Amiens – Strasbourg (Coupe de France 2019, demi-finale)

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La Coupe de France étrenne cette saison une nouvelle formule : le Final Four. On en comprend la motivation : tant qu’à mettre en glace la piste de l’Accor Hotels Arena, autant le faire pour deux jours. Rassembler pour un week-end festif les amateurs de hockey de tout un pays, c’est ce qui avait fait le succès des « Wembley Finals » pendant des décennies en Grande-Bretagne, pays relativement comparable en termes de diffusion du sport et avec la même absence d’équipe dans la capitale même. Quatre équipes, c’est deux fois plus de supporters… en théorie.

La formule était déjà critiquée pour l’absence de match pour la troisième place, impliquant que les supporters ne savent pas s’ils doivent se déplacer pour un ou deux jours. L’élimination inédite des deux grands clubs Rouen et Grenoble lui a porté un rude coup. Heureusement, Amiens est là pour « sauver » le week-end, car les trois autres clubs drainent peu de monde. Les Gothiques ne s’étaient jamais qualifiés pour Bercy, ayant joué leur seule finale à Marseille pendant les travaux du POPB. Les supporters picards remplissent tout un virage, alors qu’en face les Strasbourgeois occupent un coin de diagonale. Le public occasionnel est limité pour une simple demi-finale et les tribunes sonnent assez creux.

Sur la glace, Amiens est aussi très attendu, avec la pression du grand favori du week-end. Les adversaires sont à sa portée, à commencer par Strasbourg, la lanterne rouge de la Ligue Magnus, qui joue déjà sa sixième demi-finale de Coupe de France mais n’a pas encore goûté non plus à l’environnement parisien. Son gardien Tomas Hiadlovsky a réveillé sa blessure à Anglet dans un choc avec Riendeau, et le joker Dusan Sidor a dû reprendre du service. Il n’est pas totalement rassurant dans les cages. L’Étoile Noire aborde toutefois la rencontre avec de la détermination et de l’engagement, sans se laisser désarçonner par l’évènement. Elle se montre même capable de rivaliser avec des manieurs de rondelle comme Mitch Zion.

Le défenseur canadien Scott Prier écope toutefois de la première pénalité (faire trébucher). Le jeu de puissance amiénois place deux joueurs dans le slot. Spencer Edwards conclut à bout portant sur un rebond (1-0, photo ci-dessous). Le match reste relativement équilibré et Strasbourg se procure quelques bons tirs, notamment par Michal Duras dans l’enclave suivi de Miha Logar en pivot à mi-distance.

Au deuxième tiers-temps, Strasbourg obtient sa première supériorité numérique pour une obstruction de Mario Valery-Trabucco… mais c’est Thomas Suire qui s’échappe en infériorité. Le gardien slovaque Dusan Sidor se lance dans une sortie assez moyennement maîtrisée Le joueur amiénois l’évite et se retrouve alors avec le but vide mais un angle fermé, que le gardien parti aux fraises protège tant bien que mal en allongeant sa crosse. C’est au tour de Logar d’être sanctionné pour une obstruction. Amiens donne alors une leçon d’efficacité en convertissant également son deuxième powerplay, sur une reprise de Bastien Maia au second poteau (2-0).

Amiens accentue ensuite sa domination. Sidor se rassure par un joli arrêt de la mitaine sur un tir du cercle droit de Bélisle et quelques parades in extremis avec les jambières. Il a aussi un peu de chance quand Maia s’infiltre dans l’enclave et tire sur son montant. Le rythme devient de plus en plus difficile à tenir pour Strasbourg qui subit le jeu en fin de tiers. Une longue séquence en zone défensive aboutit à une pénalité de Duras, mais l’Étoile Noire finit par se dégager et atteindre la sirène libératrice.

Le suspense s’est amenuisé. Il serait même inexistant selon le speaker qui présente l’exhibition d’une automobile sur la glace pendant la pause : ne connaissant apparemment rien au hockey et ne sachant pas qu’il y a trois périodes, il lance un « bravo Amiens pour votre victoire » avant de se corriger maladroitement, sans doute devant des mines éberluées ou déconfites (« euh, finale, ils sont en finale »).

