Une déroute riche d’enseignements

1,272

Battus au premier match, les États-Unis sont à la relance, face à un adversaire qu’ils ont l’habitude de maîtriser. Ils ont en effet battu la France neuf fois sur les dix rencontres. La seule défaite remonte à mai 1998 – Alexandre Texier n’était pas né…

Pour ce match, Jeff Blashill change de gardien et lance Thatcher Demko, le jeune talent des Canucks de Vancouver. Ce sera aussi le premier match aux Mondiaux du défenseur Christian Wolanin, dont le père fut le capitaine de la sélection américaine il y a vingt-cinq ans. Patrick Kane remonte sur la deuxième ligne avec Alex DeBrincat et Dylan Larkin. Clayton Keller le remplace sur l’aile de Jack Hughes, qui subit une forte pression médiatique depuis que son rival pour la prochaine draft, Kaapo Kakko, enchaîne les buts à Kosice…

Philippe Bozon change lui aussi son gardien partant en insérant Sébastien Ylönen pour son deuxième match en carrière aux Mondiaux. Anthony Guttig, toujours malade, reste réserviste.

Un début catastrophe

Les favoris prennent le jeu à leur compte. Un premier tir de l’aile de DeBrincat, puis un autre lancer qui percute le poteau : la défense subit le jeu immédiatement. Les Américains, agressifs vers l’avant, étouffent les Tricolores.

Les Bleus sortent timidement. Une bonne combinaison de la première ligne française et l’échec-avant de Tim Bozon libèrent Valentin Claireaux, esseulé dans l’enclave. Son tir ras glace échoue sur la botte de Demko et est dégagé. Damien Fleury concède deux minutes sur cette action pour une crosse haute.

Le jeu de puissance américain, c’est la seule chose qui avait bien fonctionné vendredi. Bis repetita : Patrick Kane, au cercle, passe ligne de fond vers James van Riemsdyk, qui renverse à travers l’enclave vers Alex DeBrincat. Le sniper ne rate pas l’offrande (1-0).

La confiance américaine remonte. Dominateurs aux mises au jeu, les joueurs de Blashill doublent la mise à la sixième minute. Alec Martinez lance à la cage : le tir est contré, et Ylönen hors de position pour bloquer la reprise en pivot de Franck Vatrano sur ce rebond qui traîne (2-0).

Sur la présence suivante, une mise au jeu en zone américaine se conclut par un tir de Thiry… contré. DeBrincat démarre à toute vitesse sur l’aile droite, et le buteur des Blackhawks inscrit son troisième du tournoi d’un lancer précis ras glace (3-0).

Les Bleus peinent à développer du jeu et se contentent pour l’instant de survivre, même si les États-Unis ont un peu desserré leur étau. Le duo Jack Hughes – Clayton Keller semble bien se trouver et se crée deux chances.

Demko passe une journée tranquille, et s’interpose juste sur une bonne séquence de Leclerc. Le rythme a baissé, les États-Unis gérant et n’obtenant des occasions que sur quelques tirs de loin avec écran. Un slalom de Hughes profite avec un peu de chance à Keller, qui repique dans l’axe. Ylönen bloque le tir de la botte.

Un deuxième tiers pas récompensé

Après ce premier tiers à sens unique, les Bleus repartent avec de bonnes intentions. Chakiachvili, bien servi sur un renversement, sollicite Demko. Puis, Bozon et Fleury se créent une chance à leur tour. Enfin, Charles Bertrand lance un 2-contre-1 : son tir s’écrase sur la transversale. Dans la continuité, Bertrand obtient deux occasions, avec bataille dans l’enclave – tir, grattage du rebond et reprise sur la botte, puis un joli geste technique sur le côté qui l’amène à bout portant. Demko ne craque pas, et repousse ensuite un autre tir de Rech en entrée de zone. Fleury déborde ensuite et sert Texier en retrait, qui n’a pas trop d’angle sur sa déviation.

Libérés, les Bleus ? Ils ont en tout cas produit du jeu sur ces cinq premières minutes, avec une cascade d’occasions franches. Ils patinent plus vers l’avant, se montrent plus précis. Ritz résiste ainsi au duel et lance au but, forçant Demko à un plongeon sur le rebond sous le nez de Bertrand.

