Amiens – Bordeaux (Ligue Magnus 2019, quart de finale, match 7)

Les Gothiques en maîtrise

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Dos au mur depuis la défaite au match 5 à la maison, les Gothiques n’avaient d’autre choix que de remporter deux rencontres d’affilée face aux Boxers, chose qu’ils n’avaient pas réussi à faire jusque là. Au mental, et peut être aussi un peu plus frais physiquement, les hommes de Mario Richer ont arraché un match sept après une victoire 0-4 à Mériadeck, alors que les cinq autres matches ne s’étaient joués qu’à un but. Un message envoyé très clair que les Picards n’allaient pas se laisser battre si facilement, et que, dans un Coliséum archi-comble, les choses n’allaient pas être faciles pour les hommes de Philippe Bozon.

Sous les encouragements du public venus en nombre pour ce match décisif, les Gothiques étaient dominés d’entrée de match. Mais cette fois, l’histoire s’inversait par rapport aux matches précédents. Sur la première entrée en zone offensive, d’un contre chirurgical lancé par Buysse, Matima ouvrait le score après seulement deux minutes treize de jeu. Bien placé devant Fouquerel, il récupérait le rebond de Poudrier et faisait rapidement le tour de la cage en « wrap-around ». Un instant de flottement s’ensuivait, où l’on pensait que Fouquerel avait fait l’arrêt, mais les joueurs picards levaient les bras : le but était bel et bien accepté (1-0, 2’13).

Pourtant très opportunistes jusqu’au match cinq, et sachant profiter de chaque erreur amiénoise, les Bordelais n’y arrivaient plus depuis dimanche. Paquin interceptait une mauvaise passe de Giroux en zone défensive, et Mulle déviait son lancer, mais le casque du portier Amiénois s’interposait. C’était l’une des seules opportunités laissées par les Samariens aux Girondins dans ce premier tiers, tant les locaux dominaient leurs vis-à-vis.

En supériorité numérique, Kevin Da Costa n’était pas loin de doubler la mise après une superbe passe de Suire. Mais l’ancien Gapençais manquait de lucidité et tirait sur le portier bordelais. Ce dernier ne semblait pas dans les meilleures dispositions, et son langage corporel ne laissait pas transparaitre la même confiance que lors du match 1 notamment. Les Gothiques lançaient beaucoup à la cage, et mettaient beaucoup de trafic devant le but. En supériorité numérique, Maïa puis Edwards butaient sur Fouquerel, mais Halley venait donner une deuxième longueur d’avance. En supériorité et profitant d’une pénalité différée, le centre amiénois profitait de la présence de Romand devant le gardien pour envoyer un lancer très précis. Fouquerel ne pouvait rien faire et était battu pour la seconde fois de la soirée (2-0, 11’11).

Sur la supériorité suivante, Trabucco enterrait définitivement les espoirs des Boxers.  Servi (avec du mal) par Maïa, le Canadien lançait de la ligne bleue, et profitait d’une déviation d’un défenseur bordelais pour lober Fouquerel. (3-0, 12’16). Les hommes de Philippe Bozon étaient assommés, et semblaient résignés, tandis que les Gothiques géraient tranquillement leur avance jusqu’au retour aux vestiaires.

Mais les Boxers revenaient remotivés et il fallait un excellent Buysse pour éviter que le momentum ne tourne. La première partie du second acte était largement à l’avantage des visiteurs, et les Gothiques semblaient s’être vus trop beau trop tôt. Aziz Baazzi, en supériorité numérique, leur donnaient une piqure de rappel. Servi par Johnston à la ligne bleue, il envoyait un lancer du poignet que Buysse n’arrivait pas à stopper, et redonnait espoirs aux siens (3-1, 26’05).

Cependant, les Amiénois se remobilisaient et faisaient encore une fois preuve d’un réalisme froid. Contre le cours du jeu, Suire redonnait trois buts d’avance et mettait un très gros coup derrière la tête des Bordelais. Le jeune ailier français récupérait le palet en zone défensive et transmettait à Plouffe sur le coté. Ce dernier entrait en zone et lançait, mais Fouquerel contrôlait très mal le rebond, et l’envoyait plein axe. Suire avait bien suivi et n’avait qu’à pousser la rondelle au fond des filets (4-1, 30’55). On assistait ensuite au même scénario que lors du troisième tiers du match 5 : Bordeaux avait une possession stérile et n’arrivait pas à faire la différence et à rentrer en zone. Amiens gagnait les duels et semblaient mieux en jambes, et surtout plus en confiance.

