La journée à la patinoire Santa Giulia se termine par l’entrée en lice de l’autre cador de ces Jeux olympiques : les États-Unis. Finalistes du dernier tournoi des Quatre nations, champions du monde à Stockholm en mai dernier, les Américains rêvent d’une finale contre leur voisin canadien. Mais d’ici là, il leur faudra franchir quelques obstacles.
Le manager Bill Guerin a réalisé des choix forts, en se passant de deux des meilleurs buteurs de la NHL : Jason Robertson et Cole Caufield, ainsi que du défenseur Lane Hutson. Trois joueurs aux gabarits plus modestes, pas assez physiques selon sa vision du tournoi à venir. Il a en revanche intégré Jack Hughes, qui n’a jamais vraiment semblé bien remis de sa blessure stupide à la main dans un restaurant, et qui a manqué les derniers matchs des Devils du New Jersey, blessé « au bas du corps ». On se demande si satisfaire la famille Hughes n’est pas un plan pour Guerin, par ailleurs DG du Wild du Minnesota qui vient d’acquérir… son frère Quinn Hughes. La mère, Ellen Hughes, est elle très proche de la fédération américaine, agissant en tant que consultante pour l’équipe féminine.
Trêve de complotisme, l’effectif américain a quand même fière allure et l’embarras du choix à tous les postes. Clayton Keller, champion à Stockholm, en fait les frais et débute en tribunes, tout comme Jake Oettinger et le réserviste Jackson LaCombe, appelé en remplacement de Seth Jones blessé.
Au rayon petite histoire, Brock Nelson suit les traces de son grand-père, médaillé d’or en 1960, et de son oncle, médaillé d’or en 1980 : Bill Christian (n°6) et Dave Christian (n°23) l’ont donc inspiré pour son numéro 29.
En face, la Lettonie veut surprendre. Habitués à piéger les gros aux Mondiaux, les Baltes se souviennent encore de leur étonnante victoire face aux États-Unis pour une historique médaille de bronze il y a trois ans. L’héroïque gardien de l’époque, Kristers Gudlevskis, qui revient de blessure, commence en tribunes avec Roberts Bukarts et Oskars Cibulskis. Le tout jeune Albert Smits, éligible à la prochaine draft, est de la partie.
La première occasion revient aux États-Unis. Une énorme volée à la bleue, plein axe, signé Zach Werenski, offre un rebond en or pour Dylan Larkin sur le côté du but. Le joueur de Detroit récupère mais son revers… traverse la zone bleue.
C’est l’action marquante de cinq premières minutes un peu poussives. Le jeu manque de fluidité, mais on sent déjà le talent de la base arrière. Werenski, notamment, se multiplie. Il relance vers Matthew Tkachuk, qui fixe et décale son frère Brady lancé. Le joueur d’Ottawa expédie un tir mi-hauteur en tête de cercle et ouvre le score (0-1).
Deux minutes plus tard, Quinn Hughes double la mise. Il démarre l’action en ouvrant vers Nelson à droite, qui glisse à JT Miller. Le joueur des rangers s’avance ligne de fond et envoie une belle passe levée dans le trafic, entre les cercles vers l’aîné des frères Hughes. Le tir est imparable. La Lettonie fait appel à la vidéo, réclamant un hors jeu de Nelson. Challenge gagnant, le but est refusé.
La partie tourne donc, et les Américains se prennent les patins dans le tapis dans leur propre zone. Après un contact bien trop haut mais non sifflé de Locmelis sur Matthews, le palet arrive derrière le but de Hellebuyck. Faber et Slavin se replacent mal devant la cage et la confusion règne dans le slot, jusqu’au moment ou Renars Krastenbergs surgit et trouve le palet qui traine. Un vrais but de Renars, donc (1-1).
Vexés, les États-Unis repartent vers l’avant, avec une jolie combinaison collective qui démarque Matthew Tkachuk : arrêt de Merzlikins. Une minute plus tard, Jack Hughes donne à Brock Faber à la bleue. Le défenseur reprend et Brock Nelson, sur la route, dévie le palet mi-hauteur. La Lettonie réclame une révision vidéo, accusant JT Miller d’obstruction sur le gardien… et c’est le deuxième but refusé !
Comme précédemment, la Lettonie déboule en contre juste après. Krastenbergs frôle le doublé, et Locmelis gaspille le rebond juteux en tirant au dessus, gêné par le retour de Matt Boldy !
À cinq minutes de la pause, ce même Krastenbergs concède deux minutes de pénalité. Le jeu de puissance s’appuie sur Werenski et Quinn Hughes, et, à la fin de l’avantage, Jack Hughes trouve Guentzel entre les cercles, pour un bel arrêt. De retour à cinq, la pression continue : Vincent Trochek trouve Brock Nelson en retrait et le tir percute le poteau.
Et ça continue de pousser : nouvelle confusion dans le slot, Matthew Tkachuk tire, Eichel lève les bras… mais c’est encore le poteau ! Malgré un 15-9 au tir, deux buts refusés et deux poteaux, les Américains rentrent au vestiaire à égalité 1-1 avec la Lettonie.
