Il est celui qui a redonné des couleurs au match du Carnaval des Corsaires de Dunkerque, celui qui a fait scintiller le maillot de Lyon pour la Fête des Lumières et fait vibrer les réseaux sociaux bien au-delà des patinoires. Mais avant d’être le designer à succès derrière la marque DKNF, Jonathan Estienne a été un joueur au parcours cabossé, forgé par l’exigence des ligues juniors suédoises et les dures réalités de la glace.
Dans la lignée de nos portraits consacrés aux figures atypiques du hockey – comme Benoît Bachelet, l’ancien capitaine de Grenoble devenu procureur de la République à Albertville, Stéphane Ménard, le mentor de Marc-André Fleury ou encore Guillaume Leclancher le hockeyeur/coach du bout du monde – HockeyArchives vous invite à découvrir l’homme derrière le créateur.
Entre confidences sur ses années de galère dans les championnats juniors en Suède, les blessures, les secrets de ses maillots qui ont fait le buzz et ses ambitions de futur équipementier, voici le parcours de Jonathan Estienne, l’iconoclaste bien décidé à dépoussiérer les codes du hockey hexagonal.
Briser les os, briser les codes :
Jonathan Estienne, l’iconoclaste qui veut rhabiller le hockey français
Partie I – De la promesse à la fracture : itinéraire d’un hockeyeur cabossé
Des premiers pas à Lyon à « l’école Paredes » à Dijon
Ses débuts sur les patins constituent un souvenir encore vivace : « Je m’en souviens de ça comme si c’était hier », glisse-t-il avec un sourire. « Je suis originaire de Lyon. Quand nous étions plus jeunes avec mon grand frère [Nicolas qui a 2 ans de plus], nos parents nous ont emmenés tester un peu tous les sports. (…) Mon père nous a demandé à tous les deux si on voulait essayer un nouveau sport. Il nous a emmené à la patinoire, il y a eu une connexion, nous avons tout de suite accroché. À l’époque j’étais trop jeune pour commencer le hockey, j’avais trois ans et quelques et c’est la rentrée où j’ai eu mes quatre ans que j’ai pu commencer à l’école de glace à Lyon avec mon grand frère. »

Très vite, le hockey devient une passion dévorante « Nous étions tout le temps à la patinoire. À la maison, ça ne parlait que de hockey. Les jouets étaient des joueurs de hockey, les jeux sur PlayStation aussi. J’avais déjà des rêves plein la tête dès le plus jeune âge », se remémore-t-il. Parmi ses rêves, celui de devenir hockeyeur professionnel.
Avec le soutien de ses parents, Jonathan cherche très tôt la meilleure voie pour son développement. « J’avais demandé à mon père de partir en sport-études, mais à 10 ans, j’étais encore trop jeune pour intégrer ces structures. » Il patiente une année, multipliant les tests, mais avec un plan en tête : éviter les places fortes traditionnelles des Alpes. « On ne voulait pas aller dans les clubs de montagne. Il y avait énormément de jeunes joueurs et je voulais fuir cet aspect politique où le temps de jeu dépendait parfois des relations des parents. » À l’inverse, Dijon, en plein développement sous l’impulsion de Jonathan Paredes et relativement proche du domicile familial, émerge alors comme une alternative. Le choix est fait : Jonathan quitte Lyon pour la cité des ducs de Bourgogne. Une transition facilitée par des amis de la famille qui acceptent de l’héberger.
