Découvertes sur les origines du hockey en France

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La recherche historique sur le hockey sur glace est un travail continuel, et je vous livre mes dernières découvertes.

Le horet normand comme ancêtre du hockey ?

Longtemps, une thèse a circulé selon laquelle le mot hockey venait d’un mot de vieux français désignant un bâton de pèlerin recourbé (hocquet), où d’une manière ou d’une autre d’un mot signifiant « crosse », via la racine « hook- » ou « hock-« . Cette théorie a été très largement battue en brèche, notamment par l’ouvrage de MM. Gidén, Houda et Martel (voir article sur les origines) qui démontre que le terme hockey ne désigne pas la crosse mais l’ancêtre du palet. L’étymologie qu’ils avancent est celle de « hock », la bière contenue dans les tonneaux dont les bondes de liège constituaient un accessoire du jeu.

Tout en indiquant une étymologie différente, j’ai retrouvé une source de 1889 qui affirme que le terme désigne la balle et non la crosse… mais en français. Le plus intéressant dans ce document est son auteur, qui n’est pas le premier chroniqueur venu mais un archiviste paléographe, Président de la Société de l’histoire de France (en 1880-1881), Siméon Luce. C’est donc un des plus grands spécialiste de son temps sur les textes de l’Ancien Régime. Or, à partir de 1882, l’Académie des inscriptions et belles-lettres le charge de diverses missions. À sa séance du vendredi 22 novembre 1889, Siméon Luce présente ainsi une étude intitulée De quelques jeux populaires dans l’ancienne France, à propos d’une ordonnance de Charles V.

Voici ce qu’écrit Luce : De cette soûle à la crosse dérivent en droite ligne la crosse portée par nos colons de Normandie et de Bretagne au Canada, où elle est devenue le jeu national sous la dénomination barbare de la « lacrosse », le « polo », variante anglo-canadienne de la crosse, le « hockey » des Anglais, la « treue » ou « truie » de Rabelais et des Bourguignons, le « horet » des Bas-Normands, le « godet » de l’Ile-de-France, le « gouret » ou la « marmite » de nos provinces du centre. Le français « goret », oui signifie petit porc, le bas normand « horet », le bourguignon « treuil », le berrichon « gouret », désignaient originairement la balle ou boule que l’on poussait avec la crosse, et c’est abusivement que, dans le jeu actuel, le mot « gouret » s’applique à la crosse elle-même.

Avant la Révolution, le jour du mardi gras, l’évêque d’Avranches et ses chanoines, armés chacun d’une crosse et suivis du bas-clergé et des enfants de chœur, se rendaient en troupe sur la grève la plus voisine de la ville, près du pont Gilbert ; et là ils jouaient une partie de horet ou de « crosserie » dont on donnait le signal eu sonnant à toute volée la grosse cloche de la cathédrale. Ce jeu s’est même maintenu jusqu’à nos jours dans l’Avranchin, notamment à Genets et sur toutes les grèves du Mont-Saint-Michel ; il n’a complètement disparu que vers 1840.

De horet (à prononcer à la normande en roulant les « r ») au hockey, il n’y aurait qu’un pas. Et ce horet serait un cousin du goret, avec donc la même origine sémantique que le cochonnet du jeu de boules (le cochonnet est un terme très ancien déjà cité par Alexandre Dumas en 1842).

Première mention d’un jeu de hockey en France : 1888

Le hockey est cité systématiquement en France comme un jeu pratiqué en Angleterre sur la glace, même si certains s’étonnent qu’on ne l’importe pas, par exemple en patinage sur roulettes. La première mention d’une pratique locale est due à un Canadien également professeur de… lacrosse.

Le Temps, 8 février 1888 : « M. le proviseur du lycée Janson […] a demandé des moniteurs à l’École normale des jeux scolaires, qui s’est mise aussitôt à sa disposition. […] L’École normale elle-même poursuit activement l’étude des jeux qu’elle se propose d’apporter aux écoles de tout ordre. À la bavette française et à la grande-thèque, elle a fait succéder, cette semaine, la balle à la crosse (que les Anglais appellent hockey ou bandy, selon les comtés), et la crosse proprement dite, celle-ci sous la direction d’un célèbre amateur canadien, M. Duncan Bowie, qui s’est mis gracieusement à sa disposition.

