Pintaric débute dans la ville qui a perdu son nom

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C’est sans doute du jamais vu dans l’histoire de l’organisation d’une compétition sportive internationale : le logo – toujours – officiel du championnat du monde de Division IA indique qu’ils ont lieu à Astana… et c’est faux puisqu’ils ont lieu à « Nur-Sultan », ce qui signifie en arabe « Lumière du sultan ». Le 23 avril dernier, cinq mois avant le début du tournoi, le Kazakhstan a en effet annoncé qu’il rebaptisait sa capitale en l’honneur de Nursultan Nazarbaïev, président depuis l’indépendance, réélu cinq fois avec plus de 90% des votes et qui avait démissionné la veille à la surprise générale (sans doute parce qu’il est malade et tout en faisant élire sa fille présidente du Sénat et donc numéro 2 du régime le lendemain).

Ce changement de nom du jour au lendemain a pris tout le monde de court, et il a été accueilli avec des airs amusés et blasés par la population. Il faut dire que la ville a l’habitude de changer d’étiquette : fondée en 1830 sous le nom d’Akmolinsk, elle a d’abord été rebaptisée Tselinograd en 1961, c’est-à-dire la ville des « terres vierges », du nom de la politique soviétique de l’époque qui visait ici à peupler ces steppes désertes. En 1991, à l’indépendance, Nazarbaïev l’a renommé Akmola, version kazakhe d’Akmolinsk. Puis, en 1998, il y transfère sa capitale pour la rapprocher du nord du pays et des régions peuplés de russophones, toujours majoritaires dans le pays. Le nouveau nom, « Astana », signifiait simplement capitale. Il aura tenu 21 ans, pendant lesquels ce qui n’était qu’une petite ville s’est dotée de bâtiments ultra-modernes à perte de vue.

La première journée de cette Division IA, antichambre de l’élite mondiale, se conclut par une affiche déjà capitale entre la Slovénie et le Kazakhstan. Ces deux pays se sont fait surprendre l’an passé par l’Italie et la Grande-Bretagne, et s’ils se rataient encore, une stagnation à ce niveau serait un vrai recul : cela ferait trois ans au purgatoire pour les Slovènes, quatre pour les Kazakhs, du jamais vu depuis plus de quinze ans dans les deux cas. Or, la présence du Bélarus, nation habituée à l’élite, complique la course aux deux places dans l’ascenseur.

Le Kazakhstan n’avait jamais accueilli un Mondial senior à quelque niveau que ce soit, et on imagine sa motivation. La Slovénie n’en a pas moins, et la présence de sa superstar Anže Kopitar le prouve. Dans ses cages, Matija Pintarič aborde pour la première fois une compétition internationale en tant que numéro 1. Ses performances à Rouen, y compris en CHL, ne sont pas passées inaperçues.

Mais la grande heure de Pintarič commence mal, gâchée par les fautes de ses coéquipiers. Après seulement deux minutes de jeu, Pretnar part en prison pour retenir. Darren Dietz, meilleur pointeur des défenseurs de KHL et dernier récipiendaire du passeport kazakh pour hockeyeurs nord-américains, centre pour la déviation parfaite de Nikita Mikhailis dans l’enclave. Le Kazakhstan arrive pour sa part à tuer sa première pénalité. Ensuite, à cinq contre cinq, sur un palet simplement envoyé en fond de zone, le forecheck de Shevchenko perturbe la défense slovène et Anton Nekryach marque en angle entre Pintarič et son poteau. La Slovénie continue de payer cash la moindre pénalité : Goličič est sanctionné pour retard du jeu, et Mikhailis, que Kovačevič a oublié dans son dos, prend en cage ouverte le rebond d’un tir de la ligne bleue de Darren Dietz. Longtemps incarnation du hockey soviétique de l’ancienne école, le Kazakhstan version Skabelka mène 3-0 avec trois buts très nord-américains dans leur construction…

La deuxième période ne semble rien changer au calvaire de la Slovénie, dont la défense toujours nerveuse multiplie toujours les erreurs. Le Kazakhstan, plus agressif, domine le jeu. Une passe via la bande de Mikhailis met dans le vent Magovac et permet au défenseur (!) Metalnikov de s’échapper en prenant nettement de vitesse Sabolič. Pintarič se troue sur cette action mais le palet passé entre ses jambes file à côté du poteau. Pour autant, le gardien de Rouen éviter que l’addition salée ne se corse encore, en particulier en arrêtant deux tirs consécutifs de Shevchenko et Boyd. Mais en fin de deuxième période, les lynx se réveillent. Anže Kuralt montre d’abord le chemin après un une-deux avec son vieux complice des années spinaliennes Ken Ograjenšek. Une minute plus tard, Akolzin est pénalisé pour faire trébucher, et David Rodman, servi dans le slot par Kopitar, conclut joliment du revers dos à la cage.

