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Bilan de KHL (III) : de beaux défis et des révélations

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Du plus étrange au plus improbable, cette troisième partie du bilan KHL nous emmène jusqu’en Chine au rythme d’histoires parfois étonnantes, en s’intéressant aux équipes éliminées au premier tour des play-offs.

 

Dynamo Minsk (9e) : intérêts divergents

LINGLET Charles 160507 887Si l’équipe nationale du Bélarus est parfois déprimante à voir jouer, le Dynamo Minsk a de quoi susciter plus d’enthousiasme de la part de ses nombreux supporters. Il n’est certes pas un modèle de constance et a ses mauvais jours, mais dans ses bons jours, il est redoutable, ne baissant jamais les bras avec peu de points faibles et de belles qualités individuelles.

Une belle cinquième place de conférence a couronné la saison, et la série contre le Lokomotiv Yaroslavl paraissait la plus ouverte à l’Ouest. Malheureusement, le gardien Ben Scrivens ne s’y est pas montré à son meilleur niveau. Le Canadien, sans doute la principale star du club, est parfois un peu lent à jouer le palet derrière sa cage. Ses défenseurs ont aussi tendance à perdre le contrôle du puck sous la pression, et le Loko a su exploiter cette faille en les poussant à la faute. Malgré l’élimination, le bilan sportif reste satisfaisant.

Néanmoins, les intérêts du Dynamo et de la sélection nationale continuent de diverger. En décembre, le club a coupé dans ses dépenses en écartant trois gros salaires aux performances jugées moyennes : le défenseur tchèque Lukas Krajicek et surtout les naturalisés Nick Bailen et Charles Linglet. On se demandait alors si ces deux joueurs, une fois chassés du pays et avec une perspective olympique refermée, mettraient le même entrain à revêtir le maillot biélorusse. C’est toujours le cas pour un Linglet reconnaissant et nullement rancunier, mais pas pour l’instant pour Bailen, sans qui la défense du Bélarus reste faible.

Les dommages collatéraux peuvent survenir dans les deux sens : après la piètre prestation aux championnats du monde, le président de la République, Aleksandr Loukatchenko, a réclamé que le Dynamo ait moins d’étrangers. Rester à ce niveau de performance serait alors compliqué.

 

Torpedo Nijni Novgorod (10e) : quelques bêtises coupables en play-offs

ZHERDEV Nikolai 120520 363Le système de jeu de l’entraîneur letton Peteris Skudra est agressif et intensif en patinage sans palet. Il n’a pas toujours fonctionné offensivement, faute de buteur efficace, mais a été solide défensivement. Quelque mérite en revient aux gardiens Ilya Proskuryakov, auteur d’un excellent début de saison, et Mikhaïl Biryukov, qui a bien suppléé le décevant Kasutin en arrivant en décembre.

Dommage que ces deux portiers aient commis deux erreurs en play-offs contre le Dynamo Moscou : Biryukov a encaissé un but de la ligne rouge au premier match, et Proskuryakov n’a pas contrôlé un palet facile en prolongation du quatrième match. Or, la moindre erreur était capitale dans cette série où quatre manches sur cinq sont allées jusqu’au temps supplémentaire.

Le Torpedo a terminé avec un effectif diminué. Les ex-joueurs de NHL Aleksandr Frolov et Nikolai Zherdev ont été écartés par choix du coach, pour des faits de jeu. Deux éléments importants se sont blessés, l’attaquant Vladimir Galuzin en troisième période du match 4 et le défenseur Dmitry Shulenin… en s’échauffant avant le dernier match. Il s’est cassé deux orteils contre un banc en essayant d’atteindre la balle en jouant au football. Le prix de la blessure la plus idiote sera donc le seul trophée de la saison du Torpedo.

 

Traktor Chelyabinsk (11e) : une nouvelle identité de jeu

DSC 1831Le Traktor Chelyabinsk a fait un retour remarqué dans le haut du tableau en se construisant une nouvelle identité : un hockey défensif et physique. Ce style de jeu convenait comme un gant au Canadien Paul Szczechura, devenu le nouveau leader offensif, mais moins aux joueurs tchèques qui ont progressivement perdu en influence.