La crosse (que les Canadiens d’aujourd’hui appellent improprement lacrosse, en un seul mot) est un vieux jeu français importé au Canada par les officiers du marquis de Montcalm ; il nous revient fort à propos par ce chemin détourné. C’est un exercice des plus élégants, où la force, l’adresse, la souplesse du poignet, la justesse du coup d’œil sont également nécessaires. L’outillage se compose, pour chaque joueur, d’une longue crosse de frêne terminée par une raquette à lanières de bœuf, et à l’aida de laquelle les deux camps opposés s’efforcent de faire passer une balle de liège et de caoutchouc entre deux buts marqués par des poteaux. M. Duncan Bowie est de première force à ce joli jeu, qu’il a déjà activement contribué à mettre à la mode en Angleterre, comme il est présentement en train de le ressusciter en France. « Ce sera l’honneur de ma vie auprès de mes compatriotes, tous fanatiques de ce jeu national », nous disait-il hier. »

Pour autant, précisons bien qu’il n’est nullement ici question de glace ou de patins. Il s’agit de hockey sur terre, alors également inexistant à Paris (mais pas forcément dans les Flandres où Luce précise que la pratique de la balle à la crosse subsiste).

Paris avant Versailles ?

Nous avions fait remonter à Versailles, autour du Nouvel An 1891, la première pratique du hockey en France. Mais les Versaillais ont été battus d’un mois par les Parisiens. Du moins ceux-ci ont-ils essayé… Le dernier week-end de novembre 1890, il gèle fort sur toute la région parisienne, et tous les journaux rivalisent de descriptions sur les joies du patinage, que l’aristocratie pratique au Cercle des Patineurs du Bois de Boulogne depuis 1866/67, mais que les « humbles prolétaires » pratiquent aussi sur des étangs publics, au Bois de Vincennes, au Parc Montsouris ou en banlieue. On n’avait trouvé aucune mention de hockey sur les journaux parisiens de l’époque, et on n’en a toujours pas trouvé, du moins dans les journaux… francophones.

C’est dans l’édition parisienne du New York Herald qu’on a retrouvé la première mention du hockey sur des glaces françaises. La première description en est donc faite… en anglais. Peut-être parce que, justement, le journaliste anglophone est familier du terme et du sport, et sait ce dont il s’agit. L’édition du dimanche 30 novembre 1890 indique : « En conclusion, je mentionnerais les deux sujets frais qui ont alimenté les conversations de la journée. D’abord, un plan pour organiser un match de hockey sur glace à grande échelle. Deuxièmement, une intention d’inaugurer au printemps une série de matches de polo dans l’enceinte du Tir-aux-Pigeons. » Les deux sujets apparemment sans lien entre eux ont un rapport, comme on le verra plus loin…

Le 2 décembre, le même journal relate une tentative de se mettre au hockey : « Sur le lac public près de Longchamp, il y avait une couche de glace d’une dizaine de centimètres et de nombreux patineurs enthousiastes. Il régnait plus de gaieté et moins de décorum ici qu’au Cercle. Nombre de jeunes hommes et d’écoliers essayaient dur d’organiser un match de hockey, et ils auraient réussi si… » [l’article décrit ensuite une foule à la curiosité volage qui se rassemble d’abord pour regarder un artiste découper la glace, puis pour voir un vieil homme à barbe grise débuter en patinage]. Le lendemain, le couperet tombe : « Bien sûr, le dégel est arrivé. Les jeunes gens du Cercle des Patineurs ont commencé à parler d’une fête de nuit et du hockey sur glace – et ça a suffi. »

Les premiers hockeyeurs parisiens (et mexicains) connus

Il re-gèle plus tard, et la recension suivante arrive le dimanche 11 janvier 1891, soit une semaine après la mention des noms des premiers hockeyeurs versaillais. On n’en apprendra pas autant à Paris, où le rédacteur du Herald indique : « Il y a toujours du nouveau au Cercle des Patineurs. Hier c’était un match de hockey, organisé par un jeune gentilhomme toujours en avant quelque que soit le sport concerné. On m’a demandé de ne pas mentionner les joueurs, par conséquent je m’en abstiendrai. Une des principales raisons pour ne pas en dire beaucoup est que le match ne fut pas un succès – par parce que les joueurs n’étaient pas bons, mais parce qu’ils ont utilisé une balle qui, une fois frappée sur une surface lisse comme du verre, ne s’arrêtait jamais jusqu’à toucher terre. Le vrai objet avec lequel on joue au hockey est une bonde de liège. Il n’y en avait pas de disponible hier, donc on a abandonné le match au bout d’un moment. Sans trahir le secret qui m’a été imposé, je peux mentionner qu’il y avait six joueurs de chaque côté. […] Dans quelques jours il y aura un autre match de hockey (si le gel le permet) et vous aurez alors un compte-rendu plus détaillé. »