« C’était beaucoup plus facile pour moi. J’ai connu de belles années en mineur là-bas (à Dijon). C’est vraiment grâce à l’école Jonathan Paredes. »
Jonathan fait ses gammes à Dijon avec toujours le même objectif « Je n’avais qu’une chose en tête : c’était réussir à jouer en équipe de France jeunes et même jouer au plus haut niveau. » À 14 ans, il effectue un stage qui va façonner son parcours. « Je suis allé faire un stage en Suède chez Pierre-Édouard Bellemare avec un de mes meilleurs amis. Nous sommes partis de Dijon en voiture avec son père pour aller à Skellefteå dans le nord de la Suède. C’est là où j’ai eu un déclic. Je le dis en toute modestie parce que je n’ai pas eu une grande carrière en séniors mais j’étais un joueur assez dominant dans les catégories jeunes. J’étais de la même génération que (Alexandre) Texier, (Enzo) Guebey et (Lucien) Onno. À l’époque j’étais très ami avec Christer Eriksson, je jouais avec Dijon contre lui alors qu’il était coach à Mulhouse. Quand il me voyait jouer, il disait qu’il fallait que je ne reste pas en France et que j’aille me tester à l’étranger. Tout s’est fait un peu en même temps. Bellemare m’a conseillé aussi à l’époque de partir. »
Jonathan Paredes ayant pris les rênes de l’équipe première, alors qu’il est à peine lycéen, il décide de partir en Suède pour continuer son développement : « Il fallait que je passe un step en sachant que je parlais ni anglais ni suédois. J’ai dit à mes parents que je voulais jouer en NHL et j’avais envie vraiment de passer un cap. »
« J’étais le seul joueur français de ma génération à l’époque à jouer dans le championnat suédois. J’ai sauté le pas sauf que ça ne s’est pas passé comme prévu. »
La réalité des championnats juniors suédois : blessures, concurrence et solitude
En 2015, à 15 ans, il pose ses valises à Vännäs et réussit ses débuts : « J’ai tout de suite explosé sur la prépa. J’ai été surclassé avec les moins de 20 ans et je m’entraînais déjà avec l’équipe première [qui évoluait alors en HockeyEttan, le 3e niveau suédois]. Je me disais que ça allait être du pain béni, à tous les matchs il y avait des scouts NHL dans les gradins. » Mais après quelques matchs prometteurs, il découvre la rudesse du championnat : « Lorsque j’étais en France, j’avais un gabarit plutôt costaud et imposant. Lorsque je suis arrivé là-bas, les joueurs avaient déjà tous quasiment mon gabarit voire deux fois plus costauds. Dans les équipes de MoDo, Luleå, Skellefteå… les joueurs étaient déjà scoutés pour être draftés. »
Le rêve subit un premier coup d’arrêt : une grave blessure à l’épaule, Jonathan découvre alors la face sombre de la concurrence suédoise : « Je n’ai pas réussi à me soigner parce que je n’avais jamais connu de blessure auparavant et dans ma tête, les blessures faisaient partie du jeu. Sauf que j’étais dans une équipe de 30 joueurs où la concurrence était très rude. » Rattrapé par une forme d’immaturité — légitime pour son âge — il prend une décision qu’il analyse aujourd’hui avec recul :
« J’ai fait un caprice de bébé. J’ai appelé mon agent pour me plaindre que le coach me faisait jouer en quatrième ligne. Mais là-bas, c’était déjà extrêmement pro : on avait deux chefs matos, trois coachs, un vestiaire ouvert 24h/24, l’équipement et la licence payés et ça ne fonctionnait pas comme ce que j’avais eu l’habitude de connaître auparavant. »
Dans ce système, c’est la performance immédiate qui dicte la hiérarchie. « Là-bas, c’est déjà du business, même à cet âge-là. Lorsque tu joues pour les clubs en élite, si tu n’es pas bon, tu pars en réserve. » Frustré par son temps de jeu et peinant à retrouver une place plus importante au sein de son équipe, il précipite la fin de son aventure : « Au mois de décembre, j’en avais marre. J’ai demandé à mon agent de me trouver un autre club en Suède et j’ai cassé mon contrat avec Vännäs. »
C’est le début d’une période de précarité. Jonathan tente alors sa chance à Uppsala, au club d’Almtuna : « Tous les feux étaient au vert, j’étais parti dans l’optique de signer là-bas. Mais au mois de janvier, ils m’ont annoncé qu’ils avaient atteint leur quota de joueurs étrangers. Ils avaient signé un Norvégien [Kristian Røykås Marthinsen] qui a été ensuite drafté en NHL par Washington. Je me suis retrouvé sans club de janvier à février. » Malgré l’incertitude, il refuse de rentrer en France. « J’étais buté, je savais ce que je valais », confesse-t-il avec sincérité. Soutenu par son agent, il finit par rejoindre l’équipe U18 Elit de Gävle [Valbo HC], club affilié à Brynäs. Mais les conditions sont loin d’être idéales : « Pour ma part, la situation n’était pas avantageuse. Je devais enchaîner de nombreux trajets quotidiens et je vivais dans une chambre d’hôtel sans salle de bains. Par la suite, j’ai été accueilli temporairement par un couple croate : le mari jouait dans une équipe de Stockholm et nous nous entraînions dans la même salle de musculation à Gävle (Sportcenter). En voyant mes conditions de vie, il a immédiatement réagi et m’a proposé de vivre chez lui avec sa femme. Les conditions étaient difficiles et je devais en parallèle préparer mon baccalauréat ES à distance. » S’il parvient à valider sa première année de lycée grâce à une organisation rigoureuse, l’aventure sportive ne se prolonge pas. « Je n’ai pas resigné là-bas et je me suis de nouveau retrouvé sans club. »
Un an dans une chambre sans cuisine ni salle de bains
Les galères continuent. En manque de statistiques, les clubs ne se bousculent pas : « J’ai demandé à mon agent à l’époque de me trouver une structure. Mais comme je n’avais pas beaucoup marqué de points l’année précédente, les clubs voulaient me voir à l’essai. Je prenais mes affaires, les clubs me disaient finalement non, ils avaient recruté un autre joueur dans un autre championnat. » Non retenu en équipe de France U18, il finit par trouver un point de chute in extremis à la fin de l’été 2016 : le club des Wings, à Märsta, dans la banlieue de Stockholm.
