Une même ligue, trois tailles de patinoire

Présentation KHL (I) : Conférence Est, division Chernyshev

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La KHL a suggéré en début d’année de s’adapter aux nouvelles normes au format NHL édictées par l’IIHF pour les futures compétitions internationales. Si les petites glaces étaient jusqu’ici l’exception, le panel devient très varié. Huit clubs sont restés aux dimensions olympiques (60×30), dix sont passés au format dit « finlandais » (60×28) et ils sont maintenant six à évoluer sur des dimensions simili-NHL (60×26). Ou quand une décision d’uniformisation (de l’IIHF) a pour effet à court terme de créer une diversité inédite ! Cette adaptation permanente à des aires de jeu différentes pimente un peu une saison KHL au suspense parfois limité au vu de la domination de quelques clubs. Trois des six clubs avec une petite glace évoluent dans la division Chernyshev, la division « asiatique » de la KHL qui est la première que nous présentons dans Hockey Archives.

 

YEMELIN Alexei-110512-458Finaliste de la Coupe Gagarine l’an passé, l’Avangard Omsk avait semblé désarmé face au tout puissant CSKA. Au total, il avait perdu ses huit confrontations face au champion. Mais en mettant fin à cette série de défaites lors du match d’ouverture de la nouvelle saison (3-1), l’équipe de Bob Hartley a fait savoir qu’elle ne se fixait pas de limites et qu’il faudrait encore compter sur elle.

Les observateurs faisaient pourtant la fine bouche et l’annonçaient en régression. Sa base défensive a certes peu varié. L’ancien capitaine Evgeni Medvedev (Emelin lui a pris le « C » en cours de saison dernière) n’a pas été reconduit à 37 ans et a été remplacé par un joueur plus jeune mais qui n’a plus joué depuis un an : Vyacheslav Voinov, finalement résigné à revenir en KHL – pour « seulement » 1 million d’euros par an – après avoir longtemps espéré un retour en NHL où la tache de l’accusation de violence conjugale restait imprimée sur sa peau. Mais en attaque (où Nikita Shcherbak rentre de NHL pour remplacer Mikheev parti en sens inverse), le club s’est contenté de recruter l’international suisse Sven Andrighetto, sans même occuper le cinquième poste d’étranger. L’Avangard préfère se donner le temps des camps NHL pour trouver le bon profil outre-Atlantique, et son effectif de début de saison manque donc d’un centre majeur, d’autant que le jeune Denis Zernov s’est blessé pour six mois alors qu’il avait un gros temps de jeu en pré-saison.

La patience est une vertu peu courante en KHL, mais le club se veut exemplaire. Son président Aleksandr Krylov a lancé cet été un programme de formation « Intelligence de jeu » avec des cours de spécialistes sur les réseaux sociaux, la vie après le hockey, les investissements financiers ou la communication avec la presse. De quoi apprendre à gérer son image après plusieurs scandales ces derniers mois : les invectives du médecin et du coach envers les contrôleurs accusés de perturber la préparation des joueurs un matin de finale (pas de procédure ouverte du côté de l’agence anti-dopage mais une recommandation d’infliger des amendes pour ne pas laisser passer les insultes), puis une polémique internet – non sourcée – sur le manager Maksim Sushinsky qui se serait « auto-attribué » une prime d’un million d’euros à l’issue de la saison.

En dessous de cette écume médiatique, le plus important était que l’Avangard pût un jour réintégrer sa ville, Omsk. La structure de sa patinoire était si peu sûre qu’il était difficile de garantir qu’elle puisse être fiabilisée à 100%. Décision a été prise de raser ce bâtiment vérolé de seulement 15 ans pour reconstruire à sa place une nouvelle Arena-Omsk (140 millions d’euros, 12 000 places). Le sponsor du club, la compagnie pétrolière Gazpromneft, était prêt à en financer la moitié, à condition que l’État paye l’autre moitié. Une subvention publique obtenue au motif de la co-organisation du Mondial junior 2023 initialement attribué à la seule Novosibirsk, une idée qui a reçu l’assentiment de la fédération russe et de l’IIHF.

 

Satisfait d’avoir atteint la finale de sa conférence, de manière un peu inattendue en partant de la sixième place, le Salavat Yulaev Ufa a logiquement fait le choix de la stabilité. Le club bachkir a eu tant de tracas devant son filet ces dernières années que, maintenant qu’il dispose de celui qui a été élu gardien de l’année (le Finlandais Juha Metsola), il s’est empressé de le faire signer pour trois saisons supplémentaires. Il a d’ailleurs conservé quatre de ses cinq étrangers : seul le centre Joonas Kemppainen, parti au SKA Saint-Pétersbourg, a été remplacé par Sakari Manninen, qui mesure 20 centimètres de moins mais qui a montré tout son talent lors de l’épatante conquête de l’or mondial par l’équipe de Finlande.

