Le Canada en or grâce à un arrêt de légende de McTavish

Mason McTavish sauve son camp en finale contre la Finlande
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La finale de l’édition 2022 des Championnats du monde junior restera à coup sûr légendaire. Un geste défensif incroyable du capitaine Mason McTavish, suivi d’un but de Kent Johnson en prolongation, propulsent le Canada vers l’or, à domicile.

13 327 : c’est le nombre de spectateurs pour cette finale, qui ne fait pas le plein à la Rogers place. Les affluences médiocres observées tout au long du championnat embarrassent même l’IIHF. Interrogé à ce sujet, le président Luc Tardif fait le bilan : « Ne jamais organiser ce tournoi l’été »… Le commissionnaire Henrik Bach Nielsen efface lui aussi toute langue de bois, mettant en cause une billetterie bien trop chère : « Pourquoi ne pas essayer de trouver des prix d’août ? ». À plus de 200 dollars le ticket, il y a de quoi se poser des questions. Le parcours longue durée des Oilers d’Edmonton en playoffs a également « asséché » les finances des plus ardents supporters. Déjà sous pression pour avoir couvert des délits sexuels, Hockey Canada se serait bien passé de cette nouvelle polémique. Fort heureusement, les préventes pour l’édition 2023 à Moncton et Halifax se portent bien. Mais évidemment, le calendrier « normal », entre Noël et le jour de l’an, est bien plus favorable…

Le Canada est donc en finale à domicile, presque une habitude. Pourtant, l’effectif aligné cet été n’a rien à voir avec celui du Mondial avorté en décembre dernier. Entre blessures et refus de joueurs préférant préparer le camp NHL, neuf joueurs ne sont pas revenus : Kaiden Guhle, Owen Power, Xavier Bourgault, Mavrik Bourque, Dylan Guenther, Jake Neighbours, Cole Perfetti, Justin Sourdif et Shane Wright. Un nouveau témoignage de la densité canadienne…

En face, la Finlande n’a pas les mêmes absences, mais reste elle aussi une valeur sûre. Les deux pays ont d’ailleurs gagné autant de fois l’or – trois – depuis neuf ans. Mais curieusement, c’est la première finale entre les deux pays au niveau junior. En tour préliminaire, les Canadiens s’étaient imposés 6-3.

Survolté par la plus grosse affluence depuis le début du tournoi, le Canada démarre pied au plancher. Les mises en échec pleuvent, le palet est envoyé dans la zone finlandaise où la pression complique la relance. La Finlande espère laisser passer l’orage. Juha Jatkola tient le choc et repousse les premiers essais.

Mais il ne tiendra pas tout le premier tiers. McTavish, impressionnant depuis le début du tournoi, initie le premier but du match. Il récupère un palet le long de la bande grâce au pressing de Joshua Roy et file derrière le but. Il ressort et lance en hauteur. Jatkola laisse un rebond et la crosse de Roy bonifie le rebond entre les jambes d’Aleksi Heimosalmi (1-0).

La Finlande accuse le coup et parvient enfin, à la douzième minute, à lancer son premier tir cadré sur Dylan Garand. Les occasions restent canadiennes. Le duo McTavish-Roy manque de doubler la mise, le premier servant le second seul devant la cage. Jatkola sauve son camp, et, peu à peu, ses coéquipiers desserrent l’étau. Roni Hirvonen obtient la meilleure chance en fin de tiers, et, finalement, il n’y a que 1-0 après vingt minutes.

Ce court écart ne dure que quelques secondes à la reprise. McTavish gagne un duel défensif, Olen Zellweger récupère et accélère depuis son camp. Il traverse la neutre et fixe la défense, laissant le palet à William Dufour. Le Québécois a du champ, utilise Joni Jurmo en écran et décoche un tir laser (2-0).

Le trou est fait… mais la Finlande ne lâche rien et réagit après le temps mort posé par Antti Pannanen. Kasper Simontaival sonne la charge, déviant un tir de Joel Määttä… Garand étire la jambière. En face, Kent Johnson échoue en échappée devant Jatkola.

