Dernier match ? Les chances de toucher les quarts de finale sont infimes pour les Bleues, mais passent obligatoirement par une victoire d’au moins deux buts contre l’Allemagne – avant un peu d’aide demain des autres équipes.
Laura Kluge sanctionne l’indiscipline
Le début de match est très appliqué. Les Bleues veillent à se soutenir pour la relance et la sortie de zone, et il faut attendre deux minutes pour la première chance dangereuse, une montée de Daria Gleissner dans le coin, qui repique ensuite vers la cage.
Après quatre minutes, Ronja Hark fait trébucher Clara Rozier et la France obtient son premier jeu de puissance. L’avantage ne dure pas longtemps. Les Bleues patinent en retard, et, contraintes de revenir dans leur camp, sont punis pour un accrochage de Rozier. Le quatre-contre-quatre ne donne lieu à aucune occasion, puis les quelques secondes de supériorité allemande sont dégagées par Chloé Aurard-Bushee. A la dernière seconde, Philbert sauve à bout portant un rebond pris par Jule Schiefer, après avoir arrêté du masque le centre de Charlott Schaffrath. Le tour de cage de Luisa Welcke ne paie pas plus. Puis, Laura Kluge sort du coin en possession et cherche à revenir dans l’axe. Son revers n’échappe pas à Alice Philbert.
L’échec-avant allemand pose des problèmes à la défense bleue, et la relance, complexe, aboutit à une faute de Léa Villiot le long de la bande pour ce contact avec Nicola Hadraschek.
La défense tricolore, attentive, ne concède pas grand chose, mais, alors que la pénalité s’achève, Chloé Aurard-Bushee assène une solide mise en échec… pénalisée. Elle venait de subir une charge milieu de glace non sifflée.
L’attaque spéciale allemande campe devant le but et obtient une chance dangereuse sur un tir de Franziska Feldmeier, dévié devant Philbert. La France revient au complet sans dommage avec un seul tir cadré, contre 9 à son adversaire du jour, à cinq minutes de la pause.
Derrière, la partie se verrouille. Les deux camps laissent peu de champ aux attaquantes, grâce à un jeu à la crosse attentif pour dévier passes et tirs. La France attend son heure et un revirement leur profite : contre-attaque, Anaïs Peyne-Dingival lance un surnombre. Mais elle choisit la passe vers Lore Baudrit qui rate le palet sur la reprise, car dévié par le bout de la crosse de Carina Strobel. Le palet file de l’autre côté, et Clara Rozier est punie pour faire trébucher.
Cette dernière faute est celle de trop. Sophie Leclerc n’arrive pas à dégager un palet, qui est repris et renversé vers Laura Kluge. Seule au deuxième poteau, la joueuse du Boston Fleet, genou au sol, reprend de volée et ouvre le score (1-0). Ce sera le score à la pause, pour des Bleues encore faibles en attaque (12-2 au tir pour l’Allemagne).

Bras de fer en deuxième
La reprise est tout aussi compliquée pour les joueuses de Grégory Tarlé, engluées dans leur propre zone. Si elles bataillent bien pour repousser chaque palet, elles peinent à sortir proprement le disque. Un revirement profite même à Svenja Voigt, seule devant le but : elle tire au-dessus !
En face, pas grand chose. La percée de Chloé Aurard-Bushee n’aboutit pas vraiment à un tir sur Sandra Abstreiter, même s’il est comptabilisé par la table de marque. Sur l’engagement, Schaffrath retombe lourdement sur la glace et une poche de glace vient soulager son poignet sur le banc.
Les quelques sorties timides des Bleues restent compliquées, avec un jeu de passe manquant de précision et de vitesse. L’Allemagne en profite à chaque fois pour contrer et Philbert doit sauver devant Luisa Welcke à bout portant. Après cinq minutes, Estelle Duvin remonte un palet pour initier un deux-contre-un. Strobel place sa crosse dans les patins, et offre un avantage numérique.
Après un premier tir de la ligne bleue, les Françaises n’arrivent pas à sortir des bandes, puis perdent le palet et patinent derrière dans leur camp, jusqu’à un arrêt de Philbert. Le groupe de la première ligne s’installe mieux et Rozier décoche un tir en hauteur, capté par la mitaine d’Abstreiter.
La bonne défense française enchaine en contrant quelques situations, et lançant un contre. Le Scodan, servie en retrait par Barbirati, voit son tir contré. En face, Laura Kluge profite d’un dégagement pour devancer Lucie Quarto et filer au but : elle tire hors cadre !
