Une saison suédoise écourtée sur fond de scandales

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Comme partout en Europe, la SHL et les différents championnats suédois ont dû évidemment cesser leurs activités. Mais, comme si cette crise ne suffisait pas, le hockey suédois, si clinquant en apparence à l’extérieur de ses frontières, a connu bon nombre de secousses cette dernière année, accentuées ces dernières semaines, provenant toutes d’une fédération suédoise en passe d’imploser.

Une fédération acculée

On connaissait déjà les difficultés de la sélection nationale féminine à obtenir de la considération de la part de cette fédération. Leur grève n’émanait pas seulement d’une revendication financière, mais il s’agissait surtout d’un cri pour alerter sur un sentiment de marginalisation. Certes, la grève des joueuses a été interrompue en trouvant un compromis, mais manifestement, il y a encore beaucoup de chemin pour valoriser la Damkronorna, d’autant plus dans un pays étiqueté « nation de hockey »…

Plusieurs membres de longue date ont d’ailleurs quitté le navire d’une fédération suédoise qui prend l’eau. Le 28 février, à deux mois des Mondiaux (finalement annulés), le manager de la Tre Kronor Lars-Henry Köhler, en poste depuis 2012, a soudainement démissionné pour une raison inconnue. Le 11 mars, la coach de la sélection féminine Ylva Martinsen, qui avait pris son poste dans un contexte catastrophique en 2018, est congédiée par la fédération pour des raisons obscures, alors qu’elle souhaitait poursuivre son projet.

Enfin, après 24 ans dans la maison, le chargé de communication Anders Feltenmark a été licencié à son tour le 31 mars, au motif d’ « un manque de travail » dixit la fédération, qui a prévenu son personnel par mail. Dans les faits, selon Aftonbladet, Feltenmark a saisi la police concernant des abus sexuels au sein de la fédération. Par cette démarche, l’exécutif fédéral a estimé qu’il a nui à son employeur.

L’enquête policière est en cours, mais il est à préciser que des allégations pour harcèlement sexuel ont déjà été évoquées au sein de la fédération par le passé. Et il semble que la police ait pu réunir plusieurs témoignages concordants…

Le sol se dérobe littéralement sous les pieds d’une fédération critiquée pour sa gouvernance d’un autre temps, rétrograde, son manque de diversité et de modernité, et qui cultive une culture du silence. En plus de graves accusations qui font désormais l’objet d’une enquête policière. Mais ces scandales en chaîne qui ont fait surface ne pourront empêcher un coup de pied dans la fourmilière.

Un titre retiré des mains

Chez les femmes, une autre décision des instances suédoises a fait polémique. Après avoir dominé la saison régulière avec 18 points d’avance sur le Luleå HF, le HV71 était à un souffle de remporter le titre. En accord avec la  ligue féminine, la SDHL, la fédération avait décidé de réduire la série finale, la formule au meilleur des cinq matchs passant à une formule au meilleur des trois. Après avoir dominé sans problème Leksand puis Djurgården durant ces playoffs, le club de Jönköping a alors retrouvé Luleå en finale.

Sidney Morin du HV71 (Photo Mats Bekkevold pour Hockey Archives)

Après un match 1 remporté 3-2 devant 1788 spectateurs chez les nordistes, le HV71 n’avait plus qu’une victoire à remporter pour obtenir le premier titre de champion de Suède de la section féminine. Mais ce fameux match 2 à la maison ne s’est jamais joué.

Dans un premier temps, il a été décalé par mesure de sécurité du vendredi au dimanche, la raison invoquée étant que plusieurs joueurs de Luleå étaient malades. Et puis, patatras, la fédération décidait par la suite de suspendre tous les championnats, y compris la SDHL qui était pourtant à un stade très avancé.