Le match n’est pourtant pas fini et une crosse haute de West sur Zion pourrait le relancer. Sans grand effet. Ondrej Havlicek passe de derrière la cage à Danny Potvin, mais le tir manque de conviction. Les Strasbourgeois ont été un peu approximatifs techniquement, tandis qu’Amiens fait preuve d’une précision clinique sur sa première action de la période : servi dans le cercle gauche par une passe transversale de Jérémie Romand, Philippe Halley décoche un tir magnifique en lucarne (3-0). La coupe est vite pleine. Pendant une pénalité de Deyl, le slot strasbourgeois appartient totalement aux Gothiques, qui finissent logiquement par marquer par l’intermédiaire d’Edwards (4-0).

Strasbourg n’abdique pas et sort son gardien à dix minutes de la fin pendant une pénalité différée, concédé en zone offensive par Suire. Guillemain le rejoint en prison, mais à 5 contre 3, les Alsaciens sont brouillons dans leurs contrôles et incapables d’initiative. Que ce soit à cause de la nervosité ou de leurs carences techniques, ils accumulent les erreurs. Après le retour d’Amiens au complet, Sidor évite le pire en repoussant une tentative de Bélisle qui se présentait face à lui en contre-attaque.

Afin de faire participer tout son effectif à la fête, Daniel Bourdages fait entrer le jeune gardien Adrien Vazzaz pour les quatre dernières minutes. Il gardera ses cages inviolées. Henri-Corentin Buysse, qui avait bloqué un tir dangereux de Duras entre les cercles un peu plus tôt, voit son blanchissage s’envoler quand Radek Deyl trouve l’angle entre le gardien et son poteau, à la suite d’une relance manquée de Kevin Da Costa (4-1). Les Strasbourgeois auront sauvé l’honneur en fin de match même si l’écart dans le jeu s’est plutôt agrandi au fil du temps, d’une logique implacable.

Photos de Pascal Enault

Commentaires d’après-match :

Daniel Bourdages (entraîneur de Strasbourg) : « En première période, on a vu un match équilibré. Cela ressemblait plus à un combat de boxe dans les premiers rounds, on s’observait. On a fait attention à ne pas leur donner de surnombres. C’est un peu dommage de prendre deux buts en infériorité, c’était un peu notre force à un moment donné. On leur a donné des ailes et ils ont pu prendre le large. Buysse a fait deux bons arrêts, il s’est vite retourné, on aurait voir ce que ça aurait donné si Amiens avait encaissé un but plus tôt mais on n’a pas pu les inquiéter. On a été bons dans la concentration défensive, un peu moins dans la production offensive. Le powerplay n’a pas fonctionné. On donne le palet trop tard pour obtenir le 5 contre 3 alors que le bras était levé depuis longtemps, et ensuite on ne prend pas les bonnes décisions quand le contrôle est bon. On manque souvent de maîtrise dans le jeu et on perd vingt secondes. »

Henri-Corentin Buysse (gardien d’Amiens) : « On a mis un peu de temps pour prendre conscience de l’évènement. Ils nous ont embêtés tout le match. On a dominé dans l’ensemble, le score aurait pu être plus sévère. L’objectif était la finale et il est atteint. C’est un peu différent ici, je l’ai remarqué, la hauteur sous plafond… Se sentir soutenu à l’extérieur, c’est toujours mieux. Nos supporters étaient en surnombre par rapport aux leurs, on se sentait comme à la maison. Cela fait longtemps que le club n’a pas gagné de trophée, il fait beaucoup d’efforts pour nous financièrement et une victoire serait une belle récompense pour tout le monde. D’habitude, dans le vestiaire, on est un peu foufous, là on sent qu’on dépense moins d’énergie, qu’on est prêts mentalement. »

Mario Richer (entraîneur d’Amiens) : « On a bien joué défensivement. Après deux périodes, on donne seulement quatre chances de compter à l’adversaire. En troisième, il y en a eu plus à cause du désavantage numérique, surtout à trois contre cinq, mais on a eu un gardien qui a fait les arrêts nécessaires. On a une erreur qui a donné un but, une erreur d’un joueur qui jamais ne fait d’erreur mais bon… il l’a fait. On a été très discipliné, on a bien joué défensivement autant en échec-avant que dans notre zone, ce sont des choses importantes pour nous. Si l’on réussit à faire ça, ça nous laisse toujours une chance de gagner, peu importe l’équipe contre laquelle on joue. L’avantage numérique c’est ce qui nous manquait dans les derniers matchs, ça fait souvent la différence. Quand ton avantage numérique marque, bien souvent pas tu perds par un but. Les joueurs vont récupérer comme ils font d’habitude, bien s’alimenter, bien s’hydrater et profiter de ce moment-là, mais par la suite calmer tout ça pour être prêt pour demain. Il ne faut pas se casser la tête de savoir contre qui on va jouer. On a joué quatre fois Lyon et trois fois Chamonix, donc a de l’information sur eux et eux en ont sur nous. Il faudra surtout appliquer ce qu’on fait bien. [Concernant le public amiénois] Wow ! Incroyable ! Je n’ai jamais vu ça. Cinq cents Amiénois qui crient, c’est plus que trois. C’est là que l’on voit que si on avait cette ambiance-là à Amiens pendant un match, ce serait fou. L’atmosphère était folle. Impressionnant. Bravo et revenez demain, et surtout venez chez nous pour faire autant de brui ! Je n’en reviens pas, surtout à l’extérieur. »

