L’exploit historique de Rouen

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Rouen a réussi un bel exploit en battant Nuremberg au match aller et en se mettant en position de jouer cette « finale » pour la qualification. Il en reste un autre à réaliser, à l’extérieur, à Nuremberg. Si les tribunes assises latérales sont plus clairsemées, on joue néanmoins dans une bonne ambiance allemande où les supporters lancent chants et applaudissements et rythme dès le début du match.

En une semaine, les Ice Tigers ont récupéré deux défenseurs majeurs, Taylor Aronson et Tom Gilbert, rentrés de blessure avant-hier contre Krefeld. L’arrière aux 655 matches NHL Gilbert était absent depuis la pré-saison. Les Dragons restent au complet car les blessés Guttig et Chakiachvili sont finalement bien alignés après leur absence devant Chamonix. Les gardiens allemands se partagent à parts égales depuis le début de la saison et c’est autour de Niklas Treutle ce soir.

Après un long round d’observation, Nuremberg se procure la première occasion en ressortant le palet du fond de zone pour un lancer ouvert de Shawn Lalonde, que Pintaric pare de la plaque. Anthony Guttig réplique avec la première incursion de Rouen dans l’enclave. Après neuf minutes, Jason Bast fait trébucher Mäkinen au fond de la zone rouennaise. Pendant la pénalité différée, Joël Caron bute à bout portant sur passe en retrait de Brodeur. Il préfigure un jeu de puissance normand plus tranchant que la semaine dernière. Un lancer axial de Mathieu Roy est bien masqué par Loïc Lampérier. L’ouverture est trouvée dans les dernières secondes de la supériorité numérique par une magnifique combinaison en triangle lancée par Chad Langlais qui élargit le jeu depuis la ligne bleue. Le long de la bande à droite, Nicolas Deschamps réussit une passe à l’opposée vers Alex Aleardi, qui a le but grand ouvert car Niklas Treutle ne peut plus revenir de son déplacement sur la première passe (0-1).

Si on ne peut plus provoquer une rencontre fortuite entre anciens partenaires… Mathieu Roy commet une obstruction sur Philippe Dupuis – son ancien coéquipier à Hambourg pendant trois ans – au centre de la glace. Les Dragons sont réduits à quatre, puis à trois après un cinglage très net de Kévin Dusseau. C’est lorsque le jeu revient à 5 contre 4 que Shawn Lalonde égalise d’un puissant slap axial (1-1). Pintaric était masqué (par Koivisto). Nuremberg reprend l’ascendant sur la fin de période et un tir de Marcus Weber caresse l’extérieur du poteau. Mais le dernier mot est pour Rouen avec deux tirs de Loïc Lampérier dans le slot à trente secondes de la pause. Une contre-attaque de Thinel arrive trop tard avec un lancer forcé sur la sirène.

Au début du deuxième tiers-temps, une bonne relance de Chad Langlais envoie Loïc Lampérier sur l’aile droite. L’international français ne se laisse pas perturber par le plongeon peu opportun du vice-champion olympique Patrick Reimer et marque en deux temps pour donner l’avantage à Rouen (1-2). Les Dragons défendent ce score pendant qu’Alex Aleardi purge une prison pour un croc-en-jambe en zone offensive.

Le match connaît une séquence folle à la vingt-huitième minute. Nicolas Deschamps, qui porte ce soir le maillot de « top-scorer », se présente dans une « trop belle » position devant le but et se montre sans doute trop altruiste en donnant en retrait à Aleardi. Le défenseur Marcus Weber contre le tir de l’Américain, puis se jette encore devant le tir de Guttig. Il vient de défendre de manière héroïque à 1 contre 3 ! Et voici que, sur la contre-attaque, Daniel Weiss est lancé dans le dos de la défense. Son premier tir est repoussé par Pintaric, qui a un geste désespéré de la crosse alors que le but semble tout fait sur le rebond… Le palet échoue juste à côté ! Weiss n’est pas en réussite ce soir puisque son lancer frappé entre les cercles heurtera le poteau quelques minutes plus tard.

