Poursuivons notre présentation de la saison 2024/2025 de la KHL en passant à la Conférence Est, avec la division Kharlamov, entre Volga et Oural. C’était la division la plus forte l’an passé, et elle pourrait bien encore l’être, avec le champion en titre et un challenger qui ne s’interdit plus l’ambition en play-offs.
Metallurg Magnitogorsk : enterrez le mariage mais pas le champion

Le problème est que ceux qui ont en revanche brillé lors de la conquête du titre en ont payé le prix dans leur corps. L’exemple le plus criant est Denis Zernov qui a fini les play-offs avec 12 buts… et une déchirure ligamentaire à l’épaule pendant la finale, même s’il s’était relevé pour ne rien laisser paraître et avait masqué la douleur dans les deux dernières rencontres. Le meilleur marqueur de la saison Danila Yurov et la jeune révélation des play-offs Roman Kantserov ont eux aussi dû se faire opérer à l’intersaison.
Trois convalescents, et bientôt quatre… L’entraîneur Andrei Razin a retiré son équipe sur la glace en pré-saison quand Daniil Vovchenko a été transporté sur civière après une charge à la tête. L’attaquant s’est réveillé à l’hôpital où il est resté deux jours. Mais le retour à maison a été difficile. La semaine suivante, sa femme – une camarade de classe d’enfance devenue entrepreneuse en cosmétique et en chirurgie des lèvres – a annoncé qu’elle divorçait via ce message posté sur les réseaux sociaux : « Quand je courais autour du chantier, en travaillant 12 heures par jour à la maison et en payant le loyer, tu ***** tout ce qui bougeait, te lâchais dans la bouche de mes meilleures amies, louais des prostituées et vivais ta meilleure vie. » Sans aucune retenue envers l’étalage en place publique, elle promettait même à ses 18 000 followers une récompense de 50 000 roubles pour l’histoire la plus intéressante au sujet de son mari…
Après la crise de couple, on proclamait vite la crise sportive quand Magnitogorsk perdait 5 de ses 6 premières rencontres. Mais n’est-ce pas un peu tôt pour enterrer le champion ? La rentrée de deux blessés – Vovchenko et le centre Yurov – permet déjà au Metallurg de trouver un peu plus de stabilité.
Avtomobilist Ekaterinbourg : prêt pour la dernière marche

Le meilleur marqueur d’Ekaterinbourg en play-offs, Anatoly Golyshev, est bien moins payé que les étrangers, mais à 29 ans, il a re-signé un contrat de 5 ans, déclarant ne même pas avoir songé à quitter sa ville natale. Logiquement élu capitaine par vote des joueurs, Golyshev semble attaché presque à vie au club. Et si c’était aussi le cas de Stéphane Da Costa, qui entre dans sa dernière année de contrat mais vient de déclarer qu’il veut « rester en Russie jusqu’à la fin de [sa] carrière ». Le duo Golyshev – Da Costa est devenu inséparable et joue un rôle essentiel à 5 contre 5 comme en avantage numérique.
Il y a un seul joueur-cadre dont l’Avtomobilist voulait se séparer, Sergei Shirokov : grâce à l’augmentation du quota d’étrangers, il a été remplacé en tant qu’attaquant droitier utile en powerplay par Nick Merkley, qui connaît déjà la KHL avec Minsk. L’ailier Makeev a bien reçu une offre, mais trop basse à son goût, donc le club a engagé à sa place Brendan Leipsic : ce joueur écarté de NHL pour propos misogynes avait fait parler de lui par sa demande de nationalité russe l’été dernier, mais a ensuite raté sa saison comme cela arrive si souvent aux recrues du SKA. L’Avtomobilist se fie à ses performances antérieures et pense qu’il peut amener de la vitesse.
Ak Bars Kazan : une panthère plus jeune… mais vraiment plus rapide pour autant ?