Le reproche fait au Salavat Yulaev Ufa en Russie est de ne se reposer que sur ses renforts étrangers, en particulier sur l’inventivité de Linus Omark sur la glace. Pour un prétendant au haut du tableau, il manque de joueurs russes de premier plan. Le club a tout de même réussi à échanger Vladimir Tkachyov, qui ne voulait pas discuter d’une prolongation de contrat, au SKA contre les droits de Nikita Soshnikov, joueur de 25 ans dont la carrière NHL a déraillé depuis une commotion consécutive à un choc avec le géant Chara début 2017. Après deux saisons gâchées par les blessures, il cherche à se relancer dans un rôle offensif qu’il n’avait pas outre-Atlantique.

Anton Burdasov, qui cherche depuis des mois une équipe NHL qui voudrait lui donner sa chance à son camp, n’a pas été remplacé en revanche. Le poste ainsi libéré pourrait ouvrir la place à un jeune talent formé au club (alors que les joueurs locaux encore présents à l’époque des titres 2008 et 2011 avaient disparu au fil des ans). Sélectionné dans l’équipe-type du Mondial U18, Rodion Amirov n’aura 18 ans que début octobre mais, pour ses débuts en senior, il a été le meilleur buteur de l’équipe en pré-saison (5 buts).

Et si le Salavat Yulaev n’a pas étoffé son attaque « russe », il a par contre convaincu le CSKA de lui lâcher Mikhaïl Pashnin qui avait perdu sa place de titulaire chez le champion lors des play-offs. L’objectif avoué est d’ajouter de l’agressivité en défense. L’arrière-garde a l’allure d’une cohorte de gardes du corps : le défenseur danois Philip Larsen pour l’aspect offensif, l’international U18 Shakir Mukhamadullin pour l’avenir, et pour le reste, du lourd, du costaud, avec 8 beaux bébés de 97 kilogrammes de moyenne.

 

Barys AstanaLe Barys Nursultan fêtera ses 20 ans d’existence – dont 19 et demi passés sous l’ancien nom de la capitale en tant que Barys Astana – par une cérémonie en novembre, au cours de laquelle il est prévu de hisser sous le toit les maillots des deux anciens capitaines récemment retraités, Kevin Dallman et Brandon Bochensky. Le capitanat a été logiquement confié à Darren Dietz, nouvelle figure de proue du Barys et de l’équipe nationale du Kazakhstan, qui réintègrera l’élite mondiale en mai prochain. Si ses prédécesseurs étaient âgés, Dietz n’a que 26 ans et pourrait rester là pour longtemps. La question est de savoir si l’ancien joueur des Canadiens de Montréal maintiendra le même niveau après sa deuxième saison en KHL exceptionnelle.

À travers son club-vitrine, le Kazakhstan s’est clairement inscrit dans une stratégie à moyen terme : il a annoncé dès début avril qu’il adapterait la patinoire d’Astana aux dimensions NHL afin de s’adapter aux nouvelles normes prévues à partir de 2022 pour les compétitions internationales. Le Kazakhstan se convertit ainsi à un style de jeu très éloigné de ses traditions… mais parfaitement maîtrisé par les recrues nord-américaines.

Le Barys continue en effet de se fournir avec d’anciens attaquants oscillant entre NHL et AHL, tels le centre Corban Knight (23 matches de NHL avec Philadelphie la saison passée) ou le colosse de 1m93 et 103 kilos Eric Tangradi. Un joueur sans passé NHL a même signé, Adam Helewka, et du coup il a franchi le pas bien plus tôt (24 ans). Ces Nord-Américains feront-ils partie de la prochaine vague de naturalisations ? Pour l’instant, ils n’ont tous signé que pour un an.

Le joueur-symbole – le meilleur d’ethnie kazakhe – Talgat Zhailauov est lui aussi revenu au club, mais uniquement pour jouer avec la réserve du Nomad Astana, qui a quitté le championnat du Kazakhstan pour être engagée en VHL avec les autres « équipes-fermes » de KHL. La mission de développement est donc clairement déléguée au Nomad. Le Barys a pour mission d’être le plus performant possible en profitant de son usage illimité des étrangers. Eddie Pasquale, le gardien numéro 3 de Tampa, a ainsi été recruté dans les cages comme partenaire et concurrent de Henrik Karlsson, le gardien suédois qui représente le Kazakhstan.