La France joue crânement ses contres : Rozier et Duvin tentent de combiner à 2 contre 1, mais manquent d’espace sur le fil pour générer un tir.
Globalement, les meilleures chances sont allemandes, et Alice Philbert poursuit son état de grâce face à plusieurs tirs compliqués. Lilli Welcke, en tête de cercle, est la dernière à échouer sur le dernier rempart bleu. C’est le poteau qui la sauve ensuite sur un tir de Hoppe, suite à une perte de palet de Duvin devant sa cage., trop gourmande sur son dribble…
Dès la récupération, les Tricolores essaient de se projeter vite vers l’avant, cravachant dans les bandes ou en entrée de zone pour faire avancer le disque sur le terrain. Cela demande beaucoup d’efforts, et l’énergie manque ensuite pour franchir la défense allemande. Du coup, la France ne compte que 7 tirs après deux tiers, contre 30 à l’Allemagne… mais il n’y a que 1-0 et tout reste possible.
Un troisième tiers convaincant
Les Bleues entament le dernier tiers dans le bon sens. Duvin travaille au fond et cherche Rozier devant la cage, sans réussite. Pas mieux pour le Scodan, qui sert Barbirati : Abstreiter sauve, et enchaine sur la mise au jeu avec un arrêt sur Boudin servie par de Serres.
Les intentions sont là, et finissent par contraindre Haider à une faute dans la neutre sur Jade Barbirati – laquelle échappe à la punition avec un mauvais geste en rentrant au banc… Rozier sert rapidement Margot Huot-Marchand au cercle droit, le tir est dévié. En fin d’avantage, une montée de Manon le Scodan termine sur l’épaule de la gardienne, qui sort pour finir un tir de Sophie Leclerc et une percée de Clara Rozier.
Les Bleues sont récompensées de leurs efforts à 11’39 de la fin. Rozier accepte une charge pour renverser le jeu. Le palet est contré mais retombe sur le Scodan, sortie du banc. Celle-ci fixe tout le monde et ouvre une passe magique du revers pour Estelle Duvin, qui arrive seule devant la gardienne. La feinte ouvre les jambes, et l’égalisation (1-1).
Le public, peuplé de supporters français, explose et pousse son équipe. L’Allemagne, vexée, remet de l’intensité vers l’avant et crée le danger sur le but de Philbert, solide. Dans le duel, Lucie Quarto retombe sur Jule Schiefer. L’Allemande est touchée et rentre au vestiaire.
À 6’30 les Bleues sont sanctionnées pour retard du jeu, une « violation des règles des mises au jeu ». Laura Kluge sonne la charge d’un tir puissant, capté par Philbert, et les esprits s’échauffent encore devant la gardienne. Ce sera la seule occasion, les Bleues travaillant fort pour empêcher toute occasion.
Les minutes défilent, irrespirables. La défense s’accroche, acharnée pour contrer les passes, à l’image d’une Gabrielle de Serres aux interventions très justes. Philbert, elle, ne cède pas et sort la plaque sur un lancer de la bleue dévié devant elle. Une dernière mise au jeu et la sirène retentit : prolongation !
Cela officialise l’élimination de la France, qui devait gagner de deux buts pour espérer encore les quarts de finale. Cela donnera tout de même le premier point de l’histoire de l’équipe de France femmes aux Jeux olympiques… reste à chercher la victoire dans ce format à 3 contre 3.
Grégory Tarlé choisit trois attaquantes : Duvin, Rozier et Aurard-Bushee. La première possession leur revient, sans parvenir à créer du danger. Le palet récupéré par l’Allemagne finit par revenir dans le camp bleu et tourner. Un beau mouvement collectif libère Katarina Jobst-Smith, dont le tir transperce Philbert (2-1).
L’Allemagne s’en sort donc avec un victoire, qui chamboule un peu son plan : elle ne compte que cinq points et devra gagner contre l’Italie pour éviter un retour éventuel du Japon si celui-ci gagne contre la Suède.