Quarante secondes, et Jake Guentzel est puni pour un accrochage sur Kristians Rubins. La défense verrouille bien les lignes de tirs, et s’en sort. Le jeu reprend dans le camp letton et Eichel, esseulé au cercle gauche, ne cadre pas cette bonne position.
Les minutes défilent sans but, mais ,non sans possession offensive. Les États-Unis campent dans la zone adverse et multiplient les temps de jeu stériles. Les tirs sont bloqués, les passes manquent de précision, et, pour le peu de choses qui passent le rideau, Merzlikins est concentré.
Il faut attendre la mi-match pour voir le score se débloquer. Jack Hughes reçoit le palet au fond, et trouve une passe sous le nez de deux défenseurs lettons vers Brock Nelson lancé. Le vétéran arrive seul devant le gardien, fixe et feinte, et glisse le palet dans le but ouvert. Il peut baisser le bras pour valider ce but, enfin, après avoir été hors jeu sur le premier but refusé, marqué un but refusé et touché un poteau. (1-2).
Deux minutes plus tard, une collision spectaculaire entre Brady Tkachuk et Janis Jaks renverse le défenseur et les Américains manquent d’en profiter. Le palet revient au capitaine d’Ottawa, mais Merzlikins le prive du succès.
Le match tourne à l’attaque-défense, et le disque ne quitte plus la zone des joueurs d’Harijs Vitolins. Cela combine fort, avec des séquences longue durée, notamment avec les deux frères Hughes. Puis, c’est Boldy qui échoue sur Merzlikins à bout portant. Les frères Tkachuk s’y mettent à leur tour à l’occasion d’une pénalité différée… La défense craque sur cette faute de Mamcics, un coup de crosse dans le dos de Matthew Tkachuk, et le gardien lui même peine à retrouver son souffle.
Premier mouvement, une déviation de Matthew Tkachuk dans le slot, avec Tage Thompson à l’affût. Le grand pivot des Sabres de Buffalo reçoit ensuite une passe de Eichel ligne de fond, et fait parler ses mains avec un but du revers spectaculaire (1-3).
La fin de tiers est un calvaire, avec encore une présence longue durée où Jack Hughes distille les passes vers Sanderson, Nelson, Trocheck… puis, sur un contre, Jack Hughes entre en zone, laisse à son frère Quinn pour une passe dans le dos vers Matthew Tkachuk sorti du banc. Il remet à Jack Hughes, qui temporise, fixe, et offre un caviar à Brock Nelson, but ouvert (1-4). 17 tirs à 2 dans ce tiers, ça y est, les États-Unis sont lancés.
Arturs Silovs garde les buts lettons pour le dernier tiers. Kaspars Daugavins commence pour sa part sur le banc des pénalités, après avoir fait trébucher Werenski en zone offensive. Pas l’idée du siècle de la part du capitaine letton. Eichel, ligne de fond, sert l’autre capitaine Auston Matthews entre les cercles, qui parvient à trouver juste assez d’espace pour allumer Silovs en hauteur (1-5, photo ci-dessus).
Le portier sauve un sixième but potentiel sur une longue passe de Quinn Hughes vers Brock Nelson, échappé à gauche. Il faut attendre neuf minutes pour une occasion lettone, sortie de la jambière par Hellebuyck. Dans la foulée, Dylan Larkin commet un cinglage. La Lettonie peine à construire du jeu offensif et leur adversaire revient au complet.
À 3’22 de la fin, un mauvais geste de Tralmaks excède Faber, qui réplique d’un geste encore moins beau. Les deux joueurs sont punis, avec une pénalité additionnelle côté américain. Les Baltes n’arrivent à rien sur cet avantage, et le match se termine sur le score de 5-1.