Les pénalités s’enchaînent cependant : Rafkin, Kapanen, Rafkin encore, Räty, Viro… Le deuxième tiers est difficile et le Canada campe en zone offensive, mais ne décoche finalement que neuf tirs. Ce manque de réalisme canadien laisse les Nordiques à portée.

Et ils ne vont pas traîner pour en profiter dès le début du troisième tiers. Alors que William Dufour perd sa crosse et file au banc, Heimosalmi lance un tir flottant à travers la foule et réduit le score (2-1).

La pression finlandaise augmente. Garand stoppe Sami Helenius, sauvant son camp une nouvelle fois. Le Canada recule, joue en contre et Tyson Foerster échoue sur la mitaine désespérée de Jatkola. Les vagues finlandaises incessantes finissent par payer, lorsque Topi Niemelä, au cercle droit, fixe et renverse à l’opposée vers Joakim Kemell pour une volée gagnante (2-2).

Le jeu en infériorité finlandais, catastrophique tout le tournoi (54% avant le match) sort le match qu’il faut en finale, tuant une sixième pénalité – accrochage de Kapanen -, puis une septième – charge de Puutio, entrecoupées d’un cinglage de Zellweger. Match nul à l’issue du temps réglementaire. Les deux camps rentrent au vestiaire.

La prolongation à trois-contre-trois ne durera pas, mais sera épique et restera à coup sûr dans les mémoires.

Tout commence par un contre finlandais. En gagnant un duel à sa bleue, Eetu Liukas provoque un 3 contre 1, avec le seul McTavish en défense. Liukas est servi pour une volée sauvée par Garand mais le rebond est pris et le palet glisse au fond. Helenius gagne son duel sur McTavish derrière la cage et le capitaine canadien est au sol. Helenius fixe Zellweger et trouve Liukas seul devant Garand : au lieu de tirer, ce dernier préfère glisser vers Niemelä qui pousse derrière le gardien hors de position. Le défenseur finlandais lève les bras… trop tôt : McTavish, revenu derrière son gardien, dévie le palet mi-hauteur et le dégage sur la ligne ! L’arrêt du match, qui fait rentrer l’attaquant dans la légende du Mondial junior.

Dans la continuité, Seeley harcèle Räty dans la neutre et provoque un revirement alors que les deux équipes changent de ligne. Stankoven récupère et décolle pour un deux-contre-un. Rafkin tente un poke-check qui ralentit le palet, mais Stankoven freine, avec Roni Hirvonen sur le dos. Le petit attaquant parvient à glisser le palet derrière lui pour Kent Johnson, tout seul devant la cage. Son revers entre les jambes échoue sur la botte de Jatkola, mais l’attaquant de Columbus lève le rebond au dessus de la jambière (3-2).

Avec sept victoires en sept matchs, le Canada n’a pas volé sa médaille d’or, la dix-neuvième de son histoire. C’est également la quinzième en seize tournois à domicile. La Finlande, elle, décroche sa cinquième médaille depuis 2014.

Le capitaine Mason McTavish est logiquement nommé MVP du tournoi, dont il finit meilleur marqueur (8 buts, 17 pts), une performance qui le place dans le top-4 de tous les temps côté canadien. En finale, il aura joué 26’50, dont 1’55 d’une prolongation de 3’20… et, outre ses deux passes, un arrêt de légende. Les Ducks d’Anaheim, qui avaient déjà vu Trevor Zegras nommé MVP du Mondial précédent, peuvent se frotter les mains, d’autant qu’un autre de leurs prospects, Olen Zellweger, rejoint lui aussi l’équipe-type du tournoi…

MVP du tournoi : Mason McTavish (Canada)
Meilleur défenseur : Kasper Puutio (Finlande)
Meilleur gardien : Jesper Wallstedt (Suède)
Equipe type du tournoi :
Jesper Wallstedt (Suède)
Olen Zellweger (Canada) – Emil Andrae (Suède)
Joakim Kemell (Finlande) – Mason McTavish (Canada) – Jan Myšák (Tchéquie)

Désignés joueurs du match : Mason McTavish (Canada) et Michal Gut (Tchéquie)

But de Johnson
Kent Johnson marque le but gagnant en finale du Mondial junior contre la Finlande.

