Une grande patinoire à la place d’une tour de télévision

Présentation KHL (II) : Conférence Est, division Kharlamov

302

Deuxième partie de la présentation de KHL avec la suite des clubs de la Conférence Est, ceux de la division Kharlamov.

 

MACEK Brooks 160508 623L’Avtomobilist Ekaterinbourg a commencé cette nouvelle saison de KHL comme la précédente : en enchaînant les victoires. Il a conservé ses joueurs-clés que sont le gardien tchèque Jakub Kovar et le duo offensif Nigel Dawes – Dan Sexton. Les deux étrangers restants, Paré et Da Costa, ont été remplacés par deux attaquants dominants en AHL, le vice-champion olympique pour l’Allemagne Brooks Macek et le centre aux 266 matches NHL (85 points) Peter Holland.

Celui que tout le monde attend, c’est cependant Pavel Datsyuk. Il avait promis qu’il rejouerait dans sa ville natale. Il aura fallu attendre pour cela qu’il ait 41 ans : les moyens du club en hausse ont fini par coïncider avec ses demandes salariales en baisse, l’âge venant. Cet été, il ne s’imaginait rejoindre que Detroit ou Ekaterinbourg. Ce sera l’Oural, sachant qu’une opération l’oblige à une rééducation puis à une préparation individuelle. Il ne pourra rejoindre l’équipe que plus tard. Le public devra prendre son mal en patience, sachant qu’en plus l’actuel joueur-fétiche du club Anatoli Golyshev s’est blessé en pré-saison.

L’idole Datsyuk n’augmentera de toute façon pas l’affluence… car la patinoire d’Ekaterinbourg était déjà remplie à 98% l’an passé. Ses 4756 places sont bien insuffisantes. Un permis de construire vient enfin d’être déposé pour une nouvelle salle de 11000 places, qui devrait ouvrir ses portes en 2022 pour environ 140 millions d’euros. Elle sera construite sur un site bien connu de la ville, celui où était érigée la « tour de télévision », dont la construction s’était arrêtée à la chute de l’URSS sans avoir jamais reçu l’antenne télescopique de 140 mètres à son sommet. La tour de 220 mètres était donc inutile, sauf à des suicidaires ou adeptes du base jump jusqu’à ce qu’on en condamne l’accès, mais elle était devenue un symbole de la ville et des manifestations avaient appelé à sauver ce patrimoine particulier avant sa destruction en mars 2018.

 

PETROV Kirill-130504-240Après des années de gestion de Zinetula Bilyaletdinov et de ses émules, l’Ak Bars Kazan a définitivement tourné la page. Le système de l’ancien sélectionneur prenait une part prépondérante à la réussite quand il fonctionnait. Mais quand il était tenu en échec, le coach n’avait pas de plan B à proposer, comme au premier tour des derniers play-offs contre l’Avangard de Bob Hartley.

Le nouvel entraîneur Dmitri Kvartalnov est réputé moins engoncé dans ses certitudes, plus à l’écoute des tendances du hockey moderne. Et même s’il a très tôt acquis une réputation d’extrême rigidité, il a su évoluer en quelques années. Il a mis un peu de souplesse dans sa manie du contrôle parfois un peu dictatoriale. Dès le camp de pré-saison en Finlande, il a renoncé aux tests de Cooper et aux longues courses en forêt. Il a introduit des exercices plus variés et privilégié le travail des joueurs sur la glace.

Un seul étranger est resté, Justin Azevedo. Ce n’est pas l’attaquant le plus technique, mais il patine vite et c’est un bourreau de travail qui cherche tout le temps à s’améliorer et brûle de détermination : un profil idéal pour Kvartalnov, qui l’utilise sur un bloc canadien avec un duo physique qui a fait ses preuves au Barys (Matt Frattin – Patrice Cormier). Le contingent offensif bénéficie aussi du retour dans sa ville natale de Kirill Petrov, qui n’avait jamais plus été appelé en équipe nationale depuis son départ du club en 2015. Cette recrue permet d’utiliser une place d’étranger pour le gardien suédois Adam Reideborn, ce qui rend Kazan moins dépendant de l’état du dos d’Emil Garipov.

En défense enfin, Andrei Markov (qui rêve d’un hypothétique retour tardif en NHL à 40 ans) a été remplacé par Igor Ozhiganov, qui avoue avoir raté son intégration en NHL parce qu’il était trop paresseux pour apprendre l’anglais. Il forme la première paire avec Mikael Wikstrand, champion du monde 2018 et capitaine de Färjestad. Cet effectif solide doit faire revenir Kazan dans le top-4 à l’Est, dont il n’aurait jamais dû sortir.

