Briançon 2020-2021 : des progrès insuffisants

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Bien décidé à gommer sa dernière saison catastrophique, Briançon s’est restructuré. D’abord en interne, avec la création d’un poste de Manager Général à plein temps par la promotion de Christophe Lapointe. Sur le sportif ensuite : Éric Medeiros, pour sa première saison complète (et intersaison), a pu construire son groupe à 100% à sa guise. Malgré un recrutement compliqué par une masse salariale en baisse de 10 à 15%, l’entraineur briançonnais a bâti un groupe fidèle à son identité. Un effectif alliant jeunesse et expérience et quelques grosses pièces. Une doublette de gardien prometteuse, une défense solide articulée autour de Tomko et Charnaok aux cotés de valeurs françaises sures (Igier, Farina), un vrai top-6 offensif. Compte tenu de la faible marge de manœuvre, le club a été contraint à de nombreux paris en relançant par exemple des joueurs sortant de saisons compliquées et blanches et en misant sur l’explosion de jeunes Français à potentiel. Tous les défauts semblent avoir été gommés. Briançon semble mieux armer pour décrocher le maintien, se battre à la régulière avec ses concurrents et plus globalement réduire l’écart et se montrer au niveau de la Ligue Magnus. L’optimisme règne à René-Froger.

Un départ perturbé

Dès le début, la préparation est perturbée par une cascade de blessures. Le Covid-19 pointe rapidement le bout de son de nez avec l’apparition des premiers cas au sein de l’effectif briançonnais mettant à l’isolement les joueurs concernés. À cela s’ajoutent les déboires extra-sportifs : l’arrivée de l’attaquant russe Zemchenko est bloquée suite aux récurrents problèmes de visas tandis que le poste de sixième attaquant connaît une valse assez déroutante et étonnante : Mathieu Guertin (suppléant déjà Verbeek qui s’était désisté en août) retourne rapidement à Gap avant même le début de saison. Son successeur, l’ex-Lyonnais David Rutherford arrivé en octobre, ne sera finalement pas conservé début novembre. Décimé et amoindri, Briançon commence sa saison par 4 défaites en 4 matches joués. Même s’ils débloquent plus rapidement leur compteur (1 pt pris après prolongation face à Anglet dès le deuxième match), les Diables Rouges s’inclinent contre deux équipes concurrentes pour le maintien (Nice et Anglet) avant d’exploser à Amiens et à Bordeaux, rappelant les fessées de la saison passée. La qualification aux tirs aux buts sur la glace du rival gapençais en Coupe de France, épreuve restée sans lendemain, constitue la seule parenthèse enchantée de ce début de saison.

L’embellie de décembre

Le second confinement arrive à point nommé pour Briançon. Profitant de la suspension du championnat, le club panse ses plaies, récupère ses blessés et ses cas Covid alors que Zemchenko – en photo ci-dessous – a débarqué finalement complètement hors de forme mi-octobre. C’est alors toute l’équipe qui prend forme et reprend des forces comme si les Briançonnais réalisaient leur « vrai » camp d’été. Enfin, le retour de Jaka Ankerst à René Froger clôt définitivement la valse du sixième attaquant étranger. Le travail porte rapidement ses fruits. Profitant de la timide (et télévisée) reprise, Briançon dispute 3 matches pour 1 bilan positif de 2 victoires face à Nice et surtout à Grenoble pour 1 défaite honorable face à Rouen.

