Le gardien se fout du virus mais arrête tout

Photo: Mika Kilmäniemi (fédération finlandaise)
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La Finlande a aujourd’hui le nombre de cas de Covid-19 par habitant le plus bas de l’Union Européenne, et il est aussi le seul pays de l’UE dont les infections ont baissé fin octobre. Les Finlandais sont aussi le peuple qui prend le mieux les mesures de restriction, ils télétravaillent et ne se regroupent pas naturellement. On le constate aussi lors de ce tournoi Karjala : 4500 personnes sont autorisées dans la Hartwall Areena pour voir l’équipe nationale (les matches sans participation de la Finlande étant à huis clos). Ce chiffre ferait baver beaucoup de pays à ce jour. Pour autant, comme on l’a constaté en championnat, les spectateurs rechignent à venir à la patinoire. Ils préfèrent rester chez eux et seuls 2412 places sont occupées.

C’est bien innocemment que les journalistes tchèques ont demandé à Dominik Hrachovina – qui joue en Finlande – de commenter la situation du coronavirus dans ce pays, qui s’en sort bien mieux que le leur. Ils ne s’attendaient pas à une réponse cinglante : « Je m’en fous. Ce théâtre que vous, les médias, avez inventé, on en parle littéralement tous les jours. Heureusement, la situation est normale en Finlande. Dieu merci, je ne vis en République tchèque et je n’ai pas à m’occuper de ce qui se passe avec vous. » L’encadrement de la sélection tchèque a aussitôt déclenché les extincteurs avec un communiqué de presse expliquant que l’équipe nationale se désolidarisait des propos de son gardien et prenait très au sérieux le coronavirus et ses conséquences. Il faut dire que la déclaration faisait un peu tache au moment où la fédération communique sur l’opération « soutenez les infirmières » lancée par plusieurs plusieurs hockeyeurs de la sélection comme Nestrašil…

Si Hrachovina a dû rapidement s’expliquer dans le vestiaire, cela n’a rien changé à sa situation sportive. Le staff voulait faire tourner ses gardiens à chaque match, et Hrachovina est bien aligné comme prévu contre la Finlande. Les joueurs locaux dominent légèrement le début de partie, mais la superbe reprise directe d’Andrej Nestrašil à la treizième minute casse l’élan des Finlandais, qui se cherchent pendant quelques minutes.

Jan Ordoš se signale alors en se procurant trois breakaways, une performance rare dans un match international. Le premier a lieu en infériorité numérique, mais le gardien Sami Rajaniemi arrive à dévier le palet sur la barre transversale. Dès le début de la deuxième période, la Finlande essaie de mettre en place un fort pressing d’entrée (comme à chaque début de tiers), mais Ordoš en profite pour filer de nouveau en solitaire, et cette fois pour marquer sous la mitaine de Rajaniemi. Aussi incroyable que ça paraisse, ce même Ordoš s’échappe encore, sans réussir à faire passer le palet entre les bottes du gardien. Cette prise à revers n’aide pas à donner confiance aux Finlandais : c’est surtout en fin de match qu’elle passera à l’attaque, mais sans exploiter plusieurs pénalités tchèques.

Hrachovina a peut-être trop ouvert la bouche, mais il a su fermer la porte. Et la Finlande se retrouve avec une seconde défaite à domicile. Après avoir subi le patinage et le talent des meilleurs juniors russes, elle a succombé à des Tchèques plus patients et expérimentés. Cette équipe avec une dizaine de débutants, affaiblie par l’absence des joueurs des Jokerit en isolement sanitaire, ne va guère inciter leurs compatriotes à sortir de chez eux pour venir l’encourager…

Désignés joueurs du match : Sami Rajaniemi pour la Finlande et Andrej Nestrašil pour la République tchèque.

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Photo : Mika Kilmäniemi (fédération finlandaise)

