Pour la 30e journée de ligue Magnus, Rouen accueille l’avant-dernier derby de la saison. La pression est double sur les hommes de Carl Mallette. Dans cette rivalité, pour tout Dragon assumé, par tradition, il n’a déjà pas le choix, le gagner. Mais au surlendemain d’une défaite amère, au terme d’un rendez-vous manqué à Grenoble, et de surcroît de la perte du fauteuil de leader de la ligue (ce qui fait tout de même beaucoup), un nouvel échec face au rival héréditaire ne sera pas bon signe. Tout le contraire d’un lancement de dynamique positive pour 2026. Rouen devra faire sans le dynamisme, justement, de Vincent Nesa.
Amiens, 7e, arrive sur l’île Lacroix en sifflotant, sans complexe. Planqué dans le gras double du ventre de la ligue. Sans ambition, trop loin de la 4e et de la 5e place (à 16 et 13 pts). Sans peur du risque de sortir du tableau des play-offs avec 11 pts d’avance sur le 9e. Les Picards, privés de Cepon et Mony en défense, viennent pour profiter du moment. Carpe diem. Et si ils peuvent choper la fève dans la galette, ce ne sera que du bonus. Le piège est tendu.
Grâce à des doublés de Rech et de Lafrance, trois passes (vraiment) décisives de Simonsen, les Dragons se sont largement imposés le temps d’un set (6-0).
Pourtant, Amiens a entamé la rencontre en imposant d’âpres duels dans la bande et dans la conquête des palets libres. S’offrant même la première occasion (1’15). Rien n’a été facile pour les locaux. Les Rouennais pas parfait (une pénalité, un contre surnuméraire offert) sont montés en puissance. Vague après vague durant le premier tiers où aucun but ne sera marqué. Kozun a fait le job sur les tirs de Simonsen (à 1’45), Regush (à 3’37), Lampérier (à 14’25), Gresock (à 16’17) et Phelan (à 17’11). Les Rouennais n’ont pas payé le prix de leur manque de réalisme parce que Mac Carruth les a sauvés lorsque Beauchamp, l’une des deux dernières recrues picardes, s’est présenté devant le gardien rouennais (11’47).
Au retour sur la glace, les Gothiques ont eu cinq minutes de domination sans pouvoir ouvrir le score. Mac Carruth s’est dressé face aux lancers de Roussel (20’56), Richards (22’19) et Gibert (23’38). Patrick Holway a aussi bien défendu de la crosse face à des adversaires en plus grand nombre (24’17). C’est là qu’Anthony Rech a choisi de frapper. Au bout d’une attaque rapide et d’une préparation magistrale. Derrière une passe abandon de Gresock en entrée de zone, Regush a enrhumé Plagnat puis Bergeron en zone offensive avant d’envoyer au but. Le gaucher a glissé, de sang-froid derrière Kozun, le ricochet sur le patin de Richards du retour de tir du Canadien (1-0 à 25’03).
Passé un gros bourdonnement de Gothiques autour de la cage de Carruth, les Dragons ont doublé la marque. Bussat n’a pas sorti le palet de sa zone, qui tombait dans la crosse de Chakiachvili. Traversant le slot, Simonsen s’est amusé de Richards avant de faire une passe devant le nez de Kozun, déviée par son capitaine dans le côté ouvert du but (2-0 à 30’36). 17 secondes plus tard, le RHE a augmenté son avance. Plagnat et Bergeron n’ont pas défendu leur fond de territoire lorsqu’un long palet y a été mis de sa zone par Holway. Tomas Simonsen a aisément validé le dégagement de son défenseur puis, de derrière la ligne de but, l’ailier a transmis la rondelle à Lafrance. Oublié par Beauchamp en haut du slot, le Rouennais a fait sauter la gourde de Kozun (3-0 à 30’53). Kevin Bergin a aussitôt pris son temps mort afin de remobiliser ses hommes. S’il se montrait plus dangereux, le AHE restait approximatif. Justin Bergeron, bien placé, écrase son tir (31’38). Ses coéquipiers loupaient un nouveau jeu de puissance (34e), une troisième attaque surnuméraire et surtout une seconde échappée. Craig n’a pas tenté de feinte et son tir n’était pas cadré (36’55).
