Nous ouvrons notre bilan en trois parties de la KHL par les clubs non qualifiés en play-offs. Nous y aborderons les faits marquants et les coulisses pour comprendre l’essentiel en quelques paragraphes de ce qui se passe d’étonnant en Russie, mais aussi chez les représentants – très tiraillés dans leurs objectifs – de Chine et du Kazakhstan.
C’est aussi l’histoire d’une impensable erreur administrative…
Neftekhimik Nijnekamsk (17e) : de spectateur à meilleur gardien dès son premier mois

Ce gardien, Filipp Dolganov, ne connaissait la KHL qu’en spectateur : sa femme l’avait convaincu d’aller voir le dernier match de play-offs du Neftekhimik au printemps dernier. Il savait que la possibilité théorique d’y être appelé existait, et c’est pour ça qu’il avait refusé une proposition d’un grand club de VHL pour signer un contrat à deux volets KHL/VHL. De taille modeste pour son poste (1m80), l’humble Dolganov a toujours compensé par l’ardeur à l’entraînement et dans le jeu. Il a saisi sa chance de manière exceptionnelle, élu meilleur gardien de KHL en octobre pour son premier mois complet dans la ligue à 25 ans. Du jamais vu ! Même si la saison de Garipov s’était déjà achevée par une opération de l’épaule après la résurgence d’une vieille blessure, le Neftekhimik a arrêté les négociations en cours avec un gardien étranger. Dolganov s’est en effet montré capable d’enchaîner les matches malgré son style de jeu qui requiert beaucoup d’énergie.
Cette belle histoire n’a pas suffi à qualifier Nijnekamsk, qui a manqué les play-offs pour 2 petits points. Il a manqué un véritable leader offensif. Certains avaient espéré que le retour de Nail Yakupov dans sa ville natale lui permettrait de se relancer dans un environnement stable et familier après des années d’errance. Las. L’ancien numéro 1 de draft NHL, déjà perçu comme de l’histoire ancienne alors qu’il vient juste de fêter ses 30 ans, n’a mis que 8 buts en 31 matches avant que sa saison ne se termine en décembre.
Sibir Novosibirsk (18e) : une bourde administrative qui coûte très cher

Sergei Krivokrasov, adjoint chargé du powerplay et de l’attaque depuis la saison dernière avec des résultats mitigés, fut nommé entraîneur par intérim parce qu’il connaissait déjà bien le vestiaire. La principale recrue estivale Prokhorkin, qui avait été nommé capitaine par Nemirovsky en septembre, ne fut guère heureux du changement : il perdit sa place sur la première unité d’avantage numérique et fut finalement échangé à Omsk avant la deadline. Quant au jeune Mikhaylov, il était retourné à l’ordinaire (2 buts sur ses 17 matches suivants). Le Sibir a finalement manqué les play-offs pour 4 points. Mais ces points ne sont la faute d’aucun coach : ils correspondent exactement aux 4 points perdus sur tapis vert pour une erreur administrative.
Le Sibir a en effet joué avec 4 étrangers au lieu des 3 autorisés dans les quatre premières rencontres de la saison ! Nœud du problème : Fyodor Gordeyev, né en Sibérie à Omsk et émigré au Canada à 7 ans. Le Sibir le considérait naturellement russe. Il aurait dû avoir la puce à l’oreille en voyant le petit drapeau américain apparaître à côté de son nom dans le système d’information de la KHL… Selon le règlement IIHF en effet, ce double passeport n’est pas sélectionnable pour la Russie puisqu’il n’y a pas joué deux ans.
Et la conséquence aurait pu être bien pire si le Sibir n’avait pas eu la « chance » qu’un des étrangers (Trevor Murphy) ne se blesse : sinon il aurait perdu par forfait pendant des mois et n’aurait même pas pu espérer rattraper sa bourde ! Bizarrement, en effet, le problème n’a été révélé qu’en décembre et n’a été rendu public qu’en janvier. Le Sibir a donc fait appel, faisant des déclarations contradictoires avec la KHL sur le fait qu’un avertissement s’affichait ou non quand on remplissait les feuilles de match électroniques. La ligue est elle-même coupable d’avoir laissé une telle erreur perdurer sans le voir, mais son règlement est implacable : ce sont bien les clubs qui sont responsables des effectifs qu’ils alignent. L’affaire a d’abord coûté sa place au directeur sportif Sergei Klimovich, par ailleurs père de deux jeunes joueurs dont la place dans l’équipe était un sujet de controverse. Mais le fusible n’a pas été isolé. Son chef, le directeur général Kirill Fastovsky, considéré comme un des dirigeants les plus influents de KHL, à Novosibirsk depuis 14 ans (après avoir dirigé le CSKA), a été poussé à la porte lui aussi.
Motif d’espoir, tout de même, pour fini : le club a travaillé toute la saison à attirer du monde en tribunes pour voir son équipe junior (par des billets gratuits pour les écoles par exemple). Récompense : quand le parcours en KHL s’est fini trop tôt, les Sibirsky Snaypery (« Snipers ») ont battu les records d’affluence de la ligue junior (MHL) avec 7500 puis 8000 spectateurs.
Kunlun Red Star (19e) : les anneaux tournent dans le vide