La Slovénie est revenue très rapidement à une longueur, et Kuralt annonce au micro de la télévision slovène que les Kazakhs « tremblent dans leur culotte et [qu’]il faut l’exploiter. Néanmoins, les joueurs d’Asie centrale ont sans doute calmé leur nervosité dans le vestiaire. Même s’ils subissent les attaques slovènes, ils parviennent à défendre, quitte à recourir aux dégagements interdits. Ivo Jan sort bien sûr Pintarič pour la dernière minute. Les spectateurs, eux, tremblent jusqu’à la fin : dans les cinq dernières secondes (!), deux tirs d’Ograjensek puis de Sabolič sont bloqués par la botte gauche puis par le plastron du gardien suédois naturalisé Henrik Karlsson.

Ce résultat est dans la lignée des précédents, puisque la Slovénie n’a battu le Kazakhstan que 6 fois en 18 confrontations. Mais les joueurs alpins doivent très vite se remettre de cette défaite. Ils n’ont en effet que 18 heures de repos avant de rejouer demain midi contre la Corée du Sud, qui a obtenu une victoire importante sur la Hongrie (5-1). Deux défaites initiales, comme cela leur était arrivé l’an dernier, risquent fort de condamner les ambitions slovènes.

Désignés joueurs du match : Nikita Mikhailis pour le Kazakhstan et Anže Kopitar pour la Slovénie.

Commentaires d’après-match :

Ivo Jan (entraîneur de la Slovénie) : « Nous avons connu un départ catastrophique. Nous sommes revenus, et après notre premier but, les choses sont allées dans notre sens. Mais malheureusement, nous avons perdu ce match dans les vingt premières minutes. Ce n’est pas nouveau, nous avions parlé de l’importance d’un bon départ. Je ne sais pas ce qui n’a pas fonctionné. Si je connaissais la recette, je changerais des choses. Il y a eu des pénalités stupides qu’on ne peut pas se permettre. Peut-être y a-t-il eu un peu de nervosité au début. C’est une bonne expérience pour notre équipe. Nous ferons mieux demain. »

Andrei Skabelka (entraîneur du Kazakhstan) : « Le premier match d’un championnat du monde est très important. Je suis donc heureux du résultat. J’ai aimé comment l’équipe a réagi après les deux buts encaissés. Notre adversaire nous a punis mais je ne pense pas que c’était du relâchement. L’équipe est restée concentrée durant tout le match. Les Slovènes n’ont pas eu tellement d’occasions. C’est le hockey, nous avons survécu et gagné. Le premier match est plein de tension, on joue devant notre public. Les deux buts encaissés ne font donc que nous rendre plus forts. »

 

Slovénie – Kazakhstan 2-3 (0-3, 2-0, 0-0)
Lundi 29 avril 2019 à 20h00 à la Barys Arena de Nur-sultan (KAZ). 7923 spectateurs.
Arbitrage de Robin Šir (TCH) et Kristian Vikman (FIN) assistés de Roman Vyleta (SVK) et Alexander Waldejer (NOR).
Pénalités : Slovénie 10′ (8′, 2′, 0′), Kazakhstan 4′ (2′, 2′, 0′).
Tirs : Slovénie 23 (2, 8, 13), Kazakhstan 34 (11, 11, 12).

Évolution du score :
0-1 à 03’54 : Mikhailis assisté de Dietz et Saint-Pierre (sup. num.)
0-2 à 09’45 : Nekryach
0-3 à 15’09 : Mikhailis assisté de Boyd et Dietz (sup. num.)
1-3 à 37’03 : Kuralt assisté d’Ograjensek
2-3 à 38’24 : D. Rodman assisté de Kopitar et Podlipnik (sup. num.)

Slovénie

Attaquants :
Robert Sabolič (A, -1) – Anže Kopitar (C) – David Rodman (-1)
Anže Kuralt (+1) – Miha Verlič (4′) – Ken Ograjenšek (+1)
Ziga Pance – Bostjan Goličič (2′) – Jan Drozg (2′)
Miha Zajc – Tadej Čimžar – Andrej Hebar

Défenseurs :
Matič Podlipnik (-1) – Sabahudin Kovačevič (A, -1)
Blaz Gregorc (+1) – Aleksandr Magovac (+1)
Jurij Repe – Klemen Pretnar (2′)
Miha Štebih

Gardien :
Matija Pintarič [sorti à 58’59]

Remplaçants : Luka Gračnar (G), Luka Kalan.

Kazakhstan

Attaquants :
Nikita Mikhaïlis – Martin Saint-Pierre – Brandon Bochenski (C)
Dmitri Shevchenko – Dustin Boyd (-1) – Anton Nekryach (+1)
Yegor Petukhov – Arkady Shestakov – Evgeni Rymarev
Pavel Akolzin (2′) – Anton Sagadeev (+1, 2′) – Talgat Zhailauov (A, -1)
Alikhan Asetov

Défenseurs :
Aleksei Maklyukov – Leonid Metalnikov
Valeri Orekhov (-1) – Darren Dietz (-1)
Nikita Kleshenko (+1) – Yegor Shalapov (+1)
Maksim Semyonov (A)

Gardien :
Henrik Karlsson

Remplaçant : Sergei Kudryavtsev (G).

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