Une différence de rigueur

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La France et l’Allemagne ne s’aiment pas trop, sur la glace. On se souvient de derniers matchs très tendus, à commencer par le dernier aux Mondiaux, celui de 2016, que la France avait remporté 3-2 aux tirs au but. Un an plus tôt, à Prague, l’Allemagne avait gagné 2-1 un match très accroché.

Cette fois encore, l’enjeu est important entre deux pays proches au classement mondial. Forte de ses deux victoires initiales, la formation germanique peut légitimement prétendre aux quarts de finale, et se prépare à un choc contre la Slovaquie mercredi. Mais pour rêver d’une place, encore faut-il battre les Bleus ce soir… Au vu des deux matchs poussifs des Allemands, la France a un coup à jouer.

Quel est cependant le réel niveau de cette équipe de France ? Un match offensivement intéressant contre le Danemark en ouverture, plombé par une défense moyenne, puis un match compliqué contre les États-Unis, ponctuées de quelques séquences consistantes en attaque. Bref, si l’attaque bleue semble avoir du répondant, la défense allemande est bien meilleure – surtout avec le renfort de dernière minute du gardien de Colorado, Philipp Grubauer, tout juste arrivé…

Philippe Bozon a officialisé l’inscription d’Henri-Corentin Buysse comme troisième gardien, et il sera même le remplaçant de Florian Hardy ce soir. Anthony Guttig entre en jeu, à la place de Cédric Di Dio Balsamo. Teddy da Costa en a cependant fait les frais : surnuméraire, il est écarté du groupe, qui a donc utilisé 24 des 25 places – la dernière sera probablement utilisée pour Pierre Crinon en défense.

L’Allemagne a elle aussi secoué son effectif avec l’entrée en jeu de Marc Michaelis en attaque et Jonas Müller en défense, alors que Lean Bergmann et Benedikt Schopper sont en tribunes.

Une erreur coupable

Les Bleus débutent avec le trio de Claireaux et sont les premiers en action. Une relance de Gallet vers Fleury permet au bloc de s’installer et de décocher trois tirs – un de Gallet, deux de Claireaux. Cependant ce bon départ ne dure pas trop. L’Allemagne commence à poser la crosse sur le palet et à enfermer les Français en défense, contraignant Hardy à sortir quelques parades.

Ces deux minutes fortes changent de côté, avec un bon pressing de Rech et Treille. Manavian, servi à la bleue, tente sa chance, et Texier prend un rebond dangereux que Grubauer repousse. Les Bleus ont repris la main et contrôlent mieux le palet, avec des sorties convaincantes. Texier, dans la neutre, lance ainsi Fleury dans le dos de la défense et le tir du cercle est capté par le gardien.

Après une bonne séquence défensive de Thiry, Perret et Gallet sortent le palet et provoquent un surnombre allemand en envoyant le disque dans les pieds des joueurs en train de changer.

Le jeu de puissance ne donne rien, et les joueurs de Toni Söderholm reprennent le temps fort. Thiry et Chakiachvili se montrent solides dans les bandes, et Hardy n’a qu’une frayeur sur un tir dévié devant lui.

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Une défense tricolore bien en place donc, et des attaquants opportunistes pour gratter des palets. Perret en vole un et sollicite encore Grubauer pour le dixième tir du soir. En défense, Guttig provoque un accrochage et la France s’installe en supériorité. Le palet tourne bien, sans parvenir à décrocher une bonne position à l’exception d’un essai de Bertrand.

Au moment du retour à cinq et pendant un changement de ligne, Thomas Thiry perd le palet à la bleue offensive. Gerrit Fauser déborde à droite et parvient à envoyer le palet dans la course de Moritz Seider au centre. Le jeune défenseur, du bout de la crosse, devance Hardy (1-0).

Sur la présence suivante, Perret est puni pour retenir et la pression monte. La défense tient le choc et Valier réussit même à envoyer Leclerc en échappée. Le Grenoblois perd son palet juste avant de décocher. La sirène retentit peu après sur ce score de 1-0 pour l’Allemagne.

Un deuxième tiers catastrophique

Les intentions sont là pour la France, qui se fait tout de même une frayeur suite à un revirement : Hardy bloque le palet sous sa botte en grand écart sur un tir un peu contré de Yanic Seidenberg. Le gardien angevin reste solide, avec l’aide de sa défense, sur une action de près.