 

Comme le Barys, le Kunlun Red Star utilise la VHL comme développement. Mais comme une équipe majoritairement chinoise n’y serait même pas compétitive, il y a carrément trois clubs chinois engagés dans cette ligue. La réserve qui s’appelait « KRS-ORG » a été divisée en deux. Le « KRS » continue d’aligner la première ligne de l’équipe de Chine. Le nouvel « ORG » – du nom d’une entreprise d’emballages dirigée par un milliardaire qui veut développer le hockey – compte une paire défensive et deux lignes d’attaques « locales ». Et le reste des internationaux chinois ? Ils jouent dans le « China Golden Dragon »… inscrit en troisième division tchèque ! Le troisième représentant chinois de KHL, le Tseng Tou Jilin, pourtant installé dans la région mandchoue qui a une tradition de hockey, ne compte qu’un seul joueur chinois (plus le second gardien).

Mais alors, à quoi ça sert ? Cela fait au total quatre équipes professionnelles – une en KHL et trois en VHL – pour un total d’environ 70 joueurs étrangers dont aucun n’est venu pour un salaire de misère. Parmi eux, certains sont des doubles nationaux qui sont clairement destinés aux Jeux olympiques : le joueur d’AHL Spencer Foo (4 matches de NHL avec Calgary, 2 buts) arrive ainsi juste à temps pour passer les deux années en Chine nécessaires pour être sélectionnables. Mais en Russie, certains commencent à critiquer le tapis rouge déroulé pour les Chinois car ils croient que ces investissements de préparation aux Jeux olympiques s’éteindront subitement après les JO.

La popularité du hockey en Chine reste en effet sujette à caution, à Pékin même et plus encore dans sa seconde implantation en Chine du Sud. Le Red Star a quitté Shanghai cette saison pour s’installer dans le centre sportif de Shenzhen (la métropole qui relie Hong Kong à la Chine continentale). Mais sur les 18000 places, seulement 3500 se sont remplies au premier match. Et encore s’agit-il d’un chiffre officiel qui paraît enjolivé… La table de marque a connu des problèmes, la porte de la prison fermait mal et les Chinois ont perdu du crédit auprès des observateurs de KHL quant à leurs capacités d’organisation.

 

Si le hockey chinois peut laisser perplexe, l’Extrême-Orient russe n’était guère mieux loti ces derniers temps. Après une saison polluée par des problèmes extra-sportifs et des conflits entre les anciens dirigeants et la ligue, l’Admiral Vladivostok a toutefois retrouvé la sérénité. Il a conservé ses meilleurs joueurs russes autour du capitaine Konstantin Glazachev, et surtout il est désormais en état d’embaucher à nouveau des joueurs étrangers !

Ce ne sont pas de très grands noms, mais c’est déjà pas mal. L’international slovaque Martin Bakos présente l’avantage de connaître la KHL. L’autre attaquant Markus Ljungh était un honnête joueur de SHL à Djurgården, mais a éclaté la saison passée au HV71 (cinquième marqueur de la ligue et joueur le plus gentleman). Son compatriote Adam Almquist a remporté trois titres en trois ans avec trois clubs différents : champion de Suède avec HV71, champion d’Europe avec Frölunda et champion de Suisse avec Berne. Shawn Lalonde, plus physique et au lancer puissant, bénéficie de la réputation en hausse de la DEL. Enfin, Juho Olkinuora n’est autre que le troisième gardien de la Finlande championne du monde (il a joué contre la Grande-Bretagne avec un blanchissage à la clé). Vu qu’il n’a manqué que sept points l’an passé, l’Admiral renforcé peut espérer devenir au moins un concurrent crédible dans la lutte pour les play-offs.

Mais s’il a été pionnier dans le passage sur petite glace, l’Admiral a perdu un peu de sa spécificité en la matière. La distance de voyage fait néanmoins tout autant pour gêner les équipes en visite que les dimensions de la patinoire, comme pour son rival « local » de Khabarovsk.

 

L’effectif de l’Amur Khabarovsk, justement, a la même allure que l’an passé et devrait dépendre essentiellement de son quintet tchèque. En défense, Jan Kolar – pilier de l’équipe depuis quatre ans et excellent aux derniers Mondiaux – est rentré dans son club formateur Pardubice et a été remplacé par Ondrej Vitasek, joueur un peu moins connu mais qui en est déjà à sa troisième saison de KHL et que son sens du placement rend sûr dans les taches discrètes.

En attaque, Tomas Zohorna a en revanche rempilé pour une cinquième année, ce qui doit constituer un record pour un joueur étranger dans l’Extrême-Orient russe aux voyages éreintants. Comme en équipe nationale de République tchèque, il a été rejoint par son frère Hynek Zohorna et prend évidemment plaisir à ces retrouvailles. Les frangins travaillent bien dans les deux sens de la glace mais ne sont pas capables non plus de porter une offensive à eux seuls. L’Amur Khabarovsk, tombé à la dernière place de la Conférence Est, n’a jamais eu une attaque de feu et tentera de tirer son épingle du jeu par son système collectif.

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