Imaginez donc la frustration dans le camp du HV71, qui avait un bilan parfait de 6 victoires pour 0 défaite en playoffs et qui espérait fêter son premier trophée. A l’image de l’entraîneur du club du Småland, Joakim Engström, qui ne pouvait retenir sa colère dans les colonnes de Hockeysverige : « C’est totalement scandaleux. A Luleå, on dit qu’elles ne sont pas si malades, et que ce n’est probablement pas le coronavirus. Ils ont pourtant décidé de suspendre la finale pour éviter les risques de propagation, c’est compréhensible. Mais dans ce cas, vous ne mettez pas les deux joueuses malades dans le même bus que les autres. Si elles sont vraiment malades, vous les isolez et les mettez en quarantaine. Nous aurions dû finir cette finale.« 

La SDHL a en fait proposé au comité exécutif de la fédération de reporter cette finale. Mais quand ? Car le mal est fait pour toute l’équipe du HV71, qui a frôlé du doigt la médaille d’or. Notamment pour l’attaquante Anna Borgqvist, qui songe carrément à mettre fin à sa carrière, à seulement 27 ans. Elle s’expliquait auprès du Jönköpings-Posten : « Nous avions établi un record de points en saison régulière, nous avons gagné tous nos matchs de playoffs et le premier de la série finale. Je pense qu’ils auraient dû nous décerner la médaille d’or en tenant compte de ces résultats. Personne ne veut remporter le titre dans ces conditions, mais cela aurait été plus juste que ne rien obtenir du tout. C’est violent… Je suis épuisée mentalement. Je suis venue à Jönköping pour terminer mes études et remporter l’or. Je les ai terminées ces études, mais je n’ai pas l’or. On m’a privé de cette médaille d’or, je me sens volée. J’ai complètement perdu mon envie de jouer au hockey. « 

Y’aura-t-il vraiment un titre décerné ? Cette saison 2019-2020 a donc baissé le rideau dans des tumultes propres actuellement au hockey suédois.

Betty Jouanny (Photo Mats Bekkevold pour Hockey Archives)

Après deux participations consécutives au dernier carré de SDHL, MODO a connu une saison particulièrement délicate, neuvième à l’issue de la saison régulière. Malgré ces difficultés, MODO a tout de même eu le temps de conserver sa place parmi l’élite aux dépens de Skellefteå.

Et durant cette saison éloignée des ambitions affichées, les expatriées françaises d’Övik ont su tirer leur épingle du jeu : la capitaine Marion Allemoz est la meilleure marqueuse de son équipe avec 21 points (10 buts / 11 passes) en 30 matchs, et Lore Baudrit 17 points en comptant les playoffs. A elles deux, elles ont d’ailleurs amassé 8 points lors des 2 matchs de qualification contre Skellefteå.

Quant à Betty Jouanny, elle a connu à 28 ans sa meilleure saison d’un point de vue statistique depuis son arrivée en Suède en 2013. L’attaquante tricolore native d’Annecy a inscrit 20 points dont 9 buts, contribuant à un cinquième quart de finale consécutif de Leksand.

Luleå, équipe SHL dominante dans une nouvelle ère

Il y a peu, on reprochait aux dirigeants de la ligue masculine, la SHL, de s’orienter vers une ligue fermée pour favoriser les grands clubs du pays, un chemin contesté par beaucoup en Suède. Une vague de contestation telle qu’elle a forcé la ligue à prendre un nouveau départ, avec le nouveau président de la SHL Michael Marchal. Une remise en question, d’ailleurs, dont devrait s’inspirer la fédération. En tout cas, même écourtée, la saison suédoise a connu du beau spectacle.

On retiendra surtout que Luleå, qui a bénéficié de l’aide du défenseur bleu Yohann Auvitu en fin de saison, a tenu de longs mois jusqu’à la fin de la saison régulière en place de leader. Que Rögle, le club d’Ängelholm, poursuit un travail remarquable avec une troisième place. Et que les deux promus, Leksand et Oskarshamn, ont tenté tant bien que mal d’apprivoiser le niveau de l’élite, mais ils n’ont pu échapper aux deux dernières places.

Cette saison a eu également son lot de révélations, dont Kodie Curran, un défenseur canadien explosif qui a brillé à Rögle. Il est seulement le troisième joueur étranger ces dix dernières années à s’adjuger le Guldhjälmen, le casque d’or remis au meilleur joueur de la saison.

La saison commentée SHL / Allsvenskan 2019-2020 est à retrouver ici.

 

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