Les Français continuent : Bozon cherche Fleury dans le slot, et la défense nettoie bien mieux son secteur, à l’image d’une charge de Manavian. Les États-Unis ont bien moins d’espace pour opérer. Ils parviennent tout de même à trouver DeBrincat sur l’aile droite, et Ylönen le prive d’un triplé en fermant la porte – aidé par son poteau.

Thiry, puis Gallet, font parler leur patinage et annulent chacun leur tour un contre – de Gaudreau puis de van Riemsdyk. Ylönen pour sa part bloque une percée de Kane, qui attaquait la cage. Gaudreau, derrière le but, ne fait pas mieux en tentant de surprendre le portier tricolore.

À six minutes de la pause, ce temps fort américain se concrétise. Quinn Hughes déborde le long de la bande et passe derrière le but. Sa remise trouve Colin White entre les cercles pour une reprise en hauteur à travers la foule (4-0).

Après deux chances de Bertrand – tir puissant dans l’axe, essai ras glace en angle fermé – les États-Unis accélèrent. Kane renverse vers DeBrincat qui reprend de volée, et Ylönen repousse en grand écart. Il laisse cependant un rebond sur le tir suivant de Larkin, dont s’empare Kane (5-0).

La France a le mérite de continuer à essayer de produire du jeu. Sur un long dégagement, Rech piège le défenseur et se présente seul devant Demko. L’immense carcasse du portier de Vancouver ne mord pas à la feinte.

La leçon continue

Maladroits dès le retour sur la glace, les Bleus peinent à la relance et à changer de ligne. Kreider exploite l’occasion : il récupère un palet qui traîne dans le cercle et profite d’un écran pour tromper Ylönen (6-0).

Le gardien bleu s’en sort mieux sur une échappée d’Eichel en sortant la mitaine, puis en repoussant un tir de Jack Hughes.

Après trois-quatre minutes délicates, la France reprend un peu ses esprits. Le trio Treille-Texier-Rech, avec le soutien de Gallet, tourne bien et perturbe la défense, au point de décrocher une supériorité numérique.

Le palet tourne bien, avec patience. Rech décoche un premier tiers et le palet reste en zone. À la toute fin de la supériorité, Hecquefeuille lance plein axe et Demko laisse un rebond. Claireaux, Bertrand, Rech convergent pour gratter le palet et le buteur de DEL le pousse au fond. Les officiels signalent le but, pendant que les Américains se plaignent d’une obstruction sur le gardien. Le but est finalement validé et récompense les efforts français depuis le début du deuxième tiers (6-1).

La France continue à avancer. Un tir contré de la bleue signé Hecquefeuille revient sur Fleury, qui manque de peu de surprendre Demko d’un tir en pivot.

Les essais bleus sont cependant punis en contre. Une passe déviée de Bertrand profite à Frank Vatrano, qui déboule à pleine vitesse sur la gauche. Son tir revient sur Colin White, en déséquilibre, qui marque avec la crosse entre ses jambes (7-1).

La fin de match est difficile. Rech perd un palet et Ylönen doit sauver devant Kreider. Dans la continuité, Gaudreau, libre dans l’axe, lance au dessus. La fin de match est moins belle à voir, avec quelques moments de tensions et d’échauffourées devant le but français. Texier et Bozon sont sanctionnés, ainsi que White et Vatrano.

Le score est lourd, digne du 7-2 encaissé en ouverture au Mondial 2012. Les Bleus vont devoir vite oublier et en tirer des leçons pour bien préparer l’Allemagne, mardi.

Désignés joueurs du match : Alex DeBrincat (États-Unis) et Kévin Hecquefeuille (France)

Commentaires d’après-match :