Il y découvre des conditions de vie plus que spartiates : « Je n’avais pas d’appartement, juste mon sac de hockey et mon sac à dos. C’est un parent de joueur qui m’a hébergé. J’ai vécu pendant un an dans une chambre sans salle de bain, sans cuisine, sans rien. » L’adolescent s’organise avec les moyens du bord :
« Je faisais à manger sur un réchaud de camping et je devais aller me doucher à la patinoire ou à la salle de muscu, à quinze minutes à pied. »
Une situation de précarité extrême qu’il choisit de taire à ses proches : « Je ne l’ai pas dit à mes parents parce que je voulais absolument réussir. » Malheureusement, sa deuxième saison prend une trajectoire familière. Après une préparation réussie, son élan est brisé en octobre par une lourde mise en échec reçue contre Timrå. Verdict : trois mois d’arrêt. Mais cette fois, Jonathan refuse de tout plaquer. « Je suis quand même resté. Je ne voulais pas faire la même erreur [qu’à Vännäs] et me retrouver sans rien. » Sa saison se résume à la portion congrue : « Je n’ai pu disputer que la deuxième partie de saison. En tout je n’ai réellement joué qu’une dizaine de matchs parce que les autres rencontres j’étais sur le banc pour faire le nombre. »
C’est le moment où la réalité du système suédois s’impose à lui et les rêves de SHL s’éloignent « Si tu veux vraiment espérer jouer dans le haut niveau suédois tu dois signer en U20 Superelit (devenu depuis U20 Nationell). Le U20 Elit (dorénavant U20 Region) c’est déjà très costaud mais tu ne gagnes pas d’argent, tu dois travailler à côté. La vie à Stockholm était trop chère. Mes parents devaient me donner de l’argent pour que je vive, mais même avec ça, cela restait très très limite (…). »
Retour en France : la Magnus entre espoirs et désillusions
L’exil prend fin et le retour en France s’impose. Jonathan prend contact avec Christer Eriksson, alors entraîneur de Mulhouse, club qui réintègre l’élite. « Ils avaient un gros budget avec un gros projet où ils avaient fait venir Yorick Treille, Kevin Hecquefeuille, etc. Je l’ai appelé pour lui expliquer ma situation, il m’a répondu qu’ils étaient en train de construire leur équipe U20, même si le niveau n’était pas très élevé comme l’équipe était nouvelle dans le championnat, le club me payait l’appartement ainsi que l’équipement. J’avais la possibilité de m’entraîner avec le groupe pro et d’intégrer les feuilles de match lors de plusieurs rencontres Magnus si je me bougeais. »

Le jour de ses 18 ans, il dispute son premier match en Ligue Magnus. Pourtant, sa première saison (2017-2018) est loin d’être un long fleuve tranquille. Il évolue essentiellement en championnat U20 et en licence bleue avec Amnéville en Division 2, une expérience qui lui laisse un goût amer : « Un joueur en licence bleue débarque [le samedi] sans s’être entraîné avec l’équipe [la semaine] et il ne joue pas le week-end. En France, c’est extrêmement politique : même si tu es meilleur, tu ne joues pas forcément. Je peux comprendre que ce soit difficile pour les joueurs locaux qui s’entraînent la semaine et travaillent à côté et râlent lorsqu’ils ne jouent pas le week-end. »
Physiquement et mentalement, l’enchaînement est usant. Entraînements toute la semaine avec le groupe Magnus, parfois un match le vendredi, puis des heures de route le samedi pour Amnéville, souvent sans entrer sur la glace. Le dimanche, direction les U20 et des déplacements à l’autre bout de la France. « C’était le bordel », résume-t-il. Malgré son investissement, le constat est brutal : « Mon objectif était clair : la Magnus. Mais j’ai dû jouer à peine cinq minutes sur toute l’année. »
Blessures à répétition, carrière en pointillés
La deuxième année (2018-2019), Jonathan est repositionné en défense et profite des nombreuses absences pour passer la quasi-intégralité de la saison avec l’équipe première : « Il y a eu beaucoup de blessés tout de suite sur le début de la saison et au final j’ai fait toute l’année comme un joueur titulaire. » Alors que sa carrière semble enfin lancée, l’éclaircie ne sera que de courte durée : « j’ai resigné avec Mulhouse et j’ai ensuite connu blessure sur blessure. » Le natif de Lyon va se retrouver meurtri dans sa chair :
