Mulhouse – Strasbourg (Ligue Magnus, 33e journée)

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Troisième volet du derby alsacien, au cours duquel l’Étoile Noire est pour le moment invaincue, du moins dans le temps réglementaire, cette rencontre des mal-classés n’est pas abordée sous les meilleurs auspices par les deux protagonistes.

Les deux clubs vivent en effet une saison délicate. Si c’était prévu (du moins par toute la « haute » sphère hockeyistique française !) avant le début de cet exercice 2018-2019 pour Strasbourg, et ce même avec un parcours actuel plutôt encourageant et à confirmer, l’actuelle dernière place de Mulhouse est déjà un peu plus surprenante.

Il faut dire que le club haut-rhinois doit faire face, depuis plus de 2 mois, à une accumulation importante de défections et de blessures, voire de malchance (on pense notamment au Suédois Lofquist, récemment arrivé et sérieusement touché à l’épaule 2 matchs plus tard). Si on combine avec un réalisme perfectible devant les buts adverses, associé à des situations spéciales numériques aux résultats parmi les plus faibles de la ligue, on obtient une équipe en manque de confiance, accumulant les petites défaites encourageantes et les déroutes cuisantes, comme lors de la récente venue des Gothiques amiénois (défaite 7-0). Difficile dans cette situation d’être serein. Et ce n’est pas la partie du jour qui le démentira puisque les Scorpions sont privés d’un alignement complet, en plus de la récente suspension de Jordan Draper.

L’Étoile Noire, de son côté, est presque au complet, privée de son lutin Anthony Goncalvès, suspendu lui aussi, mais surtout de son gardien titulaire Tomas Hiadlovsky, ce qui est encore plus fâcheux quand on sait que le Slovaque maintient régulièrement son équipe dans le match. Après avoir utilisé les jeunes doublures juniors pour le remplacer, avec pour conséquences des défaites fleuves, l’encadrement strasbourgeois a préféré recruter, le temps d’une pige, pour que Hiadlovsky puisse se remettre sans trop compromettre le classement de l’équipe (voire le carré final de coupe de France), Dusan Sidor, pas inconnu notamment des Angloys puisqu’il a veillé sur leur cage en fin de saison dernière.

C’est donc le match à 6 points des éclopés qui va se dérouler devant une affluence progressive. Et comme tout derby qui se respecte, ça part très vite sur la glace avec beaucoup de mouvements et d’intensité. Le jeu, agréable à regarder, devient progressivement mené par les locaux avant que la première pénalité ne vienne troubler la hiérarchie de la partie. Strasbourg, en avantage, s’installe durablement dans la zone, Michal Duras remonte vers la gauche du gardien Martin Surek et envoie un centre-tir dévié au second poteau, de près, par Danny Potvin (0-1 à 11’33). C’est joli à voir, et ça met déjà la pression sur les Scorpions. Pourtant, ce sont bien eux qui vont faire le jeu, de façon assez laborieuse par moments, car la défense bas-rhinoise est pour le moins concentrée sur son placement et ses relances. Ce qui n’empêchera pas Sidor de connaître des sueurs froides, notamment sur ce palet fuyant devant sa cage (11’58), ce tir à mi-distance de Damien Raux (13’59) ou ce lancer ni vu ni connu de Zdenek Bahensky que le portier strasbourgeois a heureusement pu voir partir (15’13). Dans l’ensemble, Mulhouse arrive sans trop de peine à s’installer en zone adverse mais peine ensuite à perforer le slot. C’est donc sur un rebond décentré, que « Roli » Vigners exploite enfin victorieusement (1-1 à 19’03), que les deux protagonistes rejoignent les vestiaires, relativement rassurés au vu de la physionomie du tiers.

La partie reprend sur un tempo nettement plus retenu et les premiers vrais essais tardent à venir, si ce n’est ce tir à mi-distance de Mitch Zion (23’00). Mulhouse prend pourtant les choses en main et presse plus sensiblement vers Sidor, notamment sur ce 2 contre 1 de la paire Trudeau-Zolmanis, mais le petit Canadien temporise trop (28’27) avant que son coéquipier Vigners parte en raid (29’09), puis que la triplette Raux-Hecquefeuille-Sevcenko perfore dans la foulée une défense bas-rhinoise bien en peine (29’30).

Cela sent le KO à ce moment de la partie et ça ne tarde pas à venir après que Radek Deyl a provoqué une « bonne » faute en coupant / se jetant devant un Mulhousien en faction chaude devant Sidor. La supériorité mulhousienne s’installe rapidement mais peine à concrétiser devant le brouillard visiteur. Il reste deux secondes d’avantage quand Raux, décentré, prolonge enfin victorieusement la rondelle, dans la même configuration que le premier but de Vigners, sur la droite du gardien adverse (2-1 à 31’53). Strasbourg, relativement timide jusque là, repart à l’abordage mais ne parvient à inquiéter la défense locale que lors de son unique supériorité numérique, en usant de combinaisons de jeu nettement plus dangereuses que celles de son adversaire, sans toutefois inquiéter durablement Surek. L’Étoile Noire n’arrive essentiellement pas à rentrer en zone mulhousienne, même si par contre, elle parvient à y rester durablement, une fois installée.

