La DEL est la dernière à démarrer… quand tout s’arrête

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En attendant peut-être l’EIHL britannique (prête à envisager un retour au jeu en janvier après avoir reçu des aides d’État), la DEL est le dernier championnat professionnel de hockey sur glace en Europe à reprendre. Elle le fait au pire moment possible de la crise sanitaire : le 17 décembre, le lendemain du jour où l’Allemagne – faisant face à son tour à une saturation de ses hôpitaux pourtant les mieux pourvus en Europe – se reconfine complètement pour les fêtes de fin d’année en fermant écoles et commerces. Les activités professionnelles peuvent certes continuer, et cela inclut le hockey, sans spectateurs évidemment.

Pourquoi avoir autant attendu ? C’est ce que se son….t demandé tous les amateurs du hockey allemand, et beaucoup d’acteurs, en voyant qu’on jouait au hockey partout ailleurs sur le continent. Espérer des jours meilleurs plus tard dans l’hiver était illusoire. Quand la DEL a annoncé début octobre qu’il manquait 60 millions d’euros pour boucler la saison avec la jauge de spectateurs alors de 20% (calcul des recettes manquantes des clubs), ce fut très mal perçu par les médias, comme une déclaration de faillite. Les clubs qui n’avaient rien anticipé et alignaient des effectifs tout aussi gourmands quémandaient donc de l’argent public ? La DEL a mis des semaines à déminer cette mauvaise communication en précisant que c’était un simple constat.

Seules deux équipes étaient alors favorables au démarrage de la saison, parce qu’elles tirent toutes deux plus de recettes d’un gros sponsor que des recettes aux guichets : Munich avec Red Bull et Wolfsburg avec Volkswagen. Les autres n’avaient pas assez de garanties de boucler leur budget. S’ils n’ont sans doute pas assez agi durant l’été, les clubs ont alors eu des semaines animées. Ils se sont assurés que leurs dossiers permettraient de bénéficier des subventions proches du plafond européen autorisé de 800 000 euros d’aide gouvernementale pour les clubs sportifs professionnels. En plus des clauses déjà négociées au printemps, prévoyant des coupes salariales conditionnelles de 25%, ils ont souvent négocié de nouvelles réductions de salaires. Certains sont restés inactifs pour utiliser les mécanismes de chômage partiel (bien moins généreux en Allemagne qu’en France puisqu’il signifie une perte de rémunération de 25%, voire près de la moitié pour les plus gros salaires). D’autres – 8 sur 14 – ont choisi de participer dès novembre à la MagentaSport Cup, tournoi de présaison devant son nom à la chaîne de télévision qui le subventionne et qui a versé quelques dizaines de millions d’euros des primes de participation.

Même si la DEL est le grand championnat en Europe qui dépend le plus des recettes liées aux spectateurs, elle touche des droits télévisés de la part de Telekom : 290 000 euros par club, c’est loin des contrats juteux connus en Suisse ou en Suède, mais cela compte. Le partenaire télévisuel a donc mis la pression sur la DEL pour qu’elle reprenne. Le choix a été laissé à chaque club de s’engager, sans conséquence puisque la relégation était abolie, et tous ont fini par suivre. On a fait une croix sur le retour du public dans les patinoires. Puisque les horaires de match n’ont pas à convenir aux spectateurs, le calendrier a été aménagé dans l’unique intérêts des télévisions : on joue tous les jours sauf à Noël et au Jour de l’An (et pour la trêve internationale de février), en moyenne 2 matches par jour, le maximum étant de 3, généralement le dimanche où on échelonne les horaires (14h30, 17h00, 19h30). Bref, il est presque possible de tout voir devant son écran, on ne joue presque pas simultanément.

Les compromis sont nombreux : pour limiter les déplacements, on joue en deux groupes de 7 (nord et sud), et le calendrier n’est connu que jusqu’au 19 mars avec double aller-retour entre les équipes de la même poule (28 journées). Les matches croisés en simple aller-retour seront programmés ensuite, en sachant déjà que les play-offs se joueront au meilleur des 3 matches et pas des 7 matches… même si la DEL a promis de les rallonger si tout se passait bien. Ce n’est vraiment pas l’hypothèse la plus probable. Sauf annulation du Mondial qui fixe le terminus en fin de saison, on pourrait plutôt parier que les rencontres croisées seront amputées voire annulées. Même si les équipes sont censées jouer coûte que coûte à 9 joueurs plus 1 gardien (!), comment ce calendrier très dense résistera-t-il à des quarantaines presque inévitables ?

Retrouvez toute la situation du hockey en Allemagne – où certaines patinoires ne verront pas de hockey après avoir été transformées en centres de vaccination – dans notre nouvelle présentation de la saison qui démarre. Ce panorama club par club reviendra aussi sur le cas d’un coéquipier d’Anthony Rech qui alerte tous les sportifs du monde sur des conséquences cardiaques inattendues de la Covid-19.

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