Pour la France, cette première expérience olympique s’achève avec un goût amer : il n’y aura pas eu la première victoire aux Jeux de l’équipe de France femmes, mais au moins, le premier point…

Commentaires d’après-match
Anaïs Peyne-Dingival (attaquante de la France) : « On est déçues, on voulait vraiment cette première victoire olympique. On y a cru jusqu’à la fin, on est allées chercher la prolongation et ça n’a pas suffi. On a vraiment poussé tout le troisième tiers, on s’est arrachées. On savait que c’était probablement notre dernier match, mais on voulait marquer et revenir. Le jeu a été très physique, c’était attendu, et je pense qu’on peut rentrer la tête haute. On a su rebondir après le match contre l’Italie, avec de bons matchs contre le Japon et la Suède. Aujourd’hui ce n’était pas le meilleur match mais on a recollé et on a pris un point. Ce qu’on a appris ici ? Que les matchs, on ne peut pas les revivre, donc il faut être prêtes. On le sera pour 2030, c’est une grosse expérience apprise ici, l’équipe ne sera pas très différente je pense, mais avec plus d’expérience. Il va y avoir les Championnats du monde bientôt, face à des équipes un peu moins fortes normalement, il faudra imposer notre jeu et garder l’intensité physique qu’on a su mettre contre la Suède. »
Clara Rozier (attaquante de la France) : « C’est le premier match où on joue vraiment 60 minutes, donc c’est positif. Les pénalités du premier tiers nous font mal, mais on va retenir une grosse performance contre une top nation. Dans notre tête, on pensait encore à l’égalité à trois équipes. C’était toujours un match serré, on voulait revenir vite au troisième tiers pour se laisser une chance. On va quand même chercher un point, ça fait plaisir. Ces Jeux ont été très enrichissants, c’est beaucoup d’expérience. On été happées par tout cela en début de tournoi, mais on a quand même tenu des grosses nations. On a beaucoup appris, maintenant on a un Mondial à aller chercher. C’est dur de trouver de la satisfaction dans une défaite, mais je pense qu’on a donné une bonne image. C’est une expérience incroyable à vivre. »
Estelle Duvin (attaquante de la France) : « On s’est parlé aux pauses, se dire qu’on pouvait revenir. On a commencé à provoquer des revirements, et on se disait d’aller chercher un but et de voir après. Le but c’est la conclusion du bon travail de toute l’équipe avec plusieurs minutes de bon travail, shift après shift, de l’intensité et des actions près de la cage. Nous n’avons pas eu le départ qu’on voulait contre l’Italie, nous n’avions pas montré nos valeurs. Mais on a réussi sur les autres matchs, sans jouer 60 minutes. Aujourd’hui c’était plus complet, dommage que ça ne paie pas. Il va falloir en tirer les leçons. On s’est bien dit ce qui n’allait pas, et le style de l’Allemagne se rapproche de la Suède donc nous étions prêtes à un match physique face à de gros gabarits. C’est sûr que ça a aidé, et on a l’habitude de les jouer. Le positif du tournoi ? C’est Alice, elle a fait un tournoi incroyable, avec plus de 40 tirs à tous les matchs. Si on arrive en prolongation c’est grâce à elle. Ce qu’il faut retenir, c’est de jouer soixante minutes, d’être prêtes aux duels, au jeu physique. Mais aussi de se faire confiance sur ces matchs-là, de ne pas se précipiter avec le palet. On n’était pas éliminées au dernier match, il fallait gagner de deux buts et espérer une égalité à trois pour les quarts, c’était une motivation forte. On a trouvé les ressources jusqu’à la fin, et on les a poussées dans leurs retranchements. Maintenant il va falloir se tourner vers les Championnats du monde. C’est une saison bizarre, parce que l’objectif était les Jeux olympiques. On a l’expérience de la Division 1A, et il va falloir s’appuyer sur l’expérience ici et essayer de passer à autre chose. »
