L’affaire Hartley, une tempête dans un verre d’urine ?

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Quelle est donc cette affaire d’obstruction à un contrôle antidopage concernant Bob Hartley qui a fait le tour du monde la semaine dernière, évoquant la suspension réglementaire de quatre ans ? Depuis, la presse russe a publié les rapports officiels des inspecteurs de la RUSADA, l’agence russe anti-dopage, qui permettent de mieux comprendre – et de relativiser – ce qui s’est passé. Rappelons que les tests inopinés peuvent être effectués n’importe où et à n’importe quel moment, y compris hors compétition, afin d’éviter que des sportifs aillent se « cacher » dans des pays lointains pour suivre des programmes de dopage.

Lors de la finale de la KHL, des contrôles ont été menés deux jours de suite sur des joueurs de l’Avangard Omsk. Le premier jour, un hockeyeur ainsi alpagué n’a pu effectuer sa séance d’entraînement, une perturbation qui a passablement irrité l’équipe de l’Avangard. Le lendemain, les deux inspecteurs de la RUSADA ont été accueillis par de multiples « fuck you » et « fuck off » – retranscrits en version originale dans les rapports en russe des contrôleurs – par Bob Hartley, et se sont vus interdire l’entrée du vestiaire le temps que l’entraîneur termine sa causerie. Pour autant, celle-ci finie, les inspecteurs ont pu entrer et accompagner le joueur recherché au contrôle. Le délai semble donc avoir été minime. Outre l’utilisation d’un langage peu amène (il ne va quand même pas être suspendu pour ça), Hartley peut surtout se faire reprocher de s’être laissé entraîner par le médecin de l’Avangard Omsk, à la réputation quelque peu douteuse (c’est le même qu’à l’époque de la mort du grand espoir Aleksei Cherepanov). Le docteur et l’entraîneur ont en effet argumenté que les inspecteurs ne suivaient pas les procédures, ce qui est faux. Même si l’IIHF a été alertée, on voit mal comment cette affaire pourrait empêcher Hartley de guider la Lettonie au Mondial.

La Lettonie aborde donc la compétition avec optimisme, car elle est en train de réussir son renouvellement de générations. Le vétéran Krisjanis Relihs (38 ans) a même été retranché en défense après l’arrivée de Jaks, Siksna and Galvins. L’attaque n’a jamais paru aussi dense, même si le capitaine habituel Kaspars Daugavins s’est blessé à la cheville à l’entraînement lundi et n’a pas fait le voyage. Le test est très important : le match Lettonie-Suisse devrait être décisif pour l’accès en quart de finale, et il aura lieu dès le week-end prochain. Le fait d’avoir reporté leurs confrontations en Euro Hockey Challenge fait qu’elles se retrouvent donc dans une confrontation grandeur nature.

La Suisse est en effet au complet, avant les derniers choix d’effectif. Le défenseur Roman Josi, aligné avec son coéquipier de Nashville Yannick Weber, est le renfort majeur. Janis Moser, le défenseur de 18 ans qui cherche à gagner sa place, est apparié avec le capitaine Raphael Diaz.

Le match s’ouvre par deux bons tirs du défenseur Janis Jaks, en balance pour une des dernières places dans l’effectif final. La Suisse perd trop de palets dans le premier tiers et le perd logiquement. Juste après un tir de Michael Fora dévié par Nico Hischier, la contre-attaque balte est immédiate et Miks Indrasis, l’ailier du Dinamo Riga dont Hartley souhaite faire son premier centre, ouvre le score sur un rebond. Les meilleurs chances helvétiques viennent d’un Lino Martschini bien en jambes, mais une erreur de Raphael Diaz avant la pause aurait pu permettre à Emil Gegeris de doubler la mise avant la pause.

Teodors Blugers, qui a fait ses débuts en NHL cette saison, ne reparaît pas en deuxième période. Il a reçu un palet dans la cheville (c’est juste un hématome et les radios ne révéleront aucune fracture). Son absence affaiblit quand même la Lettonie car il avait participé à plusieurs bonnes séquences offensives. Surtout, la Nati commence à élever sérieusement le rythme. Andres Ambühl dribble Cibulskis à la ligne bleue et provoque une pénalité, mais bute sur Gudlevskis quand il tente de la convertir lui-même d’un tir à bout portant. La Suisse continue ensuite à presser son adversaire en zone offensive. Les Lettons gardent leur sens du sacrifice, à l’instar de Kristaps de Zile qui bloque deux lancers sur la même présence.

La domination suisse est nette et ne laisse qu’une rare contre-attaque (Dzierkals centre pour Roberts Bukarts qui bute sur Berra). Elle est logiquement récompensée par deux buts consécutifs après la mi-match. Grégory Hoffmann dévie d’abord un palet envoyé dans le slot par un très bon Gäetan Haas, puis c’est Noah Rod qui est envoyé en profondeur par une passe de Joël Genazzi. La Nati est donc repassée devant au tableau d’affichage, mais elle rejoint les vestiaires avec deux pénalités contre Simon Moser (qui a chargé Sotnieks contre la bande et pris 2’+10′), puis à la sirène contre une charge avec la crosse de Yannick Weber. La Lettonie reprend donc le jeu à 5 contre 3… mais cela n’empêche pas Christoph Bertschy de se procurer une occasion en double infériorité numérique. À 4 contre 5, Tristan Scherwey tire aussi sur le poteau !

