnat, les hockeyeuses de Gävle, menées par les deux stars de l’équipe, la gardienne Sara Grahn et l’attaquante Anna Borgqvist, avaient poussé un coup de gueule en réclamant de meilleures conditions pour pratiquer leur discipline, coup de gueule largement partagé dans les médias suédois. La direction du Brynäs IF réagissait par un mea culpa, concédant que la section féminine n’avait pas, jusqu’alors, un traitement approprié.

A la suite d’un groupe de travail, Michael Campese, le directeur du club, a donc souhaité que le hockey féminin à Gävle reparte de zéro, et sur de bons rails. La mesure choc s’appelle Erika Grahm. Cette attaquante de 27 ans, qui a joué tout sa carrière au MODO, est une hockeyeuse de haut calibre, quatrième joueuse la plus prolifique de l’histoire du championnat suédois féminin. Outre son influence sur la glace, le club lui a donné les clefs pour qu’elle devienne à l’avenir manager de la section féminine. Un changement de cap salvateur qui va faire beaucoup de bien au club de Brynäs, même s’il a fallu taper du poing sur la table pour obtenir simplement bon sens et reconnaissance.

One League to rule them all

Toutefois, dans le championnat suédois comme dans le championnat finlandais, les joueuses ne sont toujours pas payées. Seuls les deux circuits nord-américains, la National Women’s Hockey League (NWHL) et la Canadian Women’s Hockey League (CWHL), rémunèrent leurs hockeyeuses. Non sans difficulté.

A sa création en 2015, la NWHL offraient à ses joueuses des salaires entre 10.000 et 27.000 $ annuels. Avant que le système financier ne se grippe et que la direction de la NWHL, via sa patronne Dani Rylan, ne prenne la lourde décision, en novembre 2016, de réduire les rémunérations, la fourchette s’étalant désormais de 5.000 à 7.000 $. S’agissant de la concurrente CWHL, où évoluent les Françaises Lore Baudrit et Marion Allemoz, et créée en 2007, la rémunération des hockeyeuses a longtemps été repoussée aux calendes grecques. Ce n’est qu’à la rentrée 2017, grâce à l’expansion en Chine qui a permis de générer davantage de revenus, que les équipes de la CWHL ont pu commencer à payer leurs joueuses, avec des salaires compris entre 2.000 et 10.000 $ annuels, le plafond salarial étant fixé à 100.000 $ pour chaque équipe.

Alors avec autant d’embûches sur la planète hockey féminin, une question se pose : pourquoi ne pas s’allier ? C’est également la réflexion, outre celle du patron de la NHL Gary Bettman, de nombreuses joueuses qui ont relayé en début d’année le hashtag #OneLeague sur les réseaux sociaux, pour inciter les grands pontes de la NWHL et de la CWHL à se réunir et faire front commun. Parmi les nombreuses voix, celle de la capitaine américaine Meghan Duggan, toujours disposée à briser la loi du silence. Ses propos auprès d’ESPN : « Nous avons deux ligues professionnelles en ce moment avec la CWHL et la NWHL. Nous avons beaucoup parlé entre nous de l’importance d’avoir une seule ligue. Nous devons faire en sorte que ces deux ligues travaillent comme une seule, c’est essentiel pour la durabilité de notre discipline. Cela doit déboucher sur un dialogue, et nous savons comment il faut s’y prendre. »

La déclaration de Duggan date de mars dernier. Et ni ses propos, ni le mouvement « One League » n’ont pour autant rapproché les deux ligues nord-américaines. A vrai dire, la NWHL et la CWHL ne se sont rapprochées qu’une seule fois. En janvier 2016, en marge du Winter Classic de la NHL entre les Bruins et les Canadiens, le Boston Pride et les Canadiennes de Montréal s’étaient affrontées lors d’un match historique, rencontre malheureusement marquée davantage par le terrible accident de la joueuse Denna Laing, gravement touchée à la moelle épinière.

Depuis, aucun rapprochement n’a été observé. Selon les dires de Dani Rylan, la NWHL aurait proposé plusieurs fois l’instauration d’une « coupe des champions », proposition qui n’a jamais enchanté la CWHL. Finalement, la Champions Cup va bien prendre vie, sans la ligue canadienne. La NHWL est parvenue à s’entendre avec la SDHL suédoise. Du 26 au 29 septembre prochain, les Metro Riveters, lauréats de l’Isobel Cup en mars dernier, prendront la direction de Luleå pour y disputer trois rencontres face aux championnes de Suède. Luleå, un adversaire par défaut pour une compétition par défaut, même si Rylan laisse une porte ouverte : « A l’avenir, nous espérons étendre le concept. Notre objectif est l’exposition du hockey féminin, ses athlètes et ses modèles aux fans du monde entier. La NWHL et les Riveters attendent avec impatience cette semaine historique en Suède. »

Toute bonne initiative contribue à la construction et à la progression du hockey sur glace féminin. Bien des marches sont encore à franchir mais, plus que jamais, l’union fait la force.