Commentaires d’après-match :
Mason McTavish (capitaine du Canada) : « C’était complètement fou. Ma crosse était à la bonne place au bon moment. Je ne sais même pas pourquoi j’étais derrière le gardien. J’y pense seulement maintenant. Mais tout ce que je revois maintenant, c’est que je rentre au banc et KJ (Kent Johnson) part en échappée. Quelques minutes très excitantes, qui ont basculé du bon côté. »

Kent Johnson (attaquant du Canada) : « Stanks (Logna Stankoven) fait un beau jeu, et je reçois le palet sur mon revers. J’essaie de marquer entre les jambes, mais ça n’a pas marché. Heureusement, j’ai pris le rebond. C’était très excitant. Je pensais vraiment marquer, j’adore le trois-contre-trois. Cette médaille d’or représente beaucoup pour nous ».

Antti Pennanen (entraîneur de la Finlande) : « Je suis très fier. C’est une performance incroyable de leur part. Globalement, notre chemin a été agréable et enrichissant. Nous avons parlé des aspects humains et des valeurs, de hockey bien sûr. Les joueurs ont montré beaucoup de caractère. Nous étions si près… si près ! »

Canada – Finlande 3-2 après prolongation (1-0, 1-0, 0-2, 1-0)
Samedi 20 août 2022, 18h. Rogers Place d’Edmonton, Canada. 13 327 spectateurs.
Arbitres : Sean Fernandez (USA) et Christoffer Holm (SUE) assistés de Andreas Hofer (ALL) et Cody Huseby (CAN)
Pénalités : Canada 2′ (0′, 0′, 2′, 0′), Finlande 14′ (0′, 10′, 4, 0′).
Tirs : Canada 33 (10, 9, 10, 4), Finlande 31 (9, 4, 17, 1).

Évolution du score :
1-0 à 11’18 : Roy assisté de McTavish
2-0 à 20’41 : Dufour assisté de Zellweger et McTavish
2-1 à 44’09 : Heimosalmi assisté de Viro et Mäenpää
2-2 à 50’46 : Kemell assisté de Niemela et Liukas
3-2 à 63’20 : Johnson assisté de Stankoven

Canada

Attaquants :
Joshua Roy (+1) – Mason McTavish (C, +1) – William Dufour (+2)
Tyson Foerster – Logan Stankoven (+1) – Kent Johnson (A, +1)
Connor Bedard – Nathan Gaucher (-1) – Will Cuylle (-1)
Elliot Desnoyers (-1) – Zack Ostapchuk – Brennan Ohtmann (-1)

Défenseurs :
Olen Zellweger (2′, +2) – Donovan Sebrango (A, +1)
Lukas Cormier – Ethan del Mastro
Ronan Seeley (-1) – Jack Thompson (-1)
Ryan O’Rourke

Gardien :
Dylan Garand

Remplaçants : Sebastian Cossa (G), Riley Kidney (A). Réservistes : Brett Brochu (G), Carson Lambos (D), Ridly Greig (A, blessure « bas du corps »)

Finlande

Attaquants :
Roni Hirvonen (C, -1) – Aatu Rätyv (2′, -3) – Joakim Kemell
Roby Järventie (-2) – Joel Määttä – Kasper Simontaival (-1)
Kalle Väisänen – Oliver Kapanen (+1) – Eetu Liukas (+1)
Juuso Mäenpää (+1) – Samuel Helenius (+1) – Roni Karvinen (+1)

Défenseurs :
Topi Niemilä (A, +1) – Ruben Rafkin (4′)
Aleksi Heimosalmi – Eemil Viro (2′)
Joni Jurmo (-1) – Kasper Puutio (A, 2′, -1)

Gardien :
Juha Jatkola

Remplaçants : Leevi Meriläinen (G), Matias Rajaniemi (D), Ville Koivunen (A). Réservistes : Roni Karvinen (A), Brad Lambert (A), Petteri Nurmi (D), Janin Lampinen (G).

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