Road trip : Mannheim – Munich (DEL, 46e journée)

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Mannheim, une force du hockey allemand

Mannheim est le club le plus puissant en Allemagne, financièrement parlant, et fait partie des favoris pour le titre encore cette année. Champions en titre, les Adler viennent de rejoindre les deux autres clubs majeurs de DEL (Cologne et Düsseldorf) qui ont remporté chacun 8 trophées. Bien sûr les clubs ancestraux ont disparu de l’élite mais laissent une trace dans l’histoire avec leur collection de coupes : Berliner SC (19), Füssen (16) et Riessersee (10).

Mannheim est un club qui transpire le hockey et est ancré dans l’esprit de cette ville surnommée « Eishockeystadt » (la ville du hockey sur glace). Actuellement deuxièmes au classement général, les bleus reçoivent le leader et incontestable premier représentant du hockey allemand sur la scène européenne, le solide Red Bull de Munich. Les Bavarois sont coachés par l’imperturbable bâtisseur de titres, Don Jackson. L’Américain, en tant que joueur, a comptabilisé 358 parties de NHL et remporté 2 coupes Stanley, aux côtés de Wayne Gretzky avec les Edmonton Oilers en 1984 et 1985. Derrière le banc, il a été assistant pendant 10 saisons de NHL pour les franchises de Québec, Pittsburgh, Chicago et Ottawa. Mais c’est en Allemagne qu’il exprime tous ses talents avec 8 titres de champions accumulés pendant 14 saisons (5 avec Berlin et 3 avec Munich).

À l’inverse, Pavel Gross l’actuel entraîneur de Mannheim, est auréolé d’un titre de champion en 2019 après avoir passé 10 saisons à Wolfsburg et joué 3 finales toutes perdues. C’est un retour aux sources après son passage en tant que joueur chez les aigles. Il intègre mes Adler Mannheim en 1993 et poursuit jusqu’en 1999 en passant par le fabuleux triplé de champion (199719981999). Il ainsi pu côtoyer les meilleurs joueurs français sous le même maillot avec Philippe Bozon, Christian Pouget et Denis Perez. Il totalise 174 matchs de DEL et 155 points inscrits.

Ce choc méritait le déplacement entre les deux derniers finalistes du championnat et ainsi pouvoir voir ce qui se fait de mieux sur le territoire germanique et découvrir cette ville industrielle.

Puissance industrielle au cœur de la zone du Rhin/Neckar

Mannheim est une ville qui a été totalement reconstruite après-guerre et le centre-ville est appelé Quadratestadt, une référence aux rues perpendiculaires à angle droit, à l’américaine, qui compose la ville.

Dès l’arrivée sur les lieux, la gare de Mannheim Hauptbahnhof accueille les voyageurs avec l’immense logo du club au-dessus du panneau d’affichage des trains. Le tram est aussi pelliculé aux couleurs du club sur une des rames de la ligne 1.

Cette ville industrielle au confluent du Rhin et de la Neckar s’appuie sur une activité portuaire et une industrie dans plusieurs secteurs de chimie ainsi que l’énergie avec le monstre publique MVV, partenaire des Adler.  En Allemagne, plusieurs villes détiennent historiquement leur propre fournisseur d’électricité (Cologne, Munich), mais Mannheim est de loin le plus puissant en Allemagne et conquiert des parts à l’étranger. C’est sur ce solide terrain économique que le club de Mannheim s’appuie pour forger la puissance financière du club.

Friedrichspark, le berceau du hockey de Mannheim

La visite passe immanquablement par le site de Friedrichspark qui a été la patinoire du club depuis 1939 et a accueilli le MERC puis les Adler Mannheim jusqu’en 2006. Cette patinoire a été construite en 1939, puis recouverte d’un toit en 1969 et pouvait accueillir 8600 fans sur de vieux bancs en bois et célébrer le premier titre conquis en 1980. Aujourd’hui, le site semble abandonné tant les arbres ont poussé autour des tribunes, mais le site reste encore en vie. L’infrastructure est restée, la glace a disparu mais le site permet au club de l’ISC Mannheim de faire évoluer une section de Roller in Line (Monsters) et de Roller-Derby (Delta Quads).

Lien ISC Mannheim : https://www.isc-mannheim.com/

Le passage inévitable à la SAP Arena permet de découvrir les facettes du club. Une boutique y est présente, la glace principale avec ses 13 600 places et on retrouve aussi deux glaces attenantes. L’une d’elles a une tribune de 1700 places et une autre – en photo ci-dessous – qui permet de faire jouer les nombreuses équipes de hockey mineur.

Une pépinière de joueurs issus du réseau de patinoires et de clubs

Car Mannheim ne se résume pas à une puissante équipe de DEL, loin de là ! Il s’agit aussi d’une importante base de formation des U11 jusqu’aux U20, où le club excelle avec 16 titres nationaux juniors depuis 2000.

