Texier lance la France

Photo Benoit Mantel
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Les Bleus débutent leur tournoi de qualification olympique par ce qui a tout d’un traquenard : la Hongrie. Les échecs répétés de l’équipe de France dans ces qualifications – pas de JO depuis 2002 – sont en effet parsemés d’entames de tournoi ratées, avec son lot de coups durs contre le Kazakhstan par exemple…

Cette fois, la Hongrie donc, adversaire classé 21e au ranking IIHF. Le pays d’Europe de l’Est avait disputé le Mondial élite en 2016 – avec à la clé une défaite contre la France – avant d’être relégué. Depuis, la Hongrie stagne à ce niveau inférieur et a frôlé la correctionnelle en 2019 en terminant avec une seule victoire, précieuse puisqu’elle a fait la différence avec la Lituanie pour éviter la relégation en D1B !

En préparation, les Hongrois ont connu une défaite assez lourde 8-5 contre l’Autriche. Faiblesse de la défense, production offensive, notamment du jeu de puissance. La mission des Français sera donc d’éviter les pénalités, encore plus après un match raté contre le Danemark en infériorité numérique (5 buts encaissés).

Le coup dur des Bleus est venu de Yohann Auvitu. Le défenseur n°1 a du renoncer au tournoi et a quitté le groupe à cause d’une blessure « bas du corps », selon le jargon du hockey. Il est remplacé par Vincent Llorca, arrivé tardivement mercredi soir dans le même vol que les médias français. L’arrière angevin n’est cependant pas éligible pour les deux premiers matchs. Le règlement n’avait en effet pas prévu ce genre de situation et il a fallu trancher en accord avec tous les pays participants… Ce compromis n’arrange pas l’équipe de France, privée de son joueur pour deux matchs sur trois.

En face la Hongrie n’aligne pas Balázs Sebők : le centre numéro 1 du match de préparation était un joueur majeur et l’un des rares expatriés, deuxième pointeur de KalPa en élite finlandaise et coéquipier d’Hugo Gallet.

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Pierre Crinon, Pierre-Edouard Bellemare et Thomas Thiry en défense – Photo Benoit Mantel

 

La Hongrie réaliste

Les Bleus débutent par une montée de Pierre-Edouard Bellemare, relayé par Alexandre Texier. Le palet tourne et revient sur Bertrand qui teste Zoltán Hetényi. La France imprime un gros rythme d’entrée et confisque le palet. Puis, un bon travail d’Anthony Rech et Valentin Claireaux ouvre le jeu. La passe de derrière le but revient sur Hugo Gallet qui tente un tir maîtrisé avec peine par le gardien.

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Florian Chakiachvili – Photo Benoit Mantel

Un peu plus tard, après un bon mouvement tricolore et une montée de défenseur, Claireaux, qui compensait à la bleue, tente un tir et se fait contrer. Csanád Erdély part en contre et croise trop son tir, tout en obtenant la première pénalité du match sur ce retour désespéré de Claireaux. La défense tricolore effectue un bon travail au duel pour repousser le jeu dans les bandes. Le premier tir ne survient ainsi qu’au retour du puni, István Sofron se heurtant à Florian Hardy depuis le cercle droit.

La France s’efforce de maîtriser le palet et de réussir des sorties propres. Elle ne concède pas grand chose et obtient de nouvelles occasions, par Bellemare au cercle sur un superbe service de Texier, puis Texier en tour de cage. Malheureusement, ces très bonnes treize premières minutes ne paient pas. Et la Hongrie profite d’un changement de ligne raté et d’un palet perdu par Antonin Manavian avant sa ligne bleue, le long de la bande, pour frapper. Csanád Erdély, resté en zone offensive, récupère sans hors jeu, se présente seul devant Hardy et le feinte en glissant entre ses jambes en retrait pour János Hári. Le tir en hauteur piège l’ex-Angevin à contre pied (0-1).

