Le terme d’exploit était peut-être un peu galvaudé pour parler de la victoire de l’Allemagne sur les États-Unis, une performance qui a déjà eu lieu et qu’on savait possible. En revanche, voir l’Italie gagner son premier match serait une vraie surprise : elle est revenue du bout du patin dans l’élite mondiale, presque en s’excusant d’être invitée dans cette fête de la haute société dont elle n’a pas le sentiment de faire partie.
L’Italie a pourtant bien besoin de points car ce championnat du monde a déjà mal commencé pour elle avant même qu’elle ne foule la glace. L’Allemagne est déjà propulsée vers la course aux quarts de finale. Et surtout la Lettonie, dernier adversaire restant pour le maintien, a battu le Danemark, qui est protégé et ne peut pas descendre en tant que prochain organisateur.

L’essentiel pour les Slovaques est d’inscrire le premier but, et la fébrilité italienne peut les y aider. Une erreur à la ligne bleue permet à Michal Sersen de partir en contre-attaque, rattrapé à temps par Marchetti. Dès la septième minute, le défenseur Adam Jánošík entre en zone en perçant la défense italienne avec détermination et envoie un lancer fort dans les bottes d’Andreas Bernard. Michel Miklík exploite le rebond avec l’opportunisme qu’on attend de lui. L’Italie a une énorme occasion d’égaliser grâce à une magnifique passe aveugle du revers d’Alex Lambacher pour Daniel Frank, mais son tir échoue dans la jambière droite de Hudáček. On en reste donc à 1-0, et un Miklík insistant est tout près de mettre le 2-0 en jeu de puissance.
Encore une victoire minimale pour la Slovaquie. Le plan de jeu est conforme. L’Italie est obligée de se découvrir et laisse des espaces. Son gardien Anderas Bernard signe un poke-check parfait sur un breakaway de Libor Hudáček. Une telle occasion manquée peut toujours laissée des regrets. Une minute plus tard, Luca Frigo tire en angle fermé et Giovanni Morini trouve un trou de souris sur le rebond (1-1, 35’06 »).

Mentalement, les Transalpins sont libérés et presque guillerets, les Slovaques plombés. Avec les minutes qui passent, les Italiens se dégagent inlassablement dans un festival de palets flippés ou envoyés dans la bande, en évitant toujours les dégagements interdits. La Slovaquie se désespère et ne donne pas l’impression d’avoir la volonté de revenir à la charge.
Ce spectacle consterne les nombreux spectateurs slovaques. Ils sont nombreux en position de prière, mains jointes devant la bouche. On a l’impression d’assister à une procession, et même plutôt à un enterrement, celui du hockey slovaque ! Ci-gît l’ancien champion du monde 2002… Plusieurs ont les yeux rougis, les larmes commencent à perler. Pourtant, il reste du temps à jouer, mais l’attitude de l’équipe semble annoncer le désastre.

