Les Leafs perdent patience

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Une nouvelle fois éliminés au premier tour des playoffs par les Bruins de Boston, les boucliers se lèvent petit à petit à Toronto. Chats noirs, système des séries pas adapté, suspensions pour les grincheux, mais surtout une défense pas assez solide, des mauvais choix dans l’alignement, et des questionnements divers… au sujet du staff. Entre incompréhensions et mauvaises utilisations, Mike Babcock et ses troupes sont sous le feu des projecteurs, mais sans doute pas comme ils le souhaiteraient.

Jamais deux sans trois. Ce proverbe a certainement été dans beaucoup de bouches au mois d’avril simultanément à Boston, et à Toronto. Défaits en 2013 et 2018 par les Bruins, les Maple Leafs affrontaient de nouveau leur rival du Massachussetts en première ronde des séries 2019. Les deux fois précédentes s’étant terminées en sept manches, cette année ne devait pas échapper à cette nouvelle tradition naissante.

Et si toutes les éliminations sont restées dans les têtes, celle de 2013 l’est sans doute toujours. Menant 4-1 à quelques minutes du terme à Boston, les Leafs s’étaient inclinés 5-4 en prolongations. Une issue restée gravée, et dont les fans de Boston se servent encore pour chambrer leurs homologues canadiens.

Alors le renouveau de la franchise ontarienne devait en partie laver cet affront. Les Auston Matthews, Mitch Marner, et William Nylander, n’ont pas pu se sortir des griffes de la bande à Brad Marchand l’an passé, mais l’arrivée tambour battant de John Tavares l’été dernier, avait notamment pour but de vaincre ce fameux signe indien, et Tuukka Rask par la même occasion.

Un manque d’équilibre défensif dans un effectif trop hétérogène ?

Alors oui, le numéro 91 est venu garnir une armada offensive déjà impressionnante. Tout le monde s’est fait la même réflexion : comment les arrêter ?

Finalement cela n’est pas apparu spécialement compliqué pour plusieurs équipes cette saison, les Leafs n’étant pas un modèle défensif. 9e équipe à l’est avec 251 buts encaissés, les Leafs ont surtout pris beaucoup de buts en fin de saison, 6 à Tampa Bay, 5 à Chicago, 11 en 2 matchs contre Philly, 10 en 2 matchs contre Ottawa, 5 contre la Floride… Rien de bien rassurant aux abords de playoffs où ils se savaient attendus.

Le souci majeur est donc bien le manque d’homogénéité en défense. Si Jake Gardiner ou Morgan Reilly sont plutôt  notables soit à la bleue, soit en attaque, seul Travis Dermott combine bien les deux. Trop de permissivité à la ligne bleue, et peu de contrôle du palet

Mike Babcock a plusieurs fois fait des déclarations tournant autour de la qualité de son effectif en défense. Pour remédier en partie à cela, Kyle Dubas a donc échangé des futurs choix de draft contre le Canadien des L.A. Kings, Jake Muzzin, local de l’étape. Son apport est cohérent, et amène un niveau de performances équivalent à ce que Gardiner ou Reilly peuvent apporter.

Bloqués par un plafond salarial théoriquement réservé à la triplette Matthews / Nylander / Marner, et John Tavares, les Leafs vont donc avoir du mal à solidifier sa zone défensive. Des échanges et une bonne draft pourraient toutefois les emmener à s’améliorer dans ce secteur.

Des choix offensifs pas toujours adaptés ?

En attaque, l’osmose n’a pas totalement pu être créée cette saison. Le bras de fer entre William Nylander et Kyle Dubas à propos de la signature du Suédois a retardé sa préparation physique et collective, et donc son intégration finale dans des trios pourtant bien pourvus. Sa signature début décembre fut une bonne nouvelle pour le jeune GM des Leafs, mais son entame de saison tronquée a jeté le trouble sur le niveau qui était le sien la saison précédente.

De plus, son contrat à près de 6,9M$ par an (à partir de 2020, car la partie 2019 est à environ 10M), et les risques qu’il a pris pour le signer, quitte à ne pas jouer pendant quelques semaines, n’ont pas non plus attiré toutes les sympathies à son égard. Tout ça réuni, le joueur est au centre de pas mal de critiques.

Néanmoins, son profil est nettement moins binaire que ce que la plupart des fans déçus peuvent penser. Sa précision devant le but n’a jamais été son point fort. Le Suédois est un facilitateur de jeu, un créateur, qui fait partie des meilleurs éléments de l’effectif quand il s’agit des sorties et entrées de zones, en générant des passes et surtout des tirs au but. Le procès qui lui est fait est donc subjectif, basé sur le nombre de buts inscrits cette année, dans une saison tronquée, sans avoir pris part à la préparation physique ou collective.

De plus, la suspension de Nazem Kadri en playoffs a replacé Nylander au centre d’un 3e trio, alors que l’optimisation de son profil amène à penser qu’il devrait plutôt être aligné avec Auston Matthews notamment. Le corsi du jeune Américain avec ou sans Nylander est radicalement différent. En compagnie du Suédois, Matthews possède un ratio de près de 66% selon le site Natural Stat trick. Sans, il plafonne à 49%. C’est encore plus impressionnant avec Kasperi Kapanen, qui possède un superbe 75% de corsi avec son compère scandinave, pour 49% sans. À la place, Nylander a bien plus évolué avec Connor Brown et un Patrick Marleau en toute fin de carrière.

