Battue par la Suisse, la sélection de Yorick Treille n’a pas le temps de gamberger. Pour son deuxième match, le champion du monde 2024, la Tchéquie, se présente, quelques heures après sa lourde défaite contre le Canada, 5-0.
Les Tchèques ont donc des envies de revanche et veulent lancer leur tournoi de la meilleure des manières. Jan Rutta, touché la veille, est forfait et remplacé par Tomas Kundratek. Lukas Dostal est mis au repos. Un match particulier, car, à la même heure, la sélection féminine tchèque dispute son quart de finale contre la Suède ! Le dilemme des supporters…
Côté tricolore, les incertitudes autour de la santé de Yohann Auvitu, absent hier, ont été levées au dernier moment : le défenseur va vivre son rêve olympique. Son retour chasse Thomas Thiry en tribunes. En revanche, Jordann Perret, très en vue hier, n’est pas finalement pas présent, remplacé par Nicolas Ritz, pour son premier olympique. Yorick Treille choisit aussi de faire tourner ses gardiens. Martin Neckar, seulement aperçu dans des tournois amicaux, dispute ainsi son tout premier match officiel en bleu, manière déjà d’anticiper les échéances de 2028 et 2030 en lui donnant de l’expérience dans un match où l’enjeu n’est pas si élevé qu’on pourrait le penser. En effet, quel que soit le classement de la France dans les matchs de poule, elle disputera un quatrième match de barrage mardi, qualificatif pour les quarts. Le classement – points, différence de buts – n’a finalement un impact que pour l’identité de l’adversaire.
Les Bleus n’ont plus marqué aux Jeux depuis le but de Maurice Rozenthal en match de classement face aux Slovaques à Salt Lake City. Blanchis au premier match, les Français espèrent débloquer leur compteur face à un pays qu’ils n’ont jamais battu. Le plus proche ? Minsk 2014, lorsque les Bleus, qui menaient 3-0, avaient finalement perdu en prolongation.

Les Bleus ratent leur départ
Les lignes chamboulées des Bleus donnent tout de même deux tirs sur Vladař d’entrée, dont un lancer de Jules Boscq sur une mise au jeu. Martin Neckar se chauffe avec un premier arrêt juste après. Sa sortie hasardeuse derrière son but, avec un palet raté à la crosse, ne lui coûte heureusement pas lorsque le disque est renvoyé devant son but vide…
Le jeune gardien se rattrape bien avec un gros arrêt sur Tomáš Hertl, esseulé au cercle droit. Puis, il se déplace vite sur un centre fort dans le slot repris par Červenka, pour un nouvel arrêt spectaculaire. Après cinq minutes, Pierre Crinon termine bien sa mise en échec, mais, en rentrant au banc, percute Matěj Stránský. Le coude est un peu haut, et l’obstruction manifeste : deux minutes.
Pastrňák se crée une chance d’entrée, mais tire à côté. Puis, la volée de Martin Nečas est trop rapide pour le déplacement de Neckar (0-1).
La vitesse tchèque pose des soucis à la défense. Auvitu est dépassé par Nečas, et Neckar sauve le un-contre-un. Mais cela donne deux minutes… L’équipe spéciale défend bien, contre quelques tirs et se dégage.
La France essaie de trouver l’équilibre entre jouer vers l’avant et ne pas concéder de contre. Une équation compliquée, qui exige quelques retours défensifs désespérés quand le palet est perdu…
Il reste sept minutes lorsque la défense craque une deuxième fois. Michal Kempný, servi à la bleue, se recentre et a tout le temps du monde pour allumer un pétard bien senti à travers la foule (0-2).
Asphyxiés dans leur camp, les Bleus ne parviennent pas à sortir le palet et s’arc-boutent devant Neckar toute la fin de tiers. 16 tirs à 3, et deux buts.

Cinq minutes historiques
Le tiers débute par un mauvais geste de Hertl. La charge genou contre genou laisse Bellemare au sol, qui peine à rentrer au banc. Le jeu de puissance français fera-t-il mieux que la veille ? La réponse est oui ! Da Costa patiente bien sur le côté, et lance à la cage. Treille bataille dans l’enclave et Louis Boudon surgit pour le rebond cage ouverte (1-2). Les Tchèques ne prennent pas le risque de demander une révision vidéo sur le placement de Treille devant Vladař.
Un but qui fait du bien, d’autant que quelques minutes plus tard, les Bleus récupèrent un palet en entrée de zone. Deux-contre-un lancé par Bertrand, passe levée parfaite pour Boudon… qui égalise (2-2).
Derrière, Neckar sort un énorme arrêt, et les Bleus, en feu ne s’arrêtent plus. Boudon, encore lui, lance l’action, Bertrand relaie… et Gallet, au cercle gauche, fusille Vladař (3-2).
