Lyon – Amiens (Coupe de France 2019, finale)

603

Les tribunes sont beaucoup mieux remplies qu’hier pour ce jour de finale. Les Lyonnais sont certes venus moins nombreux que l’an dernier, n’ayant pas assez de monde pour affréter un bus avec l’incertitude de la qualification pour le second jour, mais les Amiénois se sont déplacés massivement pour soutenir les Gothiques. Un hôte de marque, le président de la fédération internationale de hockey sur glace René Fasel (qui prendra sa retraite l’an prochain après 16 ans de mandat), est convié pour donner le coup d’envoi fictif.

Lyon n’a marqué que deux buts en quatre matches de championnat contre les Gothiques, mais ceux-ci se méfient et jaugent d’abord leur adversaire. Les premiers tirs en bonne position sont lyonnais, en particulier dans le cercle gauche avec Jaka Ankerst, ainsi qu’avec une reprise puissante d’Arturs Mickevics pendant que West est en prison. La vivacité des jambières de Henri-Corentin Buysse est ainsi très rapidement testée. Mais sitôt la pénalité tuée, Amiens repart à l’attaque. Louis Bélisle monte pour reprendre dans le cercle gauche une passe en retrait de Bastien Maia qui a fait le tour de la cage (0-1). Comme hier, les Gothiques prennent donc l’avantage assez vite alors que le début de match est encore équilibré, ce qui leur donne plus de sérénité pour gérer leur statut de favori.

Lyon a le mérite de maintenir son effort. Tomas Andres rate le palet en fonçant à la cage depuis l’aile gauche, mais ce tir manqué n’est pas loin de se transformer en rondelle dangereuse qui file juste à côté des filets de Buysse. La défense amiénoise se solidifie nettement en fin de tiers. Les supporters picards saluent la solide intervention du capitaine Jonathan Narbonne en un contre un face à Julien Correia, qui avait récupéré le palet en zone neutre mais se heurte à un mur physiquement. Une pénalité de Léo Guillemain se déroule ensuite sans la moindre inquiétude. Ce n’est peut-être pas une raison pour que Spencer Edwards fasse lui aussi un tour en geôle, pour une charge avec la crosse à trente secondes de la pause.

On ne dirait pas que les Lyonnais commencent la deuxième période en avantage numérique, tant ils laissent encore filer cette nouvelle opportunité. Sans creuser le score ni profiter de son seul powerplay (une obstruction de Berthon), Amiens ne paraît jamais menacé défensivement… mais toujours indiscipliné, à l’instar des dix minutes de méconduite d’Edwards. Or, à trop jouer avec le feu, on se brûle. Après la mi-match, Léo Guillemain se refait visiteur de prison, pour une charge avec la crosse. Enfin, les Lions s’installent, et la circulation est même propre et rapide. La tenaille se referme sur le joueur servi dans le slot (Andres) mais le palet reste libre à mi-distance et Arturs Mickevics quitte son cercle gauche pour marquer du côté mitaine de Buysse (1-1).

Maintenant que Lyon s’est montré efficace, la promenade de santé des Gothiques n’en est plus une. Ils ne peuvent se reposer sur leur seule solidité défensive et doivent être plus tranchants. Et ils doivent surtout arrêter la litanie de pénalités, à laquelle se joint Kevin Da Costa pour un coup de genou à la ligne bleue. Lyon est bien installé face à une boîte serrée, mais Andres n’arrive pas à reprendre face au but le centre de Dinda. Les Lions ont en tout cas été remis en confiance.

Il reste un tiers-temps pour qu’Amiens reprenne le fil de son match. Et c’est la quatrième ligne, envoyée par Mario Richer sur un engagement en zone offensive (alors que Sivic qui a le dernier choix a répliqué avec sa première ligne), qui fait la différence à la fin de sa présence. Le pressing en fond de zone de Kévin Da Costa permet de récupérer le palet face à Lubomir Dinda, et Thomas Suire vient piéger Stojanovic en surgissant depuis l’arrière de la cage, du revers et en deux temps (1-2, photo de la célébration ci-dessus).