briançon zemchenko

Janvier – mars, le chemin de croix briançonnais

La période des fêtes a complétement coupé l’élan briançonnais. Privés de Hugo Sarlin, ayant quitté le club, mais ayant enfin récupéré Charnaok (au terme d’un imbroglio entre blessures et raisons familiales), Briançon dispose enfin d’un groupe au complet pour la reprise définitive du championnat. Mais 3 défaites, 1 pt pris (en prolongation à Cergy), 0 but marqué en 3 matches sur la route mi-janvier jettent le trouble avec notamment de gros revers à Chamonix (0-5) ou Angers (7-0). Les vieux démons de la saison passés rodent autour sur la Cité Vauban. Pire, l’attaque montre de très inquiétants signes de faiblesses. Le coach Medeiros bouleverse ses lignes offensives mais la mauvaise série se poursuit : Briançon s’incline successivement face à Grenoble (4-8), Gap (0-5) et à Mulhouse (1-2). Puis le réveil. Contre toute attente, les Diables Rouges s’imposent à Gap (4-2) et égalent leur bilan comptable de l’an passé avec 10 pts en 14 matches. Puis ils confirment en ramenant 3 nouveaux points de Nice (3-1). Si l’équilibre reste précaire, plusieurs éléments expliquent ce renouveau : une meilleure régularité pendant les matches, un jeu performant en infériorité numérique et un gardien Patrick Munson en grande forme. Enfin le retour à la maison du natif de Briançon Robin Colomban et sa qualité technique font un bien fou à l’attaque. Mais l’éclaircie est de courte durée. Briançon retombe dans ses travers et rechute face à deux adversaires directs Chamonix (2-6) puis Amiens (3-4) en manquant ainsi l’opportunité de quitter la dernière place. Avant de bousculer et mener face à Angers pendant 50 min avant de s’écrouler (3-4) confirmant que Briançon est décidément bien plus à l’aise face aux grosses équipes. La défaite sans appel face à Cergy (4-6) rappelle une nouvelle fois cette tendance. Dans un double déplacement en deux jours, les hommes de Medeiros réalisent l’exploit de prendre 1 point à Rouen (2-3 t.a.b.) avant de s’écrouler le lendemain à Anglet (0-6). La défaite au Pays Basque enterre définitivement les minces espoirs d’échapper à la dernière place. Les deux derniers matches anecdotiques et sans enjeu, délocalisés à Vaujany, face à Bordeaux puis Mulhouse se soldent par deux défaites respectives 3-8 et 5-7.

Analyse :

L’objectif du début de saison était le maintien. Le coach Éric Medeiros espérait même « jouer les trouble-fête » et «  essayer de décrocher la dernière place qualificative pour les séries ». Force est de constater le fossé entre les discours et la réalité de la glace. Lanterne rouge pour la seconde saison consécutive, Briançon est une nouvelle fois « sauvé » d’un retour en D1 par l’absence de relégation suite à cette saison 2020-2021 tronquée.

Le club a progressé mais pas suffisamment statistiquement parlant. Avec 12 pts (initialement 14 pts sans la mise à jour du classement en tenant compte de l’application de la règle de trois), les Diables Rouges ont fait mieux que l’an passé (10 pts en 40 matches – total égal après 14 rencontres cette saison). Le ratio de 0,6 pts/match contre 0,25 pts/match l’an passé reste néanmoins insuffisant. Plus inquiétant, l’écart sur le reste du peloton ne s’est pas comblé : Briançon termine tout de même à 9 pts des 11e et 10e (Chamonix et Anglet) et assez loin de ses autres adversaires directs (15 pts de retard sur Nice ou 17 sur Mulhouse) après cette saison écourtée à environ 23 matches.

Malgré des progrès palpables, les Diables Rouges ont été trop inconstants pour espérer jouer des coudes dans ce championnat. Principalement mis en cause, les multiples passages à vides et des difficultés offensives leur ont coûté cher sur le plan comptable.

Les trous d’air ont été nombreux tout au long de la saison où Briançon « a livré des matches de 50-55 minutes où l’on passe à côté de 5 minutes ce qui nous a couté vraiment cher » comme le reconnaît Éric Medeiros. Ces absences de quelques minutes ont couté de très nombreux buts : 3 en 5 minutes à Amiens et Bordeaux, 4 en 6 minutes à Chamonix, 4 en 5 minutes à Angers, 5 en 6 minutes face à Grenoble, 3 en 3 minutes face à Gap, 3 en 3 minutes face à Amiens… La liste est longue. Sans ces absences, Briançon faisait plutôt jeu égal.

briançon 2021 tomko

L’autre problème majeur concerne les lignes offensives. Avec seulement 46 buts marqués, l’attaque briançonnaise est, et de loin, la plus mauvaise du championnat. À peine mieux que la saison passée. L’équipe a rencontré d’énormes difficultés à l’approche du but adverse, manquant cruellement de réalisme et de tranchant. Ce dernier point est directement lié au recrutement notamment étranger, en grande partie, raté. Les attaquants étrangers n’ont absolument pas répondu aux attentes en affichant une irrégularité récurrente et des fiches largement en deçà : Nättinen 14 pts, Sodja 10 pts, Markkula 9 pts, Zemchenko 8 pts, Ankerst 6 pts. De beaux CV ayant notamment performé dans des championnats calibrés qui sont complètement passés au travers. Dans les colonnes du Dauphiné Libéré, le coach Medeiros ne s’en cache pas : « il ne faut pas se voiler la face, les joueurs qui doivent faire la différence ne le font pas ».

