La Slovaquie en pleine Kakkophonie

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La Slovaquie a-t-elle décuvé sa nuit d’ivresse ? La sensationnelle victoire contre les États-Unis a reboosté la nation toute entière, qui en redemande dès ce soir contre la Finlande. La « République du hockey » n’en est encore qu’à ses balbutiements, mais il est évident que c’est une démocratie où la bière coule à flots ; Allemands, Britanniques, Finlandais et Slovaques ont profité du premier soleil de mai pour ingurgiter des pintes à gogo. Le résultat est sonore : les chants des hordes de supporters se font entendre depuis très loin dans la ville et les fans du Suomi, titubant sur le chemin de la Steel Aréna, répondent avec entrain à leurs hôtes, guère plus sobres.

Côté sportif aussi, cela promet. La Finlande comme la Slovaquie sont les grands vainqueurs de la première journée, bourreaux des deux seules nations non-européennes annoncées pourtant favorites. Les deux effectifs ne disposent pas de grandes stars mais, si c’est par conjoncture chez les Nordiques, cet état de fait correspond pour la Double-Croix à une sélection quasi-optimale. La présence de partisans aux gorges déployées, chauffés par la mascotte Macejko, ajoute, si besoin est, de la tension à ce duel de premiers de la classe.

Il aura fallu un round d’observation de trois minutes avant que la première banderille soit posée par la troisième ligne finlandaise qui fait faire de la gymnastique à Marek Čiliak, remplaçant de Patrik Rybár dans la cage slovaque. La réplique de la Double-Croix est immédiate : le leader offensif local Tomáš Tatar voit sa frappe dans le slot raser le poteau droit. La tentative de Robert Lantoši, dans un angle fermé à gauche, connaît le même sort. En face, le slap de Niko Mikkola, dans l’axe, est bloqué de la mitaine par Čiliak. Allez, c’est parti pour de bon !

SAVINAINEN Veli Matti 130503 340Les Leijonat font parler leur vitesse de glisse en fond de zone slovaque et la défense bleue est un peu baladée. Elle est sauvée par un cinglage de Atte Ohtamaa dans le camp slovaque (8’50). Hormis un raffut au poteau gauche provoqué par la frappe d’Erik Černák, la Double-Croix a du mal à poser son jeu de puissance, contrariée dans son entreprise par une pression haute des défenseurs finlandais sur le porteur du palet. Pourtant, elle fait mouche au retour du fautif : le capitaine Andrej Sekera tente sa chance sur la bleue et le rebond est repris dans le cercle droit par son acolyte Černák, qui, comme la veille, débloque le compteur de la rencontre en enfilant dans la lucarne gauche (1-0, 10’52).

Le premier entracte publicitaire fait du bien à la Finlande. Elle repart à l’abordage du vaisseau slovaque et hérite d’une supériorité numérique après une crosse haute de Michal Čajkovský (12’40). Petteri Lindbohm est au second rebond de la frappe de Toni Rajala et le défenseur de Lausanne égalise au poteau gauche (1-1, 14’21). Le siège se poursuit et Jere Sallinen insiste dans le petit périmètre. Les locaux souffrent de plus en plus lorsque leur adversaire les provoque chez eux. Sur un engagement dans le rond gauche, Mikkola décale pour Kaapo Kakko dont le slap armé très haut finit sous la barre de Čiliak (1-2, 16’11).

Adam Liška tente de remettre les siens sur les bons rails avec une chevauchée conclue par une déviation de la botte de Kevin Lankinen, mais la Slovaquie ne porte le danger que par des tirs lointains dont les rebonds ne trouvent aucun preneur. La pause arrive donc à temps : il lui faut retrouver ses esprits.

Mais les vagues finlandaises sont encore plus nombreuses dès le retour sur la glace. Marko Anttila est tout près d’exploiter un palet perdu dans l’enclave. La Slovaquie répond un temps : Marián Studenič déborde sur l’aile gauche et centre pour Martin Marinčín, à l’affût au second poteau, mais le grand défenseur de Toronto manque de timing sur sa reprise alors que ce côté de la cage était libre de surveillance. Puis on repart dans l’autre sens : Čiliak est mis a contribution et semble plutôt fébrile. Tatar accroche dans la zone d’attaque (23’32), et le cas de la Slovaquie se complique davantage. Elle s’en sort juste avec un avertissement lorsque Rajala fait sonner le poteau gauche. Lankinen, qui a pris quelques distances par rapport à sa ligne de but, est battu sur la frappe de Martin Fehérváry mais Tatar, juste sorti de prison, cafouille le rebond.

Nouveau power-play finlandais (Sekera, 27’10). Après un beau mouvement de Kakko, mais Henri Jokiharju loupe le palet sur la reprise au poteau droit. Le champion du Monde junior fait preuve de plus d’exactitude sur l’action suivante mais Čiliak écarte son missile. Enfin, c’est au tour de Harri Pesonen de manquer de réactivité sur un palet relâché dans le slot. La Finlande étouffe les locaux mais fait preuve parfois d’imprécision. Il est vrai qu’elle est gênée dans la finition par une défense vaillante qui se bat comme un beau diable.

La Slovaquie croit pouvoir respirer un peu quand Ojamäki part en prison (30’31). Mais même en infériorité, les Leijonat sont les plus agressifs. Ils lisent parfaitement le jeu slovaque et dégagent assez aisément le danger. Marek Ďaloga s´écroule après avoir pris le palet en pleine figure en bloquant la tentative à bout portant de Rajala dans le cercle droit. Le longiligne défenseur, KO et ensanglanté, ne terminera pas le match. On lui décèlera à l’hôpital un traumatisme crânien.