S’il ne doit en rester qu’un, ce sera celui-là : moins entouré de compatriotes tchèques, le gardien Pavel Francouz (photo) se disait « désespéré par moments » que le jeune Vasily Demchenko lui soit préféré au Traktor en début de saison. Il a fini par se faire à l’alternance systématique mise en place, puisqu’il a dominé toutes les statistiques en saison régulière. Solidifié par cette concurrence, Francouz a pris la place de numéro 1 dans les cages de la République tchèque et l’a défendue face à Mrázek.

Le Traktor a abordé les play-offs à l’Est en position de tête de série, mais s’est incliné au premier tour contre le Barys Astana. L’affrontement entre les deux équipes, très défensif et peu spectaculaire, aura tout de même apporté un élément encourageant : Vitali Kravtsov y est devenu le plus jeune bureur de la courte histoire des play-offs de KHL, à 17 ans et 2 mois, plus précoce que les anciens prodiges de Chelyabinsk, Kuznetsov et Nichushkin. À suivre…

 

Vityaz Podolsk (12e) : une saison au poil

AFINOGENOV Maxim 100516 608En plus du Traktor, il y a une autre équipe de KHL dont le jeu était en net progrès cette saison : le Vityaz Podolsk. Longtemps adjoint de Bilyaletdinov à Kazan, Valeri Belov a mis en place un système au positionnement très précis dans le jeu sans palet, et capable de doser la patience et l’agressivité selon l’adversaire.

Le succès du système s’est incliné individuellement dans tous les joueurs. L’expérimenté Aleksei Kopeikin, dont les tirs en angle fermé sont redoutables, a battu son record de carrière avec 51 points, de quoi donner des regrets au Sibir qui avait laissé partir son ancien capitaine. Et qui eût cru que le vieux Maksim Afinogenov, que Belov aurait insisté pour garder car il saurait utiliser sa vitesse, inscrirait 47 points à 37 ans ?

Chose encore plus rare dans la KHL, les cinq étrangers ont tous donné satisfaction : les attaquants Miro Aaltonen, Mario Kempe et Roman Horak, le défenseur Jakub Jerabek et, pour sa troisième saison, le gardien Harri Säteri. Ils ont tous pris de la valeur avec cette bonne saison… et ont tous signé dans des franchies NHL pour l’an prochain.

Les spectateurs de Podolsk, plus nombreux avec l’amélioration des résultats, ont donc enfin eu droit eux aussi aux play-offs de la KHL. Les dirigeants les ont remerciés avec des billets bon marché, à 8 euros pour les meilleures places. Ils se sont arrachés et les queues furent mémorables. L’élégant président du club Mikhaïl Golovkov a tenu à marquer l’évènement à sa manière : dans son costume impeccable, il était mal rasé pour observer la même tradition que ses joueurs. Mais face au tout puissant SKA, les barbes de play-offs n’ont pas poussé bien longtemps : quatre manches sans rémission. Malgré l’ultime lourde défaite 1-7, le public a réservé une ovation méritée à son équipe pour l’ensemble de sa saison.

 

Jokerit Helsinki (13e) : irrégulier mais toujours présent

JAAKOLA Topi 160519 052Après avoir changé d’entraîneur (Jukka Jalonen a remplacé l’autre ex-sélectionneur finlandais Westerlund), les Jokerit ont semblé perdre la stabilité qui faisait leur force. Ils restaient capables de grandes performances, mais aussi de prestations catastrophiques. Le centre danois Peter Regin est resté à très bon niveau, mais s’est senti bien plus isolé. Et on ne comprend guère comment le solide défenseur titulaire de l’équipe de Finlande, Topi Jaakola, a pu finir avec une fiche si épouvantable (-19 en saison régulière et -4 en play-offs).