Le bouleversement le plus grand est la « mise à la porte » – selon ses propres mots – du meilleur marqueur Vadim Shipachyov, jugé trop âgé et lent à 37 ans malgré un contrat en cours. Cela ne le consolera pas, mais il n’est pas le seul à avoir succombé à la politique de rajeunissement. Ak Bars a dit adieu au doyen de la défense (Voinov) et aux six attaquants les plus vieux, qui étaient par âge croissant Galiev, Petrov, Lukoyanov, Kagarlitsky, Shipachyov et… Aleksandr Radulov. Les négociations ont duré avec ce dernier, y compris parce que le club préférer garder l’option d’une prolongation ouverte en attendant d’avoir signé deux nouveaux attaquants pour la première ligne, Aleksandr Barabanov et le centre canadien Nick Petan (35 points en 170 matches de NHL et un point par match en AHL).
Ces deux-là sont des patineurs vifs, mais ce n’est pas une qualité si répandue. Le malentendu qu’il a fallu dépasser est qu’une équipe plus jeune ne veut pas dire plus rapide. La lenteur a toujours été le seul gros point faible du troisième attaquant du premier trio, Dmitrij Jaškin, désormais doyen de l’attaque à seulement 31 ans. Les autres recrues, Egor Korshkov et le défenseur de retour Albert Yarullin, ont aussi bien des qualités, mais pas la rapidité. Le staff a dû démentir avoir cherché à donner la primeur à la vitesse.
Ak Bars a perdu en expérience mais aussi en créativité offensive. Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’il y aura moins d’insatisfaction sur les temps de jeu tant les rôles sont bien répartis. Même s’il ne joue pas sur les unités spéciales, c’est l’occasion pour Semyon Terekhov de se faire enfin une place durable en KHL à 22 ans, après avoir été meilleur marqueur des playoffs de VHL (en prêt au Neftyanik Almetievsk).
Traktor Chelyabinsk : un défi difficile mais motivant pour Benoît Groulx

Cette étonnante défiance tient aussi dans l’identité de l’autre candidat. Benoît Groulx avait été contacté en octobre 2023, il était déjà le choix numéro 1 pour reprendre le Traktor avant Zavarukhin. Le Québécois qui a passé toute sa carrière de joueur professionnel en Belgique (Geel) et en France (Viry, Épinal, Brest et Rouen) est devenu un entraîneur réputé à la fois très exigeant et très compétent tactiquement. Groulx était alors en voyage de découverte du hockey suisse – avant de se préparer à une expérience similaire en Allemagne – et ne se voyait pas accepter un tel changement en pleine saison sans avoir eu le temps de se préparer et de connaître la KHL par étude vidéo. Quand on l’a rappelé pendant l’été, en revanche, il a accepté. Ce n’est pas une mission facile. Groulx arrive à Chelyabinsk, une ville qui respire le hockey, en tant qu’étranger venu remplacer un entraîneur local qui a mis la barre très haut. Mais il a connu son heure de gloire en conduisant le Canada à la victoire du Mondial junior 2015, après cinq ans d’insuccès, à domicile, dans les deux villes de hockey à la pression maximale (Montréal et Toronto).
Un de ses gardiens dans l’équipe junior canadienne était alors Zach Fucale, qu’il a aussi coaché en AHL dans l’équipe-ferme de Tampa Bay à Syracuse. Et justement, Fucale est aujourd’hui l’atout numéro 1 du Traktor. Benoît Groulx a évidemment pris attache auprès de lui, tout comme il a pris conseil auprès du francophone Bob Hartley, le seul entraîneur canadien champion KHL. Groulx a intrigué en venant avec un assistant de seulement 30 ans, Raphaël-Pier Richer (chargé des attaquants et du jeu de puissance), qui entraînait des juniors : c’est très inhabituel en Russie où règne le respect des anciens. Il a aussi fait parler de lui en offrant une pendule en cadeau à Karpukhin lorsque celui-ci est arrivé en retard à une réunion d’équipe : le message est passé…
Groulx a mis sa patte dans la composition d’équipe : voyant qu’il n’y avait qu’un seul défenseur droitier, ce qui paraît déséquilibré selon les normes canadiennes, il a fait venir l’expérimenté Steven Kämpfer, dont le fils a joué avec le sien en AHL. Il a aussi recommandé l’attaquant Dylan Sikura, autre Canadien d’origine (lointaine) slovaque par son père et japonaise par sa mère. La patte du directeur sportif Aleksei Volkov – qui a toujours privilégié les gros gabarits – se sent avec l’arrivée des centres russes Aleksandr Kadeikin (99 kg, ex-SKA) et Andrei Svetlakov (92 kg, carrière entière au CSKA, 3 titres). Kadeikin n’est pas très mobile mais est d’une grande efficacité aux engagements (57,5% en carrière), Svetlakov n’a rien de spectaculaire mais excelle dans les petits détails de position de sa crosse et de ses patins.
En plus du changement d’entraîneur, Volkov s’est mis en danger par une autre décision impopulaire, celle de ne pas conserver le joueur originaire de la ville Anton Burdasov, pour des raisons de rapport qualité/prix. Burdasov n’était plus le joueur-clé du fait de la très bonne alchimie entre premier centre Vladimir Tkachyov et Maxim Shabanov. Celui-ci a pris le rôle du buteur, sans avoir la grande qualité de tir de Burdasov mais en sachant varier ses angles et trouver le chemin vers le but. Les deux hommes sont les autres garants du succès avec Fucale. Mais encore une fois, le grand défi sera de faire mieux qu’une demi-finale, qui était déjà un très bon résultat.
Neftekhimik Nijnekamsk : un hockeyeur par erreur d’orientation

