Nous commençons la présentation de la saison 2025/26 de KHL, qui débute vendredi. La ligue russe a perdu un club pour la première fois depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine qui avait fait partir les deux clubs « occidentaux » (Jokerit et Dinamo Riga). Incapable de retrouver des financements, c’est le Vityaz qui a été le victime de la réduction des budgets de Gazprom, la plus grande entreprise publique russe, qui alimente d’une manière ou d’une autre une bonne part des équipes de la ligue. Il n’y a donc plus que 22 clubs, et guère de possibilité d’expansion, car curieusement la KHL a encore durci les critères d’entrée en imposant des patinoires de 9000 places minimum au lieu de 7500.
Première des quatre divisions qui seront étudiées d’ouest en est, la division Bobrov, quasiment la plus faible désormais malgré la présence du club qui apparaissait comme le plus puissant de la dernière décennie.
Après avoir connu sa pire saison depuis la création de la KHL (2008), le SKA Saint-Pétersbourg a procédé à un « rebranding » en présentant un nouveau logo, accueilli avec fraîcheur. Mais le principal ravalement de façade a eu lieu avant, quand le SKA s’est résolu à ce dont on le pensait incapable, licencier l’entraîneur qui s’était nommé lui-même, Roman Rotenberg. Il a appelé à sa place une légende du hockey sur glace, Igor Larionov. « Le Professeur » n’arrive pas forcément dans la facilité, avec un contrat d’un an ferme plus un an et option. Dans la première conférence de presse après sa nomination, organisée au siège de Gazprom en présence du directeur général du groupe Aleksei Miller, il a évoqué le « plus grand défi de sa carrière ». Il reprend un club en pleine réduction des coûts, qui a abandonné la – toute neuve – plus grande aréna du monde, trop chère.
Les quatre meilleurs marqueurs sont partis. Le départ des trois jeunes talents (Nikishin, Demidov et Gritsyuk) en NHL était annoncé depuis longtemps. Les recrutements déjà négociés par Rotenberg (des Nord-Américains de KHL et même le vieux lion Radulov) ont tous été annulés, à l’exception du défenseur très offensif Trevor Murphy, embauché au prix fort pour deux ans. Le SKA a laissé partir sans sourciller l’attaquant-clé Mikhaïl Grigorenko, et a payé d’autres clubs pour qu’ils recrutent ses vétérans au gros salaire parce que ça coûtait moins cher que de rompre leurs contrats : 53 millions de roubles – environ 500 000 euros – versés pour recaser cinq joueurs, dont 32 millions au Salavat Yulaev Ufa pour qu’il recueille le défenseur Dmitri Yudin et le centre en fin de carrière Sergei Andronov.
Larionov connaissait ce contexte et l’a même validé. Cela lui permet de reconstruire une équipe de confiance. Il a fait venir deux joueurs dont il avait été agent par le passé, le centre d’expérience Andrei Loktionov et surtout Nikolai Goldobin, ailier réputé inconstant mais qui a marqué un point par match pendant ses deux saisons au Spartak. Le coach a aussi amené dans ses bagages de Nijni Novgorod un défenseur canadien au CV peu flamboyant, Markus Philips, mais aussi… son propre fils Igor Larionov junior. On pensait que le renvoi du fils d’oligarque Rotenberg mettait fin au népotisme et voilà qu’il reparaît sous une autre forme ! L’obstination du Professeur à faire jouer son chouchou de fils risque d’écorner son image.
Larionov n’a pas effectué seul le recrutement. Celui-ci est sous la responsabilité de l’ancien manager de Kunlun, Nikolai Feoktistov, qui a notamment engagé deux attaquants d’AHL, le fiable et physiquement engagé Joseph Blandisi mais surtout la pépite Rocco Grimaldi, qui sera le joueur le plus petit de KHL (1m68) mais aussi un des mieux payés. Le fervent évangélique Grimaldi, parfois pasteur dans son temps libre, fut le meilleur marqueur du Mondial 2023 devant ses coéquipiers de NHL (ligue dont l’accès lui est barré par sa taille).
Avec Grimaldi et Goldobin, Igor Larionov a des joueurs assez créatifs et techniques pour pratiquer ce hockey offensif et romantique qui lui tient à cœur. Mais la défense n’a pas donné de grands gages de fiabilité et son élément le plus expérimenté Nikita Zaitsev est actuellement blessé. La jeunesse des trois gardiens (20 à 22 ans) interroge toujours, quel que soit leur potentiel. Le SKA n’est plus le favori écrasant d’autrefois. Cette formation jeune et ambitieuse est plus taillée comme un outsider, avec toutefois plus de moyens qu’au Torpedo pour que Larionov puisse appliquer sa philosophie de jeu.

