Buteur à 17 ans : l’égal d’Ovechkin ?

Nikita Chibrikov - photo FHR
366

Si le sélectionneur tchèque a été contraint de beaucoup expérimenter, il a fait appel au même duo de gardiens qui avait commencé la saison au tournoi Karjala, en annonçant qu’il voyait en eux des candidats sérieux pour les prochains championnats du monde. Patrik Bartošák a joué les deux premières rencontres, mais les a perdues. C’est donc une chance pour Dominik Hrachovina : en novembre, il avait réussi des débuts parfaits en équipe nationale avec un blanchissage face à la Finlande. Pour cette deuxième sélection, on a attendu le dernier match pour l’aligner, peut-être aussi pour qu’il change d’adversaire (il joue justement en Finlande à Tappara). Ce coup-ci, Hrachovina doit affronter les Russes qui n’en finissent plus de gagner.

Igor Larionov continue pourtant de faire place aux jeunes. Au lieu de simplement être le treizième attaquant, Nikita Chibrikov, l’invité-surprise de 17 ans, est ainsi envoyé en deuxième ligne. Et il participe même au premier but… sans vraiment s’en rendre compte. Le palet lui a juste ricoché le patin. Mais son mérite est de s’être installé dans l’enclave. C’est d’ailleurs en le poussant que David Tomášek a masqué son propre gardien Hrachovina, qui a alors relâché un tir de la ligne bleue banal de Kirsanov et permis à Zakhar Bardakov de conclure du revers dans une cage vide (0-1).

Malgré ce but, les Tchèques semblent trouver la recette d’une équipe russe très offensive. Après deux défaites contre des formations nordiques très tactiques, ils trouvent beaucoup plus d’ouvertures contre ces adversaires techniques mais moins organisés. Tomášek a l’occasion de se rattraper en partant en breakaway, mais il échoue sur Yaroslav Askarov. Les Tchèques finissent par égaliser eux aussi après un lancer de la ligne bleue, de Libor Šulák. Le rebond dans l’axe est pris par Michael Špaček qui gagne le duel physique sur son défenseur pour marquer entre ses jambes. Les arbitres suédois vérifient si le gardien a été gêné mais accordent le but (1-1).

En deuxième période, les Russes résistent près de deux minutes à 3 contre 5 pendant des pénalités de Pylenkov et Zborovsky, mais ils paient leurs efforts 19 secondes après être revenus au complet. Jakub Flek signe un but superbe en pivot après avoir fait le tour de la cage. Une minute plus tard, Lukáš Krok porte même le score à 1-3. Une première infériorité concédée par Dominik Lakatoš est sans conséquence, et Smejkal s’échappe même pendant l’infériorité. Mais quand le « petit bulldog » Kodýtek part à son tour à la niche (pour un cinglage), Nikolai Kovalenko réussit à arracher le palet au gardien derrière la ligne de fond et à le passer en retrait pour Pavel Kraskovsky en cage vide (2-3). Un but qui change psychologiquement le cours du match.

Nikolai Kovalenko, qui a pourtant vu son temps de jeu diminuer cette saison au Lokomotiv Yaroslavl, est bien le catalyseur émotionnel et énergique de cette jeune équipe russe. Sa contribution ne s’arrête pas à la réduction du score. Au troisième tiers, il part de la bande, échange le palet avec Daniil Misyul et s’ouvre ainsi pour traverser devant la cage et s’ouvrir l’angle pour marquer au second poteau (3-3). Filip Pešán a beau réduire sa rotation à trois lignes, rien n’y fait. Bien loin de sa première sortie internationale, Hrachovina va vivre cinq minutes de cauchemar. Misyul réussit à marquer dans le haut du filet dans un angle presque impossible (4-3). Les Tchèques sont en panique, et Vasily Podkolzin punit leur erreur en zone défensive (5-3). Filip Pešán demande son temps mort et sort son gardien, mais Butuzov marque en cage vide. Le retour de Hrachovina devant ses filets sera encore pire puisque le gamin Chibrikov inscrit un but 20 secondes plus tard (7-3). Le tir de pénalité transformé par Tomášek – pour le consoler de finir le match avec une fiche de -5… – restera anecdotique.

La Russie égale donc son record dans l’Euro Hockey Tour avec neuf victoires d’affilée. Et l’inattendu Nikita Chibrikov marque l’histoire en étant le deuxième buteur de 17 ans de la Sbornaïa, le premier était un certain Aleksandr Ovechkin. Le contexte n’est pas vraiment le même. Les deux joueurs ont certes tous deux débuté dans l’Euro Hockey Tour, quelques jours avant leurs 18 ans. Mais Ovechkin jouait déjà dans l’équipe sénior du Dynamo depuis un an et demi. Il avait fait ses débuts internationaux contre une équipe tchèque qui comptait plusieurs multiples champions du monde. Quant à son but, même s’il était en cage vide, il l’avait inscrit contre des Finlandais qui comptaient de grands noms. Cette comparaison sans équivoque montre combien l’Euro Hockey Tour a perdu son intérêt à force d’opposer des équipes de plus en plus expérimentales.