Pire, Stéphane Da Costa perd le palet derrière son propre but et concède deux minutes pour retenir. Sanction rapide : duel dans le coin mal maîtrisé et le disque revient sur le tout jeune Kristóf Papp, 20 ans, qui reprend de volée entre les cercles. Hardy, pourtant pas masqué, laisse filer ce tir pas vraiment franc entre ses jambes (0-2). C’est le deuxième but international pour le joueur de Michigan State en NCAA – le premier était au tour préliminaire du TQO en 2019.

Sonnée, la France reprend le chemin de l’attaque, sous l’impulsion du trio Texier-Bellemare-Bertrand, très actif. Les attaquants bataillent et le disque sort peu de la zone hongroise, mais les occasions restent rares. Deux buts de retard après vingt minutes, sous les vivas de la cinquantaine de supporters hongrois. La France n’a pas converti ses chances, face à une défense très bien regroupée devant son gardien.

Furia française

Le jeu reprend et la France obtient une supériorité rapide pour une faute de Ákos Mihály. Zoltán Hetényi stoppe une volée de Damien Fleury après quinze secondes, puis Bellemare tente sa chance avec Antoine Roussel au rebond. Le disque sort ensuite sur un tir hors cadre de Da Costa. Sur le deuxième groupe, Texier ne cadre pas son premier tir, mais fusille Zoltán Hetényi sur le deuxième avec écran de Sacha Treille (1-2).

La France accélère et domine. Fleury, lancé à droite, décoche un tir qui frappe le gardien au masque. Rech enchaîne de l’autre côté et Zoltán Hetényi contrôle le lancer. La France est récompensée sur une bonne présence du trio de Da Costa. L’attaquant de KHL laisse le palet à la bleue pour Manavian, qui se décale et lance en force. Dévié deux fois en route par des défenseurs, le disque termine au fond des filets (2-2).

Sur l’engagement, Bartalis est puni et les hommes de Philippe Bozon installent leur jeu de puissance. Da Costa essaie son tir en hauteur avec Roussel en écran et Henteyi sort la mitaine. L’accélération de Texier sur le deuxième groupe manque de peu de profiter à Bertrand, et la Hongrie s’en sort.

Il n’y a plus qu’une équipe sur le palet : la France. La défense adverse commence à multiplier les revirements et la ligne de Nicolas Ritz obtient une série de chances dangereuses. Mieux, la Hongrie concède deux minutes sur une rare incursion vers le but de Hardy… Les Français ont senti le momentum. Le jeu de puissance campe dans la zone. Après un beau mouvement en triangle que Bertrand conclut sur le gardien, la rondelle reste dans les crosses tricolores. Chakiachvili décale Texier et l’attaquant de Columbus s’offre un doublé (3-2).

Ce renversement du match soulage les Français, mais ils ne sont pas à l’abri. Hardy se charge de le rappeler avec un arrêt de la botte solide malgré un écran. Puis, à la faveur d’un changement de ligne, Da Costa vole un palet et sert deux entrants : Texier et Bertrand. Le premier sert le second, mais Henteyi ferme la porte avec un arrêt exceptionnel. Le trio Bozon-Claireaux-Rech enchaine et Zoltán Hetényi doit se jeter sur le palet. A 1’37 de la pause, Bozon est lancé en échappée et trouve le poteau. La France rentre au vestiaire en tête après un deuxième tiers dominant, et aurait pu compter bien plus que trois buts…

Des frayeurs tardives

Les joueurs de Philippe Bozon entament avec la même énergie le troisième tiers temps. Ils tentent de porter le jeu dans l’enclave et de provoquer des revirements. Rech traverse la patinoire et frôle le quatrième but d’un tir croisé. L’échec-avant très agressif gêne la relance et offre une nouvelle occasion à Bertrand. Cette domination se traduit par une pénalité de Magosi. Le groupe Texier, très efficace depuis le début du match, s’installe rapidement. Chakiachvili lance dans l’axe et Rech dévie. Le palet traine devant un but grand ouvert et Treille finit le travail (4-2).

