Rouen accueille Chamonix pour une demi-finale de Coupe de France. Carl Mallette a annoncé la couleur. En 2026, Bercy est un objectif pour ses hommes.
Les Dragons connaissent ces rendez-vous brûlants. Mais cette compétition leur échappe régulièrement. Finalistes en 2017 et, pour la dernière fois en 2020, vainqueurs en 2016, trois finales disputées qui datent et peuvent apparaître maigre car pendant ce temps-là, le RHE a joué 7 finales de ligues Magnus. Pour en arriver là, Dunkerque, Anglet et Angers ont été écartés par les Normands. Tout le peuple noir et jaune retient son souffle.
Face à eux, Chamonix, le poids de l’histoire. Premier vainqueur de la Coupe de France en 1972, une dernière finale en 1994… puis l’attente. Depuis 2000, et la formule actuelle, les Pionniers n’ont jamais participé à la finale même s’ils ont goûté à Bercy en 2019 lors d’une demi-finale perdue pendant l’unique formule en « final four ». C’est leur meilleur résultat. Jérémie Penz est le seul participant toujours au club. Lors des quatre éditions précédentes les Chamoniards ont toujours été éliminés à domicile. Là, ils sont sur la route… Pour atteindre cette demi-finale, les Haut-Savoyards ont successivement écarté Villard de Lans, Gap et Marseille.
Ce soir, c’est l’expérience contre le rêve. La puissance contre l’audace. Un seul match pour disputer une finale. Un moment rare, à saisir absolument. Une histoire à écrire.
Même si l’entame rouennaise n’est pas mauvaise. Rech (à 1’03), Schmitt à (1’36), Lafrance (à 1’57) et Colomban (à 2’51) sont dangereux. Le réalisme des joueurs locaux est absent. Le public rouennais sent que quelque chose ne tourne pas rond ensuite. Le jeu des Dragons est brouillon pendant les douze minutes suivantes. Chakiachvili frappe un montant (11’25). La qualité de la glace – très critiquée – n’aide en rien. Chamonix en profite et ouvre le score. Après une passe redoublée avec Koponen lors de l’attaque surnuméraire qui a suivi un revirement rouennais à la ligne bleue des Alpins, Wahlgren frappe le palet du cercle droit (0-1 à 14’21).
Le temps de possession rouennais grossit, tandis que Chamonix joue en infériorité mais Garnier fait le boulot sur des lancers de Regush (15’51) et de Gresock (16’12). Les passes coupées par Salituro (17’02) et Tugnutt (17’31) sont aussi décisives à quatre contre cinq. Tout comme un peu plus tard le block-shot de Koponen à plat ventre lorsque Simonsen et Lampérier se présentent en surnombre en fin de premier tiers (18’24).
Chamonix joue toujours aussi parfaitement le coup à la reprise. Peu de possession, mais une efficacité clinique.
Les Pionniers frappent encore au début de la deuxième période. Une transition simple de Pantzare. Un gros travail de Malo Ville qui élimine Yeo et Regush en zone neutre, produit une attaque à deux contre un. Wahlgren, encore lui, termine le travail sur un service de Salituro (0-2 à 21’31). À ce moment-là, dans les tribunes, certains n’en mènent clairement pas large. Pourtant il reste du temps. La mi-match est encore loin mais Rouen ne convainc pas.
Avec un manque criant d’efficacité (Regush à 24’39 gêné par le retour de Penz), Rouen domine. Possession, pression, maîtrise territoriale. Mais n’est toujours pas tranchant. Chamonix, solide et discipliné, procède en contres rapides et sort proprement de sa zone avec des passes précises et reste dangereux par Tarabusi (à 21’52) et Lopachuk (à 23’22). Après avoir tué une infériorité pendant laquelle les Savoyards n’ont pas été dangereux (de 27’28 à 29’28), les Normands sont plus incisifs. Des lancers hostiles pris par Lafrance (29’44) et Simonsen (30’34) sont très bien stoppés par Garnier qui fait le boulot.
La délivrance arrive enfin en power-play. Sur une attaque placée, au bout d’une magistrale passe en diagonale dans la profondeur de Gresock qui surprend tout Chamonix, Simonsen fait preuve de sang-froid et claque des poignets dans une cage ouverte (1-2 à 32’02). La foule n’attend pas longtemps pour exploser de nouveau. Lafrance, dans un angle rétréci en bas du cercle droit, égalise sans réception à ras de glace après une autre parfaite passe croisée vers l’avant signée de Rech (2-2 à 35’33). Rouen est récompensé de son insistance.
Le public reprend espoir avant d’être fébrile à nouveau. Ses chouchous sont accablés par une prison à cause d’un surnombre (36’45) qu’ils annihilent. Ensuite, Garnier ne se fait pas avoir face à deux Rouennais qui se présentent face à lui. Le gardien frustre Rech (38’53). Enfin c’est le coup de froid. Chamonix repasse devant juste avant la deuxième pause en exploitant un troisième power-play sur lequel Fertin a dévié devant Carruth un lancer de la pointe de Thyni en attaque installée (2-3 à 39’44).