Le public est sous le choc : la France a renversé le match en moins de cinq minutes. Les Tchèques tentent d’emballer la partie, mais les Bleus répondent aux duels, s’appliquent pour dégager proprement le palet. Neckar semble lui aussi bien concentré. Les rares actions en bonne position sont gaspillées : Kundrátek, sans opposition, rate le cadre plein axe ! Puis, sur un 2-contre-1, Neckar sauve du bout du patin. Mais à 6’37, c’en est trop. Une déviation de Palát est hors cadre, mais Pastrňák récupère le palet près du poteau et parvient à piéger Neckar (3-3).
Curieusement, le match se stabilise après, comme si les Tchèques se montraient plus prudents. Ils commettent même quelques pertes de palet, et les Bleus continuent leur travail dans les bandes, avec un combat physique plutôt positif. Ils obtiennent même une supériorité lorsque Kubalík retient Boscq en zone offensive. Texier lance un premier tir du cercle gauche, que Vladař repousse.
Problème : la France change de ligne… et une longue passe envoie Stránský en trois contre… personne. Il échange le palet avec Faksa, et Neckar ne peut rien faire (3-4, photo ci-dessous). Il ne restait que 31 secondes… Une erreur incroyable qui vient renverser tout le bon tiers-temps des Bleus. Ils se retrouvent donc menés à la pause, avec 23 tirs tchèques à 8.

Les Bleus craquent
Malheureusement, le troisième tiers débute très mal. Un tir lointain de Nečas n’est que repoussé par Neckar, et Chlapík pousse le rebond dans le but (3-5).
Moins d’une minute plus tard, un palet perdu en zone offensive permet à Červenka de décoller comme un avion plein axe. Le marquage est loin, Guebey ne peut pas le rattraper et le vétéran trompe Neckar du revers (3-6). Julian Junca entre en jeu dans le but français.
Les Bleus en ont gros sous les patins et le moral est logiquement atteint. Il devient difficile de générer quelque chose face à une équipe qui a clairement monté son niveau de jeu. Chakiachvili n’arrive pas à suivre derrière le but français, et concède un faire trébucher.
Junca sort un essai de Hertl, trouvé dans l’enclave, puis un deuxième dans la même situation. L’attaquant de Vegas enchaîne avec un troisième essai, et la jambière le bloque cette fois.
Revenus au complet – enfin, moins une dent de Jules Boscq, touché pendant le penalty-kill -, les Bleus obtiennent enfin leur dixième tir (seulement) avec un lancer de Bellemare, capté par la mitaine de Vladař. À 7’20 de la fin, le meilleur trio bleu du match se crée encore une chance : Fabre lance de l’aile, puis Bertrand chasse le rebond poteau opposé. C’est ensuite Jules Boscq, sur une mise au jeu gagnée, qui trouve Vladař sur sa route.
Après ces quelques banderilles, le rythme retombe. Les deux équipes baissent de pied. Les Bleus continuent de batailler pour bloquer les actions, et Junca sort quelques parades pas évidentes, même si les Tchèques ne forcent pas trop.
La France s’incline donc pour la deuxième fois dans ce tournoi olympique, non sans mérite.

Commentaires d’après-match
Stéphane Da Costa (attaquant de la France) : « Le 3-3 nous fait mal, et le 4-3 sur notre power-play… Il y a de la déception, parce qu’on est revenus a score, on fait une bonne deuxième période. Mais c’est le haut niveau en face. On les a fait trembler. Ce sont des erreurs d’inattention, des mauvaises décisions, comme moi sur le 3-3. À l’arrivée c’est une défaite, avec deux buts rapides en troisième. Beaucoup de déception. »
Hugo Gallet (défenseur de la France) : « Il y a eu plusieurs matchs dans le match. Ils prennent vite un 2-0, dans le deuxième on trouve les ressources pour revenir, avec peu d’occasions, de l’efficacité. On se tire une balle dans le pied après, c’est l’apprentissage, contre les grosses nations ça coûte cher. Le changement de ligne nous fait mal, car ça les remet dedans. Ce sont les premiers Jeux olympiques pour tout le monde, on continue à apprendre et il faudra éviter ça pour les prochains matchs. Pour le deuxième, on est revenus avec de meilleures intentions, on a joué plus physique, les repousser physiquement. Ce qui est bien c’est qu’on a été très efficaces là-dessus, c’est positif. Mon but ? C’est le premier de la saison ! Je n’y croyais plus ! C’est une belle récompense du travail mené, je pense faire une bonne saison, j’aide l’équipe où je joue, c’est bien d’être récompensé. »