Dans la prolongation à 3 contre 3, l’Italie a encore une arme, la vitesse de Scandella. Morini lance l’Italo-Canadien en échappée, mais il échoue dans les bottes de frère Július. La Slovaquie remporte la victoire sur un tir en lucarne de Peter Čerešnák, grâce au travail de Dávid Skokan qui masque le gardien (3-2, 62’45 »). Le hockey slovaque n’est pas encore enterré. Mais il est peut-être prématuré d’annoncer sa résurrection. Une larme coule maintenant sur la joue d’un petit garçon italien en tribune…
S’ensuit le premier couac du Mondial : ce n’est pas l’hymne slovaque qui résonne mais l’hymne slovène… Les sifflets des supporters slovaques ne sont donc pas destinés à leur équipe. Les joueurs sont interloqués. La journée aura décidément été riche en péripéties…
Désignés joueurs du match : Michal Čajkovský pour la Slovaquie et Andreas Bernard pour l’Italie.
Commentaires d’après-match
Stefan Mair (entraîneur de l’Italie) : « Malheureusement nous avons peu d’alternatives au centre pour les mises au jeu qui comptent. Quand on perd trois engagements de suite à la fin, on risque des tirs de la bleue avec déviation ou rebond. Un peu comme contre les États-Unis à Milan, avec un grand public dans une grande aréna, nous étions trop respectueux et timorés au début, mais ensuite nous avons eu le courage de jouer et de faire voir de beaux jeux. Ils ont certes plus tiré à la cage, mais ils n’ont pas eu tellement de tirs dans le slot. Un très grand Andy Bernard, mais aussi une grande discipline tactique. On a bien réussi à ralentir leurs attaques en zone neutre. C’est seulement ainsi, en jouant compact, qu’on peut survivre à ce niveau. »
Giovanni Morini (attaquant de l’Italie) : « Nous sommes très déçus. La Slovaquie a poussé au début, nous étions en difficulté. Je suis satisfait de ce qu’on a montré deux derniers tiers. Mener 2-1 à une minute de la fin et perdre ainsi la partie fait mal. On a donné tant, on a perdu pour des petites choses, peut-être par inexpérience, c’est vraiment pesant. Je suis déçu d’avoir perdu ce maudit face-off à la dernière minute. »
Július Šupler (ex-sélectionneur revenu comme entraîneur-adjoint de la Slovaquie) : « C’était difficile pour nous d’entrer le tournoi. Les gars avaient plus d’énergie qu’il n’aurait été optimal. Nous aurions pu décider le match en première période. Au deuxième tiers, nous avons bien joué, nous étions beaucoup dans les bandes et derrière le but. Au troisième tiers, quand nous avons été menés, nous devions marquer et nous avons réduit l’alignement à trois lignes. J’apprécie cette victoire en prolongation, c’est une nouvelle équipe avec neuf nouveaux. Il faut garder les doigts croisés et espérer que notre performaance s’améliorera. »
Slovaquie – Italie 3-2 (1-0, 0-1, 1-1, 1-0)
Samedi 6 mai 2017 à 16h15 à la Lanxess Arena de Cologne. 12229 spectateurs.
Arbitrage d’Olivier Gouin (CAN) et Antonín Jeřábek (TCH) assistés de Joep Leermakers (HOL) et Aleksandr Otmakhov (RUS).
Pénalités : Slovaquie 2′ (0′, 2′, 0′, 0′) ; Italie 8′ (2′, 6′, 0′, 0′).
Tirs : Slovaquie 32 (8, 13, 10, 1) ; Italie 19 (4, 7, 6, 2).
Évolution du score :
1-0 à 06’58 » : Miklík assisté de Jánošík et Čerešnák
1-1 à 35’06 » : Morini assisté de Frigo
1-2 à 42’41 » : Frigo assisté de Scandella
2-2 à 58’56 » : L. Hudáček assisté de Miklík et Sersen
3-2 à 62’45 » : Čerešnák assisté de Bližňák et Skokan
Slovaquie
Attaquants :
Dávid Skokan (-1) – Libor Hudáček (+1) – Vladimir Dravecký (C, -1)
Marcel Haščák (+2) – Mário Bližňák (+1) – Michel Miklík (A, +2)
Andrej Kudrna – Lukáš Cingeľ – Tomáš Hrnka
Pavol Skalický – Jakub Suja – Andrej Šťastný
Défenseurs :
Michal Sersen (-1) – Michal Čajkovský (-2)
Adam Jánošík (+1) – Peter Čerešnák (+2)
Juraj Mikuš (A) – Martin Gernát (2′)
Peter Trška – Eduard Šedivý
Gardien :
Július Hudáček [sorti de 58’26 » à 58’56 »]
Remplaçant : Jan Laco (G). En réserve : Jaroslav Janus (G).
Italie (2′ pour surnombre)
Attaquants :
Luca Frigo (+2) – Giovanni Morini (2′) – Giulio Scandella
Marco Insam (-2) – Anton Bernard (C, -1) – Tommaso Traversa (-1)
Simon Kostner – Raphael Andergassen – Diego Kostner (A)
Daniel Frank – Tommaso Goi – Alex Lambacher (4′)
Défenseurs :
Luca Zanatta (+1) – Thomas Larkin (-1)
Armin Helfer (A) – Armin Hofer
Stefano Marchetti (-1) – Alexander Egger
Daniel Glira [4 présences], Enrico Miglioranzi [1 présence]
Gardien :
Andreas Bernard
Remplaçant : Frédéric Cloutier (G). En réserve : Gianluca Vallini (G), Markus Gander.









