Les affaires de Philippe Bozon ne s’arrangeaient pas quand Maïa inscrivait le cinquième but amiénois sur un autre rebond mal contrôlé par Fouquerel. Ce dernier était chasé, comme au match 6, et semblait ne pas avoir récupéré de sa blessure au match 5. Malchanceux pour les Boxers, mais les Gothiques, opportunistes, en profitaient et n’étaient plus qu’à vingt-trois minutes d’une deuxième demi-finale en deux ans (5-1, 37’12).

Le troisième tiers semblait long pour les deux équipes. Bordeaux avait hâte d’en finir avec cette soirée cauchemar, et Amiens avait levé le pied et gérait son avance. Cela ne les empêchait pas d’enfoncer le clou par deux fois. Tout d’abord, par Louis Bélisle, seul dans le slot, trouvé par Edwards qui avait récupéré dans le coin et échangé un une-deux avec Maïa. L’ancien Niçois était seul dans l’enclave et ne se faisait pas prier pour tromper Junca (6-1, 44’04). Puis, par Matima, en supériorité numérique. Une fois de plus sur un lancer de Halley, qui semblait être stoppé par des patins bordelais. Junca avait perdu la rondelle du regard, et Matima la poussait au fond des filets du revers et s’offrait un doublé (7-1, 46’33).

L’addition aurait pu être encore un peu plus salée, car Joey West, après une série de dribbles, trouvait le poteau. En fin de rencontre, Paquin réduisait l’avance des locaux, pour l’honneur, d’un très beau lancer du poignet dans l’enclave en lucarne (7-2, 56’56).  Mario Richer profitait de cette avance pour donner du temps de jeu aux jeunes tels que Baptiste Bruche et Yohan Coulaud, qui accompagnaient le groupe professionnel régulièrement cette saison.

Pour la deuxième année consécutive, les hommes de Mario Richer arrivaient donc en demi-finale. Capables de répondre présents en étant dos au mur, avec notamment un score cumulé de 11-2 sur les deux rencontres couperets, les joueurs amiénois ont montré un mental à toute épreuve. Place maintenant à un gros morceaux, Grenoble, le « Barcelone » de ligue selon le coach picard. Une série que les Amiénois aborderons sans complexes, puisqu’ils n’ont de toute évidence pas le statut de favoris face à l’armada offensive des Brûleurs de Loups.

Réactions d’après match :

Mario Richer (entraineur d’Amiens) : « On a joué un bon match, tant offensivement qu’à la défensive. On a vite marqué au début du match. Par la suite, ils ont joué avec l’énergie du désespoir. Il a fallu que notre gardien fasse des arrêts mais c’est pour ça qu’on l’a fait signer trois ans. C’est le meilleur de la ligue. Souvent, dans un match 7, avoir le meilleur gardien ça aide.
Pour ceux qui se demandaient si mes joueurs avaient de l’intensité, s’ils étaient en forme, on leur a prouvé que c’était le cas. On a eu une bonne préparation, on les tient bien et on travaille très fort en dehors de la glace. Ils sont habitués à être intenses du début jusqu’à la fin, que ce soit à l’entraînement ou en match. Quand arrivent des matches rapprochés, on se rend compte de leur forme.
Il y avait beaucoup de gens, beaucoup de bruit. Il faut continuer à appuyer l’équipe car c’est quelque chose d’important. Amiens est un petit marché, sans spectateurs il n’y aura plus d’équipe. Il faut qu’il y ait du monde à la maison.
Dès la première période du match 6 à Bordeaux, on avait très bien joué. Le signal était fort, il fallait qu’ils jouent un meilleur match que nous pour nous battre. Or, à Bordeaux, nous avons joué un très bon match. On a très certainement mieux joué que ce soir à la maison. On a parfois du mal à suivre le plan de jeu à domicile. Sur la route, on est plus concentré.
Ce soir, on va commencer par se relaxer. Les joueurs ont travaillé très dur pour en arriver là. Ce sera donc journée de congés mercredi et de bonnes chances pour que ce soit également le cas jeudi. On enchaîne les matches, il faudra voyager, se rendre à Grenoble pour affronter l’équivalent de Barcelone. Rouen, c’est un peu le Paris Saint-Germain et Grenoble, c’est Barcelone. Il faudra donc être prêt à les affronter et les battre quatre fois. On va se préparer pour ça. Ce sera un beau et grand défi. »