Philippe Dupuis retient la crosse de Guttig et Rouen est en avantage numérique. Le commentateur de la CHL fait alors remarquer qu’il n’a presque jamais prononcé le nom de Michel Miklik de toute la soirée. Devinez ce que fait alors l’ancien international slovaque ? En bon buteur, il se place dans le slot, reçoit le palet remis en retrait par Aleardi – via le patin du malheureux capitaine allemand Patrick Reimer – et l’envoie au fond des filets (1-3). Le public de Nuremberg avait déjà commencé à se crisper, il devient franchement inquiet. Les encouragements sont très désordonnés, moins suivis et moins convaincus. Rouen aurait pu même tuer le match. Miklik initie un jeu collectif à trois autour de la cage, et Mathieu Roy – qui était à l’origine de cette action par une bonne relance – manque d’un rien le quatrième but.

La troisième tiers-temps commence par une mauvaise relance de Florian Chakiachvili qui arrive dans la palette de Chris Brown. Pintaric repousse et se fait une petite frayeur quand Jason Bast renvoie le rebond sous ses bottes. Il doit poser son gant derrière son dos pour s’assurer que la rondelle perdue de vue ne franchisse en aucun cas la ligne. Le gardien slovène doit être solide dans cette dernière période, et il l’est en remportant un face-à-face avec Leo Pföderl grâce à une parade de la mitaine. Nuremberg finit par réduire le score sur une mise au jeu gagnée par Will Acton en zone offensive. Le lancer en pivot de Dane Fox est joliment dévié par le jeune Eugen Alanov (2-3).

Rouen souffre et aura du mal à tenir ainsi jusqu’à la fin. Il faut absolument retourner à l’offensive. Une contre-attaque de Caron montre la voie juste avant le « powerbreak ». Lorsque le jeu reprend, c’est Rouen, à 4 contre 4, qui inscrit un but absolument magnifique. Une succession de passes entre Aleardi, Chakiachvili et Deschamps est conclue en cage ouverte par ce dernier (2-4). La tension ne s’évacue pas pour autant car Ritz donne un coup de crosse au poignet de Weiss. Nuremberg est à 4 contre 3, puis 5 contre 4, avant de sortir son gardien pour finir à 6 contre 5. Mais Rouen tient bon, et Nicolas Deschamps finit le travail en cage vide (2-5). Les supporters de Nuremberg quittent la patinoire, ou huent ostensiblement leur équipe.

Sachant qu’il leur suffisait d’un point en deux rencontres face à Rouen pour se qualifier, les Thomas Sabo Ice Tigers n’ont jamais vraiment cru au scénario-catastrophe qui les verraient rester bredouilles. C’est un tort. Car si les adversaires sous-estiment Rouen, les Dragons, eux, ne se sous-estiment jamais. Lors de leurs participations en CHL, ils ont toujours annoncé qu’ils jouaient dans l’objectif de se qualifier. Ce n’était ni une feinte ni une prétention : c’était l’objectif sportif pleinement assumé d’une équipe qui vit de défis et n’a pas peur de viser toujours plus haut, un état d’esprit nécessaire pour aborder cette compétition. Souvenons-nous que le dernier représentant français – Gap entraîné par l’ex-futur sélectionneur de l’équipe de France – avait terminé à la dernière place absolue après avoir expliquant ne pas pratiquer le même sport que ses adversaires.

Si Rouen a réussi des prestations éclatantes en Coupe Continentale à l’île Lacroix, ce match est à marquer d’une pierre blanche : c’est la première fois depuis les fameuses « années Dragons » que les Normands signent une performance de très haut niveau européen à l’extérieur. Ils forgent ainsi un peu plus leur légende, en attendant leur adversaire qui sera tiré au sort parmi les huit premiers de poule (voir la page des résultats et classements de CHL).

La France rejoint la Norvège (Storhamer s’est qualifié une seconde fois avec également une double victoire remarquable, contre le vice-champion tchèque Trinec) et l’étonnante Grande-Bretagne de l’an passé parmi les pays en dehors des « ligues fondatrices » à avoir qualifié un club pour les huitièmes de finale de CHL. Slovaquie, Bélarus ou Danemark n’y sont jamais parvenus. Cette performance donne subitement beaucoup de lustre et de visibilité à la Ligue Magnus.