Au retour des vestiaires, Rouen malgré sa frustration et Chamonix ne lâchent rien. Le jeu reste parfois désordonné, mais l’abnégation est totale dans les deux camps. Acéré, fervent et fiévreux. Le match devient un combat émotif, au scénario de Coupe. Le favori est en difficulté face à un outsider qui déroule son plan de match à la perfection. Les Pionniers sont à 20 minutes du bonheur. Combatifs, ils disposent d’une attaque à quatre contre trois (40’24). Leur gardien, Garnier, vole un but à Chakiachvili de la mitaine (42’21). Les joueurs d’Anatoli Bogdanof sont pénalisés. Les Dragons égalisent une seconde fois. En supériorité, Gresock a du temps pour trouver une ligne de tir en haut du cercle droit (3-3 à 45’20).
La fin de match ne gagne pas en fluidité. Le RHE obtient deux nouvelles supériorités. À chaque fois, les Seinomarins vacillent. Simonsen (48’37) et Holway ne cadrent pas (49’26). Le tir de Gresock est trop mou pour surprendre Garnier qui a le temps de se déplacer et couvrir l’ouverture de sa cage (49’08). Les carrés posés des Pionniers font la différence. À parité, Garnier est (encore) déterminant lorsque Rech veut ricocher la rondelle sur son dos (50’31). Plus tard, les tirs bloqués des visiteurs devant Perret et Bouramman (54’51) démontrent les mêmes intentions que celle de leurs hôtes jusqu’au bout des 60 minutes.
Le sort des deux équipes est soumis à la prolongation. Chamonix aura la main car dans la dernière seconde du temps réglementaire une pénalité a été sifflée contre Chakiachvili. À 4 contre 3, au terme de jeux de passes, les lanceurs de la base arrière s’approchent presque idéalement, encore quelques centimètres pour enclencher un tir clair… Le jeu est interrompu. La cage a bougé (60’19). Les tireurs des Pionniers à la ligne bleue ne retrouvent pas de position plus idéale. Lorsque Koponen prend ses responsabilités, Holway (61’24) puis Phelan (61’31) se sacrifient alors que la patinoire est dans une tension extrême. À parité les coéquipiers de Penz sont intelligents en conservent la rondelle mais ne rentrent plus dans le territoire rouennais. Après un but, en force, refusé à Lafrance qui a attaqué la cage (64’09), tout se jouera aux tirs au but.
La séance est irrespirable. Les deux gardiens ne craquent qu’une seule fois au cours des quatre premiers lancers. Lafrance et Lopachuk ont été habiles. Regush aussi sur le cinquième essai normand. Le dernier tir chamoniard est stoppé par Mac Carruth. Péchalat explose. Fin du suspense. Fin de la frustration pour des Normands passés tout près de la désillusion extrême d’un enfant qui n’aurait pas eu le jouet promis à Noël. Rouen s’impose 4-3 et arrache sa qualification là où en Coupe, seule la qualification compte. Elle a été acquise au mental avec un power-play enfin efficace, un penalty-killing solide, une équipe rouennaise qui n’a jamais abandonné et de la réussite aux tirs au but.
Chamonix mérite un immense respect. Les Pionniers n’ont en aucun cas démérité, juste été malchanceux sur un seul tir au but. Ils ont été intelligents, réalistes et dangereux en contre, loin de leurs standards actuels en championnat (10e, en position – provisoire – de play-down). Mais Rouen n’a rien volé.