 

Gennadi Velichkin, le manager du Metallurg Magnitogorsk, a été de plus en plus critiqué ces dernières saisons. Lui qui était une voix qui compte dans le hockey russe n’était-il plus capable de faire les bons choix. Il a démontré cet été sa capacité d’adaptation. Exemple parlant, la surface de jeu. Velichkin était un des principaux opposants à la réduction de la taille des patinoires russes. Mais puisque c’est devenu le dada de René Fasel, il a suivi le mouvement. Un mètre a été enlevé de chaque côté de la glace pour la mettre aux dimensions dites finlandaises (28 mètres de large). Une patinoire d’entraînement doit aussi être construite avec une troisième glace aux dimensions canadiennes pour un club qui aura ainsi un panel varié pour s’exercer à tout !

Magnitka était sans doute le club, dans l’univers post-soviétique, qui a le mieux incarné la perpétuation d’un hockey russe d’inspiration collective, qui utilise au mieux la largeur de la glace pour le bien de l’attaque. Cette tradition se fondra-t-elle dans l’uniformisation internationale ? En changeant ses étrangers, Magnitka a en tout cas opté pour trois Canadiens (Brandon Kozun, Eric O’Dell et le défenseur Paul Postma), qui connaissent déjà la KHL et se sont tous concertés avant de signer ensemble pour un an.

L’erreur la plus reprochée à Velichkin, ce fut le contrat trop élevé accordé à Nikolai Kulyomin à son retour de NHL. Un contrat qui a « aidé à déterminer le vrai prix de Nikolai », selon la jolie formule du manager. Velichin a en effet retrouvé son âpreté de négociation : soit le joueur acceptait de réduire son salaire fixe de près de moitié, soit il se faisait racheter les années restantes (à un tiers du montant contractuel selon les règlements KHL. La négociation a abouti en bénéficiant du contexte de l’introduction d’un plafond salarial en KHL en 2020/21 (900 millions de roubles, soit 13 millions d’euros). Le Metallurg a ainsi eu des marges de manœuvre pour se densifier. Le défenseur offensif formé au club Yegor Yakovlev (champion du monde et champion olympique) fait son retour. L’attaque, sans le retraité Denis Platonov dont le maillot a été hissé sous le toit, s’est adjoint les services du centre Andrei Loktionov et du duo Galuzin/Parshin (Torpedo).

À la tête de cet effectif amélioré, l’ex-sélectionneur tchèque Josef Jandac, amorphe sur le banc, concentrait toutes les critiques. Il a été viré alors que le championnat avait à peine commencé depuis… 6 jours ! En fait, c’est là encore une auto-correction de Velichkin, dont le plus grand regret est sans doute d’avoir viré Ilya Vorobyov qu’il avait lancé avec succès dans la carrière d’entraîneur. Depuis son départ en novembre 2017, Magnitka n’a fait que régresser. Entre-temps passé aux manettes de l’équipe de Russie et du SKA, Vorobyov ne sera pas resté libre longtemps après avoir été soudain démis de ses fonctions en juillet. Le Metallurg a sacrifié Jandac pour être le premier club à se saisir de l’opportunité d’engager « son » entraîneur.

 

KALININ Dmitri-100516-605La qualification en play-offs n’a pas masqué que le Traktor Chelyabinsk a connu une saison très décevante. Moins de 1,65 buts marqués par match : c’est une production offensive déprimante, l’avant-dernière de la ligue (juste devant le Slovan qui est rentré dans son pays) et la pire de l’histoire du club. Il ne s’agissait pas d’un manque de talent, puisque tous ces joueurs avaient fait mieux ailleurs. Mais ils semblaient contaminés par une méforme mentale contagieuse.

Première cause probable, un manque d’envie. Le Traktor s’est débarrassé de tous ses étrangers trentenaires et a engagé deux Tchèques de 26 ans, Lukáš Sedlák et Tomáš Hyka, avec des contrats de deux ans. Ils n’ont pas totalement fait leur trou en NHL (Sedlák maintenu dans un rôle mineur, Hyka brillant en AHL mais sans avoir une place à Vegas) mais ont certainement le potentiel pour briller en KHL. Le défenseur de l’année en Suède, Jesse Virtanen, est également un profil très alléchant. Pour s’assurer que tout le monde soit performant, un motivateur reconnu a été engagé en la personne du bouillant entraîneur letton Pēteris Skudra.

Le leadership a sans doute aussi fait défaut sur la glace. Le Traktor a renforcé son identité éternelle de club formateur – menacée par le départ de son dernier talent junior Kravtsov en NHL – en rapatriant nombre de joueurs originaires de Chelyabinsk. Le triple champion du monde Dmitri Kalinin avait quitté son club formateur à 18 ans ; le défenseur est enfin de retour à 39 ans (!) et a été nommé capitaine. Vitali Menshikov n’avait jamais eu une seule fois sa chance en équipe première quand il était parti à 19 ans, errant de club en club jusqu’à lentement faire son trou en KHL (dernière dans de grands clubs comme l’Avangard Omsk et le Dynamo Moscou) : le discret arrière revient à la maison à 30 ans et sera assistant-capitaine. Un an après le retour de Kazan d’Anton Glinkin, son indissociable camarade également parti en 2016 Andrei Popov rentre à son tour au Traktor. Quant à Aleksei Kruchinin, il a accru son salaire en passant une saison au SKA, mais évidemment pas son temps de glace, ni – ce qui est plus gênant – son niveau de jeu en berne. Lui n’aura mis qu’un an à rentrer au bercail.