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L’action du quatrième but français – Photo Benoit Mantel

 

Le trou est fait ? Non ! Un palet mal dégagé est bloqué à la bleue par Ákos Mihály et revient par un joli jeu de Magosi vers Bartalis, qui feinte Manavian et piège Hardy d’un tir croisé (4-3).

La France accuse le coup et recule, sans concéder d’occasions franches. A dix minutes du terme, la tension est bien présente et les joueurs se chauffent un peu près du banc hongrois… Quelques instants plus tard, Ritz est puni de deux minutes pour cinglage. Les supporters hongrois poussent : plusieurs tirs passent hors cadre. Claireaux effectue un gros travail et renverse le jeu à l’opposée afin de gagner du temps. Perret fait de même, luttant derrière le but de Zoltán Hetényi face à quatre adversaires : la pénalité est tuée. Mais le jeu en infériorité doit revenir en piste, Gallet mettant au sol son adversaire sur un deux-contre-deux. Aucun tir concédé, et retour au complet.

Hardy, sous pression, semble avoir du mal à maîtriser un tir de Magosi : il brille sur le rebond en plongeant, crosse sur la ligne. Une action symptômatique d’une certaine fébrilité française dans cette fin de rencontre. Mais la contre-attaque est cinglante : entrée en zone de Da Costa en slalom, qui écarte vers Texier. En feu, le Grenoblois sert Fleury dans un fauteuil près de la cage (5-3). Une merveille de jeu collectif pour le plus beau mouvement du jour.

Il reste 2’28 et l’entraineur Sean Simpson décide de sortir son gardien. La France défend bien, et la Hongrie passe au temps mort à 1’31 de la sirène. Un tir de loin vient menacer Hardy, qui gèle le palet avec l’aide de Claireaux. Ce sera la dernière occasion : les joueurs de Philippe Bozon peuvent savourer la Marseillaise.

Tout n’a pas été maîtrisé, loin de là, mais l’équipe de France construit son collectif au fil des minutes. Le premier tiers, honnête mais manquant de réalisme – un peu contre la Corée – a été suivi d’une réaction de patron en deuxième tiers, dans ce qui sont sans doute les vingt minutes les plus abouties depuis bien longtemps. La France aurait pu se dispenser de ces frayeurs en fin de match, mais se satisfera des trois points, de deux groupes de jeu de puissance dangereux, de trios homogènes et d’un jeu en infériorité plutôt efficace. La progression continue.

Désignés joueurs du match : Alexandre Texier (France) et István Sofron (Hongrie)

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Philippe Bozon – Photo Benoit Mantel

 

Commentaires d’après-match

Philippe Bozon (entraîneur de la France) : « C’était le match attendu, la Hongrie est un adversaire difficile. Nous avons bien débuté mais prenons deux buts sur des erreurs individuelles. L’équipe a eu le mérite de ne pas paniquer, de conserver son identité. Nous avons eu de très belles occasions au deuxième tiers et nous aurions pu sortir avec beaucoup plus que trois buts. Nous attendions ce tournoi depuis longtemps. Il y a eu la relégation, le Covid et nous avions peu joué ensemble depuis, avec un seul match de préparation contre un adversaire de très haut niveau, le Danemark, un effectif expérimenté qui a joué à très haut niveau depuis deux ans. Nous n’avions pas travaillé le jeu de puissance avant l’arrivée de nos meilleurs joueurs. Ils sont arrivés plus tard et tout le crédit leur revient aujourd’hui. On a vu que le groupe d’Alex a bien fonctionné, mais il y a eu de la qualité sur les deux groupes : du mouvement, des choix judicieux. Sur le plan défensif, la prestation a été bonne. L’agressivité était présente et des erreurs commises contre le Danemark corrigées. Nous avions beaucoup insisté sur la communication et nous n’avons pas été si mal que ça à cinq contre cinq. Une prestation assez correcte dans l’ensemble. Les deux pénalités de suite en fin de match ont montré l’ADN de l’équipe, l’esprit de sacrifice, avec beaucoup de tirs bloqués. Le groupe est en mission, il est très motivé et cela s’est bien vu sur les équipes spéciales. »