Pierre-Édouard Bellemare (attaquant de la France) : « Premier tiers, on joue trop personnel, on commence en dessous et en deuxième, on applique les consignes du coach, et sans surprise ça va mieux. Est-ce que c’est la jeunesse, par inadvertance… On ne prend pas conscience de la dangerosité du moment ? On ne change pas comme il faut et ça coûte cher à ce niveau. La bonne nouvelle, c’est que si toute l’équipe fait comme le coach le demande, ça fonctionne. L’équipe a fait ce qu’on lui avait demandé, on a avancé, avancé et on place un joueur derrière et voilà… Même des joueurs de NHL peuvent faire des erreurs. Non, je ne pense pas que le 4-3 à la pause nous a fait si mal. On était encore au contact, prêt à repartir avec un but de retard. On aurait signé tout de suite pour ce scénario. Ils ont été opportunistes derrière, c’est une leçon à apprendre. Suisse et Tchèques, ce sont deux équipes différentes. Ils bougeaient bien le palet, c’est une bonne équipe avec quoi, les trois quarts en NHL. C’est juste dommage, ce but à 5 contre 4, il reste en travers de la gorge parce que c’est notre erreur. Ce qu’il faut retenir pour tout le monde, c’est que quand toute l’équipe applique les consignes du coach, il se passe des choses positives. »
Louis Boudon (attaquant de la France) : « On a fait des erreurs d’inattention. L’idée au début du match c’était d’y aller avec la même mentalité et la gniaque, mais ça n’a pas fonctionné. Le but, c’est toujours bon pour la confiance chez un attaquant oui, et il faudra continuer comme ça contre le Canada. C’es très décevant après le 3-2 contre une équipe comme ça. On fait de grosses erreurs en fin de deuxième tiers… Si on avait pu garder le 3-2, ou même le 3-3 pour les faire douter plus. Malheureusement on n’a pas su le faire. Nos cinq minutes, c’est la beauté du hockey, il suffit pas de grand chose parfois. On marque un premier but, puis un turnover et on obtient un 2-contre-1, ce qui n’arrive pas souvent. En face ils doutent, nous on gagne en confiance. Un palet bien placé, Hugo qui place son shoot pour le troisième. Les Tchèques, c’est une grande équipe, avec des joueurs de calibre mondial, mais on était dans le match. »
Yorick Treille (entraineur de la France) : « C’est un premier tiers contre une équipe qui vient de prendre 5-0 contre le Canada… Ils ont mis une grosse intensité et de la vitesse, ça nous a fait mal à la tête. Et au lieu d’être collectifs, on panique, chacun a l’intention de bien faire et chacun suit son propre plan. C’est impossible d’exister à ce niveau-là si les 25 joueurs ne suivent pas le même plan.
Au deuxième tiers, on s’est dit les choses, on se remet debout. Les quelques occasions, on les met et on revient. On perd de l’énergie, on perd en discipline aussi, ce gros manque de discipline… Les joueurs doivent rester dans le plan. Le but à 5 contre 4, on se tire une balle dans le pied, mais c’est juste un exemple de cette perte de lucidité. On reste au contact.
On a une courte histoire ensemble finalement, avec peu d’expérience du très haut niveau. On l’avait vu contre la Finlande au Mondial où on mène 3-1 et on en prend deux avec leur cage vide. On continue d’apprendre, avec l’objectif de gagner du respect. Je suis très fier de leur engagement, de leurs sacrifices, ça ne paie pas et ça ne paiera pas sans plus de discipline. Il faut qu’on se fasse confiance, mais, si je mets tout bout à bout, il y a beaucoup de positif.
Je suis un peu énervé et en colère, oui, dans l’émotion, parce que ce n’est pas ce qu’on veut. Les joueurs méritent, mais il faut mettre les émotions de côté et se préparer pour le prochain match, puis le match couperet. J’ai aussi de l’espoir, et envie de tourner la page.
Le Canada ? Quand on voit qu’ils ont mis 5-0 aux Tchèques, c’est encore un « step » au dessus. C’est génial, que demander de plus pour progresser ? On a envie de jouer ces matchs de très haut niveau, c’est un honneur et une fierté. Ce qu’on va leur dire, c’est de prendre du plaisir, de pousser dans leurs limites en énergie et en impact pour leur rendre la vie difficile. On veut gagner du respect et bien préparer le quatrième match.
Texier ? Oui, je pense qu’il a encore un « step » au dessus, mais comme tous les joueurs et moi-même. Il va chercher la meilleure version de lui-même, il a joué de grosses minutes ce soir, mais ce n’est qu’une pièce du puzzle, il travaille mais la force ce sont 25 joueurs ensemble. Je ne ferai pas de commentaires sur l’état de santé, si vous saviez le nombre de joueurs blessés…
Cantagallo ? il va passer des examens, on en saura plus. Si vous le voyez sur la feuille de match c’est qu’il est apte.
