Rouen – Grenoble (Ligue Magnus 2019, finale, match 5)

190 minutes et 12 tirs au but !

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190 minutes et 12 tirs au but !

Au terme d’un match non canonique, aigre-doux, qui accroche les sens, après s’être exporté loin de ses bases en expédition homérique, comme ils l’avaient tous dit, Rouen, en permanence au front et bien soutenu par l’île Lacroix, tient enfin sa première victoire à domicile lors de cette finale 2019, rien de plus, mais pas moins.

Edo Terglav, pour la première fois de la série à Rouen, assiste à l’échauffement de son équipe. Soucieux de l’efficacité offensive de ses hommes, le coach de 39 ans a légèrement modifié ses deux trios majeurs comme pour rendre des ailes à son avion de chasse. Fleury et Leclerc ont permuté.

Après sa séance traditionnelle de câlinothérapie, Grenoble est à contre-courant et reçoit fort. Nicolas Deschamps du cercle gauche, croise trop son tir (0’31). Mais un peu plus de trente secondes plus tard, Marc-André Thinel, avec sa légendaire protection de palet (face à Da Costa), tente un demi-tour de cage du revers, Devant la cage, Lampérier, prend le meilleur sur Manavian, et se jette sur la rondelle libre (1-0 à 1’54). Plus tard, Alex Aleardi à bout portant ne cadre pas (4’02). La précision rouennaise est plutôt dans les mains de Mathieu Roy qui adresse une formidable passe transversale à destination de Miklik. Des poignets, le médaillé d’argent au Mondial 2012 double la marque du haut du cercle gauche (2-0 à 6’27).

En dehors du coup, et mal embarqués sur les bords de Seine, les BDL, vexés, sortent tout de même de leur torpeur via Guillaume Leclerc qui force Pintaric à dérouter son tir de la plaque (7’03). C’était avant que la deuxième partie du premier tiers ne soit hachée par 7 pénalités… aux trois quarts en défaveur du RHE76. Néanmoins, les locaux, devant Matija Pintaric, résistent à six minutes d’enfer sous le feu des Brûleurs de Loups mais pas (encore) de Dragons. Ainsi Treille (8’28), Fleury (10’53), Champagne (11’05), Manavian (11’37) et Hardy (14’25) frappent à la porte sans que Pintaric ne leur ouvre. La boîte des Dauphinois, elle, prive de solution les unités spéciales rouennaises (18’00).

Rouen attaque la période du milieu en power-play, mais ses attaquants ne sont pas tranchants et ils subissent un contre de Mathias Arnaud, l’agitateur grenoblois, dont le lancer passe sur la gauche (20’56). Par contre, à cinq contre cinq, le jeu, âpre, est équilibré et captivant. Les luttes sont incessantes, les demi-chances sont des opportunités à saisir. Mathieu Roy en bas du cercle gauche (24’25), Aleardi à droite (26’44) et Champagne dans le slot (25’42) se répondent, alors que se présente une attaque à cinq pour les visiteurs. Leur quatrième avantage numérique de la soirée est le bon. Kearney trouve d’une longue passe Hardy entre les oreilles, l’arrière reprend, d’un revers rageur, son propre rebond (2-1 à 27’38).

Grenoble n’aura pas le temps de profiter du momentum car, à la ligne bleue, Marc-André Thinel chipe le puck à Leclerc. Le vétéran pousse fort à s’en griller les cuisseaux et conserve son avance sur l’ancien junior des Gothiques. En échappée, l’ailier de 38 ans glisse le palet entre les jambières d’Horak qui ne complète pas son arrêt (3-1 à 28’49).

Puis, à la faveur de quatre nouvelles supériorités, faisant tout le bonheur de Grenoble, la période bascule. Matija Pintaric frustre Fleury sur un lancer de pénalité (32’00). Mais BDL fera craquer les locaux un peu plus tard. Sacha Treille met fin à 5 minutes et 28 secondes de résistance assez incroyable des Normands. Le joker débarqué de Bohême orientale, isolé devant la cage, livre un pain au miel, spécialité de la ville du club du mythique Dominik Hasek, dans le haut des filets de Pintaric, en déviant une passe d’école, faite pour cela, de Da Costa (3-2 à 38’01).

Fatigué, accablé de prisons, plus compliquées à gérer qu’aux autres tiers dans la deuxième période, Rouen est à bout de souffle. Les compagnons de Joël Champagne foncent sur leur proie en contre surnuméraire. Kyle Hardy reprend le palet libre d’un rebond après une feinte assez confuse de Fleury (3-3 à 38’57).

