Annoncer un massacre ne l’évite pas

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Personne n’a atteint les 10 buts dans ce Mondial malgré plusieurs gros scores. Le massacre le plus redouté concerne ce match : l’Italie, qui a subi plus de 60 tirs par match en moyenne (!), affronte une Russie qui regorge de talent offensif. Il y a deux ans à Cologne, cela avait fait 10-1. Même concéder moins de lancers que précédemment ne semble pas une garantie quand on connaît la propension naturelle des Russes à privilégier la passe parfaite. On plaint d’avance Andreas Bernard, titularisé de nouveau malgré ses énormes efforts hier… Il faut croire que le coach Clayton Beddoes ne voulait pas envoyer son second gardien à l’abattoir.

Face à la Russie, il y a pire pour le gardien que de ne pas voir le tir : ne pas voir la passe. La présence devant la cage d’Artyom Anisimov assure ainsi que Nikita Gusev serve une cage ouverte à Nikita Zaitsev par une passe transversale d’un cercle à l’autre. Un but après 31 secondes, et une pénalité à 1’41, quand Tauferer fait trébucher Kovalchuk ! On peut craindre le pire, mais le jeu de puissance russe est en goguette et n’est pas pressé de prendre un lancer. Cette légèreté de la Sbornaïa se traduit aussi par une faute inutile d’Aleksandr Barabanov, qui accroche Marchetti en zone offensive. L’attaquant du SKA Saint-Pétersbourg se rattrape à sa sortie de prison en profitant d’un contrôle raté d’Alex Trivellato pour s’échapper, mais Bernard lit et pare bien sa feinte.

Même quand les Russes ne jouent pas à fond, les Italiens ne peuvent pas se permettre la moindre erreur défensive. Joachim Ramoser regarde ainsi le palet et ne voit pas que, dans son dos, le défenseur Dinar Khafizullin s’avance vers l’enclave pour y recevoir le centre de Gusev, une seconde fois passeur décisif. Pour autant, le plus beau jeu en triangle est signé par… l’Italie : Ramoser en entrée de zone sert Anthony Bardaro qui décale du revers Marco Rosa… pour un tir sur le poteau. Pas de réussite pour les Azzurri, qui encaissent même un troisième but. Evgeni Kuznetsov s’avance sans opposition en zone neutre avec le palet, puis pour aller jusqu’à la cage recevoir la passe de derrière le but de Barabanov qu’il a trouvé en relais sur l’aile gauche.

Comme les navires de l’Antiquité dans le détroit de Messine, les Transalpins sont coincés entre deux maux. Ils ont visiblement peur de se faire fixer ou prendre à revers en jouant l’homme, mais ils ne savent pas bien défendre en zone. Ils sont ainsi cinq du même côté de la glace à regarder Kuznetsov… alors qu’Ovechkin est tout seul dans « son bureau » dans le cercle gauche ! Il n’est même pas nécessaire de décrire la fin de l’action, le one-timer le plus connu du hockey mondial (4-0). C’est le premier but d’Ovechkin dans ce championnat, et le moins qu’on puisse dire est qu’il a coulé de source. Un cinquième est refusé à Sergachyov à sept secondes de la pause car Gusev était dans le demi-cercle du gardien.

La deuxième période ne s’annonce pas plus tendre : l’Italie remporte la mise au jeu, attaque… et la transition russe est tellement facile. Kuznetsov reçoit la passe d’Ovechkin en passant tranquillement entre les défenseurs et marque sous les bottes d’Andreas Bernard (5-0). Un mauvais but – un message inconscient ? – qui met fin au calvaire d’Andreas Bernard, remplacé par Marco De Filippo Roia. On aurait pu l’épargner plus tôt…

On se doute bien que le gardien d’Asiago sera également dévoré tout cru. C’est le fameux lancer de Kovalchuk qui fait office de première bouchée, côté mitaine. L’Italie, désormais sans le malheureux Jan Pavlu qui a pris un palet dans le visage, doit avoir plus que hâte que ça se termine. Heureusement pour elle, Evgeni Dadonov tire à côté après avoir dribblé défenseur et gardiens. Mais il suffit de voir son visage sur le banc pour comprendre que Dadonov, frustré, veut sa revanche. Elle arrive quand Marco Rosa joue le palet alors que le joueur qu’il remplace n’a pas encore quitté la glace : surnombre. L’attaquant des Florida Panthers marque son cinquième but du tournoi, très facilement, avec un grand angle offert par une passe en retrait de Kucherov (7-0). Même quand les Italiens bénéficient à leur tour d’un avantage numérique, c’est Mikhaïl Grigorenko qui marque sur une contre-attaque (8-0).

La dizaine est vite atteinte au troisième tiers-temps. Un lancer précis de la ligne bleue de Nikita Kucherov se loge entre mitaine et la botte du gardien italien. Le centre italo-canadien Marco Rosa passe imprudemment la bleue défensive en contrôle du palet et se fait coincer par Malkin et Dadonov : sanction immédiate, Kovalchuk tire dans les patins de Marchetti et Dadonov convertit le palet qui traîne. Il reste près d’un quart d’heure, mais les Russes considèrent leur démonstration achevée et montrent un peu de pitié.