Autre souci, les temps de glace des stars des Leafs. Chaque présence des Tavares ou Matthews provoquaient du danger, surtout dans des moments décisifs lors des matchs 6 ou 7. Auston Matthews a par exemple passé 15’18 sur la glace sur le match 7, soit plus de 2 minutes de moins que Tavares. Alors est-ce le nombre de shifts ou la longueur de ceux-ci qui sont en question ? Est-ce le coach Babcock qui a limité sciemment le temps de jeu de sa star, ou le joueur lui même qui était exténué ?

Babcock sur la sellette ?

Cela nous amène à une nouvelle facette de l’été à Toronto, la relation entre Kyle Dubas et Mike Babcock. Si l’ex coach du Team Canada avait été récupéré par Lou Lamoriello lorsque ce dernier a décidé de « retaper » les Leafs, c’est bien qu’ils partageaient un projet commun pour le club.

L’ancien General Manager des NJ Devils parti, la suite a été prise par le jeune Kyle Dubas, aux idées nouvelles, si ce n’est parfois quasi révolutionnaire dans une NHL parfois très traditionaliste. Le nouveau GM, très porté sur l’équilibre social, la parité, et les statistiques avancées, ne semble pas toujours en accord avec son entraîneur en chef, et pas vraiment en phase sur la stratégie à adopter pour passer ce fameux palier et surtout atteindre le niveau d’une finale de coupe Stanley.

Si « Bab’s » est plutôt sur un modèle à l’ancienne, Dubas n’hésite pas à bousculer les us et coutumes. Son intérêt pour les statistiques avancées est notamment assez poussé pour que cela devienne un aspect philosophique pour la franchise. De l’ancienne école, Babcock n’est peut être pas totalement contre le sujet, mais place plutôt les maux sur le manque de profondeur de son effectif notamment. Conscient du problème, Kyle Dubas a par ailleurs plaidé coupable à la suite de l’élimination des Leafs face aux Bruins, mais le problème n’est-il pas plus profond que cela ?

Dubas semble également proche de Sheldon Keefe, coach des Marlies de Toronto, pendant AHL des Maple Leafs. Keefe, hautement considéré à l’étage supérieur, aurait refusé le poste aux NY Rangers l’été dernier, et serait également ciblé par les Sabres de Buffalo cette année. Impressionnés par son profil et ses résultats (champions AHL notamment l’an dernier) les Sabres pourraient jeter leur dévolu sur lui, même s’ils souhaiteraient plus officiellement un coach expérimenté en NHL.

Un été décisif 

Quoiqu’il en soit, l’été va être mouvementé dans l’Ontario. Au delà des tribulations entre GM et coach, il va falloir s’atteler au contrat de Mitch Marner. 3e larron après Nylander et Matthews, Marner ne devrait pas payer les pots cassés des signatures coûteuses de John Tavares, Auston Matthews et William Nylander.

Marner possède un profil spectaculaire, et ne voudra pas vendre ses services au rabais à Toronto, sous prétexte que le plafond salarial serait dépassé s’il signait un contrat juteux comme ses compères. Estimés à 11M par an également, les desiderata de Marner, et surtout de son agent Darren Ferris semblent hauts. Assez hauts en tous les cas pour que Ferris annonce que son client ne sera pas celui « qui paiera pour les contrats de Tavares, Matthews ou Nylander« . L’agent, qui annonce clairement des négociations rudes avec la franchise, dit malgré tout avoir « d’excellentes relations » avec celle-ci, voulant sans doute apaiser de naissantes tensions.

Malgré tout, l’entourage de Marner a l’air de considérer que le natif de l’Ontario ne serait pas jugé à sa juste valeur. Local de l’étape, il semble lié aux Leafs par essence, mais ne compte pas spoiler une partie de son salaire pour rester à Toronto, quand d’autres joueurs ont eu ce qu’ils souhaitaient. Si le baromètre tend à l’annoncer au niveau du contrat de Matthews, ses performances sur la glace ne l’exonèrent pas non plus des mêmes critiques assénées à William Nylander par exemple. 4 points pour Marner, 3 pour le suédois en playoffs, le premier sur une bonne ligne, le second moins bien servi, les critiques affluent pourtant moins rapidement pour le canadien.

Pour autant, 3 joueurs à  ce tarif là semblent hors de prix, même avec une hausse du plafond salarial en prévision. Le soucis paraît donc de taille, surtout que les Leafs vont devoir régler d’autres problèmes structurels, comme la prolongation (ou non) de Jake Gardiner, Ron Hainsey, Kasperi Kapanen, Andres Johnsson, et Tyler Ennis. On parlait plus haut d’un manque de profondeur, si ces joueurs là ne peuvent pas resigner, cela ne risque pas de se résoudre de sitôt.

De plus avec une défense déjà parfois aux abois, il faudra être très opportuniste pour réussir à trouver de quoi remplacer les partants, à des tarifs plus intéressants, pour un rendu au moins équivalent. Si les principaux concernés ne sont pas les plus indispensables en vue d’une amélioration de l’équipe, ils avaient malgré tout des minutes. Il faudra avoir le nez creux pour faire mieux, avec moins cher.

Néanmoins, Dubas pourrait décider de voir plus tôt que prévu des Timothy Liljegren, ou Rasmus Sandin,  bien considérés en AHL, et pas loin d’être prêts à sauter le pas en NHL. Les performances de Jake Gardiner lors des deux dernières séries de playoffs, la suspension « débile » de Nazim Kadri, et la future fin de contrat de Patrick Marleau devraient permettre des économies substantielles pour Dubas, et l’amener à reconstruire à partir de là.

Avant cela, l’été s’annonce chaud à la Scotiabank Arena, entre règlements de comptes internes, négociations de contrats au centime près, et attente de la fan base, impatiente de pouvoir juger leur GM, et lassée de voir les siens se faire sortir au premier tour des séries, de la même manière tous les ans.

 

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