Entretien avec Jonathan Janil

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International français et pilier de la défense des Boxers de Bordeaux depuis 4 saisons, Jonathan Janil s’est très gentiment livré à Hockeyarchives. Au menu, bilan d’une saison un peu spéciale, son futur en club, retour sur sa carrière, mais aussi vidéo, ligue Magnus, équipe de France, et quelques autres choses encore, avec un maître mot : le plaisir.

HA : Jonathan, bonjour et un grand merci pour ta disponibilité. Pour commencer, ton sentiment sur la série contre Amiens avec le recul ?

JJ : Salut, la série a été super serrée les 5 premiers matchs. Après, sur les deux derniers matchs où on a été défaits largement, même à chaud, tu sais qu’il n’y a pas photo. On aurait dû faire la différence à la maison au match 6, on n’a pas su le faire, il n’y a rien à dire, c’est le plus persévérant qui a gagné. Mais à mon avis, notre série a été l’une des meilleures cette année.

HA : On a le même sentiment ici, surtout au vu de la fin de série. Est-ce que le tournant côté bordelais n’est pas la blessure de Clément Fouquerel ?

JJ : Le tournant… je ne sais pas, c’est certain qu’il a été incroyable en début de série, il nous a permis de garder la tête hors de l’eau plus d’une fois. Après sa blessure, Clément se sentait de jouer, inconsciemment cela a peut-être joué sur son aisance dans la cage et sa confiance. Mais on est tous dans le même bateau, c’est aussi ça l’esprit des play-offs, il faut savoir serrer les dents, car il y a souvent des blessures.

Après, avec des si… Si on avait gagné ce match 6, on n’en parlerait pas. Amiens a fait un très bel adversaire.

HA : Il a manqué du réalisme en somme ?

JJ : Oui c’est sûr. Quand les matchs sont serrés, avec de très bons gardiens dans les cages, ce n’est jamais évident.

Et le powerplay… Ça a été un problème récurrent pour nous cette saison. Cela nous a coûté beaucoup dans notre 1/4 contre Amiens.

On le voit aussi sur l’ensemble des play-offs, ce sont des phases de jeu hyper importantes, qui permettent de faire gagner des matchs. Aujourd’hui, avec la vidéo (Fanseat), les équipes se connaissent bien et se neutralisent plutôt bien à 5 contre 5. Les unités spéciales font souvent la différence.

HA : Justement, sur une des supériorités dans le match 6, il y a un but refusé aux Boxers pour un palet qui n’est pas rentré. Depuis là où l’on se trouve, on ne voit pas le palet clairement rentrer, mais une autre décision aurait pu changer la donne.

JJ : Oui, l’arbitre est absolument sûr de lui et dit que le palet n’est pas rentré, Tanner (Glass) qui est à côté est certain de le voir rebondir à l’intérieur et ressortir. Mais on en revient à un problème fréquent de notre ligue. On est tous conscients que l’instauration de l’arbitrage vidéo au-dessus des buts est indispensable. C’est le cas dans les grands championnats européens. Ça aiderait beaucoup nos arbitres dans leurs prises de décision et leur enlèverait un peu de pression. Aujourd’hui cela va tellement vite, comment voulez-vous voir un palet qui part à 130 km/h rentrer ou pas lorsque ça touche un poteau ou une jambière, c’est quasi impossible.

HA : C’est une question de moyens en fait ?

JJ : Oui c’est purement ça, une question de moyens techniques et surtout financiers. Des infrastructures qui n’appartiennent pas toujours aux clubs et des moyens financiers qui sont malheureusement un problème récurrent dans le hockey français. Mais à terme, ça va devenir indispensable d’y mettre les moyens, si on veut encore avancer.

HA : Sur la saison, offensivement, la blessure de Maxime Sauvé a changé beaucoup de choses ?

JJ : Forcément, Maxime était l’un de nos meilleurs joueurs, il créait beaucoup d’offensives, avec beaucoup de vitesse. Il attaquait le but, vraiment un bon joueur. Est-ce que cela a créé un impact sur les joueurs ? Je ne sais pas, peut-être ses collègues de ligne. En tout cas, son apport dans le jeu a beaucoup manqué.

Après, l’arrivée de Julien (Desrosiers) nous a beaucoup aidé, il a mis des points, a su créer du jeu, il a apporté de la sérénité dans le jeu, avec sa technique individuelle, son calme, il nous a beaucoup apporté dans un style de jeu différent de celui de Maxime.