Cette incapacité à perforer la défense mulhousienne reste constante durant le dernier tiers, mais il faut dire que la tendance est plutôt, des deux côtés, à maîtriser en zone neutre. Le match va basculer sur un tir lourd de la bleue de Scott Prier (47’31). Surek a repoussé le tir mais reste KO durant de longs moments, le palet ayant heurté violemment le plastron du Slovaque. Plus de peur que de mal, le portier reprend ses esprits et rassure ses coéquipiers sur cette échappée de Zion (48’47), à laquelle répondent les Scorpions mais c’est bien le petit filet droit de Sidor qui tremble (49’15). Dans la foulée et le repli, est-ce que Bryan Ten Braak a fait trébucher son adversaire ? M. Ernecq estime que oui et permet aux Bas-Rhinois de s’installer en avantage. Pas longtemps puisque Duras, à la manœuvre sur la gauche de Surek, envoie vers le gardien aux prises avec Zion et Potvin. C’est le colosse qui re-pousse en deux fois au fond des filets locaux, malgré des suspicions de positionnement dans la zone interdite, suspicions non validées par le corps arbitral (2-2 à 49’50).

Ce n’est plus le même match auquel on assiste alors puisque cette réalisation requinque les visiteurs, tout en laissant leurs hôtes nettement moins sereins, aux abois et subissant le pressing strasbourgeois. Les deux dernières minutes sont haletantes, chaque protagoniste donnant le tout pour le tout, que ce soit notamment sur cet essai qui rebondit sur la base du poteau droit de Sidor (58’10) ou ce dernier raid de Trudeau en solo.

Nous voici en prolongation, pas pour très longtemps d’ailleurs. Les jaunes et noirs semblent nettement plus concernés que récemment contre Chamonix. Chacune des deux équipes y va de son installation mais l’occupation mulhousienne voit, au fond de la zone strasbourgeoise, un local remiser en arrière, le palet est alors récupéré par Miha Logar qui part en contre. Le Slovène temporise et fixe son défenseur avant de loger son palet sous la barre de Surek (2-3 à 61’34).

Autant dire que c’est la soupe à la grimace dans la patinoire mulhousienne, qui vit une nouvelle déception, au terme d’une partie globalement dominée. Mais dominer n’est pas gagner, les Scorpions pourront se mordre les doigts du manque de réalisme qui les a caractérisés durant la partie. Le cœur y était, l’envie aussi, il n’a pas manqué grand chose, ce soir comme les soirées d’avant d’ailleurs, juste d’un peu plus de confiance, et aussi de percussion devant le slot adverse, plutôt bien opacifié ce soir.

Strasbourg a revécu le même scénario que contre Chamonix, à savoir une partie globalement subie, mais quelques éclairs offensifs bien sentis, une occupation en zone adverse assez réussie (encore faut-il pouvoir d’abord s’y installer), et surtout une défense nettement plus concentrée et disciplinée devant son gardien. Leur victoire n’est donc pas non plus le hold-up du jour, tout juste le signe qu’il faut croire en ses chances. Revanche mardi prochain sur l’Iceberg, où les points seront là aussi déterminants.

Récompensés à la fin du match : Miha Logar (Strasbourg) et Roland Vigners (Mulhouse).

Mulhouse – Strasbourg 2-3 après prolongation (1-1, 1-0, 0-1, 0-1)
Samedi 12 janvier 2019 à la patinoire de l’Illberg. Environ 1100 spectateurs.
Arbitrage d’Adrien Ernecq assisté d’Anne-Sophie Boniface et Thomas Caillot.
Pénalités : Mulhouse 6′ (2′, 2′, 2′, 0′) ; Strasbourg 8′ (2′, 4′, 2′, 0′).
Tirs : Mulhouse 47 (15, 16, 15, 1) ; Strasbourg 27 (5, 9, 10, 3).

Évolution du score :
0-1 à 11’33 : Potvin assisté de Duras et Prier (sup. num.)
1-1 à 19’03 : Vigners assisté de Hecquefeuille et Raux
2-1 à 31’53 : Raux assisté de Genest et Jurik (sup. num.)
2-2 à 49’50 : Potvin assisté de Zion et Duras (sup. num.)
2-3 à 61’34 : Logar

Mulhouse

Attaquants :
Zdenek Bahensky – Sandis Zolmanis – Sébastien Trudeau
Arturs Sevcenko – Milan Jurik (A) – Rolands Vigners
Kenny Martin – Kevin Lorcher – Bryan Ten Braak
Jonathan Estienne

Défenseurs :
Kevin Hecquefeuille, Damien Raux, Andrei Esipov, Hubert Genest (A) et Hugues Cruchandeau (C) en rotation

Gardien :
Martin Surek

Remplaçants : Mickael Muller (G), Maximilien Lambolez, Maxime Leroux. Absents : Michal Seda (malade), Pierrick Hoehe (fracture de la main), Roope Nikkilä (épaule), Lou Bogdanoff (épaule), Lukas Lofquist (épaule), Jordan Draper (suspendu).

Strasbourg

Attaquants :
Danny Potvin – Mitch Zion – Michal Duras (C)
Loïc Chabert – Ondrej Havlicek – Dylan Denomme
Hugo Sarlin – Romain Chapuis – Julien Burgert (A)
Maxime Delplanque – Samuel Rousseau – David Fritz-Dreyssé

Défenseurs :
Scott Prier – Miha Logar
Radek Deyl (A) – Colin Morillon
Aurélien Chaussée-Laprée – Vojtech Zadrazil

Gardien :
Dusan Sidor

Remplaçants : Adrien Vazzaz (G), Audric Carpentier. Absents : Tomas Hiadlovsky (blessé), Anthony Goncalvès (suspendu).

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