À deux mois des Jeux olympiques, l’équipe d’Italie de hockey sur glace est-elle plus avancée que les travaux de la principale patinoire milanaise ? Dans ce tournoi de Budapest, face à une adversité bien, bien plus faible qu’aux prochains JO, elle compte une victoire (2-1 contre le pays-hôte) et (2-4 contre sa bête noire polonaise). C’est le cas de toutes les équipes, mais c’est la France qui est en tête grâce au point pris face à la Pologne, suivi du succès convaincant contre la Hongrie.
La différence fondamentale est que l’Italie a convoqué tous ses meilleurs joueurs et n’a rien d’autre à proposer, sinon un attaquant en ECHL (Daniel Tedesco) et un blessé (Matt Bradley). Sa seule star, c’est l’entraîneur, le héros national finlandais Jukka Jalonen, suivi jusqu’en Hongrie par les caméras d’une chaîne de télévision qui tourne un reportage. Mais même si les maillots blancs aux parements bleus font illusion de loin avec une allure assez « suomi », il n’a pas du tout la même équipe que celle avec laquelle il a amassé les médailles d’or en Finlande.
Pour ce dernier match, l’Italie n’aligne toutefois pas son meilleur gardien Damian Clara (qui joue en CHL mardi avec Brynäs), ni les défenseurs de DEL Thomas Larkin et Alex Trivellato qui ont été rendus hier à leur club de Schwenningen (Trivellato n’aura joué que le premier match et Larkin n’a suivi que les entraînements). Trois attaquants majeurs de Pustertal (Purdeller, Ierullo et Frycklund) ont aussi été mis au repos aujourd’hui. Mais cela s’explique parce que les Transalpins ont fait tourner un effectif plus large que la France, et qui se montre un peu plus affûté.
Après seulement 30 secondes, Alessandro Segafredo – déjà auteur de deux buts dans ce tournoi – passe au milieu du duo Schmitt-Guebey pour dévier juste devant la cage le centre d’Alex Petan. Heureusement que Martin Neckar, troisième gardien français différent aligné en trois jours, est bien entré dans son match. La France, qui a joué hier soir et a donc eu un temps de récupération très réduit, subit ce début de rencontre, majoritairement dans sa zone.
Après huit minutes, Antoine Fertin fait trébucher Mantenuto et Neckar est aussi solide en infériorité numérique face au tir de Petan à trois mètres. Les plus grosses occasions italiennes proviennent décidément des deux mêmes joueurs : Segafredo intercepte une passe française le long de la bande et centre aussitôt sur Petan qui bute encore sur Neckar. On peut y ajouter Bryce Misley sur passe de derrière la cage de DiGiacinto. Les Bleus n’ont pas vu le jour dans cette première période et sont heureux que la sirène retentisse à 0-0. Il leur faut absolument se sortir du pressing italien car les changements déjà longs seront encore plus difficiles au deuxième tiers.
Les Français font beaucoup mieux que ça. Dès la deuxième minute, après un bon échange de passes en zone neutre avec Koudri, Baptiste Bruche perce dans l’axe, déborde Amorosa et sert du revers une cage grande ouverte à Matias Bachelet (1-0). À défaut d’être lui-même finisseur, Bruche, qui frappe à la porte des Bleus pour les grands évènements, se montre au moins décisif par cette assist en or. Le premier tiers est totalement oublié, la France n’est plus du tout étouffée dans un match haché par des arrêts de jeu incessants. Elle retrouve donc sa structure et contrôle le jeu. Même les pénalités sont peu meançantes. Simonsen est proche de doubler la mise à une minute et demie de la pause mais Fadani détourne du patin.
Les petites têtes oublient l’horaire…
Il manque une équipe à la reprise du troisième tiers. Les arbitres sont là, l’Italie aussi… mais pas la France ! La sirène retentit une seconde fois pour les appeler. Les retardataires arrivent enfin, mais débutent évidemment par deux minutes de pénalité. Martin Neckar réussit un double arrêt devant Petan puis sur le rebond en pivot DiGiacinto, et il écarte un rebond de Morini idéalement placé devant le but. La France se sort donc de cette infériorité mais reste ensuite coincée dans sa zone, comme si on était revenu au premier tiers, enchaînant d’autres pénalités avec un accrochage de Joubert et une charge incorrecte de Guebey.
… et Grossetête s’offre un but de grand
Et puis, soudain, voilà le festival Valentin Grossetête, inscrit comme treizième attaquant aujourd’hui mais doté d’un temps de jeu régulier sur le premier trio et – dans le cas présent – en infériorité numérique. Alors que Leborgne perd l’engagement devant la ligne bleue française, Grossetête surgit devant son vis-à-vis passif DiGiacinto, s’empare du palet dans le dos du centre italien Petan, entre en zone en poussant le palet de la jambe, sort de la bande de la même manière en se débarrassant de deux joueurs (De Luca et Segafredo), repique dans l’axe, feinte Petan puis dribble d’un seul coup Di Tomaso et le gardien pour marquer du revers. Sur cette action, Grossetête a touché le palet de bout en bout et a battu les cinq Italiens à lui seul ! Certes, les hommes du powerplay transalpin n’étaient pas les meilleurs défenseurs qui soient mais l’exploit individuel reste remarquable (2-0). Pour un premier but en équipe de France, c’est vraiment un but mémorable !