Alexandre Texier (attaquant de la France) : « C’était un bon match, une première victoire importante. Nous devrons faire encore mieux demain, car le tournoi sera de plus en plus dur. Il nous faut encore progresser. On s’est bien entendus avec Pierre-Edouard Bellemare et Charles Bertrand. Ils savent jouer avec le palet, je sais que je peux leur donner et le récupérer. On se sent bien après une victoire, cela donne de la confiance. Mon but est d’aider le groupe, nous ne sommes pas là pour les statistiques. La préparation ? Je me suis entrainé pour le camp, pour être prêt physiquement. Mentalement je suis bien, nous sommes en mission et le premier objectif est atteint. »

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Les supporters hongrois chantent leur hymne national devant leurs joueurs en fin de match – Photo Benoit Mantel

 

France – Hongrie 5-3 (0-2, 3-0, 2-1)
Tournoi de qualification olympique, groupe E.
Jeudi 26 août 2021, 15h30. Amrena Riga. 200 spectateurs.
Arbitrage d’Andre Schrader (ALL) et Christoph Sternat (AUT) assistés de Simon Riecken (AUT) et Alexander Waldejer (NOR)
Pénalités : France 8′ (4′, 0′, 4′), Hongrie 8′ (0′, 6′, 2′)
Tirs : France 31 (6, 18, 7), Hongrie 33 (11, 3, 19)

Récapitulatif du score :
0-1 à 12’43 : Hári assisté de Erdély et Sofron
0-2 à 14’51 : Papp assisté de Hári (sup. num.)
1-2 à 23’09 : Texier assisté de Chakiachvili et T. Bozon (sup. num.)
2-2 à 28’00 : Manavian assisté de S. Da Costa et Fleury
3-2 à 34’45 : Texier assisté de Chakiachvili (sup. num.)
4-2 à 45’28 : Treille assisté de Rech et Chakiachvili (sup. num.)
4-3 à 45’38 : Bartalis assisté de Mihály et Magosi
5-3 à 56’53 : Fleury assisté de Texier et S. Da Costa

France

Attaquants :
Damien Fleury (C, +1) – Stéphane Da Costa (2′, +1) – Antoine Roussel
Alexandre Texier (+1) – Pierre-Édouard Bellemare (A) – Tim Bozon
Anthony Rech – Valentin Claireaux (2′) – Charles Bertrand
Jordann Perret (-1) – Nicolas Ritz (2′, -1) – Sasha Treille (A, -1)
Floran Douay

Défenseurs :
Florian Chakiachvili – Romain Bault
Antonin Manavian (-1) – Hugo Gallet (2′)
Pierre Crinon (+1) – Thomas Thiry
Kevin Hecquefeuille

Gardien :
Florien Hardy

Remplaçant : Henri-Corentin Buysse (G). Réservistes : Sebastien Ylönen (G), Eliot Berthon (A), Vincent Llorca (D, pas qualifié)

Hongrie

Attaquants :
Csanád Erdély – János Hári (A, 2′) – István Sofron
Ákos Mihály (2′, +1) – István Bartalis (2′, +1) – – Bálint Magosi (2′)
Kristóf Papp – Gergő Nagy (C) – István Terbócs (-1)
Krisztián Nagy (-1) – János Vas (A) – Donát Szita
András Benk

Défenseurs :
Scott Macaulay – Bence Stipsicz (-1)
Tamás Pozsgai – Milán Horváth (+1)
Bence Szirányi – Zsombor Garát
Gergely Tóth – Dániel Szabó

Gardien :
Zoltán Hetényi [sorti à 57’24]

Remplaçant : Miklós Rajna (G). En réserve : Gergely Arany (G), Balázs Sebők (A, blessé)

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L’entraîneur de la Hongrie Sean Simpson – Photo Benoit Mantel

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