En période de crise, les comportements changent. Ce qui paraissait impossible devient soudain possible, et inversement.

L’effectif n’a pas beaucoup changé non plus depuis le titre de 2014. Elle est toujours bâtie autour du super-trio Sergei Mozyakin – Jan Kovar – Danis Zaripov. La présence de Zaripov en deuxième ligne lors de la présaison était plus un test expérimental. Keenan n’a pas l’intention de changer sa troïka, et il a annoncé par avance qu’elle conserverait le même temps de jeu.
Pour ne pas être l’équipe d’une seule ligne, le « Magnitka » oeuvre toujours à la formation d’une deuxième ligne d’attaque dangereuse. Le club a recruté le Canadien d’origine polonaise Wojtek Wolski pour la mener, et espère que Tomas Filippi, recruté directement en Extraliga tchèque, se révèle une aussi bonne trouvaille que Kovar deux ans plus tôt.
Hormis ces deux renforts étrangers (qui remplacent Brent et Stapleton), le Metallurg s’inscrit dans la continuité et s’appuie sur son école de hockey pour compléter son banc. Par rapport à la concurrence qui a pâti plus directement de la crise, Magnitogorsk a moins perdu. Les Ouraliens restent un candidat pour le titre, et les favoris légitimes de la Conférence Est.

Ce n’est malheureusement pas tout : en plus de Medvedev, la grande figure Ilya Nikulin et Konstantin Korneev ont ainsi quitté la défense. Trois arrières multiples champions du monde partis en même temps, cela laisse un vide immense, y compris vis-à-vis de l’apport offensif de Nikulin et Medvedev. Les Tatars veulent compenser par de jeunes joueurs locaux, et l’ex-international junior Albert Yarullin, qui a démontré ses capacités pendant son prêt à l’Atlant, aura enfin sa chance.
La presse russe a critiqué la faiblesse du recrutement de Kazan, poussé dans ses retranchements car rarement habitué à perdre autant de cadres. Le Finlandais Jussi Rynnäs aura certes de la peine à faire oublier le meilleur gardien de la saison dernière Anders Nilsson : il faudra déjà qu’il s’impose dans la compétition directe avec son solide collègue Emil Garipov. Les deux autres soi-disant « inconnus », comme les dénonçaient certains « experts » russes, témoignent en réalité d’une observation avisée du hockey international : Marek Daloga est devenu un défenseur majeur de l’équipe de Slovaquie et vaut beaucoup mieux que ses stats discrètes ; le centre Mattias Sjögren vient de signer une très bonne saison en Suède puis aux championnats du monde où il a excellé en infériorité.
Le rôle de Sjögren n’est cependant pas évident, puisqu’il se retrouve en première ligne à devoir alimenter les buteurs Oscar Möller et Justin Azevedo. Ne serait-ce pas à un pur meneur offensif de le faire ? Non. Fyodor Malykhin avait brillé en ayant carte blanche à Ekaterinbourg en 2013/14, parce que d’autres travaillaient pour lui, mais il a appris en un an dans un grand club que la faiblesse dans le patinage et dans les duels est rédhibitoire. Il est maintenu en troisième ligne par Zinetula Bilyaletdinov, malgré la blessure actuelle du capitaine Aleksandr Svitov qui affaiblit le poste de centre. L’obstination de l’entraîneur tatar et sa confiance dans son système restent de toute manière le meilleur atout d’Ak Bars pour rester performants même avec moins d’individualités de renom.

L’équipe de l’Oural, tout en gardant son excellent gardien tchèque Jakub Kovar, est donc devenue une attraction avec un hockey spectaculaire et moderne. Razin est aussi attendu comme développeur de talents, car il a beaucoup utilisé dans toutes les situations de jeu le défenseur de 18 ans Aleksandr Shchemerov pendant la présaison : il voulait en fait tester au maximum cet international U18 qui occupera le quota de jeunes.
L’entraîneur débutant dispose aussi de joueurs d’expérience. Le centre tchèque Petr Koukal, champion du monde 2010, reste sur une excellente saison aux Jokerit. Le défenseur de 40 ans et ex-capitaine Sergei Gusev vient quant à lui d’illustrer la « sévérité » de l’agence russe anti-dopage (RUSADA) qui l’a suspendu pour 6 mois… avec effet rétroactif à partir de fin mars. En clair, il n’a manqué qu’un mois de compétition ! Le joker Oleg Saprykin, sans club depuis novembre et embauché fin août sans pré-saison, a vite démontré qu’il a quand même la forme.
Ainsi renforcé, l’Avtomobilist Ekaterinbourg a tout de l’équipe-surprise, qui n’en est déjà plus une après avoir commencé la saison par cinq victoires.