Commentaires d’après-match (au micro de la CHL)

Martin Jiranek (entraîneur de Nuremberg) : « Nous sommes déçus. Nous avons faisons de ces erreurs… À 4 contre 4, sur une action qui part de rien, nous laissons un adversaire face à une cage vide… Rouen a fait un très bon match et mérité sa victoire. Je leur souhaite beaucoup de bien dans la phase suivante. »

Fabrice Lhenry (entraîneur de Rouen) : « Je suis très fier pour mes joueurs et pour le hockey français. Nous représentons notre ligue et nous montrons qu’elle s’améliore de plus en plus. Nous avons pris cette compétition sérieusement. Nous avons commencé notre saison tôt, fin juillet, pour être prêts. Nous savions qu’il nous fallait trois victoires. Nous avions été déçus de perdre en République tchèque, et nous savions que ce serait dur de gagner devant ces fans. Je suis très heureux pour mes joueurs, ils méritent d’aller en play-offs. »

Nuremberg – Rouen 2-5 (1-1, 0-2, 1-2)
Mardi 16 octobre 2018 à 19h30 à l’Arena Nürnberger Versicherung. 4031 spectateurs.
Arbitrage d’Andrea Benvegnù (ITA) et Lasse Kopitz (ALL) assisté de Marius Wölzmüller et Andreas Hofer (ALL).
Pénalités : Nuremberg 6′ (2′, 2′, 2′) ; Rouen 12′ (4′, 4′, 4′)
Tirs : Nuremberg 49 (13, 21, 19) ; Rouen 26 (11, 10, 5).

Évolution du score :
0-1 à 11’10 : Caron assisté de Deschamps et Langlais (sup. num.)
1-1 à 14’50 : Lalonde assisté de Buck et Bast (sup. num.)
1-2 à 24’14 : Lampérier assisté de Langlais
1-3 à 34’38 : Miklik assisté d’Aleardi et Deschamps (sup. num.)
2-3 à 49’40 : Alanov assisté de Fox et Acton
2-4 à 54’37 : Deschamps assisté de Chakiachvili
2-5 à 59’49 : Deschamps assisté d’Aleardi et Guttig (cage vide)

Nuremberg

Attaquants :
Jason Bast (-1, 2′) – Brandon Buck (-1) – Chris Brown
Patrick Reimer (-1) – Will Acton – Daniel Weiß (-1)
Eugen Alanov (+1) – Philippe Dupuis (2′) – Leo Pföderl (-1)
Dane Fox (+1, 2′) – Chad Bassen – Brandon Segal
Max Kislinger

Défenseurs :
Taylor Aronson (-2) – Tom Gilbert (-1)
Marcus Weber (+1) – Milan Jurcina (+1)
Tim Bender – Shawn Lalonde
Eric Stephan

Gardien :
Niklas Treutle [sorti de 58’13 à 59’49]

Remplaçant : Andreas Jenike (G). Absents : Oliver Mebus (opération de la clavicule), Colten Teubert (dos), Petr Pohl (commotion), Mike Mieszkowski (genou), Brett Festerling (choix du coach).

Rouen

Attaquants :
Nicolas Deschamps (+1) – Anthony Guttig (A) – Alexander Aleardi (+1, 2′)
Loïc Lampérier (A, 2′) – Nicolas Ritz (2′) – Marc-André Thinel
Joël Caron – Juha Koivisto – Michel Miklik
Joris Bedin – Fabien Colotti – Vincent Nesa

Défenseurs :
Florian Chakiachvili – Mathieu Roy (C, 2′)
Kévin Dusseau (+1, 2′) – Chad Langlais (+1, 2′)
Mathieu Brodeur – Atte Mäkinen

Gardien :
Matija Pintarič

Remplaçants : Quentin Papillon (G), Enzo Cantagallo, Joran Reynaud.

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