Grégory Tarlé (entraineur de la France) : « L’objectif était de gagner de deux buts pour espérer une égalité à trois. On est battu de peu, face à une équipe mieux classée. C’était une belle bataille et on est pas récompensés. Je me satisfait des progrès défensifs, de la complémentarité entre nos défenseures et notre gardienne, c’est positif. Malgré cette défaite, le bilan global est positif. On a accroché tous nos matchs, même l’Italie où on est à 2-1 après deux tiers. Et face à des équipes qui ont l’habitude de ces gros matchs, c’est positif. Les poules A et B ? On constate que le niveau se resserre, on verra qui se qualifie mais même si le Canada et les États-Unis sont au-dessus, les équipes qui vont sortir de notre poule peuvent faire quelque chose en quarts. Un Allemagne-Finlande serait serré, par exemple. Ce qu’on a appris, c’est l’adversité, combattre à chaque duel, chaque présence, et on n’a pas ça dans les autres tournois. C’est aussi ces petites glaces qui ont amené ça. Il va falloir travailler les phases offensives, car je trouve que côté défensif il y a beaucoup de positif. Face à des nations qui prennent l’ascendant en possession, on aura peu d’occasion et je trouve qu’on a eu de bonnes chances. Les temps de jeu ? Les joueuses ont l’habitude d’enchaîner les matchs, quatre lignes auraient peut-être permis d’avoir plus de fraicheur mais je ne pense pas que ça ait joué au quatrième match. 2030 ? Beaucoup seront là dans quatre ans, a priori il n’y a pas d’arrêt de prévu. Pour certaines c’était la première grande compétition, comme Anaïs (Peyne-Dingival) même si elle était là au Mondial elle avait peu joué, ou Clémence (Boudin). La génération intermédiaire, Manon (Le Scodan), Jade (Barbirati), Lucie (Quarto) ont aussi pris beaucoup d’expérience. L’Italie, oui on s’attendait à ce qu’il jouent comme ça, on avait vu leurs matchs de préparation. Elles ont 8 imports… Alice Philbert ? Elle fait un tournoi fantastique, on savait qu’elle en était capable, et l’équipe a trouvé la manière d’être forte collectivemen devant elle. Oui, certains joueurs étaient dans l’émotion en quittant la glace, mais c’est normal, ce sont des compétitrices et il y a de la déception et de la frustration. Le Championnat du monde ? Je pense que ce sera l’un des plus durs depuis 2018 quand on voit l’adversité. Tout le monde peut gagner, et tout le monde peut descendre. »
Pour rappel, l’équipe de France jouera son Mondial de Division 1A à Budapest en Hongrie du 12 au 18 avril, face à la Hongrie, la Norvège, la Slovaquie, la Chine et l’Italie.

Allemagne – France 2-1 après prolongation (1-0, 0-0, 0-1, 1-0)
Lundi 9 février 2026 à 16h40 à Milano Rho. 3 632 spectateurs.
Arbitres : Melissa Doyle (USA) et Zuzana Svobodova (TCH) assistées d’Alexandra Clarke et Justine Todd (CAN).
Pénalités : Allemagne 6′ (2′, 2′, 2′, 0′) ; France 10′ (8′, 0′, 2′, 0′)
Tirs : Allemagne 47 (12, 18, 16, 1) ; France 14 (2, 5, 7, 0)
Récapitulatif du score
1-0 à 19’25” : Kluge assistée de Gleissner et Hadraschek (sup. num.)
1-1 à 48’21” : Duvin assistée de Le Scodan
2-1 à 61’07” : Jobst-Smith assistée de Lilli Welcke et Luisa Welcke
Allemagne
Attaquantes :
Emily Nix – Nicola Hadraschek – Laura Kluge (A)
Svenja Voigt (-1) – Lilli Welcke – Luisa Welcke
Jule Schiefer – Franziska Feldmeier – Celina Haider (2′)
Nina Christof – Anne Bartsch – Mathilda Heine
Défenseures :
Ronja Hark (A, 2′, -1) – Daria Gleissner (C, -1)
Carina Strobel (2′) – Katarina Jobst-Smith (+1)
Hanna Hoppe – Charlott Schaffrath
Gardienne :
Sandra Abstreiter
Remplaçantes : Lisa Hemmerle (G), Tara Schmitz (D). En réserve : Clara Schultes (G), Katharina Häckelsmiller (A).
France
Attaquantes :
Margot Huot-Marchand – Estelle Duvin (A, +1)– Clara Rozier (A, 4′)
Manon le Scodan (+1) – Jade Barbirati – Chloé Aurard-Bushee (2′)
Clémence Boudin (2′) – Lore Baudrit (C) – Anaïs Peyne-Dingival
Julia Mesplède (-1)
Défenseures :
Sophie Leclerc (+1) – Lea Villiot (2′, +1)
Lucie Quarto – Elina Zilliox
Gabrielle de Serres (-1) – Marie-Pierre Pélissou
Gardienne :
Alice Philbert
Remplaçante : Violette Pianel Couriaut (G), Léa Berger (D), Sehana Galbrun, Emma Nonnenmacher, Anaé Simon (A). En réserve : Margaux Mameri (G).









