L’équipe du Traktor est pourtant censée être assez jeune pour résister à la fatigue. Si Belousov privilégiait l’expérience, la politique du club a changé. Bulis a pris sa retraite et les contrats des vétérans Atyushov et Panov, jugés trop chers, n’ont pas été renouvelés. Même le gardien est jeune : le prometteur champion tchèque Pavel Francouz. La politique de rajeunissement a été appliquée en même-temps à tous les échelons : à l’équipe-ferme de VHL (Chelmet) et par ricochet à l’équipe junior de MHL.
Le problème du Traktor ne viendrait-il pas d’un excès de talents offensifs et d’un manque de porteurs d’eau ? Des orfèvres disséminés sur les ailes des différentes lignes, car Nikolishin veut que chacune soit capable de marquer : le dévoreur d’espaces Martin Ruzicka, l’ancien numéro 4 de draft Stanislav Chistov, qui a mûri depuis qu’il a été nommé capitaine, et l’élégant Anton Glinkin, dont les mains magiques déroutent les gardiens lors des pénaltys. L’effectif manque cependant de gabarit, notamment après le départ de Panov. C’est pourquoi le centre canadien Alexandre Bolduc, qui était capitaine et meilleur marqueur de Portland en AHL, doit amener de l’impact physique, même s’il doit encore s’adapter à l’arbitrage.
Le Traktor a un atout dans sa manche pour se sortir de l’étau : le défenseur formé au club Vyacheslav Voynov, double vainqueur de la Coupe Stanley à Los Angeles, a décidé de rentrer au pays maintenant que sa carrière NHL est bouchée par une accusation de violence domestique. Malgré sa réputation entachée, si la même situation s’était présentée il y a deux ans, les prétendants auraient sûrement fait la queue pour acquérir un tel joueur et verser une compensation dodue au Traktor qui détient ses droits. Mais aujourd’hui, les grands clubs ne se disent pas intéressés. Le gouverneur de Chelyabinsk a donc fait une proposition à Voynov, qui prend le temps de la réflexion.

Le Neftekhimik a certes le droit de garder ses 7 étrangers, mais il ne pourra en aligner que 5 à chaque match : il faudra donc jongler entre les deux attaquants biélorusses « néo-étrangers » Andrei Stas et Aleksandr Kitarov, le gardien, le défenseur letton Grigorijs Pujacs et les trois Américains. En tout cas, Krikunov continue d’ouvrir la porte aux internationaux biélorusses : lorsque le gardien finlandais Ville Kolppanen s’est blessé, c’est le vétéran au chômage Vitali Koval qui a été recruté à sa place.
La recrue en forme du Neftekhimik n’est cependant pas étranger : il s’agit de l’ailier Evgeni Grigorenko, formé à Magnitogorsk et passé à Nijnekamsk pour obtenir du temps de jeu. Avec un effectif sans star mais assez homogène, le club tatar a les moyens de prendre la dernière place qualificative en play-offs, après deux échecs consécutifs.

Non. Le Yugra a choisi d’aligner une équipe à coût réduit qui « mise sur ses jeunes joueurs ». Ce ne sont pas des produits du cru vu la création somme toute récente du club, mais des joueurs qui ne demandent qu’à se montrer à l’instar de l’attaquant Pavel Medvedev, auteur en ouverture de saison d’un « but de lacrosse » en portant le palet depuis l’arrière de la cage : le Spartakiste avait déjà fait le coup chez les juniors. Et pour encadrer ces espoirs, il y a le métier et le gabarit de Konstantin Panov, plus désiré à Chelyabinsk mais récupéré – sans doute pas à un salaire si haut – à Khanty-Mansiysk et toujours utile à 35 ans.
Après avoir explosé l’an passé en quittant le CSKA pour Khabarovsk, Nikita Gusev est devenu le leader indiscutable de sa nouvelle formation, hormis en infériorité numérique où il ne joue pas. Cet attaquant rapide et agile est doté d’une grande créativité technique et d’un tir du poignet redoutable.
On ne pensait cependant pas que ce joueur-phare suffirait. Même les plus chauvins des commentateurs russes voyaient cette équipe « 100% Mère Patrie » au fond du gouffre. Elle se révèle pourtant compétitive grâce à ses deux gardiens formés à Chelyabinsk, Georgi Gelashvili – en qui plus personne ne croyait – et Vladislav Fokin.

Étonnamment, ce licenciement avait été prédit dès le mois d’août par des observateurs avisés. Ils avaient pris note que l’adjoint choisi par Svetlov l’an passé, Andrei Pyatanov, s’était fait virer pendant l’été. Ils avaient aussi remarqué que Svetlov et le nouvel assistant-coach Artis Abols semblaient s’éviter en dehors du banc et être plus rivaux que partenaires. Il devait y avoir un fond de vérité à ce qui paraissait être un cancan : un mois plus tard, Abols a succédé à Svetlov.
La mission du Letton est cependant compliquée. Il faudra que son compatriote, le gardien Edgars Masalskis, réalise les miracles dont il est parfois coutumier en équipe nationale. Pris d’abord à l’essai, Masalskis a enchaîné les victoires en pré-saison pour décrocher un contrat, mais il ne peut plus empêcher l’accumulation des défaites en championnat.
Le métier des paires défensives Viklund-Flood et Belov-Malenkikh – point fort du recrutement du Lada – n’a pas l’effet attendu, car c’est sa faiblesse offensive qui limite le potentiel de Togliatti.









































