Le quatrième (la Finlande) et le cinquième (la Suisse) de la première phase ont paru d’un niveau assez proche jusqu’ici. La petite place d’écart a une grande importance dans cette formule du tournoi olympique puisque les quatre premiers arrivent reposés et affrontent une équipe qui a joué la veille en barrages.
Cette différence physique peut faire la différence sur la durée d’un match, mais la Nati y est sans doute la moins sensible. La troupe de Patrick Fischer a démontré ces dernières années la capacité à gérer des rencontres à l’économie en avant les phases finales, et c’est exactement ce qu’elle a fait hier contre une Italie qu’elle a en quelque sorte gérée d’une main, même si c’était déjà un match à élimination directe.
Une certaine incertitude règne donc. Ce que la Suisse a perdu, c’est Kevin Fiala qui s’est cassé la jambe, mais ses coéquipiers ont l’air déterminés à continuer l’aventure en son honneur.
Antti Pennanen a fait rentrer le malade Anton Lundell dans l’alignement et le polyvalent capitaine Mikael Granlund (qui avait manqué l’entraînement de lundi car il était malade) reprend donc sa place initiale à l’aile gauche de la première ligne après avoir dépanné au centre de la troisième.
Le début de match est extrêmement prudent et fermé. Une obstruction de Damien Riat sur Rantanen n’y change rien, la Finlande n’obtient rien pendant cette pénalité. Après sept minutes de jeu, le compteur de tirs affiche 1-0 pour la Suisse.
Certains pensent que la Finlande peut faire la différence par sa profondeur de banc avec son effectif 100% NHL. C’est le contraire qui se produit. La quatrième ligne suisse – qui aura en fait plus de temps de jeu que son homologue finlandaise – ouvre le score : le gardien Juuse Saros se fait voler le palet derrière la cage par Ken Jäger et celui-ci passe du revers en retrait à Damien Riat qui marque avant que la cage ouverte ne se referme. Une minute plus tard, Nino Niederreiter, diminué depuis un bout de temps par un épanchement d’eau dans le genou, marque enfin son premier but du tournoi par un puissant lancer du haut du cercle gauche. Cela fait subitement 2-0.
Antti Pennanen commence à mixer ses lignes avant la deuxième période. Il retire Sebastian Aho de son ex-partenaire Teräväinen (qui le traînait dans son marasme) et essaie de l’associer à un Rantanen dont on attend aussi mieux. Après un peu plus d’une minute, Anton Lundell cherche Eeto Luostarinen monté au poteau opposé, mais Roman Josi coupe superbement cette passe entre les deux champions NHL des Florida Panthers. L’action est symbolique de cet investissement défensif des Suisses qui leur donne ce petit d’avance nécessaire à évacuer les situations chaudes. Il y a toujours une crosse helvétique pour contrarier la Finlande, comme ce bâton salvateur de Jonas Siegenthaler venant contrer le tir de Mikko Rantanen, qui avait récupéré le palet en position idéale face à la cage (photo ci-dessous).
Les Leijonat sont en train de vivre le même sort que leurs homologues féminines, sorties par la Suisse en quart de finale. Ils dominent 16 tirs à 8 cette deuxième période un peu plus animée. Pour autant, ces tirs restent assez distants et la défense helvétique arrive à sortir les rebonds dangereux. Il n’y pas d’énorme occasion finlandaise, hormis deux tirs extérieurs de Miro Heiskanen. Le premier, en angle de la droite, est détourné par le masque de Genoni. Le second, plus lointain de la gauche, fait tinter le poteau après avoir été dévié sur la culotte d’un défenseur suisse (Moser).
Dès le début du troisième tiers-temps, Luostarinen charge Hischier dans la bande mais la Suisse temporise un peu pendant cette supériorité numérique. Le temps joue en sa faveur. Miro Heiskanen certes arrive à se présenter seul face à Genoni en attaque rapide, mais emmène trop loin son palet dans sa feinte (photo ci-dessous).
En avantage numérique après une obstruction de Moser sur Granlund, la Finlande déjoue totalement. Après un coup d’épaule, Mikko Rantanen se fait même voler le palet dans sa zone par Sandro Schmid qui se procure une occasion en contournant et débordant tout seul les deux stars offensives finlandaises (Rantanen et Aho). Difficile de faire plus symbolique que cette action sur la physionomie des 50 premières minutes !
Alors que tout semble fini, et que l’on se prépare déjà à la curée qui va survenir dans la presse finlandaise, voilà que Sebastian Aho relance le suspense à six minutes par une action strictement individuelle. Il entre en zone avec de la vitesse sur la droite et utilise Siegenthaler comme écran pour préparer un beau tir du poignet placé sous le bras droit de Genoni (1-2).
Ce but change l’ambiance. C’est maintenant la Suisse qui tremble. Elle ne fait plus que défendre tandis que les Finlandais sont revigorés. Leonardo Genoni effectue alors deux arrêts magistraux, du bouclier face à Rantanen tout seul devant la cage, et d’un réflexe sensationnel de l’épaule pour détourner un tir de Roope Hintz à destination de la lucarne proche.
Antti Pennanen sort son gardien et la Finlande s’installe pour jouer à 6 contre 5. En bloquant la crosse de Lehkonen dans l’enclave, le défenseur Jonas Siegenthaler laisse la sienne à ras glace… et dévie contre son camp un lancer non cadré de Heiskanen (2-2, photo ci-dessus).