Le comble de l’irrégularité a été atteint au mois de janvier : les Jokerit y ont battu deux fois le futur champion SKA, mais n’a gagné qu’une seule des onze autres rencontres face à des adversaires théoriquement plus abordables. Ils n’avaient alors même plus leur destin en mains pour la qualification en play-offs, menacée par Sotchi.

Les Finlandais ont finalement sauvé la 8e place de la Conférence Ouest, et se sont retrouvés face au CSKA. Le système compact de Jukka Jalonen a certes permis de tenir tête au vainqueur de la saison régulière (avec trois rencontres en prolongation), mais il a été trop inoffensif en attaque pour décrocher la moindre victoire.

Certains pensaient que l’aventure KHL se terminerait là du fait d’un attrait de la nouveauté dissipé et d’un intérêt amoindri, mais Harry Harkimo a confirmé que le club s’était ré-engagé pour 5 ans dans la ligue russe, où il passera donc ses festivités du cinquantenaire.

 

Salavat Yulaev Ufa (14e) : les ambitions plombées

OMARK Linus 160519 934Les ambitions de jeu rapide et spectaculaire de l’entraîneur Igor Zakharkin ont été plombées toute la saison par les blessures de joueurs-clés : Soïn en permanence, Grigorenko en début de saison, Hartikainen et les deux Makarov pour les play-offs. Surtout, le centre suédois Andreas Engqvist ne s’est jamais remis de sa blessure au dos en septembre, et on a mis fin à son contrat trois mois plus tard. Le remplaçant arrivé très tardivement, Tomas Mertl, n’était pas à son niveau, et Zakharkin s’est plaint jusqu’à la fin de ne pas avoir deux véritables premières lignes offensives à disposition.

Orphelins d’un véritable premier centre, les deux ailiers Linus Omark – revenu pour les play-offs avec une jambe tout juste déplâtrée – et Kirill Kaprizov ont pourtant connu une belle saison. On peut même parler de révélation dans le cas de Kaprizov, qui était considéré comme un talent techniquement doué mais pas exceptionnel. Il a pourtant battu les records de points et de buts en KHL pour un junior (records détenus jusque là par Kuznetsov). Malgré sa petite taille, il n’hésite pas à se frotter à plus grand que lui dans les coins.

Si la saison du Salavat a connu beaucoup de creux, c’est aussi à cause de gardiens chancelants. Sous les 90% d’arrêts en saison régulière, Niklas Svedberg n’inspirait toujours pas confiance à ses équipiers qui « réclamaient » parfois sa doublure Andrei Gavrilov : ce dernier a néanmoins des défauts techniques, il joue avec courage et agressivité mais sort si loin de sa cage qu’il devient une proie facile pour les rebonds. Et pourtant, de manière inexplicable, Svedberg est encore devenu performant en play-offs, comme l’an passé.

Les play-offs, Ufa a pourtant failli les rater. Une série de neuf défaites a été arrêtée in extremis à l’avant-dernier match contre Kazan : suffisant pour retrouver ce même adversaire de toujours au premier tour. Les Bachkires ont livré une opposition digne, mais sans espérer renverser la hiérarchie. Plusieurs fois au bord du licenciement, Zakharkin a alors remis sa démission, attendue car il jugeait le manager Leonid Veisfeld trop peu à l’écoute de ses doléances et des besoins de l’équipe en cours de saison.

Mais ce qui navre les fans, c’est le départ de Kaprizov au CSKA Moscou. C’est la première fois qu’un club ambitieux laisse partir un espoir de ce calibre chez un concurrent. Rien ne l’obligeait puisque les jeunes sont sous contrat. Mais ce transfert apparaît « forcé » par des intérêts supérieurs. En effet, le bailleurs du fonds du CSKA, la compagnie pétrolière Rosneft, a racheté en octobre Bashneft, sponsor principal du Salavat… Ce transfert symbolise donc l’hégémonie de deux gros clubs (CSKA et SKA) sur la KHL, qui devient de plus en plus étouffante.