La Russie aura atteint les dix buts en seulement 40 tirs, et ce n’est pas spécialement la faute des gardiens. L’Italie a été tout simplement dépassée, et la désignation de son meilleur joueur le montre : le staff transalpin a mis à l’honneur son capitaine Alex Trivellato, qui a quand même souvent été en difficulté dans ses décisions face aux virevoltants attaquants russes. Les Italiens n’ont pu éviter le score à deux chiffres, et ils n’ont toujours pas marqué un but en quatre rencontres. Prochaine chance face aux Tchèques vendredi ?

Désignés joueurs du match : Dinar Khafizullin pour la Russie et Alex Trivellato pour l’Italie.

Commentaires d’après-match :

Armin Helfer (défenseur de l’Italie) : « C’est dur de marquer, on passe la plupart du temps dans notre zone. Mais on est meilleurs à chaque match. Pour une raison indéterminée, j’ai un bon sentiment sur ce groupe qui travaille fort. Pour notre notre petit monde, c’était un match excitant. Cela finit ainsi, mais on a eu la chance de jouer contre quelques-uns des meilleurs joueurs du monde. Le match était fini après deux périodes, même après la première, mais on n’a jamais abandonné. On peut être fiers de nous-mêmes. On voulait essayer de marquer notre premier but, on a essayé tout ce qu’on pouvait. Ce n’était pas pour cette fois, peut-être la prochaine. On sait qu’on a deux bons gardiens sur lesquels on peut s’appuyer, et évidemment on ne peut pas les laisser tout seuls comme ce soir.

(photos de Pascal Enault)

 

Russie – Italie 10-0 (4-0, 4-0, 2-0)
Mercredi 15 mai 2019 à 20h15 à la Ondrej Nepela Arena de Bratislava. 7535 spectateurs.
Arbitrage de Mikko Kaukokari et Aleksi Rantala (FIN) assistés de René Jensen (DAN) et Dustin McCrank (CAN).
Pénalités : Russie 4′ (2′, 2′, 0′) ; Italie 8′ (2′, 4′, 2′).
Tirs : Russie 40 (18, 1+8, 13) ; Italie 15 (5, 5, 5).

Évolution du score :
1-0 à 00’31 : Zaitsev assisté de Gusev et Kucherov
2-0 à 08’30 : Khafizullin assisté de Gusev et Kucherov
3-0 à 13’15 : Kuznetsov assisté de Barabanov
4-0 à 16’14 : Ovechkin assisté de Kuznetsov
5-0 à 20’18 : Kuznetsov assisté d’Ovechkin et Orlov
6-0 à 26’03 : Kovalchuk assisté de Kuznetsov
7-0 à 33’41 : Dadonov assisté de Kucherov et Gusev (sup. num.)
8-0 à 36’25 : Grigorenko assisté de Barabanov (inf. num.)
9-0 à 44’52 : Kucherov assisté de Khafizullin et Zaitsev
10-0 à 45’27 : Dadonov assisté de Kovalchuk

Russie

Attaquants :
Mikhail Grigorenko (+1) – Evgeny Malkin (A, +1) – Evgeny Dadonov (+1)
Aleksandr Ovechkin (A, +3) – Evgeni Kuznetsov (+5) – Aleksandr Barabanov (+4, 2′)
Nikita Gusev (+3) – Artyom Anisimov (+2, 2′) – Nikita Kucherov (+3)
Ilya Kovalchuk (C, +2) – Sergei Andronov – Kirill Kaprizov (+1)
Ivan Telegin [infériorité numérique]

Défenseurs :
Mikhail Sergachyov (+3) – Nikita Nesterov (+2)
Dmitri Orlov (+3) – Nikita Zaïtsev (+4)
Dinar Khafizullin (+2) – Vladislav Gavrikov (+1)
Nikita Zadorov (+3)

Gardien :
Andrei Vasilevskiy

Remplaçant : Aleksandar Georgiev (G). En réserve : Ilya Sorokin (G), Sergei Plotnikov.

Italie (2′ pour surnombre)

Attaquants :
Angelo Miceli (-2) – Diego Kostner (-2) – Marco Insam (A, -2)
Joachim Ramoser (-3) – Marco Rosa (-4) – Anthony Bardaro (-3)
Ivan De Luca (-2) – Raphael Andergassen (-1) – Markus Gander (-2)
Simon Kostner (-2) – Alex Lambacher (-2) – Peter Hochkofler (-2)

Défenseurs :
Armin Helfer (A, -2) – Sean McMonagle (-2)
Luca Zanatta (-3) – Ivan Tauferer (-2, 2′)
Jan Pavlu (-2) – Alex Trivellato (C, -3, 2′)
Stefano Marchetti (-2, 2′) – Armin Hofer (-2)

Gardien :
Andreas Bernard puis Marco De Filippo Roia à 20’18

En réserve : Gianluca Vallini (G). Blessé : Giovanni Morini (rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche).

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