Seul le défenseur slovaque Slavomir Tomko – en photo ci-dessus – a tenu son rang. Capable de grandes performances devant son filet, le gardien Patrick Munson s’est montré irrégulier avec « seulement » 88,2% d’arrêts. Les Français n’ont pas démérité et ont globalement tenu leur rang dans le rôle qu’on attendait d’eux même si leur niveau n’a pas permis (et n’avait pas vocation) à combler la faillite des étrangers comme l’explique l’entraîneur canado-portugais : « Un trop grand nombre de joueurs ont dû assumer des rôles qui n’étaient pas les leurs ». Cet épisode met tout de même pleinement en lumière la faiblesse du contingent JFL briançonnais presque exclusivement composé de joueurs de complément. Une analyse rappelant déjà les propos du Président Lebigot en mars 2020.

Enfin, Briançon a compté trop de blessés et d’absents tout au long de la saison. Malchance ou problème physique, cela se révèle très préjudiciable et trop handicapant sur la durée d’une saison complète.

Avec 3 ou 4 victoires supplémentaires, ce qui était dans leurs cordes vu la physionomie de certaines rencontres, les Rouges aurait intégré le ventre mou du championnat qui s’est singulièrement étiré cette saison.

Briançon a montré un beau visage face aux grosses cylindrées (5 pts pris sur les 12 inscrits) où l’absence de pression et le jeu défensif basé sur une grosse défense et des contre-attaques rapides se sont parfaitement mariés. Preuve que les Hauts-Alpins sont capables de rivaliser, le temps d’un soir, avec n’importe qui. En revanche, Briançon a éprouvé d’énormes difficultés en déjouant complètement face à ses concurrents directs.

Les motifs de satisfactions sont rares. On retiendra surtout l’éclosion et la révélation des jeunes Français Charles Schmitt et Nicolas Ruel. Ce dernier termine d’ailleurs co-meilleur pointeur briançonnais avec 14 pts. Le jeu en infériorité haut-alpin constitue l’autre point positif de la saison avec plus de 82,9 % d’efficacité, soit le 4e de la Ligue Magnus. Plus mauvaise défense du championnat, l’arrière-garde briançonnaise a légèrement refermé les vannes : 4,5 buts encaissés par match (205 buts en 23 matches) contre 5,05 la saison passée.

Enfin, Éric Medeiros aura réussi à donner une identité à son groupe basé sur des valeurs de travail, courage et solidarité. Dans son interview de fin de saison, le coach a notamment souligné et insisté sur la progression générale du club et de l’équipe.

briançon munson (1)

Il faudra faire beaucoup mieux en 2021/2022 pour combler l’écart. Depuis le retour en Magnus il y a 2 ans, les chiffres restent abyssaux : 7 victoires et 56 défaites et un ratio cumulé de -188 lié à la succession de lourdes défaites.

La marche reste haute pour recoller au peloton. Les poursuivants directs habitués aux dernières places (Chamonix, Anglet, Nice) gagnent en moyenne 3 fois plus que les Diables Rouges sur les deux derniers exercices… avec un budget pourtant pas 3 fois supérieur. Après deux exercices sensiblement identiques et ratés, la question de l’enveloppe budgétaire revient inévitablement. Comme une sorte de plafond rédhibitoire que ni Claude Devèze ni Éric Medeiros n’ont su ou pu franchir. En clair, la masse salariale briançonnaise ne donnerait accès qu’à une certaine gamme de joueurs. Être compétitif nécessiterait de meilleurs joueurs et donc de casser la tirelire. Même si le budget ne peut pas tout excuser, une augmentation des moyens financiers semble inévitable pour permettre à Briançon de rivaliser. Avec toujours les mêmes problématiques de faire rimer qualité avec un budget limité dans le contexte difficile du Briançonnais et des Hautes-Alpes.