Ce sont ensuite les Lettons qui enchaînent les pénalités. Les unités spéciales des deux pays peuvent ainsi s’exercer. Hartley devra attendre la fin d’une pénalité d’Abols pour sortir son gardien, mais Lukas Frick marque alors en cage vide. Hischier libère même Vincent Praplan pour clore le score sur un lourd 4-1. Le match officiel est fini, mais les deux équipes ont convenu d’une prolongation de 5 minutes pour s’exercer à 3 contre 3 (sans but), puis d’une séance de tirs au but d’entraînement (remportée 0-2 par les Lettons avec des tentatives réussies d’Andersons et Gegeris).

Si le gardien Gulevskis a retardé l’échéance, la Suisse est bien un bon ton au-dessus de la Lettonie, et sera la légitime favorite pour l’accès au quart de finale. Il faut dire qu’elle espère forcément mieux après sa médaille d’argent de l’an passé.

Désignés meilleurs joueurs du match : Roman Josi pour la Suisse et Kristers Gudlevskis pour la Lettonie.

Commentaires d’après-match :

Roman Josi (défenseur de la Suisse) : « Nous avons certes un peu souffert au premier temps, mais je crois que c’est normal avec les changements de composition. Ensuite nous nous sommes améliorés et nous avons joué un excellent deuxième tiers-temps. Je suis content de pouvoir jouer deux rencontres avant d’aborder le championnat du monde. Nous avons un grand potentiel, nous sommes une équipe rapide, extrêmement agressive, et nous pouvons faire des belles choses. »

 

Suisse – Lettonie 4-1 (0-1, 2-0, 2-1)
Vendredi 3 mai 2019 à 20h15 au Sportzentrum de Herisau. 3722 spectateurs.
Arbitrage de Mark Lemelin (USA) et Manuel Nikolic (AUT) assistés de Roman Kaderli et David Obwegeser (SUI).
Pénalités : Suisse 20′ (2′, 4’+10′, 4′) ; Lettonie 26′ (2′, 4′, 10’+10′).
Tirs : Suisse 27 (6, 13, 8) ; Lettonie 20 (10, 4, 6).

Évolution du score :
0-1 à 08’21 : Indrasis assisté de Ri. Bukarts et Darzins
1-1 à 32’04 : Hofmann assisté de Haas et Josi (sup. num.)
2-1 à 35’52 : Rod
3-1 à 58’44 : Frick assisté de Rod (cage vide)
4-1 à 59’21 : Praplan assisté de Hischier

Suisse

Attaquants :
Kevin Fiala (-1) – Nico Hischier – Vincent Praplan
Grégory Hofmann – Gaëtan Haas – Andres Ambühl
Simon Moser (+2, 2’+10′) – Philipp Kurashev (+1) – Lino Martschini
Tristan Scherwey (+1) – Christoph Bertschy (+1, 2′) – Noah Rod (+2, 2′)
Marco Müller

Défenseurs :
Roman Josi – Yannick Weber (2′)
Janis Moser – Raphael Diaz (C, 2′)
Joël Genazzi (+2) – Romain Loeffel (+2)
Lukas Frick – Michael Fora

Gardien :
Reto Berra

Remplaçant : Robert Mayer (G). En réserve : Leonardo Genoni (G), Andrea Glauser, Samuel Kreis (D), Damien Riat, Denis Hollenstein, Alessio Bertaggia (A).

Lettonie

Attaquants :
Lauris Dārziņš (C, -1) – Miks Indrašis – Rihards Bukarts (+1)
Ronalds Ķēniņš (-2) – Rodrigo Ābols (-1, 2′) – Rūdolfs Balcers (10′)
Roberts Bukarts (-1) – Teodors Bļugers (2′) – Mārtiņš Dzierkals (-1)
Emīls Ģēģeris (-1) – Oskars Batņa (4′) – Gints Meija (-1)
Rihards Marenis, Toms Andersons

Défenseurs :
Ralfs Freibergs (-1) – Kristaps Sotnieks (-1, 2′)
Uvis Balinskis (2′) – Oskars Cibuļskis (+1, 2′)
Kristaps Zīle (-1) – Edgars Siksna (-1)
Artūrs Kulda (2′) – Jānis Jaks (-1)

Gardien :
Kristers Gudļevskis [sorti de 58’35 à 58’45]

Remplaçant : Gustavs Davis Grigals (G). En réserve : Jānis Auziņš (G), Guntis Galviņš, Kaspars Daugaviņš (cheville), Edgars Kulda (genou).

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