Un sacrifice à la patrie qui a le don de redonner à la Double-Croix du cœur à l’ouvrage. Elle offre un bien meilleur visage en fin de période. Tatar remonte sur l’aile droite et Lankinen montre son agilité au poignet puis Matúš Sukeľ adresse une passe millimétrée à Studenič mais celui-ci est en retard sur sa reprise dans le slot. Les hommes de Craig Ramsay concrétisent ce temps fort par l’égalisation : la frappe de Christián Jaroš est d’abord déviée dans le slot par Studenič puis Marinčín reprend du revers après un tour de cage vers la gauche (2-2, 39’20). Le but est définitivement validé au bout de… sept minutes et deux visionnages vidéo, Jukka Jalonen ayant fait valoir son « coach challenge » pour une supposée obstruction de son portier par Studenič.

Le troisième opus est longtemps marqué par un mouvement pendulaire du jeu sans qu’une des deux formations ne se crée de véritables occasions ni même ne prenne un quelconque ascendant sur l’autre. À l’amorce des dix ultimes minutes toutefois, la Slovaquie passe un coup d’accélérateur et accompagne sa présence en zone finlandaise de plusieurs tirs puissants qui perturbent sérieusement Lankinen. On retrouve Tatar en chef d’orchestre et Marinčín en bombardier. Mais cette efferversence est aussi soudaine que fatale. Sur le repli qui suit, Kakko nous délivre un chef d‘oeuvre de technicité en repiquant depuis le fond de zone en mettant dans le vent Martin Fehérvary puis en envoyant son revers entre les jambières de Čiliak (2-3, 49’52). Il faut le voir pour le croire !

La Slovaquie n’a pas abdiqué. Elle hérite d’un power-play intéressant (Anttila, 51’29) qui ne donne rien de bien convaincant malgré une belle activité de Černák entre les deux cercles. Plus tard, Pánik transverse pour Tatar qui foire sa reprise et ne fait mieux que de toucher la barre droite. Dans la foulée, Sukeľ tend sa crosse dans le slot et le puck rase les montants finlandais. Les Slovaques lancent toutes leurs forces dans la bataille mais la Finlande bloque l’essentiel de leurs tentatives. Čiliak déserte son poste à plus d’une minute de la sirène et Kakko, malgré sa prise en chasse par Jaroš, entérine le succès des Leijonat dans la cage vide, comme la veille contre le Canada. Avec ce triplé contre la Slovaquie, le prodige de 18 ans porte son compteur personnel à cinq buts inscrits depuis le début du tournoi… soit la veille !

La Finlande poursuit son petit bonhomme de chemin tandis que la Slovaquie, auteure malgré tout d’une nouvelle belle prestation d’ensemble, devra se remettre de cette débauche d’énergie physique et mentale pour affronter le Canada lundi. En attendant, il faut soigner la gueule de bois !

Désignés joueurs du match : Erik Černák (Slovaquie) et Kaapo Kakko (Finlande).

Slovaquie – Finlande 2-4 (1-2,1-0,0-2)
Samedi 11 mai 2019 à 20h15 à la Steel Aréna de Košice. 7421 spectateurs.
Arbitrage de Manuel Nikolic (AUT) et Max Sidorenko (BLR) assistés de Rene Jensen (DAN) et Dustin McCrank (CAN).
Pénalités : Slovaquie 6′ (2′,4′,0′) ; Finlande 6′ (2′,2′,2′)
Tirs : Slovaquie 25 (8,7,10) ; Finlande 27 (11,8,8)

Évolution du score :
1-0 à 10’52 : Černák assisté de Sekera et Pánik
1-1 à 14’21 : Lindbohm assisté de Savinainen et Rajala (sup. num.)
1-2 à 16’11 : Kakko assisté de Mikkola et Manninen
2-2 à 39’20 : Marinčin assisté de Studenič et Jaroš
2-3 à 49’52 : Kakko assisté de Mikkola
2-4 à 59’45 : Kakko assisté de Manninen (cage vide)

Slovaquie

Attaquants :
Richard Pánik – Michal Krištof – Tomáš Tatar (A, 2′)
Ladislav Nagy (A, +1) – Matúš Sukeľ (+1) – Marián Studenič (+1)
Marko Daňo (-2) – Tomáš Zigo (-2) – Róbert Lantoši (-3)
Mário Lunter – Dávid Buc – Adam Liška

Défenseurs :
Erik Černák (+1) – Andrej Sekera (C, 2′)
Christián Jaroš (-1) – Martin Marinčin
Martin Fehérváry (-1) – Marek Ďaloga
Patrik Koch – Michal Čajkovský (-1, 2′)

Gardien :
Marek Čiliak [sorti de 58’53 à 59’45]

Remplaçant : Patrik Rybár (G).

Finlande

Attaquants :
Toni Rajala – Arttu Ilomäki (-1) – Veli-Matti Savinainen (A, -1)
Harri Pesonen (+2) – Sakari Manninen (+2) – Kaapo Kakko (+2)
Joel Kiviranta – Juhani Tyrväinen – Niko Ojamäki (2′)
Jere Sallinen – Juho Lammikko – Marko Antilla (C, 2′)

Défenseurs :
Mikko Lehtonen (A, -1) – Atte Ohtamaa (2′)
Petteri Lindbohm – Henri Jokiharju
Niko Mikkola (+1) – Oliwer Kaski (+1)
Miika Koivisto – Jani Hakanpää

Gardien :
Kevin Lankinen

Remplaçant : Veini Vehviläinen (G).

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