On ne sait pas bien qui dans cette équipe russe ira vraiment au championnat du monde. Le candidat le plus probable est le gardien Aleksandr Samonov, qui s’est encore montré meilleur que le junior Yaroslav Askarov, son coéquipier de club. Ce dernier n’est que le numéro 3 au SKA Saint-Pétersbourg, mais Samonov lui-même peine à s’imposer comme titulaire face au Suédois Hellberg. Si les Tchèques n’ont aucune certitude, les Russes n’en ont guère plus. Mais à un moment où leur équipe nationale n’a plus la moindre ossature (y compris sur le banc où l’entraîneur change tous les quatre matins), ils savent au moins que leur relève fourmille toujours de talents.

Commentaires d’après-match

Filip Pešán (entraîneur de la République tchèque) : « Nous avons mené 3-1 et les Russes ont retourné le match. Nous avons offert un powerplay avec notre indiscipline, ils ont marqué un but à la limite des règles. Ce ne sont pas des choses qui font tomber une grande équipe. Malheureusement, elles nous ont fait tomber. Nos trois matches étaient extrêmement serrés, nous aurions pu faire bonne impression, mais nous n’en avons gagné aucun. Clairement, le tournoi n’était idéal pour aucune équipe, à cause de la situation du Covid, des play-offs, des blessures, etc. Construire l’ossature de l’équipe pendant la saison n’est même pas possible. Mais nous n’avons pas gagné un match. À la fin, la victoire doit être de notre côté. Et elle ne l’était pas. »

Nikita Chibrikov (attaquant de la Russie) : « La confiance arrive pour une raison. Il y a eu beaucoup de travail, de préparation. J’ai joué assez de matches en KHL (NDLR : 12) et je ne suis pas monté sur la glace avec peur mais avec confiance. Je voulais apporter le maximum de bénéfice à l’équipe. Je ne vais pas mentir, j’étais un peu surpris par l’appel en équipe nationale, mais j’essaie de progresser et de ne pas m’arrêter. Je pense que toutes les présences que j’ai faites ont prouvé que je méritais ce challenge. Merci pour ce temps de jeu. Je suis content de chaque point parce que je suis attaquant et que mon job est d’en marquer. bien sûr, on se souvient toujours des buts, mais une passe égale toujours un but. »

 

Russie – République tchèque 7-4 (1-1, 1-2, 5-1)
Dimanche 14 février 2021 à 12h00 à la Malmö Arena. Huis-clos.
Arbitrage de Linus Öhlund et Tobias Björk assistés d′Emil Yletyinen et Daniel Persson (SUE).
Pénalités : Russie 34′ (4′+10′, 10′+10′, 0′), Tchéquie 12′ (4′, 8′, 0′).
Tirs : Russie 31 (9, 12, 10), Tchéquie 36 (17, 14, 5).

Évolution du score :
1-0 à 07’29 : Bardakov assisté de Chibrikov et Kirsanov
1-1 à 16’18 : Špaček assisté de Lenc et Šulák
1-2 à 29’24 : Flek assisté de Smejkal
1-3 à 30’37 : Klok assisté de Špaček
2-3 à 37’04 : Kraskovsky assisté de Kovalenko (sup. num.)
3-3 à 48’34 : Kovalenko assisté de Misyul
4-3 à 52’58 : Misyul assisté de Podkolzin et Butuzov
5-3 à 54’11 : Podkolzin
6-3 à 57’26 : Butuzov (cage vide)
7-3 à 57’46 : Chibrikov assisté de Bardakov et Podkolzin
7-4 à 59’05 : Tomášek (tir de pénalité)

Russie

Attaquants :
Damir Zhafyarov (C, -1) – Maksim Sorkin (-1) – Ivan Chekhovich (-1)
Vasily Podkolzin (A, +4) – Zakhar Bardakov (+4, 2+10′) – Nikita Chibrikov (+3, 2′)
Nikolai Kovalenko (+1, 2′) – Pavel Krasovsky (A) – Vladimir Butuzov (+2)
German Rubtsov – Danila Moiseyev – Maksim Groshev
Vitali Kravtsov

Défenseurs :
Sergei Zborovsky (2′) – Kirill Kirsanov (+2)
Daniil Pylenkov (+2, 2′) – Semyon Chistyakov (+1)
Artyom Minulin (2′) – Daniil Misyul (2’+10′)
Shakir Mukhamadullin (-1)

Gardien :
Yaroslav Askarov

Remplaçant : Aleksandr Samonov (G). En réserve : Daniil Tarasov (G), Marsel Ibragimov, Daniil Zhuryavlov, Aleksandr Alekseev, Sergei Shmelyov. Blessé : Marat Khusnutdinov (épaule).

Tchéquie

Attaquants :
Radan Lenc (A, 2′) – Michael Špaček (2′) – Matěj Stránský
Jakub Flek (-3) – David Tomášek (-5) – Jiří Smejkal (-3)
Radek Koblížek – Petr Kodýtek (2′) – Matěj Blümel
Oscar Flynn – Dominik Lakatoš (+1, 4′) – Jan Ordoš
Filip Suchý

Défenseurs :
Michal Moravčík (C, -3) – Filip Král (-3)
Lukáš Klok (+2) – Libor Šulák (+1, 2′)
Daniel Gazda (-2) – David Musil
David Němeček (-1)

Gardien :
Dominik Hrachovina [sorti de 57’12 à 57’26]

Remplaçant : Patrik Bartošák (G). En réserve : Ondřej Vitásek, Ondřej Roman, Michal Birner.

Les commentaires sont fermés.

ut ultricies felis justo velit, sit ipsum at