Amiens – Rouen (Ligue Magnus, 28e journée)

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Dernier match de l’année civile au Coliséum, et un adversaire de taille se dressait sur le chemin des Gothiques, le leader et ennemi rouennais. Deux jours après la défaite à Angers et la perte de Philippe Halley, les chances n’étaient pas forcément du côté samarien. Mais les absences de Guttig et Chakiachvili venaient équilibrer les débats. Les supporters rouennais s’étaient déplacés en masse, et le duel s’annonçait intense sur la glace et dans les tribunes.

Les locaux rentraient dans le match tels qu’ils l’avaient annoncé : une très grosse intensité dans le jeu. Cela s’avérait payant rapidement, car Matima ouvrait le score sur le premier lancer du match. Un superbe travail de Maïa derrière la cage permettait de trouver Trabucco au poteau, qui remettait dans l’axe pour Matima, qui lançait sans contrôle (1-0, 1’55).

L’intensité mise par les Gothiques n’était pas assez maîtrisée, et Plouffe devait s’asseoir en prison pour douze minutes, ayant été pénalisé de charge à retardement. Les Rouennais, dépassés par la fougue amiénoise, auraient pu en profiter pour égaliser, quand Aleardi tentait de trouver Koivisto seul dans l’axe. Heureusement pour les locaux, l’un des meilleurs joueurs de l’épopée de CHL ratait sa passe et le score en restait là.

Les hommes de Mario Richer étaient survoltés, et quasiment chaque action se terminait par un shoot dangereux. Ils se découvraient cependant un peu trop et cela profitaient aux Dragons qui s’en donnaient à cœur joie, et profitaient des espaces laissés pour contre-attaquer. Aleardi, encore lui, combinait en une-deux, mais son lancer, qui se dirigeait dans le lucarne, trouvait la mitaine d’un Buysse très concentré.

Privés de Halley, le premier bloc répondait tout de même présent. Tout en mouvement, Romand et Giroux combinaient, et ce dernier servait Anderson à la bleue. Dans le même temps, Romand se précipitait à la cage pour faire écran, et le défenseur en profitait pour tenter sa chance, mais Pintaric répondait à Buysse dans ce match riche en occasions.

Rouen reprenait un peu le dessus en fin de tiers, et les Amiénois étaient pénalisés stupidement pour surnombre. Il n’en fallait pas plus aux joueurs de Fabrice Lhenry : Lampérier déviait un lancer à ras de glace dans le trafic de Roy et ramenait les siens à égalité (1-1, 18’25). L’international français récidivait d’entrée de second tiers, sur une situation très similaire. Louis Olive était pénalisé, et le jeu de supériorité rouennais se mettait en place rapidement. Miklik, servi par Roy, lançait très fort, et Lampérier mettait sa crosse en opposition. Cette déviation surprenait Buysse, et le palet trouvait la lucarne (1-2, 23’28).

Ce but mettait un coup derrière la tête des locaux, qui auraient pu être devant au tableau d’affichage, mais qui se retrouvaient à courir après le score. D’autant que la difficulté de marquer contre Pintaric devait certainement installer le doute dans les têtes. Un temps fort des Dragons suivait, et les Gothiques devaient faire le dos rond pour ne pas encaisser plus de buts.

Des éclairs amiénois survenaient, quand Maïa, Trabucco et Matima profitaient d’un mauvais changement pour partir en trois contre un.  Un très beau « tic-tac-toe », et Maïa, servi dans la course par Matima, voyait son lancer trop excentré terminer sa course dans le plastron de Pintaric. D’autant que sur le temps fort suivant, Rouen trouvait la faille une troisième fois, et montrait comment, dans un jour un peu moins brillant, les grandes équipes savent trouver la faille au meilleur moment. Un cafouillage devant la cage, et Buysse perdait le palet des yeux. Miklik récupérait la rondelle, et en partie avec de la chance, et en partie avec l’aide de Buysse, voyait le palet terminer sa course au fond des filets (1-3, 32’13).