Remis, après le repos, et moins handicapés par les coups de sifflet, les coéquipiers de Mathieu Roy, à armes égales, mais inquiétés par Hardowa (41’09), peuvent créer. Des hommes d’Edo Terglav essuient à leur tour le banc de la geôle. Cependant Rouen, malgré des chances de Nicolas Ritz (46’24 & 46’47), Bedin (48’58), Deschamps (54’17), Roy (54’25 & 54’50) et Aleardi (54’38), au contraire de leurs adversaires vingt minutes avant, sèche. On se dirige alors vers la prolongation car ni Mathias Arnaud en breakaway (46’22), ni Kearney (52’01) n’ont su mettre la rondelle une nouvelle fois dans le dos de Pintaric.

Dans le surtemps, Fabrice Lhenry s’appuie sur des trios fixes, tandis qu’Edo Terglav joue au bonneteau  en mixant ses richesses offensives. Les deux tactiques créent des opportunités. Marc-André Thinel (61’06), Deschamps (66’16, 66’52, 68’41 & 69’05)  et Miklik (69’01) pour Rouen, Damien Fleury (61’16), Treille (62’50), McEachen (63’50) et le duo Treille-Fleury (67’35) pour Grenoble, sont les plus marquantes mais aucune n’est décisive. Pour départager les deux équipes, on procède donc à une séance de tirs aux buts. Alex Aleardi donne l’avantage aux Rouennais après l’échec de Treille. Néanmoins, Damien Fleury, au pied du mur, ne tremble pas sur le troisième lancer des blancs. Nicolas Deschamps redonne aux noirs et jaunes un avantage que réduit à néant Latendresse avec hostilité ! Anthony Guttig ne faillit pas. Matija Pintaric, grâce à sa botte droite, finira le travail difficile de ses buteurs face à Latendresse.

Il aura fallu attendre 190 minutes et 12 tirs aux buts pour voir les Rouennais décrocher leur première victoire à domicile dans cette finale. Le match avait commencé très fort avec deux buts inscrits en moins de sept minutes par les Dragons avant qu’ils explosent sous les prisons. Opportunistes, les Grenoblois ont arraché le dos à dos, mais pas plus. Les BDL n’ont jamais basculé en tête et cela fait 190 minutes et 12 tirs au but que ça dure. Une série serrée, un match 6 à venir, où l’enjeu et l’émotion qui va avec seront à leur paroxysme, mieux qu’un match 7, rester en vie ou la coupe.

Commentaires (dans Actu76 et Paris-Normandie) :

Fabrice Lhenry (entraîneur de Rouen) : « On est passé par toutes les émotions. On a très bien débuté et puis après les pénalités sont tombées à sens unique… C’est comme ça que Grenoble est revenu dans le match. On y a laissé beaucoup d’énergie. Il y eu une intensité haute tout le match, que ce soit physique ou mentale, maintenant on a une journée pour recharger les batteries et être prêt pour dimanche pour aller chercher cette dernière victoire ! Je sais que mes dirigeants aimeraient faire une recette de plus, mais on ne calcule pas et si on peut l’emporter dimanche on le fera. »

Edo Terglav (entraîneur de Grenoble) : « On n’est pas bien rentré dans le match, mais après on a été dominant et les meilleurs sur la glace. Faut regarder en avant, gagner chez nous dimanche pour revenir ici mardi et terminer ce que l’on a commencé. On ne panique pas, je suis confiant. »

Christophe Tartari (attaquant de Grenoble) : « C’était encore un gros match de play-off, qui s’est joué sur des détails. On a dominé dans le jeu et au nombre de tirs. On est mené 3 à 2 dans la série, mais on s’attendait à cela de toute façon, à une série très longue. On est préparé à cela. Maintenant on va bien récupérer, rien n’est fait. On reste concentré sur l’objectif pour revenir ici mardi. »

Florian Chakiachvili (défenseur de Rouen) : « On ne pouvait pas rêver mieux, on est content ! On s’était mis en difficulté en perdant les deux premiers matchs à domicile, mais on savait que l’on était capable de retourner la situation. Maintenant tous les matchs sont serrés, ça sera encore le cas à Grenoble, à nous de faire ce qu’il faut pour finir le boulot dimanche. Malgré tout rien n’est fait, il ne faut pas se voir trop beau, trop vite, il reste une victoire à aller chercher. »