« J’ai eu une fracture du crâne sur la fin de ma deuxième saison en Magnus : j’ai pris une charge dans le dos, j’ai percuté un angle de balustrade dans le visage et cela m’a cassé toute la face. »
« J’ai été obligé de m’écarter de la glace parce que c’était trop dangereux, notamment pour le cerveau. » À peine remis, il reprend à l’été, enchaînant les entraînements et la préparation hors glace (« J’avais quasiment trois ou quatre heures d’entraînement par jour »), travaillant en parallèle dans un restaurant, flirtant avec la surcharge. Durant une séance hors glace, il fait une mauvaise chute : « (un assistant) m’a demandé de sauter sur un Swiss Ball gonflé et de faire des squats. »
« Au bout du troisième ou quatrième essai, j’ai glissé et je me suis éclaté la tête radiale (double fracture du coude). »
Le sort va s’acharner alors qu’il est en vacances : « Je prends avec moi mes élastiques de musculation. J’attache l’élastique à une anse fixée dans le béton. Le truc qui ne doit jamais casser. Au bout de la dernière série, la anse a éclaté dans mon visage. » Le bilan est terrible :
« J’ai eu une fracture du sinus maxillaire et toute la zone frontale re-fracturée. »
Privé de préparation estivale, il est hors de forme au moment de reprendre « Je suis arrivé avec 5-6 kg en trop à Mulhouse (…) au mois de septembre. Je n’étais pas du tout performant. » De son propre aveu : « J’étais à la ramasse par rapport aux autres. » Ses coachs lui conseillent de rejoindre une équipe de D1 pour pouvoir rebondir, et c’est ainsi qu’il rejoint Dunkerque à l’étage inférieur. « Ça s’est bien passé, humainement », même si son temps de glace était très réduit. La saison va s’arrêter brutalement alors que Dunkerque affronte Cergy en quart de finale du fait de l’épidémie de Covid.
Errance en Division 1 et perte de repères

Jonathan continue son aventure en D1 et rejoint le promu Épinal pour une saison (2020-2021) qui va largement être écourtée par l’épidémie de Covid, égratignant au passage le manque de professionnalisme dans la prise des statistiques en match : « Rebelote, année Covid, il ne se passe rien. On joue 6 matchs, je suis aligné à l’attaque, en défense, partout. Et je me fais voler des points (…) Certains joueurs font n’importe quoi avec les points. Lorsque tu marques un ou deux points c’est ton gagne-pain. Lorsque tu ne les as pas à la fin du match et que tu finis à zéro point, comment fais-tu derrière pour te vendre à d’autres clubs ? » Une fois de plus, l’aventure se termine sans happy-end : « Ça se passait bien avec Épinal (…) j’étais parti pour re-signer avec eux. » Au mois d’avril, alors que les équipes ont anticipé la construction de leurs effectifs pour la saison à venir, il apprend brutalement qu’il n’est finalement pas conservé après pourtant plusieurs semaines de négociation.

Il revient à Dunkerque pour la saison 2021-2022 sous la houlette de Pierrick Rézard pour lequel il a joué à Amnéville. Le coach ne lui fait pas de fausses promesses : « Il m’a tout dit : tu seras en 4e ligne, tu n’auras pas de pas trop de temps de jeu mais ça fera de la profondeur de banc. Moi, j’étais dépité, j’étais refusé par des clubs qui n’en avaient strictement rien à faire. Lui m’a un peu sorti la tête de l’eau. » Le club nordiste, dans le haut du classement au mois de janvier, va finir par décrocher au classement, accablé par les blessures, auquel Jonathan va bien involontairement prendre part : « C’est l’année où j’ai vu les blessures les plus improbables. » Il détaille les cas d’Adam Young, défenseur canadien victime d’un accident durant un entraînement : quadriceps coupé par un patin avec du sang partout, quelques mois avant que Ricard Birzins ne soit lui coupé au niveau du tendon d’Achille à Épinal en plein match dans un duel contre la bande, ou encore Kenny Martin qui subit une fracture involontaire du nez pendant un entraînement lors d’un concours de face-offs.