Les Rouennais ont géré le début du dernier tiers. Les velléités des Samariens étaient anecdotiques jusqu’à un tir de Magovac repoussé par Carruth (43’32). Le réalisme rouennais a été lumineux et régalait les tribunes une nouvelle fois pleines. Enfin, les Seinomarins s’offrent une fin de match euphorisante. On ne boude pas son plaisir sur l’île Lacroix. Sans réception, Anthony Rech a fait fructifier une magnifique longue passe en diagonale de Roy après une mise en jeu à gauche. Le tir, peu évident à prendre en bas du cercle droit, a autant surpris Kozun que Magovac (4-0 à 47’55). Carruth a aussi assuré le spectacle en disant non d’une mitaine vigoureuse sur un lancer de Beauchamp pendant une troisième et dernière supériorité amiénoise (50’38). Le gardien rouennais a fait quatre autres arrêts pendant cette infériorité. Ceux-ci validaient son second blanchissage de la saison.
Craig commettait un revirement en zone neutre dans la crosse de Schmitt. L’arrière lançait un 3 contre 1. Rolands Vigners ne doutait pas dans le cercle droit. Des poignets, le Letton trouvait le trou au-dessus de l’épaule gauche de Kozun (5-0 à 53’47). Pour clôturer le derby de la ligue, Larose tergiversait derrière sa cage sur le pressing de Simonsen. Dans le bureau de Gretzky, l’ancien Gothique servait en retrait Lafrance, seul devant Kozun pour un sixième et dernier but jubilatoire (6-0 à 54’34).
Rouen s’est remis sur le chemin de la victoire. De bonne augure avant de recevoir Chamonix en demi-finale de coupe de France ce mercredi. Amiens ruminera une fois de plus quelques jours avant d’accueillir vendredi une équipe placée dans son rétroviseur, Briançon.
Commentaires d’après-match (dans Paris-Normandie) :
Carl Mallette (coach de Rouen) : « Le travail a été fait. J’ai adoré la réponse des joueurs. Tout le monde a été sérieux. Il y avait de l’engagement. On a eu de la résilience. Ce n’était pas évident après la défaite à Grenoble qui a fait mal à notre orgueil à cause d’un score sévère du point de vue des statistiques avancées. Après deux nuits dans l’autobus, on obtient une victoire 6-0 dans le derby. Les gens la voulaient. On la voulait. C’est fait. C’est une belle victoire convaincante. J’ai aimé l’implication de tous. Pour moi l’important était de sortir de ce match avec les points, et en santé le plus possible pour le match de mercredi. Je suis fier des gars. On a des joueurs malades dont un a connu un match incroyable car il ne devait pas jouer. Ce matin Simon Lafrance était absent. Disons qu’il jouait à 50% et il inscrit deux gros buts pour nous. Son trio a été excellent. On a 4 ou 5 autres malades. Ça démontre le courage de nos joueurs. Ça démontre le caractère qu’il y a dans ce vestiaire. Lorsque tu as des occasions, c’est moins inquiétant que lorsque tu n’en as pas. Ce soir on a réussi à rester concentré… S’il n’y a pas de eu de but au premier tiers, on a réussi à en inscrire six, en deux tiers, contre une bonne équipe structurée qui joue avec beaucoup d’orgueil. C’était des beaux buts. On les a travaillés. C’est bon pour la confiance. C’est bon aussi pour notre gardien de but d’avoir un blanchissage avant notre plus gros match de la saison qui est mercredi (demi-finale de Coupe de France contre Chamonix). »