Commentaires d’après-match

Filip Pešán (entraîneur de la République tchèque) : « Les Finlandais étaient plus mobiles que les Suédois, ils avaient un peu le match contre la Russie dans la tête et surtout ils jouaient devant leur public. Leur vitesse était un problème pour nous, nous avons mis quelques minutes à rivaliser avec leur rythme. Notre jeu en infériorité numérique a été important. Et, bien sûr, le jeu sans faille de Dominik Hrachovina dans le but. On n’a pas dit un mot sur le sujet depuis son commentaire malheureux. Dominik s’est ensuite consacré à la préparation du match. S’il avait enfreint les règles de l’équipe nous l’aurions considéré sans équivoque. Mais Dominik, en dehors de notre travail, s’est exprimé de manière peut-être malheureuse, et il le regrette peut-être lui-même. Il n’y avait pas de raison de spéculer sur son engagement sur le match. Honza [Jan Ordoš] était habitué à ces situations à Liberec [club qu’entraînait Pešán], où nous les avons pratiquées pendant presque toutes les cinq années avant son départ en Suède. Les défenseurs l’ont envoyé en échappée de manière fantastique, ce sont des situations auxquelles nous nous sommes aussi entraînés ici en Finlande. Nous voulons jouer plus derrière les défenseurs pour les surprendre. Je suis satisfait du résultat et du comportement de mes joueurs. »

Jan Ordoš (attaquant de la République tchèque) : « Les Finlandais ont obtenu des situations chaudes au premier tiers. Le but nous a aidés en calmant le match et nous avons mieux joué. En troisième période, ils ont un peu accéléré, nous étions sous pression, mais nous avons bien géré le système et Dominik Hrachovina nous a tenus. Oui, c’est comme ça que nous jouions à Liberec. Les défenseurs finlandais étaient un peu surpris et m’ont laissé partir libre. Nos défenseurs ne gardent pas le palet, ils le jouent bien. Sur mon but, j’ai reçu une belle passe de Michal Moravčík et je l’en remercie. Oui, j’ai conservé le palet en souvenir. Je collectionne les palets de mes buts, j’ai celui de la 1. Liga, de l’Extraliga, de la Suède et maintenant de l’équipe nationale. Ce sera compliqué contre la Russie, ils ont une équipe de jeunes et tout le monde s’attend à ce qu’on gagne. Nous devons approcher ce match comme n’importe quel autre, peu importe si ce sont des juniors ou pas. »

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Photo: Mika Kilmäniemi (fédération finlandaise)

Finlande – République Tchèque 0-2 (0-1, 0-1, 0-0)
Samedi 7 novembre 2020 à 17h30 à la Hartwall Arena. 2412 spectateurs.
Arbitrage de Lassi Heikkinen et Kristian Vikman (FIN) assistés de Tommi Niitylä et Hannu Sormunen (FIN).
Pénalités : Finlande 2′ (0′, 2′, 0′) ; Tchéquie 10′ (2′, 2′, 6′).
Tirs : Finlande 24 (6, 6, 12) ; Tchéquie 31 (13, 14, 4).

Évolution du score :
0-1 à 12’28 : Nestrašil assisté de H. Zohorna et Galvas
0-2 à 20’31 : Ordoš assisté de Moravčík et Lenc

Finlande

Attaquants :
Jere Innala (-2) – Eetu Koivistoinen (-2) – Aleksi Saarela (-2)
Eemeli Suomi – Jere Sallinen (C) – Jerry Turkulainen
Kasper Björkqvist – Hannes Björninen – Ahti Oksanen
Jukka Peltola (A) – Miska Siikonen – Markus Nurmi

Défenseurs :
Jarkko Parikka (-2) – Vili Saarijärvi (-2, 2′)
Lasse Lappalainen – Valtteri Kemiläinen (A)
Mikael Seppälä – Axel Rindell
Alex Lintuniemi – Elmeri Eronen

Gardien :
Sami Rajaniemi [sorti à 58’32]

Remplaçant : Oskari Setänen (G). En tribune : Peter Tiivola, Otto Karvinen (A).

République Tchèque

Attaquants :
Andrej Nestrašil (+1, 2′) – Tomáš Zohorna (C, +1) – Hynek Zohorna (+1)
Jan Ordoš (+1) – Ondřej Roman (+1) – Radan Lenc (+1, 4′)
Jiří Smejkal – Michael Špaček – Radek Koblížek
Šimon Stránský – Rudolf Červený – Jaromír Pytlík
Pavel Novák [1 présence]

Défenseurs :
Jakub Galvas (+1) – Jakub Jeřábek (A, +1)
Michal Moravčík (+1, 4′) – Filip Hronek (A, +1)
Lukáš Klok – Vojtěch Mozík

Gardien :
Dominik Hrachovina

Remplaçants : Patrik Bartošák (G), Šimon Kubíček (D). En tribune : Lukáš Pařík (G), David Jiříček, Stanislav Svozil (D), Jan Myšák, Michal Teplý, Adam Raška, Filip Koffer (A).

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