Même si la saison 2023/24 est celle où Kunlun a perdu toute influence sur le destin du hockey chinois, elle se veut porteuse d’espoir sportivement. Le bilan a été le meilleur depuis le Covid (donc depuis l’exil russe), et la neuvième place de la Conférence Ouest semble un bon résultat. En pratique, toutefois, un gouffre véritable sépare le Red Star du huitième – 13 points – et la qualification n’a jamais paru réaliste.
Kunlun se contente donc de se satisfaire de succès individuels. Devin Brosseau a battu un record du club (que détenait le capitaine Brandon Yip) avec 23 buts, performance qui a permis au Québécois de monnayer un meilleur contrat avec l’Amur Khabarovsk. Mais le noyau de l’équipe restera, y compris Ryan Merkley qui a pris le rôle de défenseur majeur dès sa première saison. Dès le premier jour officiel des transferts (1er mai), la formation chinoise a annoncé son coach pour la saison prochain, Mikhail Kravets. Après une année comme entraîneur-chef, Viktors Ignatjevs retourne à son rôle d’adjoint. Cette annonce est un signe que l’ambition reste malgré tout présente.
Admiral Vladivostok (20e) : entraîneur inflexible mais classement amolli

Dès le début du championnat, l’équipe n’était donc pas menée par les étrangers mais par un trio de jeunes : l’ex-international junior Pavel Shen entouré de deux ailiers acquis pour presque rien au cours des deux années passées, Prokhor Korbit (21 ans) et surtout Daniil Gutik. Ce natif de Khabarovsk, arrivé d’un club de VHL à l’autre bout du pays (le Dynamo Saint-Pétersbourg), a amélioré son point faible (la vitesse) pour progresser depuis son retour en Extrême-Orient au point de s’imposer comme le meilleur marqueur de Vladivostok.
Insuffisant, parce que l’Admiral n’avait plus sa défense de fer. Le club avait bataillé à l’intersaison pour prolonger d’un an le contrat du gardien Nikita Serebryakov. Tout ça pour le céder dès début octobre au puissant SKA Saint-Pétersbourg. Les trois joueurs obtenus en compensation étaient un trompe-l’œil. L’ailier de 20 ans Dmitri Buchelnikov et le gardien de 19 ans Sergei Ivanov ont été de simples prêts qui ont acquis de l’expérience en KHL à Vladivostok avec un temps de jeu important : c’est le SKA qui gagne au change !
Un seul joueur était destiné à rester dans cet échange Serebryakov : l’attaquant Nikita Anokhovsky, que Leonids Tambijevs connaissait pour l’avoir déjà entraîné (au Saryarka Karaganda). Il était donc habitué aux exigences de l’inflexible coach letton, qui a même programmé un entraînement le 1er janvier, jour théoriquement férié selon le règlement – par conséquent non appliqué – de la KHL. Cet autoritarisme ne passe avec tout le monde. Or, Tambijevs, prolongé d’une seule année après une première saison très glorieuse, a curieusement re-signé pour deux ans après cette seconde saison très quelconque.
HK Sotchi (21e) : il bat son « parrain » qui lui prend alors son buteur