Dès lors, ce sont les Lyonnais qui se mettent à prendre les pénalités (un cinglage d’Andres et un accrocher de Roussel). Et même si les jeux de puissance ne sont pas toujours maîtrisés techniquement, le temps joue en faveur d’Amiens. Au retour au complet, Andres puis Correia ont certes de bons rebonds, mais le petit gabarit gapençais se fait une nouvelle fois déménager par la défense rouge. Et puis, à trois minutes de la fin, Pierre-Maxime Poudrier commet une faute stupide en zone neutre : étendu sur la glace après une petite obstruction, il fait un mouvement de crosse pour faire trébucher un joueur adverse. Lyon obtient un avantage numérique providentiel, qui se prolonge quand Joe West est sanctionné à son tour à six secondes de la fin de la pénalité précédente. Mitja Sivic utilise son temps mort pour installer son équipe à 6 contre 3 puis 6 contre 4. Lyon joue sur ses armes : passe transversale de Correia pour Mickevics dans le cercle gauche, arrêt. Buysse est solide, repousse tous les palets, dont un réflexe exceptionnel de la jambière sur un revers de Vincent Llorca… mais Andres et Llorca insistent au rebond et le palet entre à deux secondes seulement de la sirène ! Le Tchèque était-il dans la zone du gardien ? Après un long appel à la vidéo, non (2-2). Le but sera attribué à Di Dio Balsamo, y compris après re-visionnage, alors que lui-même se défend d’avoir été le buteur…

La prolongation à 3 contre 3 ne dure pas longtemps. Pour se débarrasser de son vis-à-vis en un contre un, Tommy Giroux passe par l’arrière de la cage et, en repassant la ligne de fond, remet le palet vers l’enclave : il ricoche sur le patin du défenseur Dinda et entre dans les filets (2-3).

Amiens aura assumé son statut de favori et aura fit valoir sa solidité défensive, devant un excellent Buysse, face aux deux moins bonnes attaques de la Ligue Magnus (Strasbourg et Lyon). Sans avoir excellé offensivement, les Gothiques décrochent leur premier trophée majeur depuis quinze ans et soulèvent pour la première fois la Coupe de France. Ils auront dû batailler pour cela, et le scénario de ce match avec l’égalisation tardive ne leur en laissera que plus de souvenirs. Des souvenirs douloureux en revanche pour les Lyonnais, tenants du titre valeureux qui n’auront pas cédé leur trophée sans combattre. Avec des moyens de plus en plus limités et après avoir traversé des semaines difficiles, les Lions se seront en tout cas montrés de nouveau à la hauteur de l’évènement à Bercy.

MVP du Final Four : Henri-Corentin Buysse (Amiens).

photos de Pascal Enault

Commentaires d’après-match :

Henry-Corentin Buysse (gardien d’Amiens) : « C’est un peu l’accomplissement du travail effectué depuis qu’on est tout gamin. C’est ce que je me disais tout à l’heure avant le match : « si t’en a chié à l’entrainement c’est pour des soirs comme ça ». Cela fait deux ans que pour la majeure partie on est dans cette équipe, qu’on travaille fort, que le coach nous fait venir à sept heures et demie le dimanche matin. C’est ce que je leur ai dit dans le vestiaire à la fin du deuxième tiers, c’est pour ces moments-là qu’on doit gagner, la coupe est à nous et on va aller la chercher. Les Lyonnais ont fait un dernier effort, ils ont tout donné. Moi aussi j’ai tout donné, et j’étais un peu dégoûté de prendre un but comme ça. Mais voila c’est fait, j’étais claqué, les gars ont pris le relais et tout finit bien. J’ai eu une grosse pensée pour mon petit frère, et après je suis allé fêter ça avec les gars. »

Félix Plouffe (attaquant d’Amiens) : « C’est ma première année professionnelle. Vivre ça avec le groupe de joueurs qu’on a, la chimie qu’on a, il n’y a rien de plus beau au monde. Y a rien de plus fun. Tous les partisans qui ont été derrière nous, qui sont venus nous encourager à Bercy, c’est la récompense au bout du compte, c’est à eux aussi, ostie. Ce n’est pas aujourd’hui que tout se fait. On travaille depuis le début de l’année, enfin on est récompensé et on peut le savourer. »

Anthony Mortas (entraîneur-adjoint d’Amiens, en photo ci-dessous) : « C’était super-angoissant ! Je pense que je vais reprendre ma carrière de joueur ! C’était mille fois plus stressant que quand je jouais. Ce sont des émotions incroyables et complètement différentes. Je ne savais pas que je pouvais vivre ça depuis le banc, en costume. On donne les consignes mais ce sont les joueurs qui sont sur la glace. Dans la dernière minute du troisième tiers, on ne peut plus faire grand-chose. Au final, ce sont des émotions plus profondes mais très intenses aussi. C’est super à vivre. Le but en prolongation, c’était une action un peu anodine. Notre joueur allait sur la cage et met un palet, il y a eu un coup de billard. C’était une vraie explosion de joie, c’est fou. C’est un super moment. On dit souvent que le dernier but inscrit en temps réglementaire porte chance à l’équipe qui le marque. Alors oui, on n’a pas été aussi bien que d’habitude, mais on n’a rien lâché. On a encore prouvé qu’on avait une équipe de bagarreurs dans le bon sens du terme. Même quand c’est plus dur, on travaille à chaque match. C’est la victoire de notre identité. On s’entend très bien [avec Mario Richer] et on a beaucoup travailler pour atteindre ce genre d’objectif. Je pense que l’équipe ressent tout ça. Pour le moment, notre tandem fonctionne et j’ai le sentiment qu’il plaît également à l’équipe. »