Kévin Hecquefeuille (défenseur de la France) : « Ce n’est évidemment pas le début que nous voulions. Nous voulions tenir le 0-0 le plus longtemps possible pour les faire douter, mais ce fut le pire scénario avec un 3-0 après six minutes. Après, ils se sont relâchés et ont un peu surjoué. De notre côté, nous nous sommes battus le reste du match.
C’est ça le plus haut niveau. C’est bien d’y être confronté, cela montre à certains plus jeunes de l’équipe le niveau qu’il faut avoir et les marches à franchir pour y arriver. Demain, c’est la journée de repos et elle fera du bien.
Effectivement, nous avons eu du mal dans l’enclave. C’est le hockey moderne, c’est là que ça se joue. Les tirs à la pointe, avec du trafic et du monde sur les deuxième et troisième chances. Il faut être meilleur pour bloquer les tirs de la pointe, et c’est notre boulot, à nous les défenseurs et au centre, de mieux nettoyer l’enclave. On voit que les buts sont marqués là, sur des rebonds, des déviations. Nous avions eu des alertes contre le Danemark hier, et nous n’avons pas réussi à le corriger aujourd’hui.
Il ne faut pas tout jeter aujourd’hui même si le score est lourd. Hier il y a eu des bonnes choses aussi. L’Allemagne ? Ils sont quand même vice-champions olympiques et ont beaucoup progressé au fil des années. Il faudra bien entrer dans le match, sans trop les respecter comme on l’a peut-être fait en regardant trop les Américains. Il faudra être très fort mentalement, car à ce niveau le mental fait la différence. Et être concentré sur chaque détail. »

Anthony Rech (attaquant de la France) : « Sur le but, il faut tirer un grand coup de chapeau à Val (Claireaux) et Charles (Bertrand), moi j’ai fait le renard des surfaces. C’est à moi d’aller le plus possible dans cette zone près de la cage, c’est là que les buts sont marqués. C’est bien que le jeu de puissance fonctionne. Il est efficace depuis le début du tournoi, cela donne confiance. Et nous allons surtout retenir le positif.
Les Américains vont vite, oui, mais ils sont surtout forts physiquement, durs sur leurs crosses. Là, nous avons très mal débuté et cela se paie cash. On doit arrêter de donner le bâton pour se faire battre, avec trop de turnovers dans la neutre, des passes transversales dangereuses. À ce niveau-là, ça ne passe pas, c’est du haut niveau et dans la neutre il faut jouer autrement. Nous avons eu de bons moments au deuxième tiers, avec du progrès, c’est ce qu’il faut retenir.
On sait tous qu’ils sont meilleurs, que cela va aller plus vite mais il faut se mettre dans la tête qu’il faut arrêter de regarder le palet, de prendre les joueurs back door. Il faut aussi être plus forts dans nos duels en un contre un. On apprend comme équipe et on passe à la suite. Ce qui est sûr, c’est que cela va nous servir de leçon pour la suite. Qu’on perde 2-0 ou 7-1, c’est la même chose à la fin, il faut se concentrer sur le prochain match et vite oublier cette défaite.
Nous avons un nouveau staff, de nouveaux joueurs avec plusieurs débutants, et nous allons vite devoir grandir ensemble et cela passe par ce genre de mauvais moments, même si ce n’est pas marrant à vivre.
L’Allemagne ? Un match comme les autres… Ils vont vite vers l’avant, ils sont physiques et ils ont des joueurs de grand talent. Mais nous avons déjà montré par le passé qu’on pouvait le faire, et il faut aller chercher des points. Cela passera par un meilleur jeu défensif, plus de concentration, car c’est par le jeu défensif que nous irons aussi créer de l’attaque. J’espère une victoire, car sinon, ce ne sera pas drôle ! »