On joue donc une prolongation à 3 contre 3. Pennanen y fait surtout confiance au trio Heiskanen-Aho-Rantanen, mais celui-ci manque ses passes et n’arrive à rien. A contrario, la passe croisée d’Anton Lundell en zone neutre élimine Kukan – le héros de la prolongation contre les Tchèques en poule – et envoie en échappée Artturi Lehkonen, qui crucifie Genoni côté mitaine (2-3).
Les joueurs à la croix blanche restent totalement immobiles, comme si le ciel s’était abattu sur leurs têtes. Les phases éliminatoires ne leur réussissent décidément pas aux JO. C’est une immense occasion de briller au firmament qui a été loupée, une de plus après les quatre finales mondiales perdues. La génération Josi/Genoni sait qu’elle n’aura jamais de médaille olympique, alors qu’un immense exploit lui tendait les bras. Le film de ces dernières minutes va repasser longtemps, très longtemps, dans tous les esprits…
Commentaires d’après-match :
Patrick Fischer (entraîneur de la Suisse) : « Je suis en colère. Nous voulions absolument gagner et nous avons tout fait correctement. Nous maîtrisions le match et nous l’avons laissé filer. C’est incroyablement frustrant et décevant. Ils ont trouvé le moyen de gagner. Nous savions qui était de l’autre côté, mais nous savions aussi qu’ils étaient à notre portée. Nous avons bien démarré, tout se déroulait selon le plan, et nous avons perdu. Cela n’a pas voulu réussir. C’est brutal. Nous voulions une médaille. Nous savions qu’une victoire nous rapprocherait beaucoup de cet objectif. »
Mikko Rantanen (attaquant de la Finlande) : « Cela montre la force du caractère de l’équipe. Elle n’a pas abandonné. À aucun moment, même si la situation semblait un peu mauvaise avant que Sepe [Sebastian Aho] ne marque. Lehkonen ? Un type avec le sang froid. Il n’y a pas grand-chose qui lui déstabilise la tête. Il a marqué le but de la victoire lors du match 6 de la Coupe Stanley [2022], aujourd’hui il a marqué le but gagnant. »
Artturi Lehkonen (attaquant de la Finlande) : « J’ai déjà connu ça [le face-à-face avec le gardien]. Par conséquent, c’est plus une question de mémoire musculaire. C’est soit en haut, soit long. Il n’y a pas beaucoup de temps pour réfléchir. On prend une décision et on la met en œuvre. C’est une énorme victoire. On parle d’un quarts de finale des Jeux Olympiques. Je n’ai jamais perdu la foi. Nous pensions que si nous continuions à pousser, nous aurions des occasions et pourrions renverser la situation. Beaucoup de joueurs ont pris la parole avant le troisième tiers, comme Mikke [Mikael Granlund] et bien sûr Sepe et tous les leaders. »

Finlande – Suisse 3-2 après prolongation (0-2, 0-0, 2-0, 1-0)
Mercredi 17 février 2026 à 18h10 à Milano Rho. 3090 spectateurs.
Arbitres : Michael Campbell et Gord Dwyer (CAN) assistés de Ryan Daisy (USA) et Libor Suchánek (TCH).
Pénalités : Finlande 4’ (0’, 2’, 2’, 0’) ; Suisse 4’ (2’, 0’, 2’, 0’)
Tirs : Finlande 31 (4, 16, 10, 1) ; Suisse 23 (5, 8, 10, 0).
Évolution du score :
0-1 à 14’14” : Riat assisté de Jäger
0-2 à 15’26” : Niederreiter assisté de Suter et Kurashev
1-2 à 53’54” : Aho assisté de Luostarinen et Lindell
2-2 à 58’48” : Heiskanen assisté de Hintz et Rantanen
3-2 à 63’23” : Lehkonen assisté de Lundell et Lindell
Finlande
Attaquants :
Mikael Granlund (C, +1) – Roope Hintz (+1) – Mikko Rantanen (A, +1)
Artturi Lehkonen (+2, 2’) – Sebastian Aho (A, +2) – Teuvo Teräväinen
Eetu Luostarinen (2’) – Anton Lundell – Kaapo Kakko (-1)
Eeli Tolvanen (-1) – Erik Haula (-1) – Joel Armia
Défenseurs :
Miro Heiskanen (+2) – Esa Lindell (+1)
Niko Mikkola (-1) – Rasmus Ristolainen (-2)
Olli Määttä – Nikolas Matinpalo
Henri Jokiharju
Gardien :
Juuse Saros [sorti de 57’33” à 58’48”]
Remplaçants : Joonas Korpisalo (G), Joel Kiviranta (A). En réserve : Kevin Lankinen (G), Mikko Lehtonen (D), Oliver Kapanen (A).
Suisse
Attaquants :
Philipp Kurashev (+1) – Nico Hischier (A) – Timo Meier
Sven Andrighetto (-2) – Pius Suter (-2) – Nino Niederreiter
Christoph Bertschy – Calvin Thürkauf (-1) – Sandro Schmid (-1)
Simon Knak (+1) – Ken Jäger (+1) – Damien Riat (+1, 2’)
Défenseurs :
Roman Josi (C) – Janis Moser (+1, 2’)
Jonas Siegenthaler (-1) – Dean Kukan (-2)
Andrea Glauser (A) – Christian Marti (+1)
Michael Fora (+1)
Gardien :
Leonardo Genoni [sorti de 19’58” à 20’00”]
Remplaçants : Reto Berra (G), Tim Berni (D). En réserve : Akira Schmid (G). Blessés : Kevin Fiala (A, fracture du tibia gauche), Denis Malgin (A, épaule)













