« Je n’avais jamais vu ça (…) et moi, je prends une charge à Marseille et je me déchire le transverse. C’est le muscle le plus profond des abdos (pour résumer grossièrement) qui n’est pas censé lâcher. Je ne pouvais plus m’allonger pour dormir pendant de longues semaines. C’était complètement improbable alors que j’avais une bonne condition physique. »
Lyon, dernier port d’attache et départ dans l’anonymat
Le courant ne passant pas avec le successeur de Pierrick Rézard sur le banc de Dunkerque, il choisit le retour au bercail : « Il y avait le projet de refonte du club de Lyon. Je connaissais très bien le président Fabrice Baravaglio puisque il m’a connu petit. J’avais mon plus jeune frère [Alexandre, né en 2004] qui jouait aussi dans l’équipe. » Avec son franc-parler, Jonathan ajoute : « Je me suis dit : j’arrête les conneries, je retourne à Lyon et je fais des études. C’est un peu là que tout a commencé avec mon projet. »

L’aventure lyonnaise laissera elle aussi un goût d’inachevé. Le club de la capitale des Gaules parvient à accéder à la Division 2 mais échoue à remporter le titre de D3, Jonathan se sent en décalage par rapport au reste du vestiaire : « Je voulais être champion (…) Je faisais énormément de sacrifices avec dans ma vie personnelle avec mes projets (…) quand on a perdu [le match décisif] j’étais anéanti, j’ai pleuré sur la glace. J’étais vraiment attristé par la situation et je n’ai pas ressenti ça chez certains joueurs du groupe. Même s’il y avait un objectif de montée qui était quand même rempli. »
La saison 2023-2024 sera sa dernière sur les patins. « Sans rentrer dans les détails (…) certains engagements n’ont pas été tenus à l’époque. » Dans le marasme sportif des Lions de l’époque [englués en fin de classement avant de redresser la barre et atteindre les demi-finales], il s’éclipse de manière anonyme :
« J’en avais marre, donc après un match, j’ai pris mes affaires et je ne suis pas revenu. »
Malgré la rupture sportive, il reste en bons termes avec le club : « D’un point de vue professionnel, j’ai quand même gardé des bonnes relations avec le staff. Je sais faire la part des choses entre la partie sportive, la partie business et l’humain. C’est aussi pour ça que le club m’a rappelé après et que les événements se sont bien passés avec la Fête de Lumières. Au final, pas d’animosité. »
Partie II : Ranger les patins, pas les ambitions

DKNF : d’un acronyme à une identité
Son retour à Lyon constituait à la fois un projet sportif et personnel, lui permettant de reprendre des études, confessant avec lucidité : « Je vais être honnête : j’ai repris les études pour faire plaisir à ma famille et à ma copine. » Son parcours scolaire a été chaotique, passant son bac ES à distance alors qu’il évolue en Suède : « J’avais validé ma première année, mais la terminale a été une catastrophe et j’ai raté mon bac à distance. » Il finira par obtenir le précieux sésame un an plus tard, alors qu’il évolue avec Mulhouse.
Il s’engage alors dans un BTS Négociation et Digitalisation de la Relation Client (NDRC). Un choix pragmatique, mais qui révèle rapidement une fibre plus profonde. « Cela a été une révélation (…) j’avais déjà une notion d’entrepreneuriat, dans le sens où je voulais créer des business. J’avais déjà des idées de ce que je voulais faire. Et ce sont (des intervenants et professeurs) qui m’ont poussé à créer. » Entre le hockey, les cours et une alternance professionnelle, un projet prend forme : DKNF.
Derrière cet acronyme, une histoire personnelle. « Ça veut dire Dunkirk North France. C’est né de mon amour pour la ville de Dunkerque », explique-t-il. Un attachement forgé autant par les rencontres que par le hasard des trajectoires.
« J’y ai rencontré ma compagne, un de mes meilleurs amis m’avait fortement conseillé de signer là-bas à l’époque… J’ai eu un coup de foudre pour la ville. »
De l’image au textile : une vision de designer
Avant de penser vêtements ou équipements de hockey, Jonathan commence par le graphisme. « Ce qui me passionnait, c’était de faire des affiches de décoration. (…) Quand on a emménagé, on voulait quelque chose d’un peu spécial, qu’il n’y avait pas dans les autres foyers. » Une expérience professionnelle décevante durant son alternance agit alors comme un déclencheur. « J’ai cogité, cogité… Je me suis dit : tu sais dessiner, tu as plein d’idées, lance-toi, ça ne coûte rien. »
Il se met à créer, partage ses premiers visuels autour de lui, reçoit des encouragements. « On me disait : “Mais pourquoi tu ne lances pas ta boîte ?” » Les premières commandes suivent, encore loin de l’univers du hockey. « Au début, je faisais des affiches abstraites de la ville et aussi des affiches de carnaval personnalisées. Les gens m’envoyaient leurs photos et je leur faisais leurs souvenirs de carnaval en dessin. »
Le bouche-à-oreille fonctionne rapidement et ses créations attirent l’attention, jusqu’à le reconnecter avec son ancien club de Dunkerque, qui lui propose de décliner le concept pour les joueurs. Le succès est immédiat et ouvre de nouvelles portes, Jonathan commence à travailler pour différentes entreprises, tout en posant les premières bases financières de son projet. « J’avais zéro capital de départ. J’avais juste réussi à économiser un peu pendant mes années de hockey à Dunkerque, et je n’avais pas non plus énormément d’argent », précise-t-il.
Cette dynamique lui permet d’envisager la deuxième étape de sa trajectoire entrepreneuriale avec davantage de solidité : le textile. Un objectif qu’il a en tête depuis le départ. « Mon projet de base, c’était de faire du textile. Je savais que pour me lancer là-dedans, il me fallait un capital de départ, parce que c’est un business qui est coûteux. »
Sa démarche se distingue immédiatement par son exigence et sa globalité : « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de faire comme tout le monde, de prendre des vêtements existants, de faire de la broderie ou de mettre un logo. Ce qui m’intéresse, c’est la notion de designer. J’ai toujours été passionné de mode et d’équipements. » Chaque pièce est pensée et construite intégralement.