Philippe Bozon (entraîneur de l’équipe de France) : « Ce n’est pas agréable de vivre ce genre de match, mais c’est clairement là que l’on apprend le plus ! Si ce n’est pas idéal de perdre, c’est idéal en revanche pour enseigner et montrer à tout le monde les lacunes que l’on a au haut niveau mondial. Les lacunes du hockey français sont visibles sur ce match, notamment sur le jeu défensif. Nous n’étions pas crispés justement, mais nous avons trop voulu jouer dès le début, je crois que nous avons dix turnovers au premier tiers…
Le but en supériorité nous fait mal et nous n’étions pas trop dedans physiquement après le match d’hier. Mais nous avons gardé une bonne attitude et prouvé au deuxième tiers que nous pouvions faire mieux. Nous nous sommes créé de grosses chances et c’est dommage de ne pas avoir réduit le score, ce qui nous aurait donné plus d’énergie. Au final, on prend le quatrième et cinquième et on perd le tiers, c’est compliqué après. Mais le comportement a été satisfaisant, il y a eu de bonnes phases et les joueurs n’ont pas lâché.
De quelles lacunes du hockey français vous parliez ? La formation des défenseurs ?
En général, nous devons enseigner les bases du jeu défensif, du jeu sans palet, ce qui n’est pas dans la culture française. On l’enseigne assez peu jusqu’à ce que les joueurs arrivent en senior, et c’est difficile de le développer alors car il faut se battre contre de mauvaises habitudes.
Ce n’est pas que nous ne sortons pas assez de jeunes défenseurs, car nos jeunes défenseurs sont sans doute les meilleurs ce soir. Le souci vient surtout du jeu sans palet qui implique les cinq joueurs sur la glace. Il faut enseigner cette culture. Ce genre de match difficile est parfait pour faire passer le message et amener la réflexion au comité technique. Nous devons enseigner cela plus tôt aux jeunes joueurs, pour qu’ils arrivent au plus haut niveau avec de meilleures habitudes.
L’Allemagne ?
Il faudra vite oublier ce match. Nous savions pendant la préparation que nous aurions des trous dans le tournoi. L’Allemagne sera un gros match, je les connais bien depuis plusieurs années. Ce n’est pas le même style, et il y a quelque chose à faire. Nous allons regarder leur match aujourd’hui et étudier cela. Il faudra être plus solides défensivement, plus impliqués et surtout, marquer le premier but. Nous avons les atouts pour les perturber, mais à chaque match que j’ai pu jouer contre eux, le premier but était très important. »

 
États-Unis – France 7-1 (3-0, 2-0, 2-1)
Dimanche 12 mai 2019, 12h15. Steel Arena de Kosice, Slovaquie. 4960 spectateurs.
Arbitrage de Tobias Bjork (SUE) et Max Sidorenko (BLR) assistés de Rene Jensen (DAN) et Lauri Nikulainen (FIN).
Pénalités : États-Unis 6′ (0′, 0′, 6′), France 6′ (2′, 0′, 4′).
Tirs : États-Unis 42 (14, 14, 14), France 24 (4, 12, 8).

Récapitulatif du score
1-0 à 04’05 : DeBrincat assisté de van Riemsdyk et Kane (sup. num.)
2-0 à 05’48 : Vatrano assisté de Eichel et Martinez
3-0 à 06’04 : DeBrincat
4-0 à 33’56 : White assisté de Q. Hughes et Martinez
5-0 à 35’52 : Kane assisté de Larkin et Fox
6-0 à 40’55 : Kreider assisté de Larkin
6-1 à 46’36 : Rech assisté de Claireaux et Bertrand
7-1 à 54’21 : White assisté de Vatrano

États-Unis

Attaquants :
Alex DeBrincat (+3) – Dylan Larkin (A, 2′, +2) – Patrick Kane (C, +2)
Johnny Gaudreau (+1) – Jack Eichel (+1) – Chris Kreider (+1)
James Van Riemsdyk – Jack Hughes – Clayton Keller
Derek Ryan – Frank Vatrano (2′, +3) – Colin White (2′)
Luke Glendening (+1)

Défenseurs
Ryan Suter (+1) – Alec Martinez
Brady Skjei (+2) – Noah Hanifin (+2)
Quinn Hughes (+4) – Adam Fox (+1)
Christian Wolanin

Gardien :
Thatcher Demko

Remplaçant : Cory Schneider (G)

France

Attaquants :
Sacha Treille (-1) – Alexandre Texier (2′, -2) – Anthony Rech
Jordann Perret (-3) – Nicolas Ritz (-2) – Charles Bertrand (-2)
Timothé Bozon (2′, -1) – Valentin Claireaux (A) – Damien Fleury (C, 2′, -3)
Guillaume Leclerc – Eliot Berthon (-1) – Peter Valier
Cédrid Di Dio Balsamo

Défenseurs :
Hugo Gallet (-2) – Kévin Hecquefeuille (A, +1)
Olivier Dame-Malka (-2) – Antonin Manavian (-2)
Florian Chakiachvili (-3) – Thomas Thiry (-1)
Jonathan Janil (-1)

Gardien :
Sebastian Ylönen

Remplaçant : Florian Hardy (G). Réserviste : Anthony Guttig (A, malade).

Les commentaires sont fermés.

risus. consectetur facilisis sit in sem, elementum libero Aliquam vel, mattis Praesent