Le mardi 20 janvier, le Herald tient parole et donne les deux premiers noms de hockeyeurs parisiens, Raoul Duval et De Escandon. L’hiver suivant, ces deux messieurs se livrent de nouveau au hockey. La veille de Noël 1891, ils jouent au Cercle de Patineurs avec Lister, E. Stonor et le Prince Schonberg. On apprend en outre que Raoul Duval est un patineur « très gracieux, et un grand favori de ses dames. »

raoulduvalmauriceQui se cache derrière ces patronymes ?

René (26 ans) et Maurice Raoul-Duval (24 ans, ci-contre en photo dans la Vie au Grand Air) sont les créateurs du Polo Club de Paris en 1891 (et la boucle est bouclée avec l’article de novembre !). Ce sont les petits-fils du Sénateur Raoul Duval (qui a « légué » son prénom rendu célèbre dans le patronyme officiel de ses descendants) et les arrières-petits-fils de l’économiste libéral Jean-Baptiste Say. Raoul est un ingénieur de l’École des mines de Paris qui a notamment été Administrateur-délégué de la Société du chemin de fer sous-marin entre la France et l’Angleterre, société dont le but était la création d’un tunnel sous la Manche… qui ne vit le jour que 78 ans après sa mort ; Maurice fut médaille de bronze aux Jeux olympiques 1900 en polo.

Les frères De Escandon – ou plutôt De Escandón – sont nés à Mexico. Leur père le principal actionnaire de la ligne ferroviaire Mexico-Veracruz, mais la famille a émigré en raison de dissensions avec le président Benito Juárez. Ils ont étudié en Angleterre, au Stonyhurst Jesuit College, avant de s’installer à Paris. À cette époque, l’aîné Paul ou Pablo [1856-1926] de Escandón est propriétaire d’un hôtel avenue de Messine. Le cadet Manuel de Escandón [1857-1940], marié à la fille du marquis de Salamanca, occupe un hôtel particulier rue de Beaujon. Ils sont cavaliers, joueurs de polo et patineurs. Il est probable qu’ils aient joué tous les deux au hockey dans les premiers temps même si seul un nom est cité (leurs deux épouses sont signalées dans le public). Cette fratrie fait partie de la très riche communauté mexicaine de Paris. Le troisième frère Eustache (Eustaquio) de Escandón [1862-1933] a aussi été un pratiquant émérite de polo, mais on ne sait pas s’il était parmi les pionniers du hockey. Ces Mexicains ont ensuite acheté le château de Coubert (Seine-et-Marne) pour y pratiquer le polo et la chasse. Précisons que les trois frères ont aussi été médaillés de bronze en polo en 1900, ex-aequo avec le Bagatelle Club de Raoul-Duval : ce sont donc les premiers médaillés olympiques de l’histoire du Mexique ! Paul participera à un évènement historique encore plus important puisqu’il servira de traducteur lors de la toute première rencontre de l’histoire entre les présidents des États-Unis et du Mexique (William Taft et Porfirio Díaz) en 1909.

Los Primeros jugadores de Hockey Parisianos y « Mexicanos » conocidos.