Kevin Bergin (coach d’Amiens) : « Nous avons joué un bon 40 minutes. Après les deux premières périodes le score aurait pu être égal. Nous n’avons pas profité de nos chances. Puis nos meilleurs joueurs nous ont coûté des buts. Quand tu joues une des meilleures équipes de la ligue et que tes meilleurs joueurs ne font pas la différence, tu n’as aucune chance de gagner. Le troisième tiers est totalement inadmissible. On a fait reculer Rouen dans sa zone pendant une bonne partie de la deuxième période. On a eu deux échappées dans les deux premiers tiers. On ne les a pas marquées. Derrière, contre une des meilleures équipes de la ligue, quand tes meilleurs joueurs te coûtent des buts, tu n’as aucune chance de gagner. Je suis vraiment vraiment déçu du troisième tiers. Nous avons abandonné. Ce n’est tellement pas la gothique way. On a abandonné Kozun dans son filet. On n’a pas appris de notre match contre Anglet, du deuxième tiers où l’on avait été mou. Là, nous avons été mous au troisième. Il va falloir trouver une façon à l’entraînement de ne pas être mou. Il va falloir que certains se regardent dans le miroir. Il faut que cela vienne d’eux. C’est venu d’eux contre Anglet. Je pensais que nous avions passé un cap… Clairement on ne l’a pas passé. Quand tu es mené dans un match, dans le troisième tiers, tu prépares ton prochain match…. Clairement on ne l’a pas préparé. Il va falloir que je m’assure aux entraînements que l’on comprenne une fois pour toutes qu’on ne peut pas jouer du hockey mou. Ce n’est pas dans l’ADN des Gothiques d’Amiens de jouer du hockey mou. Ça ne l’a jamais été. Il faut que nos meilleurs joueurs se regardent dans le miroir et qu’ils montrent l’exemple. »
Rouen – Amiens 6-0 (0-0, 3-0, 3-0)
Dimanche 4 janvier 2026 à 18h00, à la patinoire Nathalie Pechalat. 3029 spectateurs.
Arbitres : Maxime Laboulais et Julien Peyre assistés de Quentin Cady et David Tchekachev.
Pénalités : Rouen 6′ (2′, 2′, 2′) ; Amiens 4′ (2′, 2′, 0′)
Tirs : Rouen 29 (11, 10, 8) ; Amiens 27 (8, 13, 6)
Évolution du score :
1-0 à 25’03” : Rech assisté de Gresock et Regush
2-0 à 30’36” : Lampérier assisté de Simonsen et Chakiachvili
3-0 à 30’53” : Lafrance assisté de Simonsen et Lampérier
4-0 à 47’55” : Rech assisté de Roy et Gresock
5-0 à 53’47” : Vigners assisté de Schmitt
6-0 à 54’34” : Lafrance assisté de Simonsen
Rouen
Attaquants :
Julien Tessier – James Phelan – Tommy Perret
Anthony Rech – Michael Regush – Chase Gresock
Loïc Lampérier (C) – Simon Lafrance – Tomas Simonsen
Johannes Avonde – Robin Colomban – Rolands Vigners
Arrières :
Florian Chakiachvili (A) – Patrick Holway
Pier-Olivier Roy – Gustav Bouramman
Dylan Yeo (A) – Charles Schmitt
Gardien :
Mac Carruth (27 arrêts)
Remplaçant : Lucas Mugnier (G). Absents : Vincent Nesa (?)
Amiens
Attaquants :
Zachary Lavigne – Kieran Craig – Ilies Djemel
William Lemay – Janis Svanenbergs – Rudy Matima
Bastien Maïa (A) – Anthony Beauchamp – Sean Richards
Gauthier Gibert – Virgile Gauffriau – Matéo Bussat
Arrières :
Justin Bergeron (A) – Antonin Plagnat
Guillaume Roussel – Aleksandar Magovac (C)
Gaspard Vanwormhoudt – Félix Larose
Gardien :
Taran Kozun (23 arrêts)
Remplaçant : Clément Fouquerel (G). Absents : Mathieu Mony (?), Kristjan Cepon (blessé) et Jakub Izacky (départ).













