Mais si le Spartak a un effectif assez stable, il s’empêche sans doute de viser plus haut par sa politique salariale. Son principe est qu’aucun joueur ne peut recevoir un salaire de base de plus de 45 millions de roubles, soit 5% du plafond salarial KHL. Or les meilleurs joueurs de KHL gagnent un peu plus de 10% de (c’est même 15% en NHL). À ce tarif, pas de stars. Il y a toutefois une subtilité, c’est que les bonus ne sont pas comptés. Nikolai Goldobin avait doublé son salaire l’an passé. Mais il voulait quand même être augmenté. La vedette offensive de l’équipe a donc été « libérée » (officiellement) et a signé… chez le club haï, le SKA. En fait, les Moscovites ont bel bien négocié avec le rival pour obtenir une compensation financière et quelques joueurs.
La spécialité du club, quand il trouve un joueur trop gourmand, c’est de proposer des contrats à deux volets avec des salaires « KHL » très hauts (et même supérieurs aux 45 millions) mais des salaires dix fois plus bas en cas de rétrogradation dans l’équipe-ferme de VHL (le Khimik Vosresensk). Ce système verrouille les agents libres restreints en mettant la barre très haut pour dissuader des concurrents d’égaler l’offre. En pratique, cela pousse le joueur à quitter la KHL… vers l’Amérique du Nord. C’était le cas en 2024 avec Maksim Tsyplakov qui a fait le bonheur des Islanders (35 points pour sa première saison NHL), le même procédé a été employé cet été avec Egor Savikov.
La menace VHL permet de se débarrasser d’un joueur à tout moment. Le défenseur slovaque médaillé olympique Michal Čajkovský a été rétrogradé avant le camp d’entraînement. Son agent slovène Aljoša Pilko a compris le message et accepté la rupture sans indemnité de la dernière année de contrat. Il a aussi accepté le montant des bonus proposés à l’autre Slovaque, Adam Růžička : le meilleur marqueur a donc été conservé. Le système de salaire plafonné à 45 millions ré-haussé par des bonus a été accepté par le Canadien Nathan Todd et par Nikita Korostelyov, les principales recrues qui doivent pallier le départ de Goldobin.
Le Spartak garde donc des atouts offensifs, et il dispose en plus d’un excellent réservoir de jeunes. Mais sa défense moyenne n’a pas été renforcée (sauf par le retour de Joseph Keane après un an en AHL). Le gardien de 30 ans Artyom Zagidullin n’a jamais eu de bilan positif en play-offs de toute sa carrière et n’inspire pas confiance pour chercher un titre. Il ne faut pas le dire trop fort aux supporters, mais le Spartak ressemble donc pas mal à son ennemi le SKA : une envie de jouer, une ambition offensive, une profondeur de banc, mais peu de certitudes défensives dès qu’il faudra croiser le fer avec les grosses écuries de la Conférence Est.

Le départ de Larionov a même permis de faire revenir deux attaquants partis l’an dernier parce qu’ils étaient en conflit avec lui : Anton Sizov et surtout Aleksei Kruchinin, nommé capitaine. La troisième recrue offensive est Yegor Sokolov, qui a passé huit ans en Amérique du Nord (trois en junior majeur au Québec et cinq en pro) mais n’a joué que 13 matches de NHL (1 but, 1 assist) malgré de bonnes stats en AHL. Dès son retour au pays, il a pu s’apercevoir que le système d’échanges de KHL copié sur la NHL faisait aussi peu de cas de l’avis des joueurs : Sokolov a en fait signé un contrat avec le CSKA… qui l’a échangé aussi sec à Nijni Novgorod (contre Nikolai Kovalenko). Il se consolera en retrouvant son frère cadet, membre de la réserve du Torpedo.
Le Torpedo a surtout bien recruté en défense avec Bobby Nardella (Rapperswil, fils de l’ex-international italien homonyme) et l’expérimenté Mikhail Naumenkov. Ajoutons le gardien Denis Kostin qui reste sur une très bonne saison au Sibir.
Une succession de cinq défaites en présaison a très vite fait naître quelques doutes. La victoire aux tirs au but (4-3) au dernier match de préparation contre l’Avtomobilist a donc fait énormément de bien psychologiquement, tout comme le premier but tant attendu en powerplay ! Un ouf de soulagement pour l’entraîneur débutant Aleksei Isakov avant le début de saison. Et le retour de l’enfant du club Daniil Zhuravlev dans un échange de dernière minute avec Kazan (où il était parti à 12 ans alors qu’il en a aujourd’hui 25) est une bonne nouvelle de plus.

Comment expliquer un revirement aussi absurde ? Même les initiés se perdent en conjectures. Certains pointent le retour en tant que conseiller de Rashid Khabibulin, ex-directeur sportif du club (2018/19, la saison du passage d’Auvitu) à qui l’on prête des influences occultes ça et là. D’autres font remarquer que Krikunov et la tripotée de nouveaux adjoints (Andrei Mironov, Anton Bukhanov, Dmitri Mikhailov) ont tous travaillé au cours des deux dernières saisons pour des filiales du SKA Saint-Pétersbourg et étaient donc des gens « à placer » par Roman Rotenberg après son départ. Les Russes adorent voir des marionnettistes partout, même quand les ficelles sont grosses… et surtout si les
Ce qui est certain, c’est que Sergey Voropaev a dû céder le poste de directeur général qu’il occupait depuis mars 2016. Auparavant directeur administratif du club, celui qui était arrivé dans le hockey comme vice-président de la KHL avait pris de plus en plus de pouvoir, mais il n’avait pas de fortune personnelle ou de réseaux pour assurer seul le financement du club. Il a donc été remplacé par un profil opposé, l’ancien joueur Igor Grigorenko compétent sur le plan sportif mais pas administratif. C’est lui qui a pris – ou au moins qui a justifié – la décision : Sotchi avait besoin d’un coach plus expérimenté. Avec ce critère de choix, Krikunov était forcément le candidat idéal.
L’ironie du sort est que Grigorenko pourrait lui-même devoir céder sa place, à peine embauché. En tout cas, il a été suspendu 4 ans par l’IIHF… pour un test anti-dopage positif datant d’un match CSKA-Jokerit de mars 2015 ! On y a retrouvé les stéroïdes du cocktail « Duchess » inventé par Grigory Rodchenkov, directeur du laboratoire anti-dopage de Moscou qui a ensuite révélé le dopage d’État qu’il a lui-même organisé pour la « réussite » des Jeux olympiques de Sotchi. Dopage qui avait conduit aux sanctions du CIO contre la Russie, bien avant les sujets géopolitiques. Le nom de Grigorenko figurait dans les preuves publiées par Rodchenkov, contenant les bases de données trafiquées du labo. Reste à savoir ce que la KHL fera de la sanction puisqu’elle n’écoute plus l’IIHF, ni l’agence mondiale antidopage…
Et sur le plan sportif ? Il faudra surtout défendre et Sotchi mise sur le gardien de 30 ans Pavel Khomchenko (excellents playoffs 2024 avec Omsk puis déclin en 2024/25 avant et après son échange au CSKA). L’autre espoir de quitter la dernière place de la Conférence Ouest vient… de l’arrivée d’un concurrent qui repart de zéro.

Les deux meilleurs marqueurs Nikita Mikhailov et Dmitri Kugryshev sont encore là, mais pour le reste, les anciennes têtes ont disparu une à une. Le nouvel entraîneur Boris Mironov, qui a plutôt une réputation défensive, a fait savoir que des joueurs un peu présomptueux comme le buteur Nikita Popugayev n’auraient pas de place dans son système. Et si le camp d’entraînement a débuté avec un effectif pléthorique, ce ne sont pas les recrues qui ont été coupées mais bien les vétérans, Daniil Yurtakin et surtout Maksim Berezin, défenseur solide dans sa zone mais pas assez rapide à son goût.
Il est difficile de savoir ce que donnera cet effectif recomposé. La plus talentueuse des recrues russes est indéniablement Aleksandr Khokhlachyov, mais il est en déclin complet depuis qu’il a été échangé par « son » Spartak il y a deux ans. Tout dépendra en fait de l’adaptation des cinq jeunes Canadiens, qui découvrent tous la KHL. Mais si Alex Cotton (défenseur offensif venu du championnat slovaque) semblait un profil risqué et sujet aux erreurs, la dernière recrue est un relanceur bien plus fiable et l’a prouvé en AHL : Mac Hollowell avait initialement signé chez le champion en titre, le Lokomotiv Yaroslavl, mais celui-ci s’est retrouvé avec un étranger de trop en convainquant finalement Martin Gernat de rester. Le Lada a échangé pour une somme symbolique de 1000 roubles un profil intéressant, un gain tombé du ciel. La clé pour les play-offs ?









