Martin Neckar ? Je suis fier de lui, il s’est battu et il n’y a pas de meilleur apprentissage que de vivre les choses. Pour tous d’ailleurs, tout le monde découvre les Jeux. Martin nous a tenu dans le match, mais avec le cinquième et le sixième, j’ai senti que c’était le moment de créer un électrochoc. Je lui ai dit en sortant de garder la tête haute, d’être fier de lui dans un match où il y a un historique familial pour lui. Je crois en lui, toute l’équipe croit en lui et dans quatre ans ce sont des matchs qu’il aura appris à gagner. Il savait depuis décembre qu’il jouerait probablement ce match. À ce niveau, un gardien en back-to-back, je ne pense pas que Keller aurait pu. Donc j’ai choisi dès décembre, mais évidemment ça aurait pu changer pour X raisons. Junca jouera contre le Canada et après on verra.
Non, il n’y a pas eu de longs discours à la deuxième pause, car le deuxième tiers est positif. Il y a ce but qui égalise, le power-play et on se trouve mené. On est pas préparé à un but pareil, mais il faut le mettre de côté car on est encore au contact, il faut rester dans le plan de match. Les gars n’ont pas lâché, il y a eu l’intensité puis le match a ralenti. On a pas été si mal défensivement ensuite. Perret ? Il n’était pas en mesure de tenir sa place, ce n’est pas un choix, s’il avait eu un jumeau je les alignerais tous les deux. »

France – République Tchèque 3-6 (0-2, 3-2, 0-2)
Vendredi 13 février 2026 à 16h40 à Milano Santagiulia. 11 174 spectateurs.
Arbitres : Andris Ansons (LET) et Eric Furlatt (CAN) assistés de Matt MacPherson et Tarrington Wyonzek (CAN).
Pénalités : France 6’ (4’, 0’, 2’) ; République Tchèque 4’ (0’, 4’, 0’).
Tirs : France 12 (3, 5, 4) ; République Tchèque 38 (16, 7, 15).
Évolution du score :
0-1 à 05’56” : Nečas assisté de Pastrňák et Hronek (sup. num.)
0-2 à 13’04” : Kempný assisté de Stránský et Faksa
1-2 à 21’01” : Boudon assisté de Da Costa et Auvitu (sup. num.)
2-2 à 24’04” : Boudon assisté de Bertrand
3-2 à 25’54” : Gallet assisté de Bertrand et Boudon
3-3 à 33’23” : Pastrňák assisté de Palát et Kempný
3-4 à 39’28” : Stránský assisté de Faksa et Hronek (inf. num.)
3-5 à 41’05” : Chlapík assisté de Nečas et Kämpf
3-6 à 41’53” : Červenka assisté de Sedlák et Špaček
France
Attaquants :
Stéphane da Costa (A, -2) – Pierre-Édouard Bellemare (C, -2) – Dylan Fabre [puis Texier à 20’00”]
Alexandre Texier (-2) [puis Bertrand à 20’00”] – Louis Boudon – Aurélien Dair [puis Fabre à 20’00”]
Sacha Treille (+1) – Justin Addamo – Floran Douay
Charles Bertrand (-1) puis Kevin Bozon à 20’00” – Nicolas Ritz (-1) – Anthony Rech (-2)
Défenseurs :
Yohann Auvitu (A, 2’) – Enzo Guebey (-2, 2’)
Jules Boscq (-4) – Hugo Gallet (-2)
Enzo Cantagallo (+1) – Florian Chakiachvili (+1)
Pierre Crinon (2’)
Gardien :
Martin Neckar puis à 41’53” Julian Junca
En réserve : Antoine Keller (G), Thomas Thiry (D), Jordann Perret (A)
République Tchèque
Attaquants :
Ondřej Palát – Tomáš Hertl (+1, 2’) – David Pastrňák (A, +1)
Dominik Kubalík (2’) – David Kämpf – Martin Nečas
Roman Červenka (C, +1) – Lukáš Sedlák – Ondřej Kaše
Radek Faksa (+2) – Jakub Flek – Matěj Stránský (+2)
Filip Chlapík (+1)
Défenseurs :
Radim Šimek (+1) – Filip Hronek
Michal Kempný (+2) – Radko Gudas (A, +3)
David Špaček – Tomáš Kundrátek
Jiří Ticháček
Gardien :
Daniel Vladař
Remplaçant : Karel Vejmelka (G). En réserve : Lukáš Dostál (G), Jan Rutta (D, blessé), David Tomášek (A).










































