La Suisse a franchi un cap

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La Suisse a démontré en ce début de championnat qu’elle était devenue suffisamment solide pour imposer son jeu aux équipes moins bien classées qu’elle. Elle a atomisé les faibles Italiens (9-0) et s’est défait des coriaces Lettons (3-1). Mais il reste encore un test à passer de ce point de vue : l’Autriche, qui a poussé la Nati aux tirs au but et en prolongation lors de leurs deux précédentes confrontations en 2016 et pas plus tard que l’an passé en 2018.

Avec un blessé et un malade, Roger Bader, l’entraîneur – suisse – de l’Autriche, a modifié ses lignes offensives, en réunissant notamment les frères Raffl (en replaçant Michael de l’aile au centre), et a intégré le junior Benjamin Baumgartner qui débute contre des joueurs qu’il connaît bien puisqu’il évolue à Davos. Bader a aussi séparé sa première paire défensive Pallestrang-Heinrich, qui ne donnait pas tous les gages de solidité ensemble (-4 sur le week-end quand leurs collègues étaient à 0 ou -1).

Le jeu est particulièrement fermé dans ce derby. Face à un adversaire très bien en place, les Suisses ne sont dangereux que lorsqu’ils mettent une vitesse maximale, dans l’exécution comme dans le patinage, avec un jeu très direct. Mais les occasions restent rares. Deux powerplays ne sont pas convertis, malgré un dernier décalage pour l’ultime renfort Sven Andrighetto (dont l’arrivée a provoqué le renvoi à la maison de Damien Riat), qui tire à côté.

Un possible tournant se profile quand la crosse de Roman Josi blesse involontairement Fabio Hofer au visage : 2’+2′. Cette longue infériorité, bien gérée par le gardien Reto Berra qui laisse peu de rebonds, se termine par une mise au jeu en zone défensive helvétique, juste au moment du retour à 5 contre 5. La transition est décisive, par la faute du repli défensif raté autrichien : Peter Schneider détourne sa route vers Vincent Praplan pour venir soutenir Martin Schumnig qui s’est fait dépassé. Mais ce faisant, Praplan lance un 2 contre 1 parfaitement exécuté avec une passe levée de Nico Hischier pour Kevin Fiala. 1-0, au sortir d’un powerplay et à trente secondes de la pause : voilà qui peut compliquer les plans autrichiens.

L’Autriche doit sortir du bois et se dévoiler offensivement pour revenir au score. Il n’en sera rien. C’est au contraire un déferlement d’attaques suisses qui se succèdent tout au long de la deuxième période : une transition rapide sur un palet carrément abandonné par Hofer en zone offensive (avec tir de Hofmann sur bonne passe de Martschini), un une-deux des rapides Ambühl et Moser contré miraculeusement par le patin de Pallestrang, un lancer masqué de Diaz qui frôle le poteau, ou encore un tir à bout portant de Moser sur passe de derrière la cage de Josi. Le seul « impact » autrichien, c’est le crochet au menton de Michael Raffl sur Gaétan Haas lors d’une anicroche devant le but. Pendant que le joueur de Philadelphie purge sa pénalité, le slap du cercle gauche de Lino Martschini est capté d’une belle mitaine par David Kickert, le grand gagnant de cette deuxième période, qui a maintenu son équipe dans son match avec 22 arrêts en vingt minutes.

Tant que l’écart minimal, tout reste possible dans ce match. Pendant que Thomas Raffl entre en zone côté droit, Praplan fait trébucher Hofer. Et surtout, Yannick Weber charge ensuite Zwerger dans le dos avec la crosse à deux mètres de la bande : la Suisse doit jouer à 3 contre 5 pendant 24 secondes. La mise au jeu qui suit est alors remportée par Christoph Bertschy, permettant à la Suisse de sortir de sa zone. En contre-attaque, Thomas Raffl accroche Janis Moser et part en prison (où on le voit totalement essoufflé) : on revient à 4 contre 4 et le gros du danger est écarté. Après une faute de Hofer, c’est même la Suisse qui joue quelques secondes de double supériorité numérique, mais Kickert réussit à se coucher de dos sur le palet devant un Praplan insistant au rebond.

La Suisse passe toujours l’essentiel de son temps à l’offensive, et à sept minutes de la fin, finit par se donner de l’air : un slap rasant de Roman Josi est dévié par une jambe autrichienne… en lucarne ! Le défenseur de Nashville, au temps de jeu colossal ce soir car la Nati est passée à sept défenseurs pour l’utiliser encore plus (24’52 malgré ses quatre minutes en prison), a la chance avec lui. La marque des grands joueurs, dit-on (2-0). Ambühl charge ensuite Pallestrang contre la bande : le rebord arrondi du plexi au niveau du banc suisse craque ! C’est un véritable test pour l’organisation slovaque : la pièce de rechange est amenée rapidement, mais est plus compliquée à fixer. Les équipes doivent patienter une vingtaine de minutes.

Le jeu a forcément un peu de mal à reprendre. Le capitaine moustachu Thomas Raffl reprend une pénalité, pour une crosse haute. L’Autriche part à 2 contre 1 en infériorité, mais la passe de Michael Raffl atterrit dans le patin de Peter Schneider… C’est la Suisse qui part dans l’autre sens pour un but de Kurashev (3-0). L’indiscipline autrichienne ne connaît plus de limites. Herburger écope de 2’+10′ pour charge contre la bande et Martschini tire sur la transversale sur une passe transversale de Hischier. Raphael Wolf remplit à son tour la prison et le nouveau venu Andrighetto peut ainsi clore le score à 5 contre 3, d’un slap du cercle droit.