Se congelo mas tarde, la recesion siguiente llego el 11 de enero 1891, una semana despues que salieron los nombres de los primeros jugadores de Versailles. El redactor del periodico Herald dijo « siempre hay nuevas cosas en el circulo de los patinadores. Ayer hicieron un partido de hockey, organizado por un joven caballero, siempre delante sin importar el deporte. Me pidieron no dar los nombres de los jugadores, asi que no lo hare. Una de la razones principales es que el partido no fue bueno, no por las calidades de los jugadores sino por la pelota que utilizaron que nunca se paraba hasta que toca la tierra. El verdadero objeto para jugar hockey es una « bonde de liège ». No habia disponible ayer, entonces abandonaron el partido en un momento. Sin tracionar mi palabra, puedo decir que habia seis jugadores en cada equipo. En unos dias hara otro partido de hockey, si el hielo lo permite asi que les dare unas noticias mas. »

El martes 20 de enero, el Herald cumple su palabra y dio los nombres de los primeros jugadores Parisianos de hockey, Raoul Duval y De Escandon. El invierno siguiente, esos caballeros vuelven a jugar hockey. El dia anterior a navidad 1891, juegan al circulo de patinadores con Lister, Stonor y el principe Schonberg. Tambien supimos que Raoul Duval es un patinador « muy elegante, y el favorito de las damas »

Los hermanos de Escando o mejor dicho De Escandón nacieron en Mexico. Su padre era el principal accionista de la linea Ferrea Mexico-Veracruz, pero la familia emigro por razon de de desacuerdos con el presidente Benito Juarez. Estudiaron en Ingleterra en el colegio Stonyhurst Jesuit, antes de llegar en Paris. A esa epoca, el hermano mayor, Paul o Pablo (1856-1926) de Escandón era dueño de un hotel en la avenida de Messine. El menor Manuel de Escandón (1857-1940) cassado con la hija del marqués de Salamanca, vive en un hotel muy lujoso en la calle de Beaujon. Son jinetes, jugadores de polo y patinadores. Es probable que los han jugado hockey en primer tiempo, aunque solo se menciona un nombre (las dos esposas son presentes en la afficion).

Esa hermandad hace parte de la comunidad Mexicana muy rica de Paris. El tercer hermano Eustache (Eustaquio) De Escandón (1862-1933) tambien fue praticante del polo pero no se sabe si hizo parte de los pioneros del hockey. Luego estos Mexicanos compraron el castillo de Coubert (seine et marne) para jugar polo y casar. Los tres hermanos fueron medallista de bronce en polo en 1900, empantando con el club de Raoul Duval, entonces ellos fueron los primeros medallistas olympicos Mexicanos. Paul sera despues participante de un evento mas importante, porque sera el primer traductor de la primera cita entre un presidente de Estados-unidos y de Mexico (William Taft y Porfirio Díaz) en 1909.

(Traduction : Hortencia Reyes Rodriguez)

Et Coubertin dans tout ça ?

Toujours aucune mention explicite de Pierre de Coubertin dans cette première saison de hockey sur glace en France, et donc pas plus à Paris qu’à Versailles. À cette époque, le Baron est le secrétaire général de l’USFSA (Union des Sociétés Françaises des Sports Athlétiques), une organisation qui regroupe les tout premiers clubs sportifs. Il n’en existe alors que quatre à Paris – dont le Racing et le Stade Français – en dehors des clubs scolaires. Coubertin est connu pour son ouvrage sur l’éducation physique en Angleterre, dans lequel il vante le modèle du « sport », cette invention anglaise. Il faut savoir qu’à l’époque la rubrique « sportive » des journaux est dévolue principalement aux courses hippiques. Le hockey est plutôt classé avec le patinage dans la rubrique « mondanités ».

Coubertin a aussi visité Montréal (en novembre 1889). Il connaît donc sûrement le hockey, et son nom est assez connu pour être cité dans la presse… mais ne l’est pas. Le 4 décembre 1890, dernier jour avant le premier dégel des premières tentatives parisiennes de hockey, il organise un cross-country interscolaires dans le bois de Meudon. Mais en janvier 1891, ne serait-ce pas lui, ce gentilhomme dont parle le Herald, décrit comme toujours partant quand il s’agit de sport ? C’est une hypothèse, mais il n’est pas habitué du Cercle des Patineurs, qui était un cercle plutôt fermé. Il est donc probable que le journaliste évoque simplement Raoul-Duval (en référence à sa volonté d’organiser le polo). Les premiers témoins décrivent Coubertin comme ayant pratiqué le hockey deux ans plus tard. En particulier, et sauf preuve du contraire, rien n’indique qu’il ait importé le hockey de Paris à Versailles : ces dernières découvertes plaident plutôt pour un développement parallèle dans les deux villes, sans qu’aucun lien n’apparaisse.

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