Briançon, en délicatesse avec ses finances, est l’un des rares clubs à ne pas avoir communiqué sur la gestion de cette saison particulière et les impacts financiers au terme de celle-ci. En tout cas, le chantier est, une nouvelle fois, grand ouvert à René-Froger.

 

Quelques questions à Félix Plouffe, capitaine de Briançon :

– La saison vient de s’achever face à Mulhouse. Malgré une nette progression, notamment souligné par Éric Medeiros il y a peu, le bilan reste lourd : 19 défaites pour seulement 4 victoires. Quel bilan fais-tu de cette saison ?

Je suis d’accord avec Éric, l’équipe a bien progressé. Il y a 5-6 parties qui étaient prenables pour nous, mais qui, pour différentes raisons, parfois des petits détails, font basculer une possible victoire en défaite. On parle donc ici d’une quinzaine de points de plus au classement. Une défaite restera toujours une défaite, mais faut aussi évaluer les circonstances. Il n’y a rien de comparable entre les défaites de l’an passé et celles de cette saison.

– En novembre dernier, tu disais qu’il était hors de question pour Briançon de retourner en D1, pourtant les Diables Rouges finissent derniers et sont une nouvelle fois « sauvés » par l’absence de relégation. Est-ce un nouvel échec ?

Effectivement, si on regarde le classement final, difficile de ne pas parler d’échec. Je préfère encore une fois rester positif et voir toute l’amélioration chez la plupart des joueurs ainsi que la progression en tant qu’équipe.

– Signe de progrès encourageants, Briançon a été capable de bousculer la plupart des équipes de Magnus et de quelques « coups » cette saison. Néanmoins, Briançon reste assez loin du reste du peloton au classement. Concrètement, que manque-t-il à Briançon, pour rivaliser et être au niveau sur la durée d’un championnat ?

Comme je l’ai dit précédemment, à quelques exceptions près, il était possible pour nous de remporter la victoire à chacun des matchs. Nous avions une équipe beaucoup plus compétitive que l’an passé. Encore une fois, les petits détails ont trop souvent fait la différence. Parfois c’était à cause d’un relâchement de 4-5 minutes, mais en aucun cas il y a eu des équipes qui ont pu nous dominer comme l’an passé. Je crois qu’il manquait clairement de constance dans notre jeu et cette constance s’acquiert avec le temps et l’expérience. 

– On parle beaucoup de la place de Briançon en Magnus. Briançon vient de terminer une 2e saison consécutive lanterne rouge et assez loin des autres équipes. Malgré les bonnes volontés et les progrès, n’est-ce pas finalement mission impossible et une marche trop haute ? La petite masse salariale semble également rédhibitoire pour construire une équipe compétitive.

Encore une fois le club a progressé, non pas tant au niveau des statistiques, mais bien au niveau du développement et de l’équipe. Il n’y a aucun doute que des changements devront être apportés, mais j’estime que si le club continue de s’améliorer, les partisans et l’organisation seront assurément surpris des résultats sur le tableau.

– Éric Medeiros a beaucoup insisté cette saison sur la progression globale de l’équipe et du club, l’intégration de jeunes et le développement à long terme. C’est un projet louable mais est-ce compatible avec l’obligation immédiate de résultats et un maintien impératif ?

Je continue de croire que Briançon est dans la bonne voie en continuant de développer des jeunes entourés de quelques vétérans. Pour la chimie d’une équipe et son développement, les deux doivent travailler ensemble, dans la même direction. Maintenant, que tu joues une saison avec ou sans maintien, en tant que compétiteur, tu désires gagner à chaque soir. Ces deux dernières années, je ne vous cacherai pas que nous avons souffert énormément. Nous en sommes tous responsables et principalement nous les joueurs puisque c’est nous qui portons les patins. Je crois qu’il est maintenant temps de prendre un peu de recul, de laisser descendre les émotions, et j’estime que les dirigeants, de concert avec le personnel des entraîneurs, prendront les bonnes décisions pour éviter de reproduire de telles saisons. 

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