« Quand je crée une pièce, je fais tout de A à Z : les tailles sur mesure, les étiquettes,… je fais tout. »
Cette obsession du détail ne date pas d’hier. Elle plonge ses racines dans l’adolescence du joueur. « À Dijon déjà, à l’époque, les mecs me prenaient pour un fou », sourit-il. Faute de moyens pour s’offrir le dernier équipement à la mode, il invente. « Je prenais des bouts de tissu et je demandais à mes tantes de les coudre sur mes gants pour que ce soit de la même couleur que les maillots. Mon casque avait du gris qui ne correspondait pas aux couleurs du club. Mes parents n’avaient pas l’argent pour m’en payer un autre, alors j’ai pris des feutres Posca et je l’ai peint à l’intérieur. »
L’acte fondateur : le maillot du Carnaval de Dunkerque

Le véritable lancement de DKNF intervient en 2024, lorsque Jonathan Estienne signe le maillot des Corsaires de Dunkerque pour le match de Carnaval. Une collaboration chargée de symboles avec son ancien club, et bien plus qu’un simple exercice de style. « J’ai fait tout le design avec une vraie histoire » qui va lui offrir de nouvelles opportunités. « Ensuite, des partenaires m’ont contacté pour me lancer dans le textile pour leur entreprise », explique-t-il. Ce projet marque un tournant : DKNF se révèle aux yeux des amateurs du hockey français.
Loin d’un “simple” maillot événementiel, la tenue des Corsaires est le fruit d’un travail de fond, nourri par la recherche historique et la symbolique locale. Jonathan revendique une approche presque narrative du design.
« À travers tous les projets que j’ai réalisés (…), le point culminant, c’est le storytelling. Le projet doit accompagner une histoire, sinon cela ne sert à rien. »

L’objectif est clair : toucher le public, susciter de l’émotion, donner du sens à ce qui est porté sur la glace. Il détaille ainsi la conception du maillot de Carnaval 2025, pensé autour de la pêche en Islande, aux origines mêmes du carnaval dunkerquois. « Historiquement, c’étaient les prémices du carnaval. (…) Les hommes partaient plusieurs mois en Islande pour pêcher le hareng, et qui revenaient ensuite pour nourrir les familles et la ville. Ils se déguisaient avec les habits de leurs femmes parce que leurs valises étaient déjà faites. Ils faisaient trois jours de fête intensive parce qu’ils n’étaient pas sûrs de revenir. »

L’année précédente, l’inspiration était différente, mais tout aussi chargée de sens. « Ce qui m’avait inspiré, c’était le tambour-major. Le club venait de traverser une saison historique [finaliste de la Coupe de France], et le tambour-major, c’est un peu le chef du carnaval, celui qui mène les musiciens tout au long de la fête. »

La Fête des Lumières à Lyon : quand le textile devient émotion
Cette manière de penser le design se retrouve dans son projet le plus récent : le maillot “Fête des Lumières”, porté par les Lions de Lyon début décembre. Si certains y ont vu une parenté avec la tunique dorée de Vegas, l’inspiration est en réalité bien plus locale : le blason de la ville. Jonathan ne cache pas son regard sévère sur la production actuelle. « Je déteste, et je le dis honnêtement, une grande partie des maillots en France. Dans 90% des cas ils sont souvent faits par des personnes qui ne font pas de hockey et qui n’ont pas grandi avec la culture « hockey ». Ils essayent de mettre des signes partout, ça dénature l’esthétique des joueurs sur la glace. » À l’inverse, Il revendique une approche épurée :
« Ce qui marche aujourd’hui dans la mode et ce qui marche en NHL – qui est la référence – c’est le minimalisme. On doit réussir à exprimer des émotions avec des choses simples. »
Pas question pour autant de trahir l’identité du club : « Je ne voulais pas déstructurer les couleurs de Lyon. J’ai pris celles du blason de la ville : le doré pour les fleurs de lys, le bleu, blanc et rouge pour le reste du blason. »
Au-delà de l’esthétique, les maillots signés DKNF intègrent un véritable travail de recherche et développement sur la partie textile. Jonathan cherche d’abord à se démarquer par la matière. « Ce qui va être intéressant, c’est d’aller chercher un tissu qu’on ne trouve ni en France ni en Europe. C’est un tissu un peu similaire à celui des Golden Knights, que l’on a blindé de paillettes pour faire référence à la Fête des Lumières. » L’objectif est clair : provoquer une réaction affective en faisant écho à cet événement si profondément ancré dans la vie et l’identité lyonnaise.