En attaque aussi, le Neftekhimik a conservé l’essentiel de ses hommes. Il n’y a qu’un seul changement important, délibéré et a priori positif : le retour du deuxième marqueur du club en 2022/23 Vyacheslav Leshchenko (après un an à Oufa) a poussé dehors Nikita Setdikov, arrivé en début de saison dernière du Sibir, dans le rôle d’ailier performant en supériorité numérique. Les négociations les plus difficiles ont concerné la prolongation de Dmitry Sokolov, car la perception de sa valeur différait grandement entre le club ou son agent. L’effort de Sokolov a toujours été questionné, mais il y a une chose qu’on ne peut pas lui enlever : que ce soit en junior majeur, en AHL, en VHL puis en KHL, il met vraiment pas mal de buts avec son tir redoutablement efficace, et c’est quand même la base du hockey. Il a finalement signé un contrat d’une saison, en attendant de voir comment il évoluera à 26 ans. Mais attention. Des jeunes pourraient prendre de la valeur plus vite que lui. Après de discrets débuts l’an dernier (9 matches), Nikita Khoruzhev s’est imposé en pré-saison par ses buts et sa vitesse et a déjà du temps de jeu en avantage numérique.
Le jeune qui capte le plus l’attention est un débutant qui ose porter le numéro… 99 ! Joey-Christophe Muissu (18 ans), fils d’un Congolais venu étudier la chirurgie et ayant rencontré sa future femme russe au karaoké, a commencé le camp d’été avec les juniors et a bifurqué vers l’équipe première. Ce n’est pas la première fois dans sa vie qu’il bifurque. Sa mère skieuse voulait qu’il fasse de la natation, sport complet, son père volleyeur espérait le voir devenir gardien de football. Les parents ont convenu qu’ils s’inscriraient d’abord au football, ensuite à la piscine. Le stade de football était à droite, la patinoire à gauche… et papa s’est trompé de direction. Les entraîneurs de hockey ont invité l’enfant métis sur la glace et il n’a plus jamais quitté les patins.
Lada Togliatti : sans l’effet de surprise

En attaque, les quatre meilleurs marqueurs ont été conservés, dont le leader offensif Ostap Safin. Le principal changement est le remplacement de Scott Kosmachuk par Anthony Greco, un autre ailier droitier du même âge (30 ans). Ce fils d’un pompier de New York – qui a comme beaucoup d’entre eux une santé pulmonaire fragile depuis son intervention le 11 septembre – peut faire des différences par son patinage rapide mais devra passer par un nouveau temps d’adaptation après deux ans en Suède.
Le départ le plus problématique semble être celui du défenseur au plus gros temps de jeu, Georgi Solyannikov, complet avec une relance sûre. Celui que personne n’avait identifié l’an passé a été recruté par l’Admiral. Le Lada espère refaire le même coup en faisant découvrir un autre joueur superflu dans l’organisation du SKA, Arseny Koromyslov (20 ans). Il a aussi fait revenir un joueur d’expérience formé au club, Denis Barantsev (32 ans, ex-Avtomobilist), ce qui renforce l’identification. L’effectif semble donc au même niveau, mais le syndrome de la seconde saison menace surtout parce que l’effet de surprise ne fonctionnera plus.









