À côté de ça, on s’est beaucoup posé de questions sur notre difficulté à gagner les matchs à domicile. On ne l’explique pas de manière très cohérente, car on un public incroyable, une patinoire souvent remplie. Mais peut-être que nous jouions de manière plus décomplexée à l’extérieur avec un système plus adapté. À la maison, on se mettait trop de pression et on « surjouait », on voulait en faire trop, alors que ce n’était pas vraiment notre identité. C’est malheureux, mais très frappant cette saison.

HA : Beaucoup d’irrégularités aussi. Le début de saison canon, et un mois de novembre catastrophique.

JJ : On a su rebondir en début d’année avec ces neuf points de retard. Sous pression, avec le « couteau sous la gorge », on était capables de bonnes choses. On avait une équipe et des joueurs de caractère qui savaient comment réagir sous pression pour se sortir du cambouis.

On a été trop irréguliers tout au long de la saison et incapables de garder le cap, quand on réalisait de bonnes choses… On s’installait dans une zone de confort, avant de réagir plutôt que d’agir.

Après, Bordeaux est encore jeune à ce niveau. Ce club a besoin d’apprendre à gagner les matchs décisifs pour passer un cap. Sportivement, il n’y a pas à tirer la sonnette d’alarme, 3 présences en play-offs en 4 saisons de ligue Magnus, dont 2 demi-finales, c’est quand même un bilan sportif très intéressant.

HA : Philippe Bozon a simplement regretté de ne pas avoir pu jouer une finale. On pense notamment à cette demi contre Lyon qui se termine en prolongation sur une infériorité… En gros, il faut d’abord apprendre à perdre pour finir par gagner ?

JJ : Oui, comme je disais, le plus important est d’apprendre à passer des caps. Les clubs comme Rouen ou Grenoble passent régulièrement ces caps. On apprend beaucoup dans la défaite, on se remet en question et ça nous permet d’avancer. Je pense que l’apprentissage de la victoire passe par là.

HA : Du coup, nouveau coach [Olivier Dimet], est-ce que tu le connais, et que va-t-il apporter pour toi ?

JJ : Je ne le connais pas personnellement mais je n’en ai entendu que des bonnes choses, que ce soit par le staff ici ou ses anciens joueurs. C’est visiblement un bon meneur d’hommes, qui communique bien avec son groupe et qui a des valeurs de travail.

C’est un personnage différent de Philippe (Bozon) dans la mesure où il est moins renommé, mais je pense qu’il a le bon profil pour le développement du club. Olivier a notamment fait le choix de venir avec son préparateur physique, ce qui caractérise bien son état d’esprit. Pour les Boxers, cela va apporter de la stabilité à ce poste et c’est très positif.

HA : Avec des efforts financiers à faire, le recrutement sera peut-être plus modeste, ou plus jeune ?

JJ : On est tous en discussion actuellement, le club fait attention à ne pas reproduire certaines erreurs du passé et cherche à stabiliser sa situation économique, tout en ayant une équipe compétitive en Ligue Magnus.

Pour moi, l’arrivée d’Olivier Dimet démontre de belles ambitions sportives, dans une dynamique d’intégration et de développement des jeunes (U17, U20). Ça envoie un message très positif pour la construction et la pérennité du club au meilleur niveau.

HA : Et toi, ton envie par rapport à la suite ?

JJ : Moi, je trouve le projet sportif super intéressant, le discours d’Olivier donne envie. Ce qu’il veut apporter au club, son éthique de travail, la préparation physique et le plaisir de jouer collent complètement à mes valeurs.

Aujourd’hui, quand on passe la trentaine, la préparation physique est hyper importante dans la prévention des blessures et la forme au quotidien. À côté de ça, c’est également très important pour les jeunes, le développement passe autant par la technique individuelle et collective que par une bonne préparation physique.

Je trouve le projet très cohérent. Pour ma part, je ne me projette pas sur le temps qu’il me reste à jouer. J’ai toujours dit que tant qu’il y a du plaisir et des sourires, il y aura de l’envie. Après, le sport de haut niveau demande beaucoup de sacrifices, surtout d’un point de vue familial et personnel. Ce sont des éléments à ne pas négliger pour un bon équilibre.

HA : Justement, la reconversion ? Coaching comme Julien Desrosiers (qui coache les U20) ou dans tout autre chose ?

JJ : Pas nécessairement, rien de bien défini mais pas forcément dans le hockey. Le hockey ne sera jamais bien loin, et j’essaierai d’aider, ou de faire du bénévolat, mais j’ai dans l’idée depuis un moment de basculer sur autre chose.