Le club organise tous les ans un tournoi U11 et U13 à cette période de l’année et regroupe les meilleures équipes d’Allemagne et de l’étranger. Cette année les U13 verront les jeunes Français de la ligue Sud-Est participer pour la quatrième fois au tournoi. Ils affronteront Mannheim, Düsseldorf, Eisbären Berlin, Plzen (TCH), Francfort, Landshut et Kloten (SUI).

Lien Jungadler : https://www.jungadler.de/

Le site permet aussi aux équipes de l’autre club, EKU Mannheim, de jouer. L’éventail des possibilités permet à de nombreux jeunes de pouvoir évoluer sur la glace avec les « Mad Dogs ». Il s’agit d’une équipe qui intègre la compétition en Regionalliga (4e division) et une équipe réserve au niveau des Fédérations Régionales du Bade-Wurtemberg (5e niveau).  Mais cette section permet aussi de s’appuyer sur toutes les catégories mineures des U9 jusqu’au U20, ainsi que les féminines dans les deux ligues qui composent le hockey féminin allemand.

Lien EKU Mannheim : http://www.mad-dogs-mannheim.de/

La ville et son agglomération ne manque pas de sites pour pouvoir s’adonner à la pratique du patinage. Ainsi, ayant amené mes patins, c’est à la patinoire d’Herzogenried (photo ci-dessous) que je peux tâter du glaçon. Là encore le site comporte deux pistes qui permet d’ouvrir du temps de glace pour le hockey, patinage artistique, curling, patinage public pour les écoles.

C’est ce réseau qui permet aussi au hockey de bénéficier d’infrastructures permettant aux plus jeunes de patiner et de développer leur passion et ce sport. Car le bassin mannheimois comporte plusieurs patinoires tout d’abord à Ludwigshafen (ville jumelle juste sur l’autre rive du Rhin) avec un complexe de glaces en plein air. La ville de la puissante industrie BASF comporte aussi un club de hockey qui intervient dans le mineur. On retrouve deux autres patinoires à moins de 20 km à Heddesheim et Eppelheim. Après cette visite il est temps de rejoindre la SAP Arena pour le match.

Yannic Seidenberg, le cap des 1000 matchs en DEL

Le choc Adler Mannheim / Red Bull Munich débute par une cérémonie chargée d’émotion pour fêter le 1000e match de DEL de l’international Yannic Seidenberg. C’est sur le tapis rouge que le célèbre joueur est accueilli. Originaire de Schwenningen, il a intégré les Jungadler et évolué au club de 2001 à 2004. Après un passage outre-Atlantique, il a joué pour Cologne et Ingolstadt avant de revenir 4 saisons à Mannheim. C’est depuis 2013 qu’il côtoie le sommet du hockey allemand et l’Europe avec Munich.

Il rejoint ainsi Mirko Lüdemann (1199 matchs en DEL), Daniel Kreutzer (1066), Nikolas Mondt (1060), Patrick Köppchen (1026) et Sebastian Furchner (1024) et devient le sixième joueur à atteindre ce cap. Il a prévu de continuer jusqu’à ce que le club entre dans sa nouvelle aréna (SAP Garden – 10 000 places prévues pour le second semestre 2022).

Les hommages continuent avec, cette fois, celui de Björn Krupp qui atteint le cap des 500 matchs de DEL. Né aux États-Unis, il intègre le circuit sénior à Cologne. Il a ensuite côtoyé Pavel Gross à Wolfsburg du temps de ses 5 saisons.

Le choc sur la glace

Les Red Bull sont pénalisés dès la première minute. Dix secondes plus tard, le gardien munichois Daniel Fießinger a dû se battre pour la première fois. Peu de temps après le retour à cinq, Borna Rendulic ouvre la marque (2’52 : 1-0). le Croate inscrit son sixième but sur les huit derniers matchs.

Mannheim, serein, poursuit sur sa lancée et domine la partie, laissant des Red Bulls en manque d’énergie ou pour le moins étourdi par le jeu des aigles. Sûrs de leur fait, ils ne laissent que peu de palets et de possibilités à leur adversaire. La première occasion bavaroise n’intervient qu’à la onzième minute par Frank Mauer. Le match est sérieux et appliqué avec une rigueur défensive des deux équipes.

Dans la deuxième période, le jeu gagne en vitesse et des jolies actions se construisent. Cependant, les deux lignes de défense ne laissent que peu d’espaces. Ce sont toujours les aigles qui contrôlent la partie mais les Red Bulls augmentent l’agressivité. Daryl Boyle et Yasin Ehliz démontrent un beau duo dans la zone offensive. Le gardien Dennis Endras dévie le revers d’Ehliz. C’est un formidable duel de gardiens qui se présente avec Endras au top dans les déplacements et Fiessinger solide et bien en place. Dans une contre-attaque à deux à la 26e minute, Tim Stützle ne peut reprendre la rondelle transmise par Ben Smith. À pleine vitesse l’international junior est au second poteau mais dans la course il rate le one-timer. Quatre minutes plus tard, le Canadien échoue en envoyant le palet hors cadre.