Assommés, les Picards tentaient de reprendre pied dans ce match pourtant si bien parti en reprenant la formule qui avait fonctionné jusque là : « travailler fort ». Cette notion était très bien représentée par Suire, qui emmenait son équipe vers le haut, et comme souvent lors des dernières sorties amiénoises, c’est Da Costa qui montrait la voie. En supériorité numérique, West lançait et Da Costa prenait le rebond et crucifiait Pintaric à bout portant, et redonnait espoir au siens, et au public, que le troisième but Rouennais avait complètement éteint (2-3, 39’08).

Les nombreuses occasions ratées dans le troisième tiers laissaient entrevoir une victoire de Rouen « avec la chance du champion ». D’abord, lorsque le lancer de Plouffe, après avoir touché le poteau, était freiné puis dégagé sur la ligne de but. Ensuite, lorsque le lancer d’Edwards trouvait le poteau d’un Pintaric complètement battu. D’autant que les Rouennais l’avaient prouvé dans le second tiers, ils n’avaient pas besoin de nombreuses occasions pour marquer. Cela a failli se répéter quand Thinel déviait un lancer à ras de glace de Brodeur, mais Buysse se rattrapait de sa légère bourde qui avait offert le troisième but.

Le salut des hommes de Mario Richer venait grâce à l’imprévisible Aleardi. Talentueux, mais au tempérament de feu, il avait déjà été fautif lors de la réduction du score amiénoise. Il l’était encore, quand, lors d’une pénalité différée, il faisait trébucher un Amiénois et offrait une double supériorité avec trois minutes à jouer. Il ne fallait que deux seconde aux Samariens pour concrétiser et égaliser, par West, qui montrait encore son importance dans l’effectif amiénois (3-3, 56’56).

Un point de pris face à l’armada rouennaise, cela ressemblait déjà à une victoire après le scénario du match. Mais, les Gothiques, une fois de plus aidés par Alardi, mais aussi par la « bienveillance arbitrale », profitaient d’une supériorité numérique pour terminer ce match. Sur une contre-attaque, Maïa trouvait le Canadien au deuxième poteau qui s’offrait un doublé. (4-3, 62’15).

Deux points remportés contre les Dragons, après un match digne des play-offs, les Gothiques tiennent enfin leur victoire contre « un gros ». Une première victoire en championnat contre l’ennemi depuis un 8-6 incroyable de décembre 2015, soit trois ans plus tard. Une bien belle façon de finir l’année 2018, et de commencer 2019, avant de se rendre à Nice et de recevoir Grenoble pour le premier match de l’année au Coliséum.

Réactions d’après match :

Mario Richer (entraîneur d’Amiens) : « C’est un derby, c’est une équipe voisine et la grosse formation de la Ligue. C’est toujours important de pouvoir gagner contre eux. La satisfaction ne vient pas de battre le premier mais de battre Rouen qui est le principal adversaire. Les partisans veulent toujours gagner contre Rouen, la fierté est encore plus grande.
Je ne sais pas ce qu’en pensent les autres, je ne me concentre pas sur eux. Pour nous, c’était important de construire notre progression. On a été dans leur zone toute la troisième période, on a continué d’être très acharné, même si on a joué à huit attaquants. C’était un match très intense, on a travaillé fort pour aller chercher le match. C’est l’équipe que l’on veut, une équipe qui travaille du début jusqu’à la fin. Le congé de deux jours va faire du bien avant des matches contre Nice, Grenoble et Mulhouse, trois matches en six jours avec deux longs voyages.
Oui, on travaille fort sur cet aspect (les ressources mentales). On va essayer de continuer là-dessus, il faut qu’on affiche un visage acharné. Il fallait oublier la défaite à Angers et prendre les matches les uns après les autres.
On a profité de nos avantages numériques à la fin du match. Parfois, il faut savoir être patient. Le match s’est joué là-dessus. Il y a eu cinq buts en avantage numérique sur cette rencontre, preuve qu’on ne sait jamais ce qui va se passer dans le hockey. »