Anthony Guttig (attaquant de Rouen) : « Il y a beaucoup de joie, de satisfaction et de soulagement. Le dénouement aux tirs au but, la tension à son maximum… C’est un peu la loterie. Il y a beaucoup de soulagement car c’était le match pour prendre l’avantage dans la série. C’était un match tellement important, on est super contents de l’avoir gagné. Aller jouer à Grenoble en étant mené 3 à 2 sur la série, ça aurait été vraiment difficile. On est satisfait du résultat, on est en bonne position mais ce n’est pas terminé, il ne faut pas se relâcher avant d’avoir fini le boulot. On a pris beaucoup trop de pénalités à cause de notre indiscipline. Grenoble a poussé mais nous avons aussi fait des erreurs et ils sont revenus dans la partie. C’est dommage car on avait fait un très bon premier tiers-temps. On avait fait un écart mais on n’a pas réussi à le tenir. Grenoble a fait ce qu’il fallait pour revenir et on s’est mis dans la difficulté. Les tirs au but, comme ça en play-offs, c’est un peu ridicule car ce n’est pas vraiment du hockey, on préférerait jouer. Quand on se lance, on ne se pose pas de question. Je ne savais pas trop quoi faire comme feinte au début, j’ai regardé ce que le gardien faisait avant de tirer. Ça m’a souri donc tant mieux. »

 

Rouen – Grenoble 3-3 (2-0, 1-3, 0-0, 0-0, 1-0 tab)
Vendredi 6 avril 2019 à 20h00 au centre sportif Guy Boissière. 2746 spectateurs (guichets fermés).
Arbitres : Alexandre Hauchart et Geoffrey Barcelo assistés de Gwilherm Margry et Jérémie Douchy.
Pénalités : Rouen 34′ (12+10′, 10’, 2’, 0’) ; Grenoble 40′ (8′, 4′, 8+20’)
Tirs : Rouen 33 (8, 5, 9, 10) ; Grenoble 43 (15, 15, 7, 6)
Supériorités : Rouen 0/6, Grenoble 2/8
 
Évolution du score :
1-0 à 01’54 : Lampérier assisté de Thinel et Ritz
2-0 à 06’27 : Miklik assisté de Roy et Lampérier
2-1 à 27’38 : Hardy assisté de Kearney et Champagne (sup.num.)
3-1 à 28’49 : Thinel
3-2 à 38’01 : Treille assisté de Da Costa et Leclerc (sup.num.)
3-3 à 38’57 : Hardy assisté de Fleury et Kearney

Tirs au but :
Grenoble : Treille (manqué), Champagne (manqué), Fleury (réussi).
Rouen : Aleardi (réussi), Caron (manqué), Miklik (manqué).

Tireurs supplémentaires : Aleardi (R, manqué), Fleury (G, manqué), Deschamps (R, réussi), Latendresse (G, réussi), Guttig (R, réussi), Latendresse (G, manqué).
 

Rouen

Attaquants :
Nicolas Deschamps – Juha Koivisto – Michel Miklik
Joël Caron – Anthony Guttig (A) – Alexander Aleardi
Loïc Lampérier (A) – Nicolas Ritz – Marc-André Thinel
Joris Bedin – Fabien Colotti – Vincent Nesa

Défenseurs :
Florian Chakiachvili – Mathieu Roy (C)
Kévin Dusseau – Chad Langlais
Mathieu Brodeur – Atte Mäkinen

Gardien :
Matija Pintaric (40 arrêts)

Remplaçants : Quentin Papillon(G), Enzo Cantagallo et Julien Msumbu.

Grenoble

Attaquants :
Denny Kearney – Joël Champagne (C) – Damien Fleury (A)
Sacha Treille – Teddy Da Costa – Guillaume Leclerc
Christophe Tartari (A) – Olivier Latendresse – Maxime Legault
Julien Baylacq – Sébastien Rohat – Mathias Arnaud
Vincent Kara

Défenseurs :
Kyle Hardy – Sébastien Bisaillon
Patrick Mc Eachen – Antonin Manavian
Dominik Kramar – Connor Hardowa
Teddy Trabichet – [Manavian]

Gardien :
Lukas Horak (29 arrêts)

Remplaçant : Antoine Bonvalot (G). Absents : Aleksandar Magovac (?), Bostjan Golicic (poignet).

 

 

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