La Suisse a donc bien passé un cap, elle domine nettement ces équipes, même si sa difficulté à convertir les occasions a longtemps pu l’inquiéter. Reto Berra récolte quant à lui son second blanchissage, certes il ne s’agit « que » de l’Italie et l’Autriche, mais cela prouve quand même que les cages suisses sont très bien gardées par le duo Genoni-Berra. Avec un but encaissé en trois matches, la Nati a la meilleure défense de la compétition (voir résultats et classements du Mondial). L’Autriche, en perdant sa discipline, a quant à elle infligé à son gardien David Kickert une défaite plus lourde qu’il ne l’aurait mérité.

Désignés joueurs du match : Roman Josi pour la Suisse et David Kickert pour l’Autriche.

Commentaires d’après-match :

Roger Bader (entraîneur de l’Autriche) : « Une défaite fait toujours mal. Personne ne perd de bon cœur, peut-être moi un peu plus contre la Suisse… Le 0-4 montre la réalité de la différence de niveau entre les deux équipes. On joue toujours autant que ce que l’adversaire nous en laisse la possibilité, et la Suisse est une équipe de très haut niveau. Nous avons eu beaucoup de phases où nous avons bien tenu, j’ai trouvé notre jeu en infériorité numérique sensationnel, ainsi que Baumgartner pour un joueur de 19 ans. Il y a eu des fautes inutiles, il faudra en parler. Je n’en étais pas content, mais les joueurs étaient chauds avant le match, parfois ça déborde et ils prennent de mauvaises décisions dans les duels. Il faudra apprendre. »

David Kickert (gardien de l’Autriche) : « Roger n’a décidé du titulaire qu’après l’entraînement ce matin, ce qui n’est pas habituel. Pour moi c’était une bonne partie, mais pas pour l’équipe. J’ai eu beaucoup à faire, mais les quatre buts encaissés ne m’énervent qu’un peu. À la fin seuls les points comptent, un 0-1 aurait fait le même effet. »

Romain Loeffel (défenseur de la Suisse) : « L’important était surtout de rester patients, nous avons eu beaucoup d’occasions. Leur gardien mérite le respect pour sa performance. Nous avons essayé de ne rien forcer, de maintenir la pression sur la cage, et les buts ont fini par tomber. Contre la Norvège demain, ce devrait être un match similaire, nous devrons jouer aussi solidement en défense qu’aujourd’hui, montrer de la patience. Le powerplay pourrait nous aider à remporter plus vite ce genre de match. »

Roman Josi (défenseur de la Suisse) : « J’ai l’impression que nous aurions pu mieux commencer ce match. Le début du Mondial a été parfait, maintenant il fait continuer ainsi, gagner dès demain le billet pour les quarts de finale. Ensuite, contre les grandes équipes, je suis convaincu que nous aurons notre mot à dire. »

Suisse – Autriche 4-0 (1-0, 0-0, 3-0)
Mardi 14 mai 2019 à 20h15 à la Ondrej Nepela Arena de Bratislava. 4488 spectateurs.
Arbitrage de Mikko Kaukokari et Aleksi Rantala (FIN) assistés de René Jensen (DAN) et Lauri Nikulainen (FIN).
Pénalités : Suisse 18′ (4′, 0′, 4’+10′) ; Autriche 28′ (4′, 4′, 10’+10′).
Tirs : Suisse 45 (9, 22, 14) ; Autriche 18 (6, 4, 8).

Évolution du score :
1-0 à 19’27 : Fiala assisté de Hischier et Praplan
2-0 à 53’02 : Josi assisté de Loeffel et S. Moser
3-0 à 58’34 : Kurashev assisté de Hischier (sup. num.)
4-0 à 59’47 : Andrighetto assisté de Diaz et Praplan (double sup. num.)

Suisse

Attaquants :
Kevin Fiala (+1) – Nico Hischier (+1) – Vincent Praplan (+1, 2′)
Grégory Hofmann – Philipp Kurashev – Lino Martschini
Tristan Scherwey – Gaëtan Haas – Sven Andrighetto
Simon Moser (A, +1) – Christoph Bertschy (+1) – Andres Ambühl (+1)
Noah Rod [au premier tiers]

Défenseurs :
Roman Josi (A, +1, 4′) – Yannick Weber (2’+10′)
Janis Moser – Raphael Diaz (C)
Lukas Frick (+1) – Romain Loeffel (+1)
Michael Fora (+1)

Gardien :
Reto Berra

Remplaçant : Robert Mayer (G). En réserve : Leonardo Genoni (G), Joël Genazzi.

Autriche (2′ pour surnombre)

Attaquants :
Peter Schneider (-1) – Raphael Herburger (A, 2’+10′) – Manuel Ganahl (A, -1)
Thomas Raffl (C, -1, 4′) – Michael Raffl (-1, 4′) – Fabio Hofer (-1, 2′)
Dominic Zwerger – Benjamin Baumgartner (-1) – Lukas Haudum (-1)
Patrick Obrist – Alexander Rauchenwald – Alexander Cijan

Défenseurs :
Alexander Pallestrang – Markus Schlacher
Dominique Heinrich (-2) – Martin Schumnig (-2)
Raphael Wolf (2′) – Patrick Peter (2′)
Steven Strong – Clemens Unterweger

Gardien :
David Kickert

Remplaçant : Benhard Starkbaum (G). En réserve : Lukas Herzog (G), Konstantin Komarek (blessé), Thomas Hundertpfund (malade).

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