Et puis, patatras ! Début octobre, le temps se gâtait soudain et Sotchi prenait deux douches froides en trois jours. Le 1-10 contre le Severstal pouvait encore passer pour un accident de parcours. Annoncé peu après, l’échange forcé du meilleur buteur Borna Rendulic vers le SKA (qui rappelait son partenaire à ses obligations) avait des conséquences plus graves. Attaquant droitier au tir précis, dangereux en reprise directe, le Croate Rendulic laissait un vide. L’attaquant envoyé en retour, Marat Khusnutdinov, a deux ans de plus que l’espoir Michkov et a vécu ce prêt comme un déclin alors qu’il jouait la saison d’avant sur la ligne du meilleur marqueur de la ligue (Jaškin). Le départ de Rendulic libérait certes un poste d’étranger, pris par Jeremy Bracco – un autre ancien de DEL comme Tyanulin et Rendulic – après avoir perdu sa place au Barys, mais les 8 buts de cet ex-international junior américain n’auront fait qu’égaler le total de Rendulic… obtenu sur le seul mois de septembre.
De loin la pire défense, la jeune équipe de Sotchi doit avant tout progresser dans le jeu sans palet. Le gardien Mikhail Berdin, sans doute le meilleur portier de KHL dans le jeu à la crosse, l’a fait en apprenant à jouer de manière moins aventureuse. C’est ce que doit encore travailler le talent Matvei Michkov, qui perd encore trop souvent sa position.
Barys Astana (22e) : trois entraîneurs sacrifiés

Shutov abaissait le rideau, mais la première unité de powerplay – bâtie sur 4 étrangers et le vétéran Roman Starchenko – ne masquait plus les lacunes à 5 contre 5. Après cinq défaites de suite à 1 but marqué de moyenne, Skabelka se faisait virer début octobre. Le sélectionneur national du Kazakhstan, Galym Mambetaliyev, était nommé par intérim avec pour mission de faire comme en équipe nationale, surprendre en faisant progresser les jeunes. Mais il n’y parvenait pas, et son message passait mal auprès des étrangers. Barber calait et était échangé à Kazan. Le Suédois Pontus Åberg, qui avait mis 9 buts en un mois, n’en mettrait plus que 8 sur le reste de la saison.
En décembre, le Barys consommait déjà son troisième entraîneur. Embauché comme manager général au cours de l’été, Oleg Bolyakin démettait Mambetaliyev de ses fonctions et prenait lui-même lui rôle de coach, malgré ses faibles références. Sans grande surprise, il ne faisait pas mieux que ses prédécesseurs. Astana occupait la dernière place à l’Est, avec un bilan bien moins bon que l’an passé. Pour la saison prochaine, le Barys a fait réembaucher un entraîneur national avec la double casquette (David Nemirovsky, ex-Sibir).
Mais la volonté politique du pays est ne plus dilapider l’argent public dans des contrats disproportionnés de sportifs professionnels, comme l’a expliqué le vice-ministre du tourisme et des sports Serik Zharasbayev : « Le budget de l’État ira au développement du sport local et au soutien de nos sportifs. Cela créera un système plus juste pour la distribution des ressources financières dans le champ du sport. Depuis que le barys joue en KHL, il a des obligations, il y a un montant nécessaire pour intégrer la ligue [NDLR : le plafond salarial]. Personne n’interdit de signer des contrats avec des étrangers et de les payer, mais avec des fonds de sponsors. » Rappelons que le Barys est financé par ce ministère du tourisme et des sports. Cette nouvelle loi entrera en vigueur la saison prochaine et il sera difficile pour le club d’Astana de renouer avec les succès d’avant le Covid.
Vityaz Balashikha (23e) : trop dépendant des étrangers

Cette saison, aucun joueur russe n’a dépassé 25 points. Les trois Nord-Américains ont été les trois meilleurs marqueurs (défenseur Jérémy Roy inclus) mais il n’y avait rien derrière. Et comme un de ces étrangers – Scott Wilson – s’était blessé en présaison, le début de saison avec 2 joueurs importés a donc été extrêmement compliqué.
Difficile dans ces conditions de rejeter toute la faute sur Aleksandr Zavalyov, l’adjoint promu entraîneur-chef pour la première fois de sa carrière. Semblant trop calme pour insuffler un sentiment de révolte, il a tenu un mois avant d’être viré début octobre après une sévère défaite 1-9 sur la glace du CSKA. L’équipe a obtenu deux victoires pendant l’intérim de l’assistant-coach Aleksei Tertyshny, puis elle a été confiée à Dmitri Ryabykin, « célèbre » pour avoir été viré de deux clubs différents pendant la saison 2022/23. Ryabykin a débuté par trois lourdes défaites avant de bénéficier du retour de blessure de Wilson pour renouer avec la victoire. Il a mis en place un jeu simple, direct et parfois efficace. Mais malgré quelques bonnes phases comme en fin d’année, le Vityaz a quand même terminé dernier.
Ryabykin ne restera pas. Mais le changement le plus important pour le Vityaz, c’est celui du règlement : la KHL a repassé la limite à 5 étrangers pour 2024/2025…









