HA : Avec l’évolution de la Magnus, on voit arriver de meilleurs étrangers, ils apportent quoi ?

JJ : De la visibilité pour le hockey français, de l’expérience, du spectacle, de l’impact physique, du beau jeu et de la confiance pour l’ensemble des joueurs et des équipes pour qui ils jouent.

HA : On va être obligés d’évoquer Tanner Glass…

JJ : On a tous été bluffés par son état d’esprit. Il débarquait tout juste de NHL, premier déplacement, match amical à Angers, on y va en minibus, collation sur une aire d’autoroute avec pain de mie et jambon beurre, on s’est dit : « la douche froide ». Ben non, la banane, le sourire, le mec content d’être là, et ça a été ça toute l’année. Il ne s’est jamais plaint, il était juste content d’être là, toujours à fond, de bonne humeur, pas arrogant, d’une simplicité absolue.

HA : Toi de ton côté, carrière en France, l’étranger tu n’y es pas allé, est-ce un choix ?

JJ : Oui, c’est un choix. Au début j’ai décidé de faire mes études à côté du hockey à Caen, puis de jouer en D1 avec mon club formateur pour avoir du temps de jeu. Cela m’a permis d’aller à Rouen, super expérience avec beaucoup de titres et du temps de jeu, qui m’ont ouvert les portes de l’équipe nationale. On a tout gagné, même la Continentale, et j’ai eu besoin de me remettre en question. Il y a eu plusieurs opportunités, mais Bordeaux m’a semblé le meilleur compromis d’un point de vue sportif et personnel. Le discours des dirigeants, l’état d’esprit du club, les discussions avec Stephan Tartari, m’ont séduit et m’ont rappelé un peu ce que j’avais connu à Caen et je ne regrette pas mon choix.

Et puis quelque part, partir à l’étranger, tu bouleverses aussi la vie de ton entourage. C’est une décision à prendre à deux et je n’ai jamais regretté mes choix.

HA : En avançant avec l’âge, as-tu changé ta façon de préparer ton jeu ?

JJ : En prenant de l’âge, tu prends de l’expérience, ton approche des matchs est différente. Auparavant, j’étais anxieux avant les matchs. Maintenant, c’est quelque chose que je gère beaucoup mieux, je connais très bien mes défauts et mes qualités. J’anticipe beaucoup mieux les situations.

Dans la préparation, je fais plus attention à ce que je mange ou aux excès de toutes sortes, ça a forcément un impact négatif sur l’organisme.

HA : Parlons un peu des Bleus, tu as de grandes chances d’y être. Il devrait y avoir des absents, comment vois-tu l’échéance ?

JJ : Nouveau projet, nouveau système. Je connais déjà bien Philippe. Les absents, c’est sûr que c’est embêtant, mais la fédération a tout fait pour faire progresser les joueurs français. Beaucoup ont été essayés cette année. Si tout le monde adhère au projet, il y a moyen de faire de jolies choses, même si on n’est pas fous, l’objectif premier reste le maintien. Mais on est capables de mieux, et le noyau que l’on a, avec de bons jeunes, nous permet d’aller embêter nos adversaires.

Notre combativité et notre état d’esprit décomplexé nous donnent beaucoup d’espoir. On est à la recherche d’adrénaline en performant contre les meilleurs, et ça, tout le monde n’en est pas capable.

Notre collectif est bien fourni, il y a de très bons joueurs pour faire face. Si tout le monde accepte son rôle et ne triche pas, il y a moyen de faire de belles choses.

HA : Pour finir, connais-tu les statistiques avancées de Magnus Corsi ? Ton regard sur le sujet ?

JJ : Je ne m’y suis pas intéressé de manière approfondie, c’est assez technique mais je trouve ça très intéressant. C’est une approche différente pour avancer et suivre son évolution… Après, chaque coach l’interprète comme il le veut. Certains pour conforter leur système, peut-être que d’autres aiment moins car cela va à l’encontre de ce qu’ils veulent mettre en place.

Si les meilleures ligues l’utilisent, ce n’est pas pour rien.

HA : Tu t’en sers pour améliorer ton jeu ?

JJ : Non je ne regarde pas délibérément, mais on m’envoie de temps en temps mes statistiques personnelles et je trouve ça cohérent par rapport à mon ressenti. Au final, j’aime bien mais il faut que je prenne le temps de m’y intéresser de manière plus approfondie.

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