Les Bleus vont alors profiter d’un changement de ligne adverse pour égaliser. Tim Bozon récupère dans la neutre et entre côté droit, pendant que Damien Fleury se met déjà en position de receveur au cercle. La passe est parfaite la volée surpuissante (1-1).

La France va mieux mais perd Chakiachvili dans un contact avec un équipier. L’Allemagne, elle, est vexée. Hardy sort un double arrêt, notamment un rebond de Draisaitl sur le côté, grâce à un déplacement rapide. Les joueurs de Philippe Bozon subissent tout de même beaucoup le jeu. Alors que Chakiachvili revient en jeu et lance une rare offensive, le revirement aboutit à un duel dans la neutre entre Ritz et Tiffels : les deux hommes sont sanctionnés et ouvrent un quatre-contre-quatre, qui n’aboutit à rien.

À peine revenus à cinq contre cinq, les Allemands sortent Grubauer, remplacé par Treutle, ex-coéquipier de Hardy à Munich en 2014-2015. Le gardien de l’Avalanche a semble-t-il été victime de problèmes musculaires, et est laissé au repos.

La France continue de reculer et ne parvient pas à changer de ligne. Un dégagement interdit plante la ligne Fleury en défense, et le jeu allemand tourne, épuise, jusqu’à libérer le slap de Plachta de la pointe, à travers la foule – palet sans doute dévié en route par le patin de Claireaux (2-1).

La réaction tricolore est positive, avec une bonne présence de Bertrand et Leclerc autour de la cage. Treutle gèle le palet. Puis, Bozon travaille fort derrière le but et ressort avec un tir au premier poteau.

Ce modeste temps fort n’efface pas le gros tiers allemand. Costauds physiquement, ils dominent les duels. La vitesse de Kahun lui permet ensuite de récolter un palet derrière la cage et de dénicher un espace vers Draisaitl lancé dans le slot (3-1).

La France est tout heureuse de rentrer au vestiaire sans plus de dommage. L’Allemagne a limité ses pertes de palet et joué avec précision et rigueur, écrasant les Bleus dans leur propre camp. La défense tricolore a trop cherché les passes longues pour respirer, sans réussite.

Du mieux chez les Bleus

Niederberger, le troisième gardien allemand, s’est équipé pendant la pause et rejoint le banc. Les Tricolores entament bien : bonne présence du trio Bozon-Claireaux-Fleury, puis un deux-contre-un Texier-Treille. Le vétéran ne parvient pas à reprendre la passe très appuyée.

Un duel gagné par Chakiachvili dans le coin contre Draisaitl permet une sortie de zone propre, avec Leclerc et Berthon. Le tir en tête de cercle échappe à Treutle, qui se rattrape sur le rebond du revers du défenseur rouennais. Tim Bozon bloque ensuite un tir et démarre en contre : Treutle s’impose.

Après huit minutes, toujours aucun tir cadré pour l’Allemagne. Noebels, seul devant Hardy après un duel perdu par Guttig dans le coin, ne change pas les chiffres. Le premier tir survient après dix minutes, sur un contre de Draisaitl, alors que la France commence à partir à l’abordage.

Un retard de jeu offre un jeu de puissance tricolore… ou d’impuissance, tant les Bleus peinent à entrer en zone. Dans la deuxième partie de pénalité, le jeu posé est de meilleure facture. Treille au rebond d’un tir de Texier, Guttig, puis une volée de Fleury, échouent sur le portier allemand.

Malheureusement pour les joueurs de Philippe Bozon, ils se retrouvent juste après à un de moins suite à un cinglage de Claireaux dans un duel en défense, puis deux de moins suite à une lourde charge inutile de Dame-Malka. Ritz, Janil et Thiry sont héroïques devant la cage, Hardy n’a qu’un gros arrêt à faire. Puis, seuls Janil et Ritz parviennent à sortir : Thiry reste sur la glace et défend bec et ongles jusqu’au retour des deux punis.

Après cet exploit, les Français bénéficient d’une faute de Holzer sur Rech et réinstallent leur jeu de puissance. Au bout de quelques secondes, Hardy laisse sa place à un attaquant. Fleury teste encore Treutle de volée, sans réussite…

Philippe Bozon pose son temps mort à 1’13 de la fin du match, mais Holzer, d’un tir longue distance, met fin aux espoirs français (4-1).

L’Allemagne est rigoureuse en défense, on le savait : elle a brillamment corrigé ses petites pertes de palet du premier tiers, avant d’écraser la France au deuxième par un jeu physique, précis et minutieux. Les Bleus n’ont pas fait un vilain match, mais ils ne l’ont joué que quarante minutes, avec au milieu, un grand trou d’air fatal à ce niveau-là. Se profilent trois montagnes : Canada, Slovaquie, Finlande. Une surprise ferait un bien fou pour s’éviter un match au couteau lundi prochain contre la Grande-Bretagne.