Le dynamisme d’une équipe rajeunie, l’encadrement de vétérans attachés au club et l’intensité émotionnelle de Skudra : le Traktor devrait encore se qualifier aux play-offs, un peu moins « par défaut ».

 

Ses principaux concurrents seront ses rivaux directs les plus fréquents. Le Sibir Novosibirsk a en effet été déplacé vers la division Kharlamov à la place du Torpedo (passé à l’ouest pour remplacer le Slovan Bratislava). Un échange qui ne diminue pas la qualité de la division. Novosibirsk a une vraie passion pour le hockey… mais son club n’a pas tellement d’argent. Une patinoire moderne – prévue pour le Mondial junior 2023 – engendrera-t-elle une dynamique dans une métropole qui rattrape un peu son retard économique ?

Cela fait trois ans de suite que le Sibir a le triste privilège d’être le premier non-qualifié pour les play-offs. La saison dernière s’est apparentée à une remontée impossible après le départ complètement raté (12 défaites d’entrée). Pourtant, aucun accord n’a été trouvé avec l’entraîneur qui a redressé l’équipe (Aleksandr Andrievsky). Le club a tenté un pari audacieux en confiant son destin à un débutant, Nikolaï Zavarukhin : sa seule expérience d’entraîneur en chef a été acquise auprès des juniors du Sibir, avant qu’il ne passe les trois dernières saisons comme adjoint à l’Avtomobilist.

Après avoir été redressé la saison passée par des jokers nord-américains (mais aussi et surtout par le retour au club de Yegor Milovzorov qui est plus que jamais le leader offensif), le Sibir a opté pour… des Finlandais, une filière qui n’avait pas trop fonctionné il y a un an. Où est la logique ? En fait, ce n’est pas une question de nationalité : le club a joué la sécurité avec des étrangers qui connaissent déjà la KHL, et non plus des joueurs perdus dans leur nouvel environnement. Le gardien Harri Säteri doit ramener la sérénité qui manque dans les cages, le défenseur Jyrki Jokipakka s’est bien fait à la ligue en deux saisons à Sotchi et le duo Juuso Puustinen – Mikael Ruohomaa avait tout de suite fonctionné sans temps d’adaptation au Neftekhimik.

 

BARULIN Konstantin 120520 364C’est d’ailleurs tout le problème du Neftekhimik Nijnekamsk. Exactement comme le Traktor, il reste sur sa pire moyenne de buts marqués de son histoire (mais à 2,10 buts par match, ce qui est beaucoup moins honteux) et il a laissé filer son premier trio finlandais qui marquait 34% des buts. On comprend bien qu’il lui faudrait donc espérer une totale réussite de son recrutement étranger pour compenser. Or, avec un joueur de DEL (Matt White) et des deux joueurs d’AHL qui auraient été des recrues typiques de DEL avant que les prix de marché ne montent (Zack Mitchell et Kerby Rychel), les attaquants ne font pas forcément rêver.

Le nom le plus alléchant est celui de Ryan Murphy, un ancien premier tour de draft qui n’était peut-être pas assez physique pour la NHL (43 points en 175 matches à 26 ans quand même) mais qui pourrait devenir un défenseur offensif précieux en réorientant sa carrière vers la Russie où son patinage et sa vision peuvent faire merveille. Mais le Neftekhimik n’a même pas engagé de cinquième joueur étranger (le quatrième Rychel a déjà été recruté tard après le premier match de championnat). Le club a expliqué qu’il n’a pas forcément fini de recruter, mais qu’il veut commencer par donner plus de temps de glace à ses jeunes. Rafael Bikmullin a bien compris le message : le joueur formé au club, meilleur marqueur de la ligue junior (MHL) en 2016, a égalé en l’espace de seulement six rencontres ses stats de la saison dernière (4+1).

Plus que sur des talents individuels qu’il n’aurait pas les moyens de s’offrir, le Neftekhimik a en effet surtout misé sur son nouvel entraîneur Vyacheslav Butsaev. Il a la réputation de laisser de la liberté offensive à ses joueurs, et d’être capable de leur donner confiance. Butsaev a ainsi rappelé Ziyat Pyagin, qui s’était révélé un prometteur défenseur offensif pendant six mois sous ses à ordres à Sotchi avant de disparaître ensuite, mais aussi son ancien gardien sur les bords de la Mer Noire, l’ex-international Konstantin Barulin.

Si elle a des clubs moins riches que d’autres, la division Kharlamov ne compte donc pas de club faible ou en déshérence. C’est en cela qu’elle reste la plus dense de la KHL, promettant une lutte intéressante pour les play-offs.

Les commentaires sont fermés.

On vous envoie quelques cookies, c'est juste pour suivre notre audience, vous pouvez refuser de les recevoir si vous le voulez ! Accepter En savoir plus

pulvinar dolor risus diam lectus vel, sed efficitur. mi, leo. ut