« C’est un maillot lumineux, qui parle tout de suite aux gens. Je voulais réussir à retranscrire des émotions à travers ce maillot. »
Cette approche tranche avec celle de nombreux équipementiers, qui privilégient la sublimation, un procédé consistant à imprimer les motifs directement dans un tissu généralement blanc. Jonathan revendique au contraire un positionnement plus haut de gamme, fondé sur la diversité des textures et des matières. « Ce que j’ai apporté, ce sont des tissus teintés, ce qui n’est pas du tout la même matière, ni le même toucher. » Chaque détail est pensé pour enrichir l’expérience. « J’ai apporté plein de textures différentes sur le maillot : par exemple un patch en silicone dans le col, comme en NHL. Le patch avec le logo est brodé sur l’avant pour proposer quelque chose de plus qualitatif, tout en réduisant aussi les coûts pour les clubs. »

Même logique pour le flocage, inspiré d’autres disciplines. « (C’est) du vinyle, exactement comme pour les maillots de football. Cela apporte de la texture, ça rend le maillot beaucoup plus sexy à regarder et à porter. » Pour Jonathan, l’enjeu dépasse le simple produit. Aujourd’hui, le maillot dépasse sa fonction : il devient une expérience, visible et ressentie.
Cette recherche sur les matières ne doit rien au hasard. Jonathan l’a nourrie au contact direct des standards nord-américains. Grâce à son ami d’enfance, Pierrick Dubé, il a pu être accueilli au sein de la franchise de Washington et observer de l’intérieur le fonctionnement des clubs NHL. « J’ai pu voir comment les franchises évoluaient là-bas, le niveau de professionnalisme, les équipements qu’ils utilisent. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce ne sont pas du tout les mêmes équipements qu’en Europe. Beaucoup de choses sont fabriquées au Canada pour eux. » Si la production destinée au mass-market reste majoritairement réalisée en Asie, comme dans le football ou ailleurs, le haut niveau conserve ses propres circuits. De cette expérience, Jonathan repart avec des échantillons. « J’ai pu ramener pas mal de tissus et d’équipements, que j’ai ensuite développés en interne avec mes équipes, avec des ingénieurs. »
Les retours des joueurs, notamment lyonnais, ont été très positifs. Jonathan évoque des joueurs « super contents », même « impressionnés par le travail » réalisé. Un accueil encourageant, qui nourrit déjà la suite. « Je vais encore m’améliorer pour la saison qui arrive, faire des petits ajustements au niveau des tailles, du confort… » L’objectif reste le même : proposer des produits toujours plus aboutis. « Ce seront des maillots encore plus performants. »
Jonathan revendique un engagement total dans chacun de ses projets. «Je travaille nuit et jour (…) ce n’est pas une contrainte, je suis animé par la passion », explique-t-il, conscient que cette implication fait aussi partie des exigences de l’entrepreneuriat. Pour lui, tout repose sur la confiance et le professionnalisme. « Si les clubs sont réactifs et me font confiance, derrière je cadre. » Une direction qu’il assume pleinement, bien au-delà du simple design. Jonathan propose une vision globale : direction artistique, shootings hors cadre strictement club, créations exclusives intégrées dès l’amont du projet. « Toutes les émotions que j’essaie de transmettre, je veux d’abord les faire passer auprès d’eux (dirigeants des clubs) avant de les transmettre au supporters. » Son approche séduit rapidement.

Reste ensuite à composer avec les contraintes, notamment celles liées aux sponsors. Jonathan plaide pour une intégration plus naturelle et harmonieuse des partenaires qu’il défend comme le futur. « Je pense que l’avenir, c’est de privatiser un sponsor principal sur un maillot. Un seul partenaire fort, ça valorise à la fois le club et l’entreprise. » Il cite en exemple ce qui se fait en NHL, où cette lisibilité renforce l’identité globale. « Lyon n’en est pas encore à ce stade, mais c’est précisément sur toute la partie business model que je peux leur apporter une réelle valeur ajoutée pour les projets futurs. »
Du maillot événementiel à l’équipement global
Les maillots événementiels – Carnaval ou Fête des Lumières – restent volontairement produits en quantités limitées. Réservés aux joueurs, ils sont ensuite vendus aux enchères, mais qui n’exclut pas une ambition plus large. « Mon projet, c’est de faire comme Fanatics, d’avoir un business model où derrière j’arrive à faire grandir les clubs et les ligues », explique Jonathan. L’objectif est clair : « devenir leur fournisseur officiel complet pour la saison, pour toute la partie textile ». Un positionnement global, renforcé par un avantage structurel. « On est une entreprise française, et sur le service après-vente, je suis beaucoup plus réactif que d’autres fournisseurs. »
Cette stratégie passera, à court terme, par une spécialisation affirmée. « Pour les deux prochaines saisons, je vais vraiment me concentrer sur le textile », annonce-t-il. DKNF ambitionne ainsi d’équiper les clubs sur l’ensemble de la gamme : maillots, sur-culottes, tenues d’entraînement et dotations, dans une logique comparable à celle d’acteurs comme Adidas ou Fanatics.