Désignés joueurs du match : Mathias Plachta (Allemagneà et Damien Fleury (France)

Commentaires d’après-match :

Thomas Thiry (défenseur de la France) : « À trois contre cinq, c’est le travail, il fallait tenir les deux minutes. J’ai tout donné pour que l’équipe puisse avoir une dernière chance à notre offensive de marquer deux buts et de revenir au score. Malgré la défaite, je suis content d’avoir tenu le box-play. Le deuxième tiers, nous avons subi, passé beaucoup de temps dans notre zone. À quatre tirs contre quinze pour eux… Je ne sais pas si c’est eux qui ont créé les occasions ou nous qui leur avons données. Nous avons perdu la simplicité dans notre jeu : nous devons rester compacts, communiquer, franchir la ligne rouge et mettre au fond. Malheureusement, nous nous sommes compliqué la tâche, moi le premier. Maintenant, il faut retenir la leçon et aller chercher des points. »

Damien Fleury (attaquant de la France) : « Nous devons être prêts à jouer plus simple, c’est le jeu de la France. Arrêter de chercher à faire ce qu’on ne sait pas faire. La Grande-Bretagne a une bonne équipe, ils l’ont montré contre l’Allemagne. Notre maintien est loin d’être acquis, et il faudra s’améliorer pour prendre des points. C’est frustrant, car on sait qu’on peut le faire contre ces grosses nations, on connaît nos capacités, mais encore une fois, on commet trop d’erreurs. »

Florian Chakiachvili (défenseur de la France) : « C’est une défaite frustrante, le score ne reflète pas l’effort qu’on a fourni. On a eu un petit trou d’air dans le deuxième, ça nous coûte l’écart qu’on a du mal à combler derrière. On savait que c’était une équipe très, très en place qui ne donnait pas grand-chose défensivement et ça a été le cas. C’est une équipe qui attendait nos erreurs et ils l’ont fait parfaitement. Ils ont marqué là-dessus. Ils ont été plus opportunistes que nous. Encore une fois c’est dommage. Il ne manque pas grand-chose. »

Philippe Bozon (entraîneur de la France) : « Le deuxième tiers nous plombe. Nous avons fait l’entame que nous voulions, avec de bonnes chances de marquer. Nous avons appliqué ce que nous avions prévu. Mais on commet une erreur stupide sur le premier but. Même si c’est un jeune joueur, ce sont des choses qu’on répète, et des erreurs qu’on refait. On avait dit que ce serait un match serré, et ce premier but fait mal.
Le deuxième tiers nous coûte cher, nous sommes sous pression, nous n’avons pas été bons. Le troisième a été bon, nous avons retrouvé de l’énergie et c’est dommage que nous n’ayons pas scoré. Les joueurs doivent comprendre qu’il faut jouer soixante minutes à fond, et pas quarante. En face, ce sont des équipes habituées au haut niveau et il faut sortir le match parfait.
Le jeu en infériorité ? À 3-1, on doit éviter les pénalités, surtout la deuxième qui n’est pas nécessaire. Les joueurs ont fait beaucoup de sacrifices, c’est bien, mais c’est 1’43 que l’on passe à défendre alors que nous sommes menés 3-1. Cela coupe notre momentum. On a tout essayé, sortir le gardien…
Vous semblez avoir réduit le banc au deuxième tiers ?
Jusqu’au deuxième tiers, c’était le match que nous avions prévu. Nous avions un plan, chaque ligne contre une ligne allemande précise et on s’y est tenu. Puis, nous avons subi de longues présences et cela a compliqué les rotations. Au troisième, nous avons essayé de changer un peu les alignements pour retrouver de l’énergie mais il n’y a pas eu l’étincelle, ce but qui nous aurait permis de nous relancer.
L’Allemagne, c’est une équipe contre qui il est compliqué de marquer. Ils n’ont pris que trois buts en trois matchs, et dans un match de duels comme cela, c’est difficile.
Teddy Da Costa a été écarté du groupe. Pouvez-vous nous en donner la raison ?
C’est un tout et ce n’est jamais facile. Teddy a eu une très bonne attitude dans le groupe depuis le début, même s’il n’a pas joué. Mais il a été plus en difficulté cette année, et surtout été en difficulté dans le système que nous mettons en place. Cela crée dans les lignes des décalages et une certaine incompréhension.
Le Canada lance une série de trois équipes majeures (Slovaquie, Finlande). Comment l’aborder ?
D’abord il faudra analyser le match contre l’Allemagne, c’est important, avant de tourner la page. Si on veut apprendre et mettre en place le système, il doit être accepté et exécuté. Sinon, on sera en difficulté. Ce sont des petits choses qui manquent, il faudra les corriger sur les trois prochains, et voir si un gros voulait jouer un peu moins fort !
Un mot sur les joueurs ?
Thiry est un jeune plein de qualités, c’est un battant, c’est un défenseur défensif qui a un gabarit physique. Il doit apprendre qu’il est un défenseur défensif. Je suis satisfait de lui en général, mais là il a commis une erreur qui a fait mal. Je suis satisfait de la ligne de Valentin Claireaux. Ils se présentent, il font le travail en zone offensive. Guttig, c’est son premier match, il n’est pas dans des conditions optimales mais il a bien fait. Nous devons trouver les bonnes combinaisons pour mettre les joueurs dans les meilleures conditions et pour débloquer Texier et d’autres.