Après un premier tiers de rodage, marqué par deux buts refusés et deux poteaux, les Américains ont fini par dérouler leur jeu offensif, écrasant la Lettonie par vagues. Toutes les lignes ont été mises à contribution, épuisant la défense adverse et finissant même par chasser le gardien. L’écart de niveau était évident ce soir et on se demande bien ce que la suite du tournoi va donner pour le favori…
Commentaires d’après-match :
Matthew Tkachuk (attaquant des États-Unis) : « Oui, c’était bizarre avec ces deux buts refusés, surtout le deuxième. Mais les règles sont les règles ! Nous n’avons pas paniqué après cela, même à 1-1. Nous avons resserré le jeu, nous savions que nous avions les habiletés pour faire la différence. Les équipes spéciales ont été très bonnes. Nelson ? Il aurait pu en avoir quatre ou cinq ! Il a été incroyable, comme toute sa ligne. Il connaît une grande saison à Colorado, il a montré qu’il pouvait batailler. Ce sens du sacrifice, il joue dans toutes les situations, il met un but incroyable, prend les mises au jeu importantes… Cet engagement pour l’équipe, c’est ça qui nous permettra d’avoir du succès. Jack Hughes ? Lui aussi, c’est le sacrifice, il n’a pas le même rôle qu’à New Jersey, mais nous sommes chanceux de l’avoir. Il a adhéré au projet, il m’impressionne à l’entrainement. C’est un énorme ajout à l’équipe, et tout ce talent dans l’équipe, qui accepte le rôle donné. La patinoire ? Les fans sont peut-être un peu plus près qu’à l’habitude, mais c’était formidable, un match que je n’oublierai jamais. »
Jack Hughes (attaquant des États-Unis) : « Pour toute l’équipe, c’est faire tout ce qu’il faut faire pour gagner. Je suis fier d’être là, quatrième ligne ou pas. Le premier tiers était un peu étrange, mais après coup c’est amusant, ces buts refusés. J’espère qu’il y a encore beaucoup de bonnes choses à venir ici. Je ne parlerais pas d’alchimie avec Brock (Nelson)… Nous jouons tous avec des joueurs exceptionnels, et lui, c’est un joueur intelligent, il sait trouver les trous dans une défense, se placer, trouver de l’espace pour moi. Je me souviens petit, ma mère jouait et mon père nous gardait [Ellen Hughes a notamment joué le Mondial 1992, et est consultante pour l’équipe nationale femmes à Milan, NDR]… le hockey c’est de famille, et le partager avec mon frère ici pour nos premiers Jeux, et ma mère pas loin… c’est spécial. Je ne pense pas qu’il y ait grand chose à changer pour les prochains matchs, nous sommes assez confiants. Il va juste falloir s’adapter aux règles un peu différentes de la NHL. Nous avons eu des recommandations, mais les habitudes sont parfois dures à perdre. Trocheck par exemple [coupable sur l’obstruction du 2e but refusé] joue dans la ligue depuis 15 ans ! On va devoir se le mettre en tête pour la suite. C’est un bon début, on va continuer à travailler et s’améliorer. Il faut continuer comme ça. »

Lettonie – États-Unis 1-5 (1-1, 0-3, 0-1)
Jeudi 12 février 2026 à 21h10 à Milano Santagiulia. 11 288 spectateurs.
Arbitres : Michael Campbell (CAN) et Kyle Rehman (USA) assistés de Albert Ankerstjerne (DAN) et Libor Suchánek (TCH).
Pénalités : Lettonie 8’ (2’, 2’, 4’) ; États-Unis 8’ (0’, 2’, 6’).
Tirs : Lettonie 18 (9, 2, 7) ; États-Unis 38 (15, 17, 6).
Récapitulatif du score
0-1 à 05’29” : B. Tkachuk assisté de M. Tkachuk et Werenski
1-1 à 07’25” : Krastenbergs assisté de Girgensons
1-2 à 30’38” : Nelson assisté de J. Hughes et Trocheck
1-3 à 37’35” : Thompson assisté d’Eichel et Q. Hughes (sup. num.)
1-4 à 39’48” : Nelson assisté de J. Hughes et M. Tkachuk
1-5 à 42’35” : Matthews assisté d’Eichel et Q. Hughes (sup. num.)
Lettonie
Attaquants :
Sandis Vilmanis (-1) – Zemgus Girgensons (A) – Eduards Tralmaks (-1, 2’)
Rihards Bukarts (-1) – Teodors Bļugers – Rūdolfs Balcers (-1)
Kaspars Daugaviņš (C, -1, 2’) – Dans Ločmelis – Renārs Krastenbergs (+1, 2’)
Mārtiņš Dzierkals (-1) – Oskars Batņa – Anri Ravinskis
Haralds Egle
Défenseurs :
Kristians Rubīns – Uvis Jānis Balinskis (A, +1)
Roberts Mamčics (-2, 2’) – Jānis Jaks
Kristaps Roberts Zīle – Alberts Šmits
puis à 40’00” Ralfs Freibergs
Gardiens :
Elvis Merzļikins puis à 40’00” Artūrs Šilovs
En réserve : Kristers Gudlevskis (G), Oskars Cibulskis (D), Roberts Bukarts (A)
États-Unis
Attaquants :
Brady Tkachuk (+1) – Jack Eichel – Matthew Tkachuk (A, +2)
Matt Boldy (-1) – Auston Matthews (C) – Jake Guentzel (-1, 2’)
Kyle Connor – Dylan Larkin (2’) – Tage Thompson
Jack Hughes (+2) – Brock Nelson (+2) – Vincent Trocheck (+1)
JT Miller
Défenseurs :
Quinn Hughes (+1) – Charlie McAvoy (A, +1)
Jaccob Slavin (-1) – Brock Faber (4’)
Jake Sanderson – Zach Werenski (+1)
Noah Hanifin (+2)
Gardien :
Connor Hellebuyck
Remplaçant : Jeremy Swayman (G). En réserve : Jake Oettinger (G), Jackson LaCombe (D), Clayton Keller (A)












