La question du “made in France” est abordée sans détour. « Aujourd’hui, je ne peux pas fabriquer en France. Il y a des contraintes budgétaires et de main-d’œuvre », reconnaît-il. En revanche, la conception est intégralement réalisée sur le territoire. « Tout est conçu en France. Les tissus viennent des États-Unis et la production se fait à l’étranger, parce qu’en Europe on n’a pas d’usines spécialisées dans l’équipement technique de hockey sur glace au niveau que j’attends. » Les partenaires industriels de DKNF travaillent exclusivement pour ce sport. À plus long terme, Jonathan nourrit néanmoins une ambition claire, encore confidentielle : développer cette expertise et permettre aux clubs de vendre leurs produits non seulement en boutique, mais aussi via d’autres canaux.

Côté créations, les projets ne manquent pas. « Il y a d’autres projets avec des clubs de Ligue Magnus, notamment », confie-t-il. Juste avant les fêtes de Noël, il dévoile sa dernière collaboration en date en réalisant le design du casque d’Adrien Vazzaz, le gardien de Meudon. Mais la vision dépasse le seul cadre de l’élite. « Mon objectif pour la saison 2026-2027, c’est d’être présent dans toutes les ligues françaises, professionnelles et semi-professionnelles. »
À plus moyen terme, Jonathan Estienne voit encore plus loin. Son objectif est fixé : entre 2028 et 2029, DKNF va franchir une nouvelle étape avec la sortie de ses premiers équipements techniques.
« Le but, c’est de sortir une première pièce d’équipement vraiment technique : les gants, les casques, etc. »
Un chantier d’envergure, mené avec des ingénieurs basés à Montréal. « C’est un projet coûteux. J’ai mis énormément de ma poche. » Les sacrifices sont assumés. « Je n’achète pas d’appartement avec ma compagne (…). Je mets tout là-dedans, parce que je sais que ça va marcher. »
Le projet est déjà bien engagé : « On a déjà commencé, on a déjà des prototypes qui ont été concluants, mais on n’est pas encore assez satisfaits. » Les premiers essais ont aussi apporté leur lot d’enseignements, parfois négatifs comme pour ses prototypes de casques. « On n’arrivait pas à passer en laboratoire. On a dû refaire de la recherche, notamment sur la sécurité, et même esthétiquement je n’étais pas satisfait. »
Sur d’autres pièces, en revanche, l’avancement est plus marqué. « Sur les crosses, les gants, les plastrons et les jambières, on est sur des stades assez avancés. » Jonathan n’hésite pas à qualifier la portée de son projet.
« Sans avoir peur de le dire, je pense que c’est le projet français le plus ambitieux actuellement en tant qu’équipementier, tous sports confondus. »
À terme, l’ambition est claire : installer DKNF aux côtés des références mondiales, comme CCM ou Bauer mais avec un positionnement assumé donnée à un cercle restreint. « Pour le moment, je me place exclusivement sur les athlètes : les professionnels, les clubs pros, les centres de formation. » Les produits seront néanmoins présentés aux plus jeunes et aux pratiquants loisirs. « Pour qu’ils puissent se faire une idée de ce que ça vaut. »

Passer de l’autre côté pour faire grandir le hockey
Toujours animé par la volonté d’élargir son champ d’action, Jonathan Estienne livrera à HockeyArchives une exclusivité : il explore aujourd’hui de nouvelles pistes, dans la continuité de ce qu’il construit avec DKNF.
« Je suis en pourparlers avec plusieurs clubs pour en reprendre certains et en devenir propriétaire en France. »
Une perspective qui l’inscrit dans une autre dimension du sport-business. Quand on lui demande si le hockey lui manque, Jonathan répond sans détour.
« Le hockey me manque, l’environnement du hockey me manque, mais aujourd’hui j’ai tourné la page. »
Un choix assumé : « Je fais des choses en lien avec le hockey qui me passionnent plus que de jouer, parce que je sais qu’il y a trop de contraintes aujourd’hui dans les clubs. Moi, je veux passer de l’autre côté pour justement aider les clubs à se développer (…). »
Jonathan Estienne a certes rangé les patins, mais pas ses ambitions professionnelles pour façonner le futur du hockey, à sa manière.
Notes :
- Interview réalisée par l’auteur le 18 décembre 2025 à Lyon
- Toutes les notes entre [crochets] sont de l’auteur
- Illustration de couverture réalisées à partir de photos de Mark Holdefehr (instagram/site internet) et @pics_by_alexx









