 

Admiral Vladivostok (15e) : coup de foudre immédiat sur la glace

admiralL’Admiral a été porté dès le début de saison par un duo offensif. L’ailier Robert Sabolic a toujours eu un bon lancer, mais on sait qu’il a besoin d’une bonne interaction, comme il l’a en équipe de Slovénie avec ses collègues d’enfance Ticar et Jeglic. Or, dès qu’il a été placé avec Vladimir Tkachyov, centre de 21 ans qui n’avait presque pas joué en KHL (quatre apparitions), ce fut le banco. Ils se comprenaient parfaitement sur la glace. Le centre technique Tkachyov est ainsi devenu le rookie de l’année avec ce partenaire idéal.

Le succès de Vladivostok n’a pas négligé la défense. Doté de bonnes statistiques, le gardien Igor Bobkov a rendu hommage aux nombreux tirs bloqués par ses défenseurs. Et dans ce domaine, le maître a été Anton Volchenkov : c’était déjà son point fort quand il évoluait en KHL, mais on ne s’attendait peut-être pas à ce solide retour au jeu à 34 ans après une annnée sabbatique.

La qualification de l’Admiral a été obtenue de peu, mais il n’a pas été un adversaire si facile en play-offs, du moins sur sa petite glace. En l’absence de Sabolic blessé, Maksim Kazakov a été le buteur majeur en plantant cinq fois dans les filets d’Omsk (son club formateur qui l’avait rejeté en début de saison). L’Avangard a donc été battu deux fois au bord de la mer de Chine, mais en revenant pour le match 6, il s’était adapté en jouant plus physique et est sorti vainqueur.

 

Red Star Kunlun (16e) : l’improbable challenge

FLEURY Damien 150503 624Le projet d’équipe chinoise en KHL a été soutenu au plus haut niveau par deux gouvernements, la Russie et la Chine. Pour autant, réussir la greffe auprès de la base est un tout autre défi. Petite-fille d’un général de la guerre russo-japonaise, mais ayant grandi aux États-Unis où elle a été diplômée de l’université Columbia, la présidente du club Emma Liao sait que son défi principal réside dans le marekting. Elle vise avant tout les étrangers, les étudiants, mais aussi les fans des deux sports qui ont pris une longueur d’avance dans leur développement dans l’Empire du Milieu, le football et le basket.

Le public chinois reste plutôt interloqué actuellement, surtout à Shanghai où les tribunes sont restées vides. Se concentrer sur la ville olympique Pékin pourrait aider une organisation encore balbutiante. Quant au développement des jeunes Chinois, il reste embryonnaire. Le principal espoir local Rudi Ying a appris le hockey sur les patinoires des centres commerciaux de Pékin avant de partir pour Chicago à 9 ans. C’est une vedette en Chine parce que son grand-père Ruocheng Ying (Le Dernier Empereur) et son père Da Ying (Adieu ma concubine) sont des acteurs célèbres. Ses 65 minutes de temps de jeu cumulé sur la saison sont toutefois restées discrètes avec une fiche de -1, 2 minutes de pénalité, 3 tirs cadrés, 1 tir bloqué et 3 mises en échec, mais il n’a après tout que 18 ans.

La réussite de cette première saison tient dans la combinaison rapide de cette troupe multiculturelle. Elle a été particulièrement efficace en avantage numérique avec les lancers des défenseurs finlandais (Tuukka Mäntylä, Janne Jalasvaara…) à la ligne bleue et plutôt des attaquants nord-américains pour conclure (Chad Rau, Sean Collins). Le Français Damien Fleury y est parvenu à l’occasion mais n’a pas eu son meilleur rendement aux tirs (6,8% seulement).

L’entraîneur russe Vladimir Yurzinov a fait le plus difficile en construisant une équipe à partir de rien, et Mike Keenan, réticent à relever ce challenge improbable l’an dernier, pourrait tirer les marrons du feu en le remplaçant désormais. Le Canadien, engagé dans la perspective du projet olympique de 2022, a déjà reçu un objectif sérieux pour la saison prochaine selon le communiqué du club : passer un tour en play-offs.