Philippe Bozon (entraîneur de Bordeaux ) : »Il nous a manqué des buts. Si vous avez bien vu le match, on a nos chances, on ne marque pas et on prend des buts que l’on ne prend pas normalement. En deuxième période, on a totalement dominé ! La première se joue sur des pénalités mais on prend deux buts que l’on ne devrait pas prendre. Je ne peux pas en vouloir à mon gardien ce soir, il a fait une saison et une série incroyable jusque-là, mais c’était un jour un peu sans pour lui. De l’autre côté, on ne score pas, mais j’ai trouvé qu’on était là, on s’est présenté et ça n’a pas du tout tourné en notre faveur.
Il y a eu plein de choses dans cette série. On peut mener 2-0, et presque 3 avec un powerplay de cinq minutes sur le quatrième match, on peut parler de dimanche aussi. Ce que j’ai dit aux joueurs, c’est que, pour moi, les playoffs ce n’est jamais une nouvelle saison. Ce sont des examens finaux de fin d’année. Si vous avez bien travaillé tout au long de l’année, vous êtes bons en playoffs. Or, nous avons été irréguliers toute l’année, donc on est irrégulier aussi en playoffs. Il y a quand même une logique dans le sport. Si on avait été régulier, on se serait présenté au match chez nous et peut-être que le résultat serait différent, mais ce n’est pas le cas.
Je n’ai pas de regrets sur cette série. Je répète mais on a été inconsistant toute l’année, on l’est aussi en playoffs. Personnellement, je n’ai pas de surprises, je connais mon équipe depuis le début de l’année. On avait nos chances, mais quand on mène 2-1 puis 3-2, il faut se présenter sur ces matches, et on ne l’a pas fait assez pour pouvoir les gagner, tout simplement.
Il faut savoir analyser les choses. L’équipe de Bordeaux du début d’année, au complet, était une bonne équipe sur le papier, je pense qu’on l’a prouvé en début de championnat puisqu’on était dans les trois premiers sans la pénalité. Et puis on a perdu notre meilleur joueur en Maxime Sauvé, je pense que trop de monde l’a oublié. Ça a beaucoup handicapé l’équipe, et on ne l’a jamais remplacé. Ce n’était plus la même équipe de Bordeaux qu’en début de saison, c’est la vérité du terrain. J’avais dit que pour Bordeaux réussisse une grosse saison, il fallait que l’on n’ait pas de blessés, on en a eu beaucoup, et on n’avait pas de profondeur. Il n’y a pas vraiment de surprises. Malgré ça, on est sixième avec neuf points en moins, normalement on est cinquième sur la glace, et je trouve que ce n’est pas si mal. »

Amiens – Bordeaux 7-2 (3-0, 2-1, 2-1)
Mardi 12 mars 2019, 20h00 au Coliséum. 3200 spectateurs.
Arbitrage de MM. Pierre Dehaen et Joris Barcelo assistés de MM. Gwilherm Margry et Thomas Caillot
Pénalités :  Amiens 12′ (4′, 6′, 2′) ; Bordeaux 24′ (8′ + 10′, 2′, 4′)
Tirs :  Amiens 29 (12, 10, 7) ; Bordeaux 32 (8, 16, 8)

Évolution du score :
1-0 à 02’13 : Matima assisté de Poudrier et Buysse
2-0 à 11’11 : Halley assisté de Giroux et Belisle [sup. num]
3-0 à 12’16 : Trabucco assisté de Maïa et Edwards [sup. num]
3-1 à 26’05 : Baazzi assisté de Johnston et Valier [sup. num]
4-1 à 30’55 : Suire assisté de Plouffe et Da Costa
5-1 à 37’12 : Maïa assisté de Smach et Edwards
6-1 à 44’03 : Belisle assiste de Edwards et Maïa
7-1 à 46’33 : Matima assisté de Halley et Belisle [sup. num.]
7-2 à 56’56 : Paquin assisté de Mulle et Valier

Amiens

Attaquants :
Tommy Giroux – Philippe Halley – Jérémie Romand
Spencer Edwards – Joey West – Bastien Maïa
Pierre-Maxime Poudrier – Mario Trabucco – Rudy Matima
Kévin Da Costa – Félix Plouffe – Thomas Suire
Baptiste Bruche

Défenseurs :
Jonathan Narbonne – Ondrej Smach
Léo Guillemain – Louis Bélisle
Romain Bault – Axel Prissaint
Yohan Coulaud

Gardien :
Henri-Corentin Buysse

Bordeaux

Attaquants :
Victor Barbero – Matthias Terrier – Tanner Glass
Jonathan Lessard – Andrew Johnston – Adam Hughesman
Vincent Paquin – Peter Valier – Alexandre Mulle
Teemu Loizeau – Julien Guillaume – Tanguy Auger
Jakub Melisko

Défenseurs :
Maxime Moisand – Hugo Gallet
Oldrich Horak – Aziz Baazzi
Jonathan Janil – Aina Rambelo

Gardien :
Clément Fouquerel puis Julian Junca

 

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