Fabrice Lhenry (entraîneur de Rouen) : « Mon premier sentiment c’est qu’on n’est pas rentré dans le match avec la même intensité qu’Amiens. On a été un peu en retard partout sur le premier tiers. Amiens a travaillé très fort et on arrive à sortir quand même à 1-1 alors qu’on a eu deux chances de marquer. On pouvait s’estimer heureux. Ensuite, on a fait une très bonne deuxième période, où l’intensité était là. Après, malheureusement, c’est un peu l’arbitrage qui a fait la décision du match, et je le regrette. On n’a pas perdu à cause de ça, mais j’ai trouvé que les décisions n’étaient pas similaires pour les mêmes fautes. C’est ça qui est frustrant. Que l’on prenne des pénalités, ça ne me gêne pas, mais quand il y a deux fautes similaires, des deux côtés, mais qu’une seule est sifflée… Si les arbitres ont une ligne de conduite dès le début du match, ils doivent la tenir jusqu’au bout.
Amiens a mérité sa victoire. Ils ont été intenses du début à la fin, et ils ont su concrétiser leurs powerplays. On savait que venir jouer ici, ce n’était pas facile. Ils sont quand même troisièmes, et ils méritent cette place. On s’attendait à un gros match, et, de toute façon, il n’y a pas de match facile. Il y a forcément de la frustration que ça se finisse comme ça, mais Amiens a mérité ces deux points. On n’est pas foncièrement tombé sur plus fort parce que je pense que le match a été équilibré. Amiens a eu ses moments forts, nous aussi. Amiens a bien démarré, mais derrière j’ai trouvé qu’on gérait bien aussi le troisième tiers. Il y a eu ces faits de jeu à la fin qui nous pénalisent, et c’est comme ça qu’Amiens a réussi à avoir cette victoire.
Alex (Aleardi) est frustré parce qu’il subit beaucoup de coups. Il porte énormément le palet, il prend beaucoup de coups, et il n’y eu aucune faute sifflée contre lui ! Au bout d’un moment, il est frustré. C’est sûr qu’on essaye de le canaliser, mais ce n’est jamais évident de se contrôler dans des matches importants comme ça. On travaille dessus, il l’a reconnu, mais c’est dommage qu’il n’y ait pas eu les mêmes fautes sifflées des deux côtés. Il faut qu’ils gardent leur ligne de conduite et que les deux arbitres sifflent les mêmes choses. C’est dommage qu’ils décident un peu le sort du match. Mais il ne faut pas enlever les qualités d’Amiens qui a su profiter des supériorités numériques alors que l’on n’a pas su défendre correctement. »

Amiens – Rouen 4-3 après prolongation (1-1, 1-2, 1-0, 1-0)
Dimanche 30 décembre 2018 à 16h00 au Coliséum. 3200 spectateurs.
Arbitrage de MM. Jimmy Bergameli et Benjamin Gremion assistés de MM. Thomas Caillot et Joffrey Ysembourg.
Pénalités : Amiens (14’, 4’, 2’, 0’) ; Rouen (2’, 4’, 14’, 2’)
Tirs : Amiens (11, 9, 12, 4) ; Rouen (14, 9, 7, 0)

Évolution du score :
1-0 à 01’55 : Matima assisté de Maïa et Trabucco
1-1 à 18’25 : Lampérier assisté de Roy (sup. num.)
1-2 à 23’38 : Lampérier assisté de Miklik et Roy (sup. num.)
1-3 à 32’13 : Miklik
2-3 à 39’08 : Da Costa assisté de West et Edwards (sup. num.)
3-3 à 56’56 : West assisté de Edwards (sup. num.)
4-3 à 62’15 : West assisté de Maïa et Buysse (sup. num.)

Amiens

Attaquants :
Tommy Giroux – Pierre-Maxime Poudrier – Jérémie Romand
Bastien Maïa – Mario Valery-Trabucco – Rudy Matima
Thomas Suire – Joey West (A) – Spencer Edwards
Louis Olive – Félix Plouffe – Kévin Da Costa (A)

Défenseurs :
Ondrej Smach – Jonathan Narbonne (C)
Holden Anderson – Léo Guillemain
Romain Bault – Louis Belisle
Axel Prissaint

Gardien :
Henri-Corentin Buysse

Rouen

Attaquants :
Nicolas Deschamps – Fabien Colotti – Alex Aleardi
Michel Miklik – Joel Caron – Julien Msumbu
Loïc Lampérier – Nicolas Ritz – Marc-André Thinel
Juha Koivisto – Joris Bedin – Vincent Nesa

Défenseurs :
Mathieu Roy – Kévin Dusseau
Mathieu Brodeur – Atte Makinen
Chad Langlais – Enzo Cantagallo

Gardien :
Matija Pintaric

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