Jérémie Romand (attaquant d’Amiens) : « On a fait un match quasi parfait. On va pouvoir savourer ce soir. On ne voulait pas s’exposer, on ne voulait pas prendre de but tôt dans le match. Dans le premier tiers, on a été très sérieux défensivement, on a regardé pendant les dix premières minutes ce qui allait se passer, notre premier but nous fait vraiment du bien et après on a pas mal géré toute la partie. On avait déjà pris pas mal de confiance au dernier match à Strasbourg mardi où le powerplay avait pas mal marché, on a travaillé le PP pendant toute une semaine à la trêve, et ça a porté ses fruits. Maintenant il faut qu’on arriver à tuer les matches encore plus vite. […] À chaque match joué contre Chamonix cette année, ça a été une guerre. C’est une équipe qui patine fort, qui travaille, qui ne lâche jamais rien. Lyon vient ici pour défendre son titre. Quoi qu’il arrive, leur demi-finale va être un beau match. On prendra celui qui vient sans problème. Jouer un titre en Magnus aujourd’hui, c’est compliqué, il reste trois équipes qui ont la chance de pouvoir en avoir un, donc tout le monde va jouer cher son atout. »

Amiens – Strasbourg 4-1 (1-0, 1-0, 2-1)
Samedi 16 février 2019 à 13h30 à l’Accor Hotels Arena de Paris-Bercy. 4875 spectateurs.
Arbitrage de Geoffrey Barcelo et Jimmy Bergamelli assisté de Thomas Caillot et Clément Goncalves.
Pénalités : Amiens 8′ (0′, 2′, 6′), Strasbourg 8′ (2′, 4′, 2′).
Tirs : Amiens 41 (10, 18, 13), Strasbourg 25 (8, 6, 11).

Évolution du score :
1-0 à 06’31 : Edwards assisté de Maia et Poudrier (sup. num.)
2-0 à 29’37 : Maia assisté de West et Anderson (sup. num.)
3-0 à 45’26 : Halley assisté de Romand et Giroux
4-0 à 48’23 : Edwards assisté d’Anderson (sup. num.)
4-1 à 56’24 : Deyl assisté de Duras

Amiens

Attaquants :
Tommy Giroux (+1) – Philippe Halley (+1) – Jérémie Romand (+1)
Spencer Edwards – Joey West (A, 2′) – Bastien Maïa
Pierre-Maxime Poudrier – Mario Valery Trabucco (2′) – Rudy Matima
Thomas Suire (2′) – Félix Plouffe – Kevin Da Costa (A)

Défenseurs :
Ondrej Smach – Jonathan Narbonne (C)
Louis Bélisle (+1) – Holden Anderson
Léo Guillemain (2′) – Romain Bault
Axel Prissaint (+1)

Gardien :
Henri-Corentin Buysse

Remplaçants : Lucas Savoye (G), Rayan Belharfi.

Strasbourg

Attaquants :
Danny Potvin (-1) – Mitch Zion (-1) – Dylan Denomme (-1)
Ondrej Havlicek (+1) – Loïc Chabert – Michal Duras (C, +1, 2′)
Julien Burgert (A) – Dominik Fujerik – Romain Chapuis
Hugo Sarlin – Samuel Rousseau – Anthony Goncalves
David Fritz-Dreyssé (+1)

Défenseurs :
Radek Deyl (A) – Colin Morillon (-1)
Aurélien Chausserie – Miha Logar (4′)
Scott Prier (2′) – Aurélien Vinals (+1)
Maxime Delplanque

Gardien :
Dusan Sidor puis Adrien Vazzaz à 55’56

Absents : Tomas Hiadlovsky (ligaments de la cheville), Vojtech Zadrazil (poignet cassé).

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