Niklas Treutle (gardien de l’Allemagne) : « Ce sont trois points extrêmement importants. Les Français ne sont pas faciles à jouer, ils ont un jeu un peu sauvage. Mais devant cela va très vite avec eux. J’ai remarqué dès le premier tiers que ça n’allait pas totalement bien [pour Grubauer]. En tant que gardien, on sait ce que c’est quand on a ce genre de problèmes. Je me suis concentré assez tôt sur le fait que je pouvais rentrer rapidement. Cela n’a pas été un problème pour moi, j’y étais prêt. »

Allemagne – France 4-1 (1-0, 2-1, 1-0)
Mardi 14 mai 2019 à 20h15. Steel Arena de Kosice, Slovaquie. 4013 spectateurs.
Arbitrage de Yevgeni Romasko (RUS) et Max Sidorenko (BLR) assistés de Gleb Lazarev (RUS) et Dmitri Shishlo (RUS)
Pénalités : Allemagne 10′ (4′, 2′, 4′), France 8′ (2′, 2′, 4′)
Tirs : Allemagne 31 (10, 14, 7), France 25 (11, 4, 10)

Récapitulatif du score
1-0 à 17’07 : Seider assisté de Fauser et Hager
1-1 à 24’10 : Fleury assisté de Bozon et Manavian
2-1 à 33’55 : Plachta assisté de Eisenschmid et J. Müller
3-1 à 37’54 : Draisaitl assisté de Kahun
4-1 à 59’02 : Holzer (cage vide)

Allemagne

Attaquants :
Yasin Ehliz – Patrick Hager (A, 2′) – Leo Pföderl (-1)
Frederik Tiffels (2′) – Dominik Kahun (+1) – Leon Draisaitl (A, +3)
Matthias Plachta (+1) – Markus Eisenschmid (2′, +1) – Marc Michaelis (+1)
Marcel Noebels (+1) – Gerrit Fauser (+1) – Frank Mauer (+1)

Défenseurs :
Moritz Müller (C, +3) – Korbinian Holzer (2′, +2)
Yannick Seidenberg – Moritz Seider (+1)
Jonas Müller – Marco Nowak (+1)
Denis Reul (-1)

Gardien :
Philipp Grubauer puis Niklas Treutle à 30’13

Remplaçant : Mathias Niederberger (G, après 30’13). Réservistes : Lean Bergmann (A), Benedikt Schopper (D), Stefan Loibl (A),

France

Attaquants :
Sacha Treille – Alexandre Texier (-1) – Anthony Rech
Jordann Perret (2′, -2) – Nicolas Ritz (2′, -1) – Peter Valier (-1)
Timothé Bozon – Valentin Claireaux (A, 2′, -2) – Damien Fleury (C, -1)
Guillaume Leclerc – Anthony Guttig (-1) – Charles Bertrand
Eliot Berthon (-1)

Défenseurs :
Florian Chakiachvili (-3) – Thomas Thiry (-1)
Hugo Gallet – Kévin Hecquefeuille (A, -1)
Olivier Dame-Malka (2′, -1) – Antonin Manavian (-1)
Jonathan Janil (+1)

Gardien :
Florian Hardy

Remplaçant : Henri-Corentin Buysse (G). Réservistes : Sebastian Ylönen (G), Cédric Di Dio Balsamo (A)

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