Vincent Llorca (défenseur de Lyon) : « C’est rageant d’avoir perdu. On s’est battu tout le match. Perdre comme ça, ça fait chier. Ils ont commencé plus fort que nous, on s’est bien réveillé. On a tenu jusqu’au bout, on a pris assez peu de pénalités. Le MVP du match (Buysse) est le MVP de la saison de la ligue. Sans lui, je ne pense pas qu’ils en seraient là aujourd’hui. »

Julien Correia (attaquant de Lyon) : « On vient toujours pour gagner. La finalité est dure. Quand on fait du sport, il faut être prêts à accepter ce genre de choses. L’égalisation à deux secondes de la fin, c’était une émotion incroyable, c’était merveilleux. En prolongation, on ne peut pas dire qu’il y a une équipe qui est meilleure que l’autre, c’est un rebond sur le patin. »

Cédric Di Dio Balsamo (attaquant de Lyon) : « Je n’ai pas de mot, je suis dégoûté. Le mec veut mettre le palet à la cage, ça tape un patin et ça rentre. »

Thomas Roussel (capitaine de Lyon) : « Dans une ambiance comme ça, c’est plus facile de se motiver. On avait l’expérience de l’an dernier, on avait envie de revivre ces émotions. Maintenant, c’est l’émotion inverse… On donne tout jusqu’au bout. Malheureusement, en prolongation, c’est pile ou face. Mais ils ne déméritent pas, ils ont fait un très gros match. Ça va être un gros coup sur la tête pour nous, comme après la Coupe d’Europe. Il faudra être forts mentalement. »

Lyon – Amiens 2-3 après prolongation (0-1, 1-0, 1-1, 0-1)
Dimanche 17 février 2019 à 14h30 à l’Accor Hotels Arena de Paris-Bercy. 9769 spectateurs.
Arbitrage de Pierre Dehaen et Geoffrey Barcelo assistés de Nicolas Constantineau et Thomas Caillot.
Pénalités : Lyon 6′ (0′, 2′, 4′, 0′) ; Amiens 14′ (6′, 4′, 4′, 0′).
Tirs : Lyon 29 (7, 6, 16, 0) ; Amiens 20 (5, 7, 7, 1).

Évolution du score :
0-1 à 07’15 : Bélisle assisté de Maia et West
1-1 à 31’49 : Mickevics assisté d’Andres (sup. num.)
1-2 à 42’39 : Suire
2-2 à 59’58 : Di Dio Balsamo (sup. num.)
2-3 à 62’05 : Giroux assisté de Smach et Halley

Lyon

Attaquants :
Julien Correia (-2) – Kyle Essery (A, -1) – Tomas Andres (-2)
Cédric Di Dio Balsamo (-1) – Jaka Ankerst – Arturs Mickevics (-1)
Martins Lavrovs – Quentin Berthon (2′) – Pierre Robert (-1)
Killian Lairet – Valentin Michel – Daniil Kulikov
Sébastien Delemps

Défenseurs :
Tyler Ferry – Vincent Llorca
Thomas Roussel (C, -1, 2′) – Cédric Custosse (-1)
Jules Breton (A, -1) – Lubomir Dinda (-2)

Gardien :
Rok Stojanovic [sorti de 58’39 à 59’58]

Remplaçants : Olivier Richard (G), Alexandre Pascal, Kalvis Ozols. Absent : Ryan Verbeek (opéré du poignet, saison terminée).

Amiens

Attaquants :
Pierre-Maxime Poudrier (2′) – Mario Valery Trabucco – Rudy Matima
Tommy Giroux (+1) – Philippe Halley (+1) – Jérémie Romand
Spencer Edwards (+1, 2’+10′) – Joey West (A, +1, 4′) – Bastien Maïa (+1)
Kevin Da Costa (A, +1, 2′) – Félix Plouffe (+1) – Thomas Suire (+1)

Défenseurs :
Ondrej Smach (+2) – Jonathan Narbonne (C)
Louis Bélisle (+2) – Holden Anderson (+1)
Léo Guillemain (4′) – Romain Bault
Axel Prissaint

Gardien :
Henri-Corentin Buysse

Remplaçants : Lucas Savoye (G), Rayan Belharfi.

Les commentaires sont fermés.

dapibus adipiscing amet, vel, felis dolor lectus id ut Phasellus non Lorem