Les Dragons retrouvent Bercy et une finale de Coupe de France, ce qui n’était plus arrivé depuis un moment. Et au final, comme beaucoup le résument dans les tribunes : « Un match éprouvant, mais une joie immense d’aller à Bercy. Fini de regarder les autres, place à la fête. »
Commentaires (dans Paris-Normandie) :
Carl Mallette (coach de Rouen) : « C’était un objectif qu’on avait en début de saison. Ça n’a pas été facile. Çà s’est joué aux tirs au but. Malheureusement, il fallait un perdant. Chapeau et respect à Chamonix. Ils nous ont donné beaucoup de difficultés ce soir. Je retiens la qualification et la résilience de notre équipe dans l’adversité. Ce qui a fait la différence, le public en premier à 0-2, et notre avantage numérique ce soir a débloqué. Simonsen et Gresock marquent des gros buts en avantages numérique. J’ai essayer une petit stratégie en troisième [NDLR: sans réussite]. Lorsque qu’il restait une minute j’avais hâte d’aller aux tirs au buts car j’avais entièrement confiance en notre gardien. Notre parcours n’a pas été facile. Sur la route à Dunkerque, à Anglet où c’est difficile de gagner, après cela il a fallu battre Angers, le tenant du titre, chez eux. Le public y est pour gros ce soir. À 0-2, c’est là que c’est important d’avoir de vrais partisans derrière nous. Ils savaient que ce n’était pas fini. On a de la résilience. Penser le contraire, c’est mal me connaître et c’est mal connaître les joueurs. Jamais on ne va abandonner et jamais on ne va douter de nous. Nous avons des buteurs dans cette équipe et on avait des chances. Lorsque tu n’es pas dans le match, que tu n’as pas de chance de marquer, c’est plus dur d’être confiant jusqu’au bout. C’est à nous les entraîneurs de trouver des solutions pour les joueurs. On a eu des joueurs qui ont marqué des gros buts. Simonsen et Lafrance nous remettent dans le match. On a eu une réaction incroyable. Les joueurs avaient à cœur d’aller à Bercy. Premièrement pour nous même… Cela fait longtemps, six ans, que les Rouennais n’avaient plus assisté à une finale à Bercy. On est super content pour tout le monde parce qu’ils nous soutiennent à guichets fermés à chaque match. C’est un ensemble.. c’est une victoire rouennaise. Au classement, on est devant Chamonix, mais il ne faut pas se fier au classement lorsque il y a des compétitions qui se jouent sur un match. Tout peut arriver. Un gardien chaud. Raphaël Garnier a fait tout un match. Il a été incroyable. Il nous a embêté. On a joué de malchance sur deux buts. Le premier, le palet reste bloqué dans la neige devant le banc… Le troisième but, il y a un mauvais rebond dans la balustrade sur le dégagement, le palet reviens… Mais on a trouvé une façon de gagner. Quelque soit le score, on est très content de la qualification. Bercy, ce n’est que des beaux souvenirs. J’y est joué quatre finales. La finale contre Angers est un de mes plus beau souvenir, de voir la foule, de ramener la coupe de France à la maison. Tout peu arriver, un match… On a un adversaire coriace devant nous, mais on y va pour gagner. On va tout faire avec les Rouennais pour la ramener à la maison. »
Rouen – Chamonix 3-3 (0-1, 2-2, 1-0, 0-0) / 2-1 aux tirs au but
Mercredi 7 janvier 2026 à 20h00 à la patinoire Nathalie Pechalat. 3029 spectateurs.
Arbitres : Julien Peyre et Jeremy Rauline assistés de Pierre Mercier-Landry et Quentin Ugolini
Tirs : Rouen 32 (16, 9, 7, 0) ; Chamonix 19 (8, 7, 1, 3)
Pénalités : Rouen 8′ (0′, 6′, 2′, 0′) ; Chamonix 10′ (2′, 2′, 6′, 0′)
Supériorités : Rouen 2/5 ; Chamonix 1/4
Évolution du score :
0-1 à 14’21” : Wahlgren assisté de Koponen et M.Ville
0-2 à 21’31” : Wahlgren assisté de Salituro et M.Ville
1-2 à 32’02” : Simonsen assisté de Gresock et Chakiachvili (sup.num.)
2-2 à 35’33” : Lafrance assisté de Rech et Gresock
2-3 à 39’44” : Thyni assisté de Wahlgren et Fortin (sup.num.)
3-3 à 45’20” : Gresock assisté de Rech et Chakiachvili (sup.num.)
Tirs au but :
Rouen : Lafrance (réussi), Rech (manqué), Gresock (manqué), Simonsen (manqué), Regush (réussi).
Chamonix : Tugnutt (manqué), M. Ville (manqué), Wahlgren (manqué), Simond (réussi), Kivinen (manqué).
Rouen
Attaquants:
Julien Tessier – James Phelan – Tommy Perret
Anthony Rech – Michael Regush – Chase Gresock
Loïc Lampérier (C) – Simon Lafrance – Tomas Simonsen
Rolands Vigners – Robin Colomban – Vincent Nesa
Arrières :
Florian Chakiachvili (A) – Patrick Holway
Pier-Olivier Roy – Gustav Bouramman
Dylan Yeo (A) – Charles Schmitt
Gardien :
Mac Carruth (16 arrêts)
Remplaçant : Lucas Mugnier (G).
Chamonix
Attaquants :
Saku Kivinen – Jeremy Fortin – Stanislav Lopachuk
Dante Salituro – Tim Wahlgren – Malo Ville
Axel Tarabusi – Adam Raska – Matt Tugnutt (A)
Lauric Convert – Lucas Colombin – Charlie Simond
Arrières :
Albin Thyni – Santeri Koponen (A)
Isak Pantzare – Quentin Delmas
Jérémie Penz – Camil Durand (C)
Gardien :
Raphaël Garnier (29 arrêts)
Remplaçants : Baptiste Boudet (G) et Charlie Robert. Absents : Tom Aubrun, Conrad Molder et Joseph Broutin (blessés), Gabin Ville et Ricards Grinbergs (?).













