Jukka Jalonen sort son gardien à deux minutes et demie de la fin. Bruche et Grossetête partent à 2 contre 1 vers la cage vide, mais le seul défenseur Phil Pietroniro plonge pour intercepter et relancer dans l’autre sens. Une grosse mêlée se forme sur le but de Neckar et Petan prétend avoir envoyé le palet derrière la ligne du revers mais les arbitres arrêtent le jeu. Le lancer de Tommy Perret vers les filets déserts est lui aussi contré… et c’est finalement Alex Petan, du cercle gauche, qui tire sous la mitaine de Neckar (2-1). Un but qui ne change pas le résultat, mais qui est frustrant surtout pour Martin Neckar, qui aurait bien mérité son second blanchissage d’affilée en bleu (après le 2-0 contre la Norvège).

La saison internationale est pour l’instant parfaite pour l’équipe de France. Les titulaires ont remporté la Coupe des nations à Épinal et la version B de la sélection avec 9 débutants termine deuxième de ce tournoi hongrois. Cela fait du bien au moral. Alors qu’il n’était pas dans un grand soir, ou plutôt pas dans un grand midi (après un enchaînement de rencontres à 19h et 12h30), cette équipe tricolore a quand même réussi à gagner avec les forces qui lui restaient.
L’Italie n’a même pas ces petites certitudes avant d’aborder « ses » Jeux Olympiques. Quand on se compare, on se console : la relève italienne est toujours aussi dramatiquement faible (les moins de 20 ans sont relégués de D1B en D2A après une défaite cet après-midi contre l’Estonie). Jukka Jalonen est un entraîneur et pas un sorcier, il incite son équipe à un jeu simple qui lui convient mais ne peut régler les carences de formation qui sont évidentes en Italie dès les petites catégories, et que l’éternel recours à des Nord-Américains à double passeport masque de moins en moins.
Désignés joueurs du match : Alex Petan pour l’Italie et Martin Neckar pour la France.
France – Italie 2-1 (0-0, 1-0, 1-1)
Dimanche 14 décembre 2025 à 12h30 au Tüskecsarnok de Budapest. 115 spectateurs.
Arbitres : Marcus Wannerstedt (NOR) et Péter Tamás Vincze (HON) assistés de Njaal Søstumoen (NOR) et Dániel Balázs Vincze (HON).
Pénalités : France 12’ (2’, 4’, 6’) ; Italie 4’ (0’, 4’, 0’).
Tirs : France 14 (4, 7, 3) ; Italie 38 (10, 8, 20).
Évolution du score :
1-0 à 21’19” : Bachelet assisté de Bruche et Koudri
2-0 à 49’09” : Grossetête (inf. num.)
2-1 à 58’50” : Petan assisté de Gazley et DiGiacinto
France (2’ pour retard de jeu)
Attaquants :
Matias Bachelet (+1) ou Valentin Grossetête (+1) – Adel Koudri – Baptiste Bruche (+1)
Tomas Simonsen – Jordan Hervé (+1, 2’) – Téo Sarliève
Emil Tavernier – Philéas Perrenoud – Tommy Perret (-1)
Flavian Dair (-1) – Kaylian Leborgne (2’) – Paul Joubert (2’)
Défenseurs :
Charles Schmitt (+1) – Enzo Guebey (A, 2’)
Thomas Thiry (C, +1) – Mathieu Mony (+1)
Antoine Fertin (-1, 2’) – Enzo Cantagallo (A, -1)
Mathis Despatie (+1)
Gardien :
Martin Neckar
Remplaçant : Quentin Papillon (G). En réserve : Antoine Keller (G), Nikita Shalei (D), Kevin Bozon (A).
Italie
Attaquants :
Alessandro Segafredo – Alex Petan (A) – Marco Zanetti
Luca Frigo (-1) – Daniel Mantenuto (-1) – Dustin Gazley
Tommaso De Luca (-1) – Diego Kostner (C) – Giovanni Morini (2’)
Pascal Brunner – Bryce Misley – Cristiano DiGiacinto
Défenseurs :
Luca Zanatta (A) – Gregory Di Tomaso (-1)
Terrance Amorosa (-1) – Phil Pietroniro (+1)
Daniel Glira (2’) – Jason Seed
Gregorio Gios – Enrico Larcher
Gardien :
Davide Fadani [sorti de 57’36” à 58’50”, de 58’58” à 59’10” et de 59’41” à 60’00”]
Remplaçant : Rudy Rigoni (G). En réserve : Peter Spornberger (D), Tommy Purdeller, Mikael Frycklund, Alex Ierullo (A). Repartis : Damian Clara (G), Thomas Larkin, Alex Trivellato (D).










