Avec deux jeux de puissance, Munich revient dans la partie. Endras éteint les chances avec des arrêts de grande classe devant Gogulla et Schütz. Munich revient fort sur la glace et change la perspective du match. Il faut que Mark Katic sauve sur sa ligne peu de temps avant la pause, pour que Mannheim conserve l’avantage.

Dans le dernier tiers, Munich bascule la partie et réoriente son jeu vers l’avant.  Mark Voakes crée le danger avec un fabuleux dribble et transmet à Trevor Parkes qui égalise (46’00 : 1-1). L’urgence change de camp, Mannheim subit et Endras multiplie les arrêts pour tenir. Les Adler ne trouvent plus de possibilité car la défensive du grand Abeltshauser et l’intensité des duels provoque des pertes de palets successives. Le temps défile et la mort subite pointe son nez. Nico Krämmer et Borna Rendulic possèdent le palet de la victoire dans leur crosse mais ne parviennent pas à être décisifs dans la tenue de la rondelle. La chance passe et Mannheim ne parvient pas à concrétiser ses temps forts. Chaque gardien sauve son équipe avec deux arrêts déterminants, mais Chris Bourque crucifie Mannheim à 52 secondes de la fin (59’08 : 2-1).

Mannheim avait les moyens de s’imposer dans ses moments de domination. Munich a fait le dos rond, su défendre avec sérieux. Les Red Bulls utilisent, comme souvent, la même technique : contrôler l’adversaire, se projeter et faire basculer la partie enfin de match. Ce choc a tenu ses promesses avec une qualité dans les conduites de palet, la force en entrée de zone, les qualités défensives. Les gardiens ont été incroyables pour tenir leur équipe. Les deux finalistes de l’édition précédente sont encore les favoris pour soulever le trophée. Maintenant la DEL proposera-t-elle un champion surprise venu de Straubing, Düsseldorf ou bien le retour de Berlin ? C’est pour cela que ce championnat est aussi passionnant !

Réactions d’après match :

Yannic Seidenberg (défenseur de Munich) : « C’était un sentiment inhabituel pour moi d’être sous les projecteurs. J’étais content quand le match a commencé. Avec la victoire, l’équipe m’a offert un bon voyage de retour pour ce 1000e match. »

Nico Krämmer (attaquant de Mannheim) : « Je suis heureux de revenir [NDLR : il était blessé au bras]. Une blessure n’est jamais agréable. Il est difficile de regarder les matchs en tant que spectateur. Malheureusement, mon retour a eu une fin amère. Nous n’étions pas assez bons dans le dernier tiers, nous nous sommes éloignés de notre jeu et de ce qui nous a rendu forts dans les 40 premières minutes. »

Mark Katic (défenseur de Mannheim) : « C’était un match sacrément difficile avec de nombreuses occasions. Malheureusement, nous n’avons pas pu jouer notre  jeu. Nous devons aussi faire le job dans le troisième tiers. »

Mannheim – Munich 1-2 (1-0, 0-0, 0-2)
Mardi 18 Février 2020 à 19h30 à la SAP Arena. 13 305 spectateurs.
Pénalités : Mannheim 4′ (4’, 0’, 2’) ; Munich 6′ (2’, 4’, 0’).
Tirs : Mannheim 20 (5, 8, 7) ; Munich 23 (4, 6, 13).

Évolution du score :
1-0 à 02’52 : Rendulic assisté de Desjardins et Järvinen
1-1 à 46’00 : Parkes Assisté de Voakes et Abeltshauser
1-2 à 59’08 : Bourque assisté de Parkes et Voakes

 

Mannheim

Attaquants :
Matthias Plachta – David Wolf – Andrew Desjardins
Borna Rendulic – Nicolas Krämmer – Jan-Mikael Järvinen
Tommi Huhtala – Tim Stützle – Ben Smith
Brent Raedeke – Valentino Klos – Marcel Goc

Défenseurs :
Sinan Akdag – Chad Billins
Denis Reul – Mark Katic
Codey Lampl – Joonas Lehtivuori
Björn Krupp

Gardien :
Dennis Endras

Remplaçant : Johan Gustafsson (G). Absents : Thomas Larkin (suspendu 8 matchs pour avoir frappé dans un palet qui a touché un arbitre), Markus Eisenschmid (convalescent après une opération du genou).

Munich

Attaquants :
Frank Mauer  – John-Jason Peterka  – Max Kastner
Trevor Parkes – Chris Bourque  – Mark Voakes
Philip Gogulla – Yasin Ehliz – Jason Jaffray
Justin Schütz – Bastian Eckl  – Max Daubner

Défenseurs :
Blake Parlett – Andrew Bodnarchuk
Yannic Seidenberg – Konrad Abeltshauser
Daryl Boyle – Keith Aulie
Emil Quaas

Gardien :
Daniel Fiessinger

Remplaçant : Kevin Reich (G). Absents : Bobby Sanguinetti (« bas du corps »), Mads Christensen (opéré de la hanche), Patrick Hager (« haut du corps »), Derek Roy (retour imminent après 5 mois d’absence pour une opération de l’épaule).

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