Les Gothiques traversaient une zone de turbulences particulièrement inquiétante après un peu plus d’un quart de la saison écoulée. Le bilan comptable était lourd pour les hommes de Kévin Bergin : avec quatre défaites concédées lors des cinq dernières rencontres, et un différentiel de buts alarmant (23 buts encaissés pour seulement 13 inscrits), le club picard avait glissé hors de la zone des playoffs. Cette spirale négative plaçait l’équipe au pied du mur, la victoire étant impérative pour espérer raccrocher a minima la huitième place. Un nouveau revers enfoncerait davantage le groupe dans le doute avant d’aborder un enchaînement dantesque, mêlant déplacements périlleux à Angers et Grenoble et réception de Bordeaux. La tension était palpable et l’urgence de la situation n’avait pas échappé aux fidèles du Coliséum, qui avaient déployé une bannière explicite en guise d’avertissement avant le coup d’envoi : « Ne gâchez pas tout, bougez-vous ! »
Face à eux, l’adversaire du soir affichait une forme resplendissante, aux antipodes des incertitudes amiénoises. Les Pionniers de Chamonix débarquaient au Coliséum portés par une dynamique de quatre victoires consécutives. Solidement ancrés à la septième place du classement, les Haut-Savoyards entendaient bien profiter de la fébrilité locale pour poursuivre leur marche en avant. C’est donc un duel aux trajectoires croisées qui s’annonçait, où la confiance des uns se heurtera à l’urgence de résultat des autres.

Une entame sur la retenue
Kévin Bergin avait choisi de brouiller les cartes avec de nouveaux alignements pour provoquer un électrochoc, mais le début de rencontre trahissait le manque de confiance actuel des Samariens. L’entame était molle, le palet brûlait les crosses, et la créativité était aux abonnés absents de part et d’autre. C’était paradoxalement sur une séquence de supériorité numérique, après une installation intéressante, que la lumière venait : une supériorité bien installée en zone offensive, le palet qui tournait enfin avec un peu de justesse, jusqu’à Svanenbergs dans le cercle droit. L’ailier letton lançait et voyait le palet être dévié par un défenseur chamoniard et finir sa course au fond des filets (1-0, 9’00). Amiens menait 1–0, presque à contre-courant de son contenu.

Ce but ne masquait cependant pas les carences du moment. Défensivement, Amiens apparaissait désorganisé, parfois paniqué, obligeant le public du Coliséum à donner de la voix pour remobiliser une équipe en souffrance. Si les Gothiques rentraient aux vestiaires avec l’avantage, le contenu technique et tactique restait, lui, bien en deçà des standards espérés, avec des offensives décousues et une arrière-garde aux abois.

Réalisme froid et montagnes russes
Le second acte offrait d’abord le scénario idéal aux locaux. Dès l’engagement remporté suite à une possession offensive, Bergeron allumait la mèche de la bleue. Si la botte du portier repoussait l’échéance, Izacky suivait et poussait la rondelle dans la cage vide (2-0, 20’26).

L’euphorie gagnait les rangs picards qui, même en infériorité (Richards, 20’59, crosse haute), faisaient preuve d’un opportunisme glacial : Craig interceptait à la bleue et lançait Maïa sur orbite. L’ailier français ne tremblait pas et concluait dans le but déserté (3-0, 22’06).

Mais le fil du match restait ténu tant le contenu était imparfait. Une relance hasardeuse de Cepon offrait un contre aux visiteurs, obligeant Magovac à la faute (24’15, faire trébucher). La sanction était immédiate : sur la mise au jeu, le tir de Pantzare était dévié par Tugnutt, trompant un Fouquerel impuissant entre les jambières (3-1, 24’21).

Si une faute qui semblait évidente sur Izacky n’était pas signalée, ce n’était pas le cas de Cepon, qui à l’instar de son partenaire de défense quelques minutes plus tôt, allait s’assoir en prison (27’33, faire trébucher).

Sur la supériorité qui suivait, Fouquerel, pourtant peu rassurant jusque la, maintenait les siens à flot d’un arrêt spectaculaire du casque face à Ville. Mais l’enchainement des supériorités, et le but de Tugnutt avaient changé le momentum.

Chamonix retrouvait de l’allant et Salituro réduisait encore l’écart, alors même que Mony s’était sacrifié, sous le regard apathique de ses coéquipiers, sur la première tentative de Raska (3-2, 32’03).

La réponse amiénoise était heureusement instantanée : vingt secondes plus tard, Plagnat, servi par Richards, redonnait de l’air aux siens d’un « wrap-around » plein de malice (4-2, 32’23). Les Gothiques reprenaient alors deux longueurs d’avance, mais restaient tout de même sur un fil, tant l’impression dégagée par cette équipe n’était pas rassurante.

En effet, souvent en retard et en peine de maitrise, les hommes de Kévin Bergin étaient une nouvelle fois pénalisés : Richards écopait encore une fois d’une pénalité de crosse (cinglage, 34’44), et bien que le jeu de supériorité des Pionniers fût maitrisé par la suite, cela était symptomatique des problèmes techniques de cette équipe : rien que sur le deuxième tiers-temps, les locaux avaient engrangé huit minutes de pénalité, toutes sur des fautes de crosse.

La fébrilité sanctionnée
Le dernier tiers, d’abord peu engagé, basculait sur une nouvelle indiscipline. Suite à une faute de Mony (faire trébucher, 44’06), la défense amiénoise exposait une nouvelle fois ses failles. Abandonné à son sort, Fouquerel réalisait deux parades avant de céder sur la troisième tentative de Tugnutt (4-3, 45’18). Les vieux démons ressurgissaient à un quart d’heure du terme.

La fin de match sombrait alors dans la confusion. L’arbitrage, pointé du doigt pour une pénalité sifflée contre Amiens sur une action où le Chamoniard ne semblait pas touché, pesait sur les débats (Izacky, 52’01, crosse haute). Sans surprise, Chamonix profitait de l’offrande pour égaliser, grâce au bon travail de Ville sur la supériorité (4-4, 52’24).

Rattrapés au score après avoir mené 3-0 puis 4-2, et agacés par les arbitres qui avaient perdu le contrôle du match en sifflant (ou non) aléatoirement, les Gothiques perdaient leur sang froid, et les coups commençaient à pleuvoir à chaque coup de sifflet. Richards était, pour la troisième fois de la soirée, sanctionné, et au coup de sifflet, Salituro venait s’en prendre à Craig et était lui aussi pénalisé (52’59, projection contre la bande et comportement anti sportif respectivement).

Les locaux avaient une opportunité de balle de match à cinq minutes du terme alors Penz dépassait les limites de l’agressivité sur Izacky (55’47, obstruction). Néanmoins, le jeu de supériorité des Gothiques ne trouvait pas la faille, et on se dirigeait vers les prolongations.

Tugnutt est là
Le fait marquant de ces cinq minutes à trois contre trois était qu’Amiens avait une nouvelle balle de match, alors que Pantzare était pénalisé pour obstruction (63’07). Conscient de cette opportunité, Bergin prenait son temps mort pour mettre en place une stratégie. Cette dernière n’avait pas dû être bien assimilée, car le jeu de supériorité ne donnait rien, et pour la deuxième fois consécutive au Coliséum, la rencontre allait se jouer au tirs au but.

À l’instar du match contre Marseille, la réussite n’était pas du côté des locaux : seuls Craig et Svanenbergs convertissaient leur tentative, et c’était l’inévitable Tugnutt qui donnait la victoire aux siens, au terme d’un match plein (2 buts, 1 assist, 2 tab réussis).



Le résultat était une nouvelle fois décevant, mais au delà du résultat, c’était le contenu qui posait question. Des carences techniques et tactiques, notamment défensives, et un manque de mobilisation générale avaient eu raison de l’avance de trois buts des Gothiques. Kévin Bergin aura fort à faire pour trouver des réponses et remobiliser ses joueurs pour entamer une marche en avant.
Amiens – Chamonix 4-4 (1-0, 3-2, 0-2, 0-0) / 2-3 aux tirs au but
Vendredi 14 novembre 2025 à 20h30 au Coliséum. 3220 spectateurs.
Arbitres : Nicolas Crégut et Jérémy Métais assistés de Jérémy Maillard et Joffrey Yssembourg.
Pénalités : Amiens 14’ (0′, 8′, 6′, 0′) ; Chamonix 8’ (2′, 0′, 4′, 2′)
Tirs : Amiens 30 (11, 10, 7, 2) ; Chamonix 29 (9, 12, 6, 2).
Évolution du score :
1-0 à 09’00’’ : Svanenbergs assisté de Bergeron et Gibert (sup. num.)
2-0 à 20’26’’ : Izacky assisté de Bergeron et Matima
3-0 à 22’06’’ : Maïa assisté de Craig (inf. num.)
3-1 à 24’21’’ : Tugnutt assisté de Pantzare et Salituro (sup. num.)
3-2 à 32’03’’ : Salituro assisté de Raska et Tugnutt
4-2 à 32’23’’ : Plagnat assisté de Richards
4-3 à 45’18’’ : Tugnutt assisté de Fortin et Raska (sup. num.)
4-4 à 52’24’’ : M. Ville assisté de Thyni et Lopachuk (sup. num.)
Tirs au but :
Amiens : Izacky (manqué), Craig (réussi), Svanenbergs (réussi), Matima (manqué), Djemel (manqué), Izacky (manqué)
Chamonix : Tugnutt (réussi), Broutin (manqué), Wahlgren (manqué), Raska (manqué), Ville (réussi), Tugnutt (réussi)
Amiens
Attaquants :
Antonin Plagnat (+1)- Sean Richards (6′, +1) – Kieran Craig (+2)
William Lemay – Ilies Djemel – Bastien Maïa (A, +1)
Rudy Matima (+1) – Janis Svanenbergs (+1) – Jakub Izacky (+1)
Virgile Gauffriau (-1) – Matéo Bussat (-1) – Gauthier Gibert (-1)
Défenseurs :
Kristjan Cepon (2′, +2) – Aleksandar Magovac (C, 2′, +2)
Justin Bergeron (A) – Mathieu Mony
Félix Larose – Guillaume Roussel
Gardiens :
Clément Fouquerel (65’00, 4 buts, 25 arrêts)
Remplaçant : Taran Kozun (G)
Chamonix
Attaquants :
Stanislau Lopachuk (-2) – Tim Wahlgren (2′, -2) – Gabin Ville (A, -2)
Dante Salituro (2′) – Matthew Tugnutt (A) – Adam Raska
Ricards Grinbergs – Joseph Broutin – Malo Ville
Jérémy Fortin (-1) – Lucas Colombin – Axel Tarabusi
Défenseurs :
Isak Pantzare (2′, -2) – Per Oskar Albin Thyni (-1)
Quentin Delmas (-1) – Jérémie Penz (2′)
Antonin Bernel – Camil Durand (C, +1)
Gardien :
Tom Aubrun (65’00, 4 buts, 26 arrêts)